Le Sadhou Sundar Singh

1. La foi des ancêtres de Sundar Singh : la religion Sikh.

En 1469 naquit dans le Punjab, au nord de l'Inde, un Hindou nommé Nânak. Jeune encore, il quitta le monde et devint fakir (ou Sâdhou), cherchant en vain le salut dans toutes les formes de la religion hindoue. Il consacra sa vie à Dieu et à ses semblables, fit de longs voyages missionnaires, visita les Indes, le Cachemire, Ceylan et même La Mecque, cherchant à purifier le bouddhisme et l'islamisme et à en unir les adeptes dans une foi commune. Il proclama qu'il n'y a qu'un seul Dieu, présent partout, dans le ciel et sur la terre ; que les rites et les sacrifices sont inutiles ; que les idoles doivent être détruites, la vraie adoration consistant à louer Dieu chaque matin et à se consacrer corps et âme au Créateur. Il déclara les hommes égaux devant Dieu et les castes une erreur. Il prêcha l'amour et la fraternité entre tous les hommes. Bien qu'humble, il demanda à ses adeptes une obéissance absolue et sa religion devint une religion d'autorité, autorité impliquée dans le nom même de Sikh qui signifie « disciple », disciple du Gourou.

Le Gourou est, sur la terre, le représentant du Dieu invisible ; il est le Maître saint. – Le Gourou est Dieu et Dieu est le Gourou. – Il n'y a point de différence entre eux. – Le Gourou est le Créateur. – Sans lui, nul homme ne peut atteindre à la perfection. – Le Gourou est le guide. – Nânak dit même : – Un homme est venu, par lequel le monde entier doit être sauvé. (Cette parole ne rappelle-t-elle pas singulièrement le prologue de l'évangile de jean ?)

Le Gourou, comme représentant de Dieu, réclamait les honneurs divins : l'adoration des hommes, une entière soumission, une inconditionnelle obéissance.

Pourtant la glorification d'un être humain est en opposition, semble-t-il, avec la spiritualité de la religion sikh, de même que le pouvoir magique attribué au nom sacré de Dieu : – Celui qui prononce le nom de « Hari » (un des nombreux noms de la divinité), atteint la plénitude de la sagesse, du salut, de la bénédiction. – Murmurer le nom de Hari apporte le réconfort et délivre du péché et de la crainte.

Les enseignements de Nânak et de ses successeurs, sont écrits en vers dans le « Granth » ou livre par excellence, canon des écrits saints, dont la lecture était obligatoire.

La religion sikh, parfois contradictoire, est un mélange d'hindouisme et d'islamisme. Comme les bouddhistes, les saints sikhs cherchent la rédemption finale du péché et de la souffrance, dans le cycle sans fin des réincarnations, dans la transmigration des âmes qui meurent et doivent renaître une multitude de fois pour atteindre le Nirvâna où l'âme purifiée trouve le repos dans l'extinction de tout désir. Toute conscience de soi-même, toute individualité cessent d'exister, englouties qu'elles sont dans l'océan infini de l'union avec l'être suprême. Dans les sphères les plus élevées, il n'y a plus ni joie, ni peine, ni espérance, ni désir, ni parole ; seule existe la vision du divin : le disciple de Nânak est absorbé en Dieu.

Cette austère doctrine du Nirvâna est contrebalancée dans les écrits sikhs par la vivante représentation du ciel des mahométans, sorte de paradis où les Sikhs fidèles recevront la récompense éternelle de leur foi et de leur amour pour Dieu.

La conception de Dieu et du salut prêchés par Nânak et ses successeurs se distinguent de l'hindouisme et de l'islamisme par une plus grande spiritualité. Nânak condamne l'adoration des idoles, la récitation machinale des Védas. qui contrastent avec l'adoration en esprit enseignée par le Granth. Il réprouve le rigide ascétisme des Brahmanes : exposer un de ses membres au feu, demeurer perpétuellement dans l'eau, jeûner, endurer un grand froid ou une grande chaleur, se coucher sur un lit garni de pointes, tenir un bras en l'air jusqu'à ce qu'il s'ankylose, rester sur une seule jambe, toutes ces oeuvres de pénitence sont l'oeuvre des ténèbres, dit Nânak. Il va même jusqu'à mettre en garde ses fidèles contre les moines mendiants, – Ne révérez pas tous ceux qui s'appellent Sâdhous eux-mêmes et qui demandent l'aumône. Ceux-là seulement qui vivent du fruit de leur travail font oeuvre utile et sont dans le chemin de la vérité.

Quelques citations des livres saints des Sikhs nous révéleront la pureté et la grandeur de leur religion où la notion du péché et du pardon. ce thème central de la Bible et de l'expérience chrétienne se retrouve constamment :

– Je suis un pécheur, Toi tu es pur... accorde-moi ta grâce... aie pitié, afin que je ne sois pas englouti comme une pierre dans la profondeur de la mer.

