Vingt-quatre sermons

Le soleil levant

Le soleil levant nous a visités d’en haut.

(Luc 1.78)

La prophétie du prêtre Zacharie à laquelle nous empruntons notre texte a pour occasion la circoncision de son fils, celui qui devint Jean-Baptiste, mais elle a pour sujet principal l’avènement du Christ. C’est cet avènement que Zacharie compare à un lever de soleil. Si l’on rassemble les divers traits de l’image que ses paroles nous suggèrent, on se représente une caravane qui a perdu sa route dans quelque désert ; les voyageurs sont assis dans la désolation et dans les ténèbres, lorsque tout à coup l’apparition du soleil levant vient ranimer l’espérance dans leurs cœurs et leur montrer le droit chemin. Déjà Malachie avait dit : « Pour vous qui craignez mon nom, se lèvera le soleil de justice, qui porte la santé dans ses rayonsm » Ainsi la première prophétie du Nouveau Testament rejoint la dernière de l’Ancien. Pour l’une et pour l’autre, la venue du Sauveur est comme le lever du soleil dans l’histoire. Comparaison n’est pas raison, dit-on quelquefois ; c’est pourtant sous forme de comparaisons que nous sont présentées la plupart des grandes vérités de l’Évangile. Les comparaisons bibliques sont beaucoup plus qu’un vêtement brillant de la pensée ; elles sont l’expression d’une analogie profonde entre les choses visibles et les invisibles, analogie qui ne doit pas nous surprendre, puisque les unes et les autres ont été créées par le même Dieu en vue du même but, l’établissement de son règne. Nous croyons que la comparaison de notre texte est de celles qui, quand on les sonde, découvrent de lumineuses profondeurs ; et quand on les presse, laissent échapper un suc abondant et nourrissant de vérité.

mMalachie 4.2.

I

Si l’avènement du Christ est un lever de soleil, c’est qu’avant lui, c’était la nuit ; par lui et après lui, c’est le jour. Plusieurs trouveront cette assertion trop absolue. Mais elle n’implique pas qu’avant Jésus-Christ il n’y eût rien que des ténèbres qu’aucune clarté ne tempérait et n’adoucissait. Pendant la nuit nous allumons des lampes, dont la clarté est bornée, mais utile ; ainsi cet ensemble de recherches, d’inventions, de connaissances qui constituent la civilisation païenne, si elles ne pouvaient pas projeter une vive clarté dans l’infini, éclairaient du moins d’un jour précieux la vie de l’homme et son labeur terrestre. Dans la nuit brillent aussi les étoiles ; elles sont le symbole de ces grandes idées de vérité, de justice, de devoir, sublimes, lointaines, froides, mais belles et bienfaisantes pourtant, qui grâce à Dieu n’ont jamais disparu tout à fait du firmament de l’humanité. La nuit est quelquefois aussi éclairée par la lune, et je comparerais volontiers à sa pure clarté la lumière spirituelle dont jouissaient les serviteurs de Dieu sous l’ancienne alliance. Elle émanait du Christ caché, du Christ futur, comme la lumière de la lune procède du soleil. Et pourtant, en un sens, il faisait nuit, même en Israël, avant que vînt Celui qui est la lumière du monde. Le péché n’était pas effacé, le salut n’était pas donné, la vie et l’immortalité n’étaient pas manifestées, le culte en esprit et en vérité n’était pas établi. C’était la nuit.

