Sermons prêchés pendant la guerre

La guerre à Dieu

« Prenez garde qu’il ne se trouve que vous ayez fait la guerre à Dieu. »

Actes 5.39

C’est une question tragique et qui ne peut qu’émouvoir profondément un cœur chrétien, de savoir si dans le conflit qui déchire et désole aujourd’hui l’Europe, l’un des deux partis, et lequel, aie droit de se considérer comme ayant Dieu de son côté. L’empereur d’Autriche, lorsqu’il a lancé cette malheureuse déclaration de guerre à la Serbie, qui a été le commencement d’un si vaste incendie, a solennellement affirmé qu’il aurait souhaité de terminer ses jours dans la paix, mais que la Providence en avait décidé autrement. A son tour, l’empereur d’Allemagne a protesté que la guerre lui était imposée ; à ce titre, il a invité ses sujets à implorer la protection de Dieu et à y compter. De notre côté, on fait un usage moins fréquent du nom de Dieu ; il vaut mieux ne pas le prononcer que de le prendre en vain. Nous n’en sommes pas moins persuadés, légitimement à ce qu’il me semble, que n’ayant ni cherché, ni voulu, ni prévu la guerre, ayant été obligés de l’accepter par des raisons de justice, d’humanité, de fidélité à la parole donnée, il nous est permis d’invoquer avec confiance le secours et la bénédiction de Dieu. Je n’entrerai pas plus avant dans ce débat, où il ne nous est pas possible d’apporter une impartialité complète, puisque nous sommes à la fois juges et parties.

Mais notre texte parle d’une autre guerre, faite, non plus à telle ou telle nation, avec ou sans l’approbation de Dieu, mais à Dieu même. Quiconque sait et considère qui est Dieu et qui est l’homme, sent aussitôt qu’une telle guerre ne pourrait qu’être odieuse et ridicule à la fois. On comprend que le mot de Gamaliel : « Prenez garde qu’il ne se trouve que vous avez fait la guerre à Dieu », ait fait tressaillir le sanhédrin et arrêté au moins provisoirement ses desseins meurtriers contre les apôtres. Mais la guerre à Dieu est-elle vraiment possible ? En quoi consiste-t-elle ? A-t-elle réellement existé ? Depuis quand, et qui en est coupable ? Serait-il possible que tels et tels d’entre nous fussent encore engagés dans une telle guerre ? Et si tel était le cas, comment en sortir ? Telles sont les questions que je désire examiner avec vous ce matin, sous le regard de Dieu. Elles nous éloigneront de la politique actuelle, dont nous ne sommes peut-être que trop enclins à vous entretenir ; mais elles auront l’avantage de s’adresser directement à nos consciences et de nous amener à porter un jugement plutôt sur nous-mêmes que sur nos adversaires.

I

Si, après l’œuvre des six jours, Dieu s’est reposé et a cessé de produire des créations entièrement nouvelles, ce n’est pas que son but fût atteint et sa pensée créatrice pleinement réalisée. Mais il a trouvé bon de ne pas agir seul ; il a destiné l’homme, fait à son image, à devenir son collaborateur, à poursuivre l’œuvre de Dieu, à établir le règne de Dieu sur la terre en assujettissant la matière à l’esprit. Malheureusement, l’homme a été infidèle à cette haute vocation ; il a écouté la voix du tentateur, qui lui suggérait des pensées de doute et de défiance à l’égard de Dieu ; il s’est rangé du côté de l’ennemi de Dieu, et par là il est devenu lui-même ennemi de Dieu. Ne nous laissons pas ravir cette conviction, qui est le fond commun de la religion et de la morale : Dieu étant la Lumière ou le Bien personnifié, le mal est toujours une révolte contre Dieu ; faire le mal, consentir au mal, c’est faire la guerre à Dieu. En entrant dans cette voie funeste, non seulement l’homme a fait son propre malheur, mais il a rendu, si j’ose dire, la tâche de Dieu plus difficile ; il a suscité à l’œuvre divine les plus sérieux obstacles, lui qui devait en être l’auxiliaire et l’instrument. Il a obligé Dieu, en quelque sorte, à ne poursuivre désormais son but que par de longs détours, à travers de douloureux châtiments ; et ce qui nous confond surtout, par un sacrifice personnel infini comme lui-même. Pour triompher des puissances du mal, accueillies et secondées par l’homme, il a fallu que Dieu descendît dans la personne de son Fils sur cet étroit et sanglant champ de bataille de la terre pour y remporter la victoire décisive, celle de la sainteté et de l’amour. Toutefois, même après cette victoire, la lutte dure encore à cause de la résistance et de l’incrédulité des hommes. La guerre de l’homme contre Dieu, tout en étant infiniment inégale, est donc une guerre réelle.

