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Prions !

Pour moi, mon bien est de m’approcher de Dieu.

(Psaumes 73.28)

Le croyant a plusieurs manières de s’approcher de Dieu. Le palais du Grand Monarque a plus d’une porte, et l’amour de Jésus, ainsi que toutes les richesses de sa Grâce et de son Esprit, nous font éprouver une grande joie à nous approcher de notre Père céleste. Mentionnons tout d’abord, et par-dessus tout, la communion de l’âme avec Dieu, par laquelle l’homme converse avec son Créateur, — ce doux rapprochement entre le pécheur et son Dieu, dans lequel tous deux se révèlent mutuellement leurs secrets, et dans lequel Dieu nous ouvre son cœur, parce que nous lui ouvrons le nôtre. C’est dans ces moments que nous voyons ce qui est invisible et que nous entendons ce qui est ineffable. Le symbole extérieur de cette communion, c’est le repas de la cène, où, par des images matérielles, nous sommes appelés à nous repaître spirituellement de la chair et du sang du Rédempteur. C’est là la maîtresse-porte, la voie royale, par laquelle nous pénétrons avec délices jusqu’à Lui. Mais nous nous approchons également de Dieu par nos soupirs et nos larmes, dans ces moments de douloureuse tristesse où nos cœurs ont soif de sa sainte présence et s’écrient : « Quel autre ai-je au ciel ? Or, je n’ai pris plaisir sur la terre en rien qu’en Toi seul ! » Et toutes les fois que nous lisons les promesses consignées dans la Parole et que le Seigneur nous fait la grâce de les recevoir et de nous appuyer sur elles, comme étant la parole même du Dieu de l’alliance, nous « nous approchons de Dieu. »

Néanmoins, la prière est de tous les moyens le plus efficace. Vous me permettrez donc de concentrer aujourd’hui mes réflexions sur le sujet de la prière. En effet, c’est principalement par la prière que nous entrons en communion avec Dieu, et c’est d’elle surtout que l’on peut dire que le bien de tout homme est de s’approcher de Dieu, si toutefois il sait pratiquer cet art céleste de l’intercession. Afin de mieux graver ce qui va suivre dans votre mémoire, et pour que ce sermon puisse demeurer longtemps dans votre souvenir, je diviserai mon discours d’une manière un peu étrange peut-être, et j’envisagerai mon texte premièrement comme une pierre de touche, par laquelle nous pouvons éprouver la valeur de nos prières et la nature de notre véritable état spirituel ; — secondement, comme une pierre à aiguiser, par laquelle nous pouvons exciter l’ardeur de nos désirs et augmenter notre ferveur et notre persévérance dans nos supplications, attendu que « notre bien est de nous approcher de Dieu » ; — enfin, j’aurai à remplir une tâche solennelle, qui sera de m’en servir comme d’une pierre tumulaire dont l’épitaphe sera terrible pour ceux qui ne savent pas ce que c’est que « s’approcher de Dieu », car une âme sans prière est une âme sans Christ.

I

Premièrement, donc, nous considèrerons mon texte comme une pierre de touche, par laquelle vous pouvez éprouver vos prières et vous éprouver vous-mêmes.