La comparaison de notre texte n’implique pas non plus qu’à partir de Jésus-Christ règne invariablement un jour qu’aucune ombre n’obscurcit. Il n’est pas rare qu’en plein jour éclatent des orages qui assombrissent le ciel et répandent une obscurité parfois plus effrayante que celle de la nuit. Il y a eu de ces orages-là dans la vie de l’Église. Il y en a dans la pensée et dans le cœur de chaque chrétien. Mais, quoique caché derrière les nuages, le soleil est là et en son temps il reparaît : c’est le jour. Ce contraste n’existe pas seulement dans le temps, mais dans l’espace. Nous pouvons le constater actuellement entre les peuples chrétiens de notre époque et ceux qui sont étrangers au christianisme. Quelques écrivains se sont plu à présenter la vie païenne et sauvage sous un aspect attrayant et poétique et à se moquer agréablement des missionnaires. Mais un témoin qui n’est pas suspect, le grand naturaliste Darwin, se moque à son tour de ces moqueurs et leur demande si, jetés par un naufrage sur quelque île de l’océan Pacifique, ils ne souhaiteraient pas d’y avoir été devancés par les pionniers de l’Évangile. La différence, en effet, est du tout au tout : les indigènes inconvertis mangeaient les étrangers ; les indigènes convertis leur donnent à manger. Étudiez d’un peu près la vie des peuples païens, même des plus vantés, des plus civilisés. Souvenez-vous de l’égoïsme cynique qui s’est manifesté en Chine, lors de la dernière et grande famine de cette contrée. Des milliers, des millions même de personnes mouraient de faim, sans que le gouvernement et le reste de la nation parussent s’en émouvoir ; un bien plus grand nombre auraient péri, si la charité des peuples chrétiens n’était venue à leur secours. Prêtez l’oreille aux cris désespérés qu’arrache aux femmes de l’Inde, prisonnières toute leur vie dans les zénanas, l’affreuse tyrannie sous laquelle elles gémissent. Contemplez en Afrique les massacres ordonnés par des despotes petits et grands, parfois sans colère comme sans motif, par caprice ou par coutume, et les horreurs sans nom de l’esclavage et de la traite, contre lesquelles, en Europe et en Amérique, la conscience chrétienne a élevé une protestation finalement victorieuse, mais qui, chez les mahométans comme chez les païens, paraissent ne pas même exciter l’ombre d’un scrupule. Écoutez ce que laissent entendre nos missionnaires (car ils ne peuvent pas tout dire) sur les mœurs des populations auxquelles ils apportent l’Évangile, et vous admettrez que malgré nos misères et nos vices, que je ne veux pas atténuer et moins encore excuser, entre cet état social et le nôtre il y a la différence de la nuit au jour.

Mais enfin, objecterez-vous peut-être, ce jour dont vous parlez, ce jour que Jésus-Christ fait briller sur le monde, tout le monde ne le voit pas, même dans nos contrées, où les incrédules baptisés ne sont pas rares. – Il y a aussi des aveugles qui ne voient pas le soleil. Jésus a rencontré cet aveuglement, et l’a prédit. Saint Paul n’hésite pas à l’attribuer à l’endurcissement du cœurn. Sans doute, ces aveugles se croient et s’intitulent clairvoyants entre tous ; mais quand ils parlent de Dieu, de la destinée de l’homme, de l’origine et de la fin des choses, on voit bien pourtant qu’ils sont aveugles. Écoutez les docteurs d’incrédulité qui sont le plus en vogue aujourd’hui, savants ou populaires : vous apprendrez que le monde s’est fait tout seul ; que les combinaisons intelligentes dont il est plein ne sont pas l’empreinte et l’effet d’une pensée ; que la matière, avec ses mouvements nécessaires et ses lois inflexibles, a suffi à tout produire et suffit à tout expliquer, jusqu’à la liberté humaine ; que, s’il y a un premier principe, ce doit être un principe qui n’a pas conscience de lui-même, ce qui, au dire de plusieurs, ne l’empêche pas d’être mauvais. Quand vous serez rassasié de cette sagesse, vous ne serez plus éloigné d’admettre avec saint Paul que la folie de Dieu est plus sage que les hommes ; vous féliciterez, vous envierez, vous imiterez, j’espère, les chrétiens qui croient tout simplement au Dieu qui a créé les cieux et la terre, au Père céleste qui a tant aimé le monde… Je le répète : pour ce qui regarde la connaissance des vérités de l’ordre spirituel, partout où Jésus-Christ est, ou bien inconnu, ou bien méconnu et repoussé, c’est la nuit ; partout où il règne sur la pensée et brille au plus haut du firmament, c’est le jour.

nÉphésiens 4.18 ; 2 Corinthiens 4.3-4.

II

La comparaison de notre texte est admirablement propre à nous donner une idée de la grandeur et de la richesse des bienfaits que Jésus-Christ a apportés aux hommes et verse sur eux. Jésus-Christ de moins dans le monde moral, ce serait le soleil de moins dans l’univers.

Le premier don du soleil, et aussi de ce soleil spirituel qui est Jésus-Christ, c’est la lumière. « Je suis la lumière du mondeo », dit-il. Il éclaire toutes les profondeurs qui, avant lui et sans lui, étaient inaccessibles au regard de l’homme : les profondeurs de misère, mais aussi de capacité pour le salut, qui sont en nous ; les profondeurs de justice et de miséricorde qui sont en Dieu, les profondeurs de l’avenir redoutable ou magnifique que la tombe nous cache. L’Agneau immolé, comme le raconte l’Apocalypse, a seul été capable d’ouvrir le livre sept fois scellé de la destinée humainep.

oJean 8.12.

pApocalypse ch. 5.

