Irréprochables devant sa gloire

8. LAVER SES ROBES

« Heureux ceux qui lavent leurs robes »

(Apocalypse 22.14)

« Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner et nous purifier de tout péché »

(1 Jean 1.9)

Jésus et ses disciples s’apprêtent à prendre leur repas (Jean 13). Les douze, allongés sur leur natte, ne bronchent pas. Ils se regardent, surpris et certainement mal à l’aise, observant le Maître qui vient de se lever, de prendre une serviette de lin qu’il noue autour de la taille, et de verser de l’eau dans une bassine. A l’époque du Christ, avant chaque repas, il était de coutume de laver les pieds des convives ; ce rituel s’imposait d’autant plus que la plupart des gens faisaient, dans la chaleur du jour, de longues marches sur des chemins poudreux, les pieds nus surchauffés dans des sandales à lanières. Parfois, le maître de maison, pour honorer des invités de marque et rendre l’atmosphère plus agréable, chargeait l’un de ses serviteurs de verser un peu de parfum sur les pieds qu’on venait d’essuyer ! D’ordinaire, cette tâche incombait à l’esclave ou au dernier des serviteurs.

Or, c’est Jésus qui se met à genoux devant chaque disciple pour accomplir cette humble besogne qu’ils n’ont pas daigné remplir.

Il s’approche de Pierre qui refuse avec énergie :

– Toi, Seigneur, tu me laves les pieds ? Non, jamais tu ne me laveras les pieds.

Voilà qui est catégorique.

La réponse de Jésus – comme toujours – est inattendue :

– Si je ne te lave les pieds, tu n’auras pas de part avec moi.

Ebranlé, Simon Pierre bredouille n’importe quoi :

– Non seulement les pieds, mais encore les mains et la tête.

S’il y a une chose que le Maître ne fait pas, c’est de laver la tête à ses enfants qui ont failli. Bien qu’il en ait ici le motif, Jésus ne songe pas un instant “à passer un bon savon” à ses disciples. Certes, ils mériteraient que le Maître, indigné, leur crie : “Vous n’avez pas honte de me laisser faire cette besogne, espèces de paresseux”. Pas du tout. Toujours calme, il ne leur fait aucun reproche. Il va même jusqu’à leur dire : “Vous êtes purs”, eux qui ne le sont guère présentement !

Jésus prononce devant Simon Pierre une parole dont le sens échappe au premier abord :

Celui qui est lavé, n’a besoin que de se laver les pieds pour être entièrement pur, et vous êtes purs…

Etrange réponse ! Se laver les pieds pour être entièrement pur ? (aujourd’hui on dirait : se laver les mains)

Que veut dire au juste Jésus ?

Tout au long du jour, chacun de nous a mille occasions de manipuler des objets poussiéreux ou sales. Pour être propre, avant de se mettre à table, il suffira de se laver les mains. A moins de sortir d’une mine d’où l’on extrait le charbon, il ne vient pas à l’idée des convives, d’aller les uns après les autres, prendre une douche ou plonger dans une baignoire, donc, de recommencer la toilette du matin avant de se mettre à table.

Bien sûr, l’enfant de Dieu ne perd pas son salut quand il commet une ou plusieurs fautes. Le salut n’est pas remis en question ; c’est sa communion avec Dieu qui est obscurcie quand le péché est toléré. C’est pourquoi, point n’est besoin de revenir au Sauveur dans la repentance et la foi, comme au tout début de la vie chrétienne, de même qu’il n’est pas besoin de recommencer la toilette du matin pour se mettre à table et être “entièrement purs” ; sans revenir en arrière, il suffit de se laver des souillures du moment (ce que Jésus entend par se “laver les pieds”) ; plus exactement, il suffira de confesser le péché que vient de signaler l’Esprit Saint, en gardant l’assurance que notre avocat céleste obtient, en vertu de son œuvre expiatoire (le sang), la purification et le pardon de nos péchés (1 Jean 1.9 à 2.3). C’est certainement ce que l’Ecriture entend par “laver sa robe dans le sang de l’Agneau”.

A nous donc de veiller. Ayons le souci de nous laisser avertir par le Saint-Esprit, toujours prêts à confesser, sans indulgence, ce qu’il nous révèlera au cours de nos journées.

Ici, soyons rassurés : Dieu ne nous demande pas, pour avoir l’assurance d’être “purifiés de tout péché”, de nous examiner longuement, avec minutie, instant après instant, en passant en revue, les uns après les autres, tous nos manquements sans en omettre un seul, avec la crainte morbide d’en avoir peut-être oublié un. S’il en était ainsi, nous passerions nos journées, du matin au soir, dans l’humiliation. Nous gémirions 24 h sur 24, revêtus du sac et de la cendre, toujours accablés, donc inutilisables pour le service de Dieu. Certainement, nous avons autre chose à faire et une autre existence à vivre, plus utile et plus épanouie. Dieu ne nous demande pas de nous examiner sans cesse mais de consentir à nous laisser examiner par l’Esprit Saint, lequel n’a nullement l’intention de nous révéler tous nos faux-pas. En Père aimant, Dieu ne tient pas à écraser son enfant. Il n’est pas de ces pères intraitables qui ne laissent rien passer, toujours en train de gronder et de faire “les gros yeux” accusateurs à son enfant. Entrons dans le repos et ne prenons pas la place de Celui qui convainc de péché. Plus nous vivrons dans Sa lumière et plus nous serons paisibles, rendus capables de discerner et d’éviter ce qui déplaît au Seigneur ; et s’il nous advient de tomber, nous confesserons et abandonnerons aussitôt notre péché sans nous y attarder, tout en poursuivant dans la joie, la louange, et l’assurance du pardon, notre marche en Sa divine compagnie.