Une prière dans laquelle l’âme ne s’est pas approchée de Dieu n’est pas une prière. Venez donc ici avec vos supplications. Je vois quelqu’un qui s’avance en disant : « J’ai l’habitude de me servir matin et soir d’une prière que j’ai apprise ou que je lis. Je ne puis sortir en paix de chez moi si je n’ai répété ma prière du matin, ni m’endormir tranquille si je n’ai récité ma prière du soir. D’ailleurs, ces prières sont les plus belles qu’on ait se publiées. Elles ont été compilées par un chrétien éminent, qui est mort martyr et qui est monté vers son Dieu sur un chariot de flammes ardentes. » — Mon ami, je suis heureux d’apprendre que, tout en vous servant de prières faites à l’avance, vous mettez en usage les meilleures qui existent en ce genre. S’il vous faut des prières imprimées, qu’elles soient des meilleures ; rien de mieux. Mais permettez-moi une question : ce n’est point que je veuille condamner l’emploi de semblables formes de prière ; mais, dites-moi — et soyez sincère dans votre réponse — vous êtes-vous approché de Dieu pendant que vous répétiez ces prières ? Car, s’il en était autrement — ô pensée solennelle ! — toutes les prières que vous avez faites jusqu’ici ne seraient qu’une vaine dérision. Vous avez dit des prières, mais vous n’avez jamais prié de votre vie ! Ne vous imaginez pas qu’il y ait une sorte de pouvoir magique dans certaine série de paroles. Attribuer une valeur quelconque à la plus belle prière du monde, alors qu’elle n’est, après tout, qu’une pure forme pour vous, c’est une insigne folie. Autant vaudrait redire votre alphabet à rebours, en commençant par la fin, ou répéter l’abracadabra d’un enchanteur. Vous êtes-vous approché de Dieu ? — Supposons que l’un d’entre nous doive présenter une pétition au parlement : nous aurons raison de nous inquiéter de la forme et du style d’un pareil document, nous tâcherons d’employer des phrases convenables. Mais supposons qu’après cela nous nous mettions le matin à lire cette pétition et à nous la répéter à nous-même dans notre chambre, et que nous en fassions autant le soir, puis autant le lendemain, et ainsi chaque jour, pendant tout un mois : après six mois d’un pareil exercice, nous rencontrons un membre du parlement et nous lui disons, à sa grande surprise : « Monsieur, comment se fait-il que je n’aie pas encore reçu une réponse à ma requête, car voici bien des mois que je pétitionne, et la pétition était conçue dans les termes les plus soignés ? — Comment ? répond-il, et quand avez-vous donc présenté votre pétition ? — Présenté ? ah ! mais je n’avais jamais songé à cela ; je l’ai simplement répétée, apprise par cœur. — Oui-da ! reprend alors votre interlocuteur, et vous pourriez la répéter encore pendant de longues années avant qu’elle produisît le moindre bon résultat. Il ne s’agit pas de répéter mais de présenter votre pétition et de la faire appuyer par quelque ami influent ; alors seulement vous obtiendrez ce que vous désirez. » — De même il se peut, mon ami, que vous ayez répété jusqu’ici force belles prières, vous imaginant que c’était là de la prière ; mais à quoi bon toute cette peine, si vos prières n’ont jamais été présentées ? Vous ne les avez pas déposées au pied du trône de l’Agneau immolé ; vous ne lui avez pas demandé de les porter pour vous dans le sanctuaire et de les présenter à son Père avec ses propres mérites. Je ne vous dis pas de mettre ces formes de côté ; mais je vous conjure, au nom du Dieu vivant, de demander à l’Esprit Saint de vous enseigner à vous approcher de Dieu dans ces prières, ou bien de les abandonner. Oh ! je vous en conjure, ne prenez pas ce que je vous dis en ce moment comme une critique. Je parle comme messager de Dieu. Votre prière n’a pas été entendue et ne sera ni ne pourra jamais être exaucée, aussi longtemps qu’elle ne contiendra pas un désir réel et sincère de vous approcher de Dieu.

« Ah ! dit un autre, je suis heureux que vous fassiez ces remarques, car je suis dans l’habitude de prier d’abondance tous les jours, matin et soir et à d’autres moments, et j’aime à vous entendre parler contre les prières écrites. » — Prenez garde ! je n’ai rien dit contre la forme ; ce point ne rentre pas ici dans mon texte. Il arrive toujours qu’une certaine classe de pécheurs se réjouissent quand le prédicateur tance une autre classe. Vous dites que vous priez d’abondance : je vais soumettre cette prière à la même pierre de touche que la précédente. Qu’y a-t-il dans la forme écrite qui vous gêne, pour que vous préfériez prier d’abondance ? Votre improvisation est-elle bien supérieure à ce qu’a pu écrire tel éminent homme de Dieu ? Il se peut bien que votre prière d’abondance ne vaille pas un centime et que, quant à la forme, elle fasse honte, si on l’écrivait, à tous les fabricants de prières. Je vous mets sommairement sur la pierre de touche : vous êtes-vous approché de Dieu dans votre prière ? En vous agenouillant, le matin, avez-vous pensé que vous parliez au Roi des cieux et de la terre ? Avez-vous exprimé vos désirs en l’air, à tous les vents, ou bien dans l’oreille de l’Éternel ? Avez-vous eu l’intention d’aller à Lui pour lui exposer vos besoins, et avez-vous attendu de Lui une réponse à votre requête ? Rappelez-vous que votre prière ne peut être acceptée et exaucée qu’autant que vous vous êtes approché de Dieu en la prononçant. Supposons, par exemple, que je veuille obtenir une faveur d’un ami, et que, m’enfermant dans ma chambre, je me mette à prononcer un grand discours en demandant avec ardeur ce que je désire ; supposons que j’en fasse autant le soir, et ainsi pendant plusieurs mois. Après cela, je rencontre cet ami et lui annonce que je lui ai demandé une faveur, en lui reprochant de n’avoir jamais daigné écouter mes prières. — « Eh quoi ! s’écrie-t-il, je ne vous ai jamais vu ; vous ne m’en avez jamais parlé ! — Ah ! mais vous auriez dû écouter ce que je disais ; si vous m’aviez entendu, votre cœur en eût certainement été touché. — Oui, mais vous ne me l’avez jamais dit à moi-même. Vous m’avez, dites-vous, écrit une lettre des plus émouvantes, mais l’avez-vous mise à la poste ? me l’avez-vous fait remettre ? — Eh ! non, non ! répondez-vous, je l’ai gardée par-devers moi après l’avoir écrite et ne vous l’ai pas envoyée. »