Comme le soleil, Jésus éclaire toutes choses en se montrant, en se révélant lui-même. Saint Paul déclare qu’il ne veut savoir que Jésus-Christ et Lui crucifiéq, pourquoi ? parce que celui qui tient ce centre de la vérité connaît l’essentiel, et qu’en même temps il est placé au point d’où il peut le mieux envisager ou découvrir tout le reste.

q1 Corinthiens 2.2.

Comme le soleil aussi, Jésus éclaire ce qui est proche comme ce qui est éloigné. C’est en les rapportant à lui que les relations et les devoirs de notre vie journalière nous apparaissent sous leur vrai jour. Y a-t-il, mon frère, une question, théorique ou pratique, morale ou religieuse, qui vous préoccupe, qui vous obsède peut-être ? Apportez-la à Jésus-Christ. Examinez-la à la lumière de sa parole, de l’œuvre parfaite qu’il a accomplie pour nous, de son Esprit que vous obtiendrez par la prière. Je ne prétends pas que dans cette voie toutes les incertitudes et toutes les difficultés se dissiperont comme par enchantement, mais certainement vous trouverez une solution suffisante pour la paix de votre conscience et de votre cœur.

Un deuxième don du soleil, c’est la chaleur. Nous devons aussi à Jésus-Christ cette chaleur du cœur qui s’appelle l’amour. Il fait froid dans un cœur que les rayons de l’Évangile n’ont pas pénétré. L’égoïsme y règne, je ne dis pas sans partage, mais il y règne pourtant, et s’y cache sous les déguisements les plus divers, sous les noms les plus honorables. Mais quand une fois nous avons cru que Dieu nous aime et que Jésus-Christ, le Saint et le Juste, a donné sa vie pour nous, quand l’assurance d’un pardon gratuit et pourtant payé d’un grand prix a dissipé le sombre nuage qui pesait sur notre avenir, alors nous devenons capables d’aimer. Il n’est point de glace si épaisse ni si dure que l’amour de Jésus-Christ ne puisse fondre. Il peut prendre un pharisien fanatique, altéré du sang des Nazaréens, et faire de lui ce généreux apôtre qui a pour ses chères Églises des tendresses de mère et de nourricer, et qui, pour les Juifs ses persécuteurs, voudrait donner, non seulement sa vie, mais, s’il était possible, son âme et son saluts. Il fait encore aujourd’hui avec de malheureux esclaves de la chair et de la boisson, des témoins de Jésus-Christ, des missionnaires pleins de zèle et d’enthousiasme pour la cause du Sauveur et dévorés du désir d’amener à lui leurs anciens compagnons dépêché. Il peut faire de vous, ma sœur, qui avez un tempérament irritable et que les mille tentations et tracasseries de la vie domestique mettent sans cesse hors des gonds, une chrétienne pleine de sérénité, douce et patiente en tout temps et envers tous, heureuse de servir comme le Maître a servi. Voulez-vous vous réchauffer ? Allez vous exposer aux rayons du soleil. Voulez-vous apprendre à aimer ? Allez vous asseoir aux pieds de Jésus. Faites toutes choses comme de sa part, comme pour lui, comme sous ses yeux, et vous ferez toutes choses avec amourt

r1 Thessaloniciens 3.7.

sRomains 9.3.

t1 Corinthiens 16.14.