Tous les hommes, étant pécheurs, sont plus ou moins dans un état d’inimitié contre Dieu jusqu’à ce qu’ils se soient réconciliés avec lui. Mais cette inimitié est, à des degrés divers, consciente, volontaire, opiniâtre. Il y a des hommes qui font la guerre à Dieu délibérément et qui s’y obstinent. Tel était ce pharaon qui, à l’ordre divin apporté par Moïse, de laisser partir le peuple d’Israël, répondit : « Qui est l’Eternel, pour que j’obéisse à sa voix ? » qui, à la suite de chacun des fléaux par lesquels l’Egypte fut visitée, endurcit son cœur et ne céda un moment, après la mort des premiers-nés, que pour s’en repentir ensuite et périr dans la révolte. Mais le peuple d’Israël lui-même ne fit guère mieux quand, au pied du Sinaï, il adora le veau d’or ; quand il fatigua Moïse par ses murmures toujours renouvelés ; quand plus tard il se montra rebelle à la voix de ses prophètes, les persécuta, les mit à mort et, par ses retours continuels à l’idolâtrie, contraignit enfin l’Eternel à le chasser de la terre promise. Au temps de Jésus-Christ, les pharisiens et les principaux du peuple, en rejetant et en crucifiant le Sauveur et en manifestant la même hostilité contre les apôtres, faisaient presque sciemment la guerre à Dieu. L’avertissement de Gamaliel était donc bien à sa place. S’il y avait chez ces hommes une part d’ignorance, celle de la mauvaise volonté était plus grande ; s’ils avaient été sincères, ils auraient vu dans l’admirable guérison de l’impotent autre chose qu’un motif d’inquiétude et de haine contre ceux qui l’avaient opérée. De nos jours encore, Dieu a des ennemis déclarés. Tels sont les apôtres de l’athéisme ; tels sont les fauteurs de la corruption nationale, ceux qui la flattent et entretiennent, pour en vivre, des vices tels que l’alcoolisme et l’immoralité. N’ai-je pas le droit d’ajouter : tels sont ceux qui ont déchaîné sur le monde la guerre actuelle ?