Hé bien ! prenez garde qu’il n’en soit absolument de même de vos prières improvisées. Vous suppliez ! mais si votre supplication ne s’adresse pas à Dieu, à quoi peut-elle servir ? Vous parlez ! mais si vous ne parlez pas au Seigneur comme étant présent devant vous, à quoi servent vos paroles ? Si vous ne cherchez pas à vous approcher de Lui, qu’avez-vous donc fait ? Vous avez offert un sacrifice, peut-être, mais sur vos propres autels idolâtres, et ce sacrifice est une abomination. Vous ne l’avez pas apporté sur l’autel de Dieu ; vous n’êtes pas venu à ce trône de grâce, où Il manifeste visiblement sa présence. Vous ne vous êtes pas approché de Dieu, et, par conséquent, vos prières, quelque grand qu’en puisse être le nombre, sont sans aucune valeur pour le bien de votre âme. Pour qu’une prière soit acceptée, il faut que celui qui la présente s’approche de Dieu.

Mais, maintenant, afin de prévenir ici tout malentendu, je vais essayer de décrire ce que j’entends par s’approcher de Dieu. En cela, il y a plusieurs degrés, vu que tous ne peuvent pas s’en approcher également près. Quand la grâce divine pénètre pour la première fois dans une âme, cette âme s’approchera de Dieu, mais avec grande crainte et avec tremblement. L’âme qui sent son péché et qui en est humiliée est comme frappée de terreur par la solennité de sa situation ; elle se prosterne jusqu’à terre devant la Suprême Majesté en présence de laquelle elle comparaît. Je me souviens de la première prière sincère que j’ai faite en ma vie, mais j’ai oublié les termes dont je me servis ; il y avait peu de paroles, en tout cas. Jusqu’alors, j’avais répété des prières écrites et j’avais l’habitude de les répéter sans cesse. Enfin, j’essayai réellement de prier, et aussitôt je me sentis en présence de Dieu, — en présence du Tout-Puissant qui sonde les cœurs, — et je me dis à moi-même : « J’avais entendu parler de Toi par ouï-dire, mais maintenant mon œil te voit ; c’est pourquoi je m’abhorre et je me repens sous le sac et sous la cendre. » Je me sentis défaillir de terreur, comme Esther en présence du roi. Mon cœur était pénétré de componction dans le sentiment de sa Grandeur et de mon abjection. Je crois que les seules paroles que je pus prononcer furent à peu près celles-ci : « Oh !… ah !… » et la seule phrase complète : « O Dieu ! sois apaisé envers moi qui suis pécheur ! » La splendeur éclatante de sa Majesté, sa Puissance infinie, la sévérité de sa Justice, la pureté immaculée de sa Sainteté, et toute la sublime immensité de son Essence saisirent mon âme d’une manière si extraordinaire, que je tombai à terre dans une complète prostration d’esprit. Mais, dans tout cela, je m’étais réellement approché de Dieu. Ah ! si lorsque vous êtes dans vos temples ou dans vos chapelles vous pouviez ainsi vous sentir en présence de Dieu, vous verriez bientôt des scènes infiniment plus merveilleuses que tous les miracles du réveil irlandais. Si vous pouviez comprendre que Dieu est là, devant vous, que c’est à Lui que vous parlez, qu’Il vous entend répéter cette confession : « Nous sommes de pauvres pécheurs, nés dans la corruption, enclins au mal, incapables de faire aucun bien, et qui transgressons tous les jours et en plusieurs manières tes saints commandements », ah ! chers amis, vous vous sentiriez alors courbés sous une grande humiliation et un profond abattement. Que Dieu daigne nous faire à tous la grâce, chaque fois que nous prions, de nous approcher véritablement et sincèrement de Lui !