Un troisième bienfait du soleil, étroitement lié au précédent, mais qu’on en peut distinguer pourtant, c’est la vie. La disparition du soleil, ou seulement son éloignement plus grand, amènerait à l’instant la destruction de toute vie terrestre, soit humaine, soit animale, soit végétale. Telle est précisément la place et tel est le rôle de Jésus-Christ dans le monde spirituel. La figure est même au-dessous de la réalité ; car le soleil après tout est plutôt la condition que le générateur de la vie physique ; Jésus-Christ est le principe et la source de la vie du chrétien. C’est une des plus belles conquêtes de la science moderne et particulièrement un des plus beaux résultats obtenus par le plus illustre des savants français, M. Pasteur, d’avoir réfuté pour toujours, il faut l’espérer, l’hypothèse chimérique des générations spontanées et établi que la vie ne peut naître que de la vie. C’est pourquoi lorsque Dieu, dans sa grande miséricorde, a voulu rappeler à la vie l’homme mort dans ses fautes et dans ses péchés, il ne s’est pas contenté de l’instruire et de le châtier par des législateurs et des prophètes, il a envoyé du ciel sur la terre ce Vivant qui s’appelle Jésus-Christ ; Jésus-Christ en qui la vie véritable, la vie spirituelle, habite sans mesure parce qu’il est Fils de Dieu, mais habite de manière à ce que nous puissions nous l’assimiler, parce qu’il est Fils de l’homme. La foi, qui nous met en communication avec Jésus-Christ, est en conséquence l’organe par lequel nous nous approprions la vie. Hors de Jésus-Christ et de la foi en lui, il peut y avoir, il y a vraiment des hommes de grand savoir et même de grande vertu, mais il leur manque ce que le Nouveau Testament appelle la vie ; la vie qui, dans le domaine spirituel comme dans les domaines inférieurs, se caractérise par les traits suivants : se développer, se nourrir, se reproduire. Un germe fait chétive figure à côté d’un cristal ; mais le cristal, admirable en son genre, est chose inerte et sans vie ; le germe vit ; il contient en lui-même le principe d’une série de transformations qui le conduiront, suivant une loi qui lui est propre, vers une fin qui lui est propre aussi : « Ce qu’il sera n’est pas encore manifestéu » Tel est le chrétien. Cette vie qu’il possède, il la doit à Jésus-Christ, il ne la conserve que dans la communion de Jésus-Christ : « Celui qui a le Fils, a la vie ; celui qui n’a pas le Fils de Dieu, n’a pas la viev. »

u1 Jean 3.2 ; – voir Drummond : Natural law in the spiritual world.

v1 Jean 5.12.

On peut dire qu’un quatrième et dernier bienfait du soleil, c’est de nous guider, de nous permettre de marcher vers un but clairement con-temple d’avance. Ce bienfait ne se distingue guère, il est vrai, de celui qui consiste à éclairer, mais notre texte nous conduit à insister tout particulièrement sur la direction, qui est l’un des principaux effets de la lumière : « Le soleil levant nous a visités d’en haut, pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort, et pour diriger nos pas vers le chemin de la paix. » Celui qui ne connaît pas le Seigneur ressemble aux voyageurs égarés dont je parlais en commençant : ou bien il s’assied tristement dans les ténèbres, ou bien il erre au hasard. Car vivre pour jouir, ou pour gagner de l’argent, ou pour poursuivre un bien terrestre quelconque, qui va demain nous échapper pour toujours ; vivre de la sorte, dis-je, quand on est fait à l’image de Dieu et qu’on a en Soi le sentiment de l’immortalité, ce n’est pas vraiment marcher vers un but. Jésus-Christ nous montre clairement le but, qui est le royaume et la justice de Dieu ; il nous montre en même temps le chemin qui y conduit, et nous donne des forces pour y marcher. Ce chemin peut être étroit, escarpé, difficile, mais c’est le chemin de la paix ; la paix remplit le cœur de l’enfant de Dieu à proportion qu’il y marche avec plus de fermeté, et au bout se trouve la paix parfaite, éternelle. Celui qui suit fidèlement cette voie « ne bronche point, parce qu’il voit la lumière du mondew », qui est Jésus-Christ.

wJean 11.9.