D’autres font la guerre à Dieu sans le savoir et même en se persuadant qu’ils le servent. Tel était ce Saül de Tarse qui, en persécutant les disciples du Nazaréen, croyait défendre la loi de Dieu et venger son honneur. Aussi fut-il près de mourir de douleur et de honte quand il s’aperçut que, dans son zèle aveugle, il faisait la guerre à Dieu et regimbait contre l’aiguillon de sa grâce. Il peut y avoir aujourd’hui de tels hommes parmi les adversaires de notre foi et – qui sait ? – parmi ceux de notre patrie et de la cause que nous croyons juste. Ne jugeons pas, afin de n’être pas jugés ; pardonnons afin que Dieu nous pardonne. Toutefois, la plupart de ceux qui font la guerre à Dieu ont bien une certaine conscience de ce qu’il y a de grave et de coupable dans leur état moral, et de la condamnation qu’ils ont encourue. Ils en éprouvent parfois de la douleur et de la crainte ; il y a chez eux un commencement de repentir. Mais ils ne vont pas jusqu au bout ; ils n’ont pas le courage de renoncer sérieusement et définitivement au mal ; leurs bonnes résolutions sont suivies de rechutes et leurs repentirs passagers de retours aux actions ou aux habitudes mauvaises qu’ils avaient paru délaisser. Tel fut le caractère des réformes religieuses accomplies pour un peu de temps en Juda sous l’influence de quelques rois pieux. Et tel est peut-être, mes frères, la vie d’un bon nombre d’entre nous. Elle est faite de hauts et de bas, d’espérances et de découragements, de conversions qui n’aboutissent pas et de péchés auxquels nous ne renonçons pas. En cet état, nous ne pensons pas être tout à fait des ennemis de Dieu, mais nous n’oserions affirmer que nous sommes ses enfants. Et pourtant Jésus a dit : « Quiconque n’est pas pour moi est contre moi. » Ne nous complaisons donc pas dans dans cet affligeant et humiliant partage du cœur ; n’essayons pas de nous faire une justice avec nos bons désirs, nos regrets impuissants, nos velléités de retour à Dieu et de réforme de notre conduite. Que penserait-on, dans l’ordre politique et national, d’un homme qui agirait de telle sorte, qui serait partagé entre la France et l’Allemagne, et dont la vie se passerait en alternatives de fidélité et de trahison ? Personne ne s’étonnerait ni ne s’indignerait, s’il était fusillé comme un rebelle. Prenez garde donc, ô vous qui n’avez pas encore donné votre cœur et consacré votre vie à Dieu, prenez garde que, malgré vos prières, votre profession religieuse et vos bonnes œuvres intermittentes, il ne se trouve à la fin que vous lui avez fait la guerre.

II

Il vaut la peine d’y prendre garde, car il n’y a pas de plus grand malheur ni de plus grand crime que d’être l’auteur d’une guerre injuste. C’est pourquoi il n’y a pas d’homme aujourd’hui dans le monde à qui je craindrais plus de ressembler et dont je redouterais plus de partager le sort, ici-bas et dans l’éternité, que l’empereur d’Allemagne. Cela ne doit pas nous empêcher de prier pour lui et de croire qu’à lui aussi, par sa grâce toute puissante, Dieu peut pardonner.

Mais revenons à la guerre à Dieu. Celle-ci est toujours et entièrement injuste. Ici, on ne peut plus parler de torts réciproques, comme il y a lieu de le faire en général dans les conflits humains ; toute la justice est du côté de Dieu, toute l’injustice du côté de l’homme. Le contester, ce serait nier la sainteté de Dieu et par conséquent Dieu même. Pensez à cela, ô vous qui êtes en guerre avec Dieu, en ce sens que vous êtes ouvertement ou secrètement en révolte contre sa volonté providentielle. Non seulement vous ne comprenez pas les voies de Dieu, ce qui est le lot de tout homme, mais elles sont pour vous un objet de scandale ; vous trouvez mauvais qu’il ait commandé ou permis ceci ou cela ; vous vous plaignez de ce que Dieu vous afflige plus que d’autres et plus que vous ne l’avez mérité, de ce que vous avez plus que votre part des peines de la vie, de ce que le bonheur honnête et légitime dont vous avez joui un peu de temps vous a été ravi pour toujours. Toutes ces pensées sont coupables et blasphématoires ; elles sont folie à l’égard du Dieu souverain, impiété et calomnie à l’égard du Dieu juste et saint, ingratitude à l’égard du Dieu qui est amour. Dieu, ne vous prend que ce qu’il vous avait donné, ou plutôt prêté, et il a le droit de le reprendre quand et comme il lui plaît. La seule attitude qui nous convienne est celle que Jésus lui-même a prise quand il a dit : « Père, que ta volonté soit faite ! » C’est dans cette humiliation et dans cette poussière que la bonté de Dieu descendra jusqu’à nous pour nous relever, pour nous accorder la délivrance intérieure, si la délivrance extérieure n’est plus possible.