Ainsi s'exprime Amar Das. dans son expérience du salut :

– Nous commettons des péchés sans fin, ô Hari ! sois miséricordieux et pardonne-les. – Mon âme est réconciliée avec Dieu et je suis submergé par son merveilleux amour.

Le Granth, comme la Bible, proclame que sans humilité il n'y a point de salut ni de grâce ; que la porte du salut est étroite et que l'orgueil empêche l'homme de trouver Dieu.

Certaines maximes sont bien proches du sermon sur la montagne. – Si un homme te bat, ne lui rends pas le coup en retour, mais arrête-toi et embrasse ses pieds. – Si ton âme a soif de Dieu, deviens comme l'herbe foulée aux pieds par les hommes. – Si un homme te renverse et qu'un autre te piétine, alors tu entreras dans le temple de Dieu.

Quelques prières sont si personnelles qu'elles ressemblent étrangement à celles des Psaumes : – Tu es mon père, tu es ma mère... en toutes choses tu es mon protecteur, que craindrai-je ?... Tu es mon appui... Tu es mon refuge... par Toi toutes choses ont été créées... tout est à Toi, rien n'est à nous, ô Dieu !

– Nous soupirons après Toi, nous avons soif de Toi, ce n'est qu'en Toi que notre coeur trouve le repos, ô Hari ! – Comme un enfant est satisfait quand il boit du lait, comme un pauvre homme est réconforté quand les choses vont bien pour lui, comme un homme altéré est rafraîchi par l'eau, ainsi mon coeur est heureux en Toi, ô Hari ! – Comme une lampe brille dans l'obscurité, comme celle qui veille en attendant son époux est heureuse quand il parait, ainsi exulte mon coeur en amour pour Toi, ô Hari !

Et cette prière qui révèle un désir si intense je ne peux pas vivre un moment sans Toi... je suis misérable sans mon bien-aimé... je n'ai point d'ami... quand je te possède, j'ai toutes choses... Toi, ô Seigneur ! Tu es mon trésor... j'ai faim et soif de Toi.

Cependant dans ces prières qui débordent d'amour et de confiance en un Dieu personnel, l'ami et le sauveur de l'âme, se retrouve un universel panthéisme caractéristique de la religion sikh. Même sur les lèvres de Nânak on perçoit la phrase des Védas : je suis Lui, moi-même je suis Dieu.

Après la mort de Nânak, quatre « leaders » lui succédèrent. L'un des plus fameux fut tué par les Musulmans qui, en persécutant les Sikhs, firent d'eux un peuple militaire déterminé à se venger. Il sortit ainsi de la ligne de non-résistance prêchée par Nânak. Les Sikhs eurent leurs saints et leurs martyrs. Un de leurs chefs donna à la tribu le nom de Singh ou lion, comme un témoignage de sa valeur guerrière et de son intrépide courage.

Les Sikhs, de souche aryenne, sont une race fort belle, de grande taille, au teint relativement clair. Ils portent de longs cheveux noirs qu'il ne leur est pas permis de couper.

Leur livre sacré, le Granth, se lit à haute voix dans le service divin, comme la Bible dans nos cultes. Les devoirs religieux personnels des Sikhs sont : le bain rituel deux fois par jour, la lecture quotidienne des écrits sacrés en sanscrit, la prière matinale et celle du soir tirées du Granth. Les Sikhs doivent se séparer de tout ce qu'il y a d'impur et de mauvais dans l'hindouisme et être prêts à souffrir, s'il le faut, pour défendre la vérité.

Leur idéal moral est très élevé ; loyauté et droiture, humilité et obéissance, générosité et hospitalité, promptitude à pardonner et à supporter patiemment l'injustice.

La grande importance attachée aux vertus domestiques : fidélité conjugale, soin des parents pour leurs enfants, amour filial et piété, mettent la religion sikh bien au-dessus des sectes de l'hindouisme.

Pourtant, malgré ses enseignements qui semblent parfois si près de l'Évangile, tels que la foi au pardon, l'amour de Dieu, le renoncement à soi-même, l'humilité et la fraternité, l'incarnation de Dieu dans un être humain, ces reflets de la révélation biblique sont ternis par l'influence du panthéisme hindou et du fatalisme musulman qui nie tout libre arbitre.

La croyance à la réincarnation sans fin, la doctrine du Nirvâna, l'adoration du Gourou, ce mélange de croyances souvent contradictoires ôte à l'enseignement du Granth toute puissance créatrice et ne peut répondre aux aspirations profondes de l'âme hindoue assoiffée de trouver la. paix, cette paix de l'âme si ardemment désirée et poursuivie souvent dans une vie de souffrances volontaires qui va jusqu'au martyre.*

« Il n'y a sous le ciel aucun autre nom – que le nom de Jésus-Christ – par lequel nous puissions être sauvés. »  Actes des Apôtres.


* Ce chapitre est en grande partie extrait de « The Gospel of Sâdhu Sundar Singh»  (traduction anglaise du livre allemand de Friedrich Heiler).

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