III

Ce serait peu d’avoir compris quelques-unes des vérités contenues dans la magnifique comparaison de mon texte, si nous ne les mettions pas en pratique. Elles renferment pour chacun de nous un appel solennel à l’examen de nous-mêmes et à la conversion. Le soleil des âmes s’est-il levé pour vous, mon frère ? la joie de Noël vous appartient-elle ? Le Sauveur dont nous célébrons la naissance est-il votre Sauveur ? Par la naissance corporelle, nous avons tous ouvert nos yeux à la lumière de ce monde ; mais pour contempler « à face découverte » la gloire de ce soleil spirituel qui est Jésus-Christ, il faut la nouvelle naissance, il faut l’illumination du Saint-Esprit, il faut que le Dieu qui a dit que la lumière sortît des ténèbres ait brillé aussi dans nos cœursx. La Genèse raconte qu’au quatrième jour le soleil fut créé ; il est probable toutefois qu’il existait auparavant, mais il n’existait pas pour la terre ; un voile épais de brumes le lui cachait ; au quatrième jour ce voile fut déchiré et l’astre du jour resplendit pour la première fois dans la voûte azurée. Il faut qu’il s’accomplisse quelque chose de semblable pour toute âme d’homme. Vous en particulier sur qui le nom du Seigneur a été invoqué dès votre enfance, vous savez que Jésus-Christ n’est pas loin de vous, vous avez entendu parler de lui, vous avez même éprouvé quelques-uns de ses bienfaits ; mais il y a une brume épaisse qui vous le cache, elle est faite de vos péchés, de votre incrédulité surtout. Le moment où cette brume se déchire est celui de la conversion. Celle-ci est donc comme un lever de soleil ; elle est, dans la vie de l’individu, ce que fut l’avènement de Jésus-Christ dans celle de l’humanité. Encore une fois, mon frère, ce moment est-il venu pour vous ? Votre âme a-t-elle connu cette glorieuse aurore ? Il peut arriver que votre conversion ne se rattache pas dans votre souvenir à une date précise, que votre soleil se soit levé dans les brouillards ; mais du moins luit-il maintenant pour vous ? Vous communique-t-il ces bienfaits que nous énumérions tout à l’heure : lumière, chaleur, vie, direction ? Oh ! si ces questions vous troublent, si vous êtes encore dans le vague et dans l’incertitude à cet égard, ne voulez-vous pas en sortir aujourd’hui ? Ne voulez-vous pas, en ce beau Noël, venir de tout votre cœur à Jésus-Christ, prier le Père de dissiper les nuages qui vous cachent encore sa face, et vous réfugier dans l’amour universel et gratuit dont Dieu a aimé le monde ?

x2 Corinthiens 3.16 ; 4.6.

Si nous sommes déjà dans la foi, notre texte nous convie à la reconnaissance et à l’adoration. C’est par les entrailles de la miséricorde de notre Dieu, dit Zacharie, que le soleil levant nous a visités. Ces entrailles de la miséricorde de notre Dieu, qui nous les peindra ? qui nous dira toute la grandeur de ses compassions pour les pécheurs ? Certainement, si nous pouvions nous en faire une juste idée, toutes nos résistances seraient vaincues. Jésus-Christ nous dit que le Père qui est dans les cieux fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, sur les justes et sur les injustes ; mais quant à ce soleil spirituel qui est Jésus lui-même, on peut dire que Dieu ne l’a fait lever que sur des injustes, sur des multitudes « assises dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort ». Car, devant la sainteté de Dieu, personne n’est juste, et auprès de Jésus-Christ, personne n’est pur. Ce soleil qui s’était levé au premier jour de Noël sur notre pauvre monde l’a, pendant quelques heures pour ainsi dire, éclairé de sa lumière, inondé de ses bienfaits ; puis, après une course rapide, il s’est couché comme environné d’une pourpre sanglante, il a disparu dans une nuit qu’on pouvait croire éternelle. Mais, au matin de Pâques, il a reparu radieux pour resplendir d’un éclat incomparable et ne se plus cacher jamais. Si vous croyez cela vraiment, mon cher auditeur, n’est-il pas juste de vous réjouir à cette lumière et de rendre grâces à Dieu ? Peut-être êtes-vous à l’heure actuelle plongé dans la tristesse et dans le deuil, en proie à toutes sortes d’inquiétudes. Mais, pour envisager votre situation sous son vrai jour, pensez à ceux que le soleil de Noël n’éclaire pas. Chez les païens aussi, on souffre et l’on meurt, mais on souffre sans foi, sans espérance, sans consolation, presque sans prière. Là aussi il y a des veuves désolées, des mères qui ont tout perdu, des malades cloués sur un lit de douleur, des pauvres que les privations accablent. Mais ces veuves n’ont pas le Seigneur pour appui ; ces mères n’ont pas l’espoir de retrouver leurs bien-aimés dans le ciel ; ces malades n’ont pas la consolation de penser que, sous la destruction de l’homme extérieur, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour ; ces pauvres n’ont pas entendu dire que le royaume des cieux leur appartient. Pour vous, vous avez un sujet de joie plus grand que tous vos sujets de peine, la joie d’avoir un Sauveur ; vous savez que vos peines elles-mêmes cachent quelque bénédiction et sont destinées à produire un fruit paisible de justice. Si vous souffrez en chrétiens, dans la soumission, dans l’espérance et dans l’action de grâces, vous serez les plus bénis de la fête ; votre joie fleurira mieux, étant arrosée de larmes, et vos cantiques de louange, retentissant dans la nuit de l’affliction, n’en seront que plus agréables au Seigneur.