Vous n’êtes pas moins dans le faux et dans le mal, ô vous qui vous insurgez contre la volonté morale de Dieu, celle qui s’exprime dans ses commandements, celle qui demande, non plus seulement à être acceptée, mais à être obéie. Vous pensez que Dieu exige trop de sa faible créature, qu’il nous demande trop de renoncements et de sacrifices, qu’il n’est pas possible de lui donner cet amour suprême qu’il réclame ; que vous pouvez bien vous permettre de faire certaines concessions à vos penchants naturels, de conserver telle habitude, de persister dans telle façon d’agir au sujet de laquelle vous éprouvez bien quelques scrupules, mais qui n’est pourtant pas si condamnable. Tant que vous pensez et tant que vous vivez de la sorte, vous faites la guerre à Dieu ; en vain vous alléguez que sur d’autres points vous lui êtes soumis. L’apôtre Jacques affirme avec raison que celui qui transgresse, le sachant et le voulant, un seul commandement, est coupable comme s’il les transgressait tous ; car il témoigne et prouve qu’il y a quelque chose qu’il préfère à la loi de Dieu, et que pour lui faire commettre un péché quelconque, il suffit d’une tentation assez forte. Oh ! que Dieu nous accorde la vision de cette volonté divine, sainte, agréable, parfaite, dont parle saint Paul ! Nous comprendrons que nous y conformer et nous y ranger sans réserve est notre honneur et notre bonheur en même temps que notre devoir ; nous ne serons plus portés à l’éluder par de honteux marchandages ; une seule désobéissance volontaire nous inspirera plus de crainte et plus d’horreur que toutes les privations et tous les maux d’ici-bas.

III

La guerre à Dieu, qui est toujours injuste, est en même temps insensée. Elle l’est d’abord en ce sens qu’elle fait le malheur de tous ceux qui s’y sont engagés. Considérez l’esclave d’une passion quelconque, le sensuel, l’ami de l’argent, l’ambitieux, l’égoïste, quelle que soit la forme de son égoïsme. Est-il heureux ? Je ne parle pas de ses échecs et de ses déceptions, beaucoup plus nombreux que ses succès ; s’il réussit à se procurer les biens qu’il cherche en dehors des voies de Dieu et en foulant aux pieds sa sainte loi, est-il heureux ? – Non ! Il a des moments d’ivresse et de triomphe, mais au fond il n’est pas satisfait ; il est de plus en plus désabusé et dégoûté de la vie : j’entends de la vie présente ; car, pour ce qui est de la vie à venir, il s’efforce de n’y pas penser ou de n’y pas croire, tant il en a peur. Comme l’a dit saint Paul, « le salaire du péché, c’est la mort » ; on traduirait plus littéralement : « la solde du péché » ; le péché est comparé à un général, qui paie à ses trop dociles soldats, ou plutôt à ses malheureux esclaves, quel salaire ? la mort. Il n’en peut être autrement. S’il y a un Dieu, il est impossible que, dans le monde qu’il gouverne, son ennemi soit heureux ; et à la longue il est impossible qu’il vive. Toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu ; quant à celui qui n’aime pas Dieu, toutes choses concourent à sa ruine, jusqu’à ce qu’il se repente. Si l’heure de ce repentir, si salutaire et si nécessaire, n’a pas encore sonné pour tel ou tel d’entre nous, pourquoi serait-elle différée ? La vie est courte.