Si le Seigneur, heureusement, ne révèle pas toutes les fautes, parfois il doit rappeler à son enfant, avec insistance, tel péché qui fait obstacle à sa marche en avant. Si c’est le cas, Dieu s’attend à ce que ce péché soit reconnu, confessé et abandonné sur le champ avec la ferme résolution de ne plus le commettre.

Prenons quelques exemples :

– Depuis que le voisin d’Etienne s’est montré injuste et malhonnête à son égard, ils ne se parlent plus. La rancœur habite le cœur d’Etienne qui répète, pour se justifier : “le voisin, c’est lui le coupable, c’est donc à lui de faire le premier pas. Je l’attends. Il doit se repentir et réparer. Ce n’est que justice !” Argument qu’il met en avant quand Dieu l’invite à abandonner ses mauvais sentiments et à se rendre chez son voisin pour lui serrer la main, en plaidant coupable naturellement, ce qu’il ne peut envisager. Etienne résiste, répétant inlassablement que le coupable, “c’est pas lui, mais le voisin.” Hélas ! Il n’en démord pas. Sûr d’avoir raison, il cultive sa rancœur. Trop orgueilleux pour céder, il ne tentera jamais la réconciliation demandée (Matthieu 5.23-24) et restera fâché, jusqu’à sa mort… et la tâche ne sera pas lavée.

Alors, qu’en sera-t-il de lui quand il comparaîtra devant Dieu ? La réponse est dans l’Evangile, sans ambiguïté (Matthieu 6.14-15). Cherchez-la.

– Voici un chrétien qui vit dans l’infidélité et l’adultère. Le Saint-Esprit ne chôme pas, qui ne cesse de l’avertir mais… cet homme aime son péché et refuse de se repentir, si bien que, là encore, la mort peut le surprendre dans son infidélité. Il faut espérer qu’un ami, pour le pousser à renoncer à son inconduite, viendra de la part du Seigneur lui rappeler ce qui l’attend, en lui citant, pour l’ébranler, les redoutables paroles de l’Ecriture qui concernent son cas : “Ceux qui commettent de telles choses (l’adultère est cité) n’hériteront pas le royaume des cieux” (1 Corinthiens 6.9-11). C’est sérieux.

– Tel frère, prédicateur doué, est un commerçant qui fait de bonnes affaires. On l’estime dans l’église ; c’est un homme généreux. Mais, il y a des zones d’ombre dans sa vie. L’homme n’est pas toujours honnête dans ses transactions ; ses déclarations de revenus ne sont pas toujours conformes à la vérité. Le succès le grise, et l’argent qu’il brasse avec abondance fait de lui un personnage considéré dans la cité. Pourtant, Dieu l’aime et ne cesse de dénoncer son attachement aux richesses, l’amour de l’argent qui le tient toujours plus. Le Seigneur ne se lasse pas de l’avertir. L’homme, sûr de lui, fait la sourde oreille et sans y prendre garde, endurcit son cœur.

Maintenant, la voix de Dieu s’est tue. Quel malheur si la mort surprend cet homme dans son péché ! Une fois de plus, la réponse est clairement donnée dans la Bible (Apocalypse 21.27).

Certes, soulignons-le, il est toujours possible de revenir à Dieu ici-bas, mais la voie de la réconciliation est unique : c’est la confession, l’abandon du péché et la foi en la vertu du sang de Christ qui apporte, avec la purification du péché, la paix et le salut. On comprend ce que signifie alors l’expression négligée : “Travaillez à votre salut avec crainte et tremblement”. (Philippiens 2.12. Il n’est pas dit ici : gagnez votre salut.) Un frère bien-aimé, disait : “C’est trop sérieux pour passer sur le péché comme chat sur braise”.

Bien sûr, que cette crainte salutaire ne devienne pas, répétons-le, la peur maladive de ne pas avoir tout confessé, en se posant constamment la question : “Mon vêtement est-il réellement lavé de tout péché ?” : Cessons d’avoir les yeux sur nous-mêmes, cessons de nous examiner avec inquiétude mais restons ouverts au Saint-Esprit. Acceptons qu’il fasse la lumière sur notre vie de tous les jours. Vivons dans la paix du Seigneur, sachant qu’il veille sur nous ; infiniment plus que nous, Il désire que notre vêtement soit blanc au grand jour de la rencontre avec Dieu (à ce sujet relisez les textes cités dans le chapitre 2).

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