Notre texte renferme aussi pour les chrétiens une leçon de fidélité et de sainteté. « Maison de Jacob, disait Esaïe à la suite d’une de ses visions prophétiques les plus sublimes, venez, et marchons à la lumière de l’Eternel.y » Combien plus cet appel n’est-il pas à sa place maintenant que la prophétie est accomplie ! Puisque le soleil levant nous a visités d’en haut, marchons comme des enfants du jour. Appliquons-nous à porter ces « fruits de lumière qui consistent en toute sorte de bonté, de justice et de véritéz…. Dépouillons-nous des œuvres des ténèbres et revêtons-nous des armes de la lumièrea » Qu’il n’y ait plus dans notre vie de ces recoins cachés où nous évitons de regarder de trop près et que nous voudrions pouvoir dérober au Seigneur lui-même ; dans notre cœur, de ces replis où s’abritent impunément des désirs, des penchants, des colères, des jalousies, que nous ne voudrions à aucun prix avouer aux hommes et que nous ne rougissons pas de garder sous l’œil de Dieu. Voyez comment, dans le beau cantique que nous a fourni notre texte, Zacharie décrit les bienfaits de la Rédemption. « Dieu a promis qu’après être délivrés de la main de nos ennemis, il nous serait donné de le servir sans crainte, en marchant devant lui dans la sainteté et dans la justice, tous les jours de notre vie. » Voilà bien la vie conséquente, vaillante, pure, que réclame le vœu de notre conscience, la seule aussi qui soit vraiment et finalement heureuse. Cette vie, qui est tout simplement la vie chrétienne, l’avènement de Jésus-Christ, le lever du soleil de justice, l’a rendue plus que jamais désirable et plus que jamais obligatoire ; mais, par la grâce de Dieu, il l’a rendue possible aussi à celui qui croit.

yEsaïe 2.5.

zEphésiens 5.6 (texte critique).

aRomains 13.12.

Enfin, pour qui sait le lire, notre texte renferme un énergique appel à l’évangélisation. La prophétie de Zacharie n’est encore qu’imparfaitement réalisée. Il y a encore aujourd’hui des peuples qui sont assis dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort. Comme le soleil de la nature, le soleil spirituel n’a pas dû se lever à la même heure pour tous les pays ; pour nous, le jour de la grâce semble déjà incliner vers le soir ; pour d’autres, il n’a pas encore commencé. Mais il y a cette différence, que le cours du soleil visible est tout à fait indépendant de notre volonté et de nos efforts, tandis que nous pouvons quelque chose pour hâter le moment où le soleil de la grâce se lèvera sur les contrées encore déshéritées et plongées dans la nuit ; pour accélérer le vol de l’ange qui va portant de cieux en cieux l’Évangile éternel. Ce que nous pouvons, nous serions bien coupables si nous ne le faisions pas. Nous serions bien peu dignes du nom de chrétiens, si l’œuvre magnifique de la Mission parmi les païens ne trouvait en nous que des amis tièdes et parcimonieux, si nous n’étions pas toujours prêts à seconder par nos libéralités l’évangélisation de notre propre patrie, si nous ne cherchions pas à être nous-mêmes ouvriers avec Dieu pour aller prendre par la main ces païens de la chrétienté qui, dans ce pays qui s’appelle chrétien, à la veille de l’an de grâce 1887, ne savent pas que le soleil levant nous a visités d’en haut, et les inviter à tourner les yeux vers Jésus-Christ. « Tout ce qui est éclairé est lumièreb », dit un apôtre, c’est-à-dire que chacun de ceux que les rayons de l’Évangile illuminent doit réfléchir cette lumière et la répandre. « Qui est suffisant pour ces chosesc ? » O Jésus ! Soleil de justice et d’amour, éclaire-nous, réchauffe-nous, vivifie-nous, dirige nos pas, afin que nous puissions à notre tour et dans la puissance de ton Esprit éclairer, réchauffer, vivifier, conduire à toi ceux qui périssent !

bEphésiens 5.13.

c2 Corinthiens 2.16.

Nîmes, Noël 1886.

chapitre précédent retour à la page d'index chapitre suivant