La guerre contre Dieu est insensée encore en ce sens qu’en un tel conflit, la victoire est impossible et la défaite certaine. La chose semble tellement évidente qu’il est inutile de s’y arrêter. Et pourtant, il faut avouer qu’à ne considérer que le spectacle des choses humaines, il y a des moments où l’on pourrait douter de l’issue finale, où le mal paraît l’emporter sur le bien, où l’empire de Satan, que Jésus lui-même appelle le Prince de ce monde, paraît mieux établi que celui de Dieu. Ne sommes-nous pas dans un de ces moments ? L’ennemi du genre humain, qui est meurtrier dès le commencement, a-t-il jamais remporté une victoire plus signalée et plus détestable que le jour où il a réussi à mettre aux prises, dans un immense et impitoyable conflit, les principales nations chrétiennes, s’il est permis de leur donner encore ce nom ? Après le meurtre d’Abel, la terre a bu comme à regret le sang de cette première et innocente victime, et son cri est monté vers le ciel ; qu’est-ce donc aujourd’hui où, sur un champ de bataille qui embrasse des milliers de kilomètres, la terre est journellement abreuvée du sang de ses enfants les plus jeunes, les plus nobles, les plus dignes et les plus capables de vivre ? Comment finira tout cela ? La guerre, surtout dans ces proportions, n’est-elle pas le suicide de l’humanité ? Je ne suis pas prophète ; je comprends la pensée de ceux qui croient au retour prochain du Christ pour juger le monde. Mais, que ce soit par ce retour ou autrement, le mal sera vaincu ; la guerre, l’injustice et l’humanité auront leur terme ; le règne de Dieu viendra, nous en voyons les signes précurseurs. La guerre elle-même est l’occasion de pieuses pensées et d’actes généreux ; jamais on n’a tant donné, tant servi et tant prié. Et jamais guerre n’a été plus hautement et plus visiblement condamnée par la conscience du genre humain ; tout le monde sent et crie qu’il faut que se soit la dernière ; on peut espérer qu’après cette guerre, ces infâmes théories allemandes qui préconisent la guerre comme nécessaire, qui la veulent inhumaine et impitoyable, et qui voient dans la force l’unique base et l’unique mesure du droit, retourneront à l’enfer, d’où elles sont sorties. Quand la justice et la paix triompheront, quelle ne sera pas la joie de ceux qui, à travers les jours les plus sombres, n’auront pas cessé de croire en Dieu et de le servir lui seul ! Quelle ne sera pas la confusion de ceux qui lui auront fait la guerre, tout en invoquant son nom peut-être ! Ayons toujours devant les yeux cette fin glorieuse ; prions Dieu de nous révéler sa volonté et de diriger dès aujourd’hui toutes nos pensées et tous nos efforts vers la venue de son règne, qui n’est qu’un autre nom de l’accomplissement du bien.

IV

Heureusement cette guerre à Dieu, qui est tout ensemble injuste, insensée et désespérée, a encore ce caractère (c’est assurément son seul mérite) que nul n’est contraint d’y persister, que chacun est libre en même temps qu’obligé d’y renoncer dès, aujourd’hui. Il n’en est pas ainsi des guerres internationales ; il ne dépend pas de nous de mettre immédiatement un terme à celle qui désole l’Europe. Mais la paix avec Dieu nous est à tous gratuitement et généreusement offerte. Chose admirable ! Dieu, qui a pour lui tout le droit, puisque, comme nous l’avons vu, toute la justice est de son côté et toute l’injustice du côté de l’homme ; Dieu, qui a toute la puissance et qui pourrait d’un mot anéantir ses adversaires ; Dieu enfin, qui a tant de sujets de se plaindre de notre ingratitude, de notre légèreté, de notre mauvaise foi, Dieu a le premier fait des démarches en vue de la paix. Dieu était en Christ, dit saint Paul, réconciliant le monde avec lui-même, n’imputant pas aux hommes leurs péchés ; nous vous en supplions au nom de Christ, réconciliez-vous avec Dieup. Ce n’est donc pas assez de dire que Dieu veut la paix ; de son côté, la paix est déjà faite. Si un homme bon et puissant, que nous aurions gravement offensé, venait à nous la main tendue et nous disait : « Je vous en prie, faisons la paix », il faudrait que nous fussions bien méchants, bien défiants et bien ingrats pour douter de ses intentions à notre égard. Ne doutons donc pas de la grâce de Dieu manifestée en Jésus-Christ. Y croire de cœur et pour tout de bon, en ce qui nous concerne personnellement, c’est faire le premier pas vers la paix avec Dieu. Refuser d’y croire, c’est faire Dieu menteur, c’est mettre en suspicion la parole qu’il nous a donnée par ses prophètes, par ses apôtres et par son Fils unique, c’est l’assimiler (peut-il y avoir une offense plus grave ?) à ce souverain pour qui, à son éternelle honte, un traité solennel revêtu de sa signature, n’est qu’un chiffon de papier. Ne faisons pas cette injure à notre Père céleste, quand il nous déclare qu’il nous aime, qu’il nous a pardonné d’avance, qu’il a donné son Fils et qu’il l’a livré à la mort pour être notre Sauveur miséricordieux et tout puissant, qui n’a jamais repoussé le plus faible et le plus indigne de ceux qui viennent à lui.

p2 Corinthiens 5.19-20.

Un second pas vers la paix avec Dieu, c’est de nous soumettre entièrement à lui, c’est d’ôter de nos cœurs et de nos vies tout ce qui est contraire à sa volonté sainte. Un sujet rebelle, amnistié par son souverain, nourrira-t-il encore des pensées de révolte contre lui ? Le fils prodigue, reçu dans la maison et serré dans les bras de son père, se plaindra-t-il encore d’avoir à le servir ? Dites plutôt qu’il n’y aura pas d’enfant ni de serviteur plus dévoué que ce fils repentant, pas de sujet plus fidèle que celui qui aura été l’objet d’une grâce si grande et si peu méritée. Ainsi, mes frères, si vous avez compris aujourd’hui combien insensée et combien criminelle est toute guerre faite à Dieu, et si vous êtes touchés de la bonté de Dieu qui pardonne à de si grands coupables, renoncez dès aujourd’hui, de tout votre cœur et pour toujours, à toute opposition faite à la volonté divine. Que votre obéissance soit une obéissance d’amour ; que vos cœurs ne soient plus partagés entre Dieu et le monde ; faites, votre compte qu’ayant été rachetés à un grand prix, vous n’êtes plus à vous-mêmes, mais à Celui qui est mort et ressuscité pour vous. Il n’y a de vraie paix avec Dieu qu’à ce prix et hors de la paix avec Dieu, il n’y a que péché et misère, dans ce monde et dans l’autre.

Pour celui qui est en paix avec Dieu, la vie ces-sera-t-elle d’être un combat ? – Non, sans doute, mais à la guerre contre Dieu succédera une guerre toute différente et même toute contraire, la guerre pour Dieu, pour son service, pour sa gloire et pour l’avancement de son règne. Telle était celle où les apôtres étaient engagés, alors qu’en présence des meurtriers du Christ ils rendaient témoignage à sa résurrection et au salut qui se trouve en lui seul, et qu’ils refusaient de se laisser imposer silence par les injonctions et les menaces du sanhédrin. Cette guerre-là est toute sainte : sainte dans son but, puisqu’elle n’a en vue que l’accomplissement de la volonté de Dieu, la venue de son règne, le salut des âmes pour lesquelles Jésus-Christ est mort ; sainte dans la personne de ceux qui la font ; ce sont ceux que le nouveau Testament appelle des saints, c’est-à-dire tous les disciples de Jésus-Christ, hommes ou femmes, jeunes ou vieux, savants ou ignorants, illustres ou obscurs. La guerre pour Dieu est sainte encore par les moyens qu’elle emploie ; car elle n’exerce aucune violence, elle ne fait de mal à personne, et les seules armes auxquelles elle ait recours sont des œuvres de justice et d’amour et des paroles de vérité. J’ajoute que la guerre pour Dieu est placée sous la bénédiction d’une promesse de victoire. S’il est impossible, comme l’affirme avec raison Gamaliel, qu’une entreprise tentée contre Dieu réussisse, il n’est pas moins impossible que des efforts et des sacrifices faits pour la cause de Dieu et de la vérité aboutissent à une défaite finale. Je vous en conjure donc, mes frères, renonçons aujourd’hui à toute guerre contre Dieu, afin de nous consacrer entièrement à la guerre pour Dieu. Si le sanhédrin juif, malgré ses préventions et son hostilité, a cédé à l’avis de Gamaliel, ne serez-vous pas dociles, vous, chrétiens, à la voix de Jésus-Christ, qui vous a parlé par son faible serviteur ? Et puisque nous sommes aujourd’hui, malgré nous, engagés dans une guerre contre des hommes en qui nous persistons à voir des frères, apportons dans cette guerre qui nous est imposée tant de sérieux et d’amour, des visées si hautes et si pures, tant de vigilance à fuir le mal et d’application sincère à rechercher le bien de tous, que cette guerre elle-même devienne, autant que cela est possible, une guerre pour Dieu.

Amen.

Petit-Temple, 18 avril 1915.

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