Plus tard, à mesure que le chrétien grandit dans la grâce, sans oublier ce que sa situation a de solennel, — sans rien perdre de cette sainte frayeur dont il se sentira toujours saisi en présence de Celui qui peut créer et qui peut détruire, néanmoins toute terreur aura disparu, et à la place d’une crainte servile et abjecte il éprouvera un saint respect. Alors l’homme de Dieu, rendu capable de marcher au milieu des splendeurs de la Divinité, se voilera la face comme le glorieux chérubin se voile avec ses ailes, et se revêtira du sang et de la justice de Christ. Il s’approchera ainsi du trône de Dieu, en s’inclinant avec humilité et respect, et, contemplant surtout son amour, sa bonté et sa miséricorde, il sera plus vivement frappé par les caractères qui en font le Dieu de l’Alliance de Grâce, que par les attributs qui nous le révèlent comme l’Être suprême et absolu. La bonté de l’Éternel le touchera davantage que sa grandeur, et son amour davantage que sa majesté. Non moins humblement prosternée, l’âme jouira aussi d’une sainte liberté d’intercession ; car, quoique abattue devant Lui par le sentiment de son infinie grandeur, elle sera déjà soutenue par le sentiment de son infinie miséricorde et de son éternel amour. C’est à cet état que parviennent ceux qui ont reçu le pardon de leurs péchés et qui sont passés de la mort à la vie. Ce n’est qu’alors seulement qu’ils peuvent se réjouir en présence de Dieu et s’approcher de Lui avec confiance.

Mais il est un troisième degré — un degré plus élevé — auquel bien peu d’entre nous parviennent, je le crains. A ce degré, l’enfant de Dieu, ravi par la splendeur divine et par l’éclat de l’amour éternel, voit des choses encore plus éblouissantes et plus précieuses encore ; à savoir : ses relations personnelles avec Dieu. Il voit sur le trône, non plus seulement la Bonté, mais la bonté de son Père, — non plus seulement l’amour, mais cet amour qui, de toute éternité, s’est reposé sur lui, — l’amour qui l’a traité en enfant bien-aimé, qui a écrit son nom sur sa poitrine et qui même a daigné subir la mort pour lui. En s’approchant alors du trône de son Dieu, le racheté embrasse les genoux de son Père, et, tout en conservant le sentiment de la grandeur de Dieu, il est dominé par les attraits de son amour comme Père, et il s’écrie : « Mon Père, entends ma prière et exauce ma requête pour l’amour de Jésus ! » Dans ce nouvel état, il arrive parfois que l’enfant de Dieu prie de telle sorte que les autres n’y comprennent plus rien. Si vous aviez entendu prier Martin Luther, plusieurs d’entre vous en eussent été choqués, et peut-être que, tels que vous êtes, il y aurait pour vous de la présomption à vouloir l’imiter, parce que Martin Luther était l’enfant de son Dieu, tandis, hélas ! que vous êtes encore étrangers. Il avait le droit de se servir d’une certaine liberté que d’autres n’ont pas. Si vous n’êtes pas enfant de Dieu, si vous ne vous êtes pas encore senti adopté comme tel, tout ce que vous pouvez faire, c’est de vous présenter devant le Grand Monarque comme un humble mendiant. Que Dieu vous fasse la grâce de n’en pas demeurer là ! Puissiez-vous vous présenter bientôt, non plus comme un simple coupable qui demande sa grâce, mais comme un racheté qui suit Jésus — comme un serviteur dans la maison paternelle ! Toutefois, heureux l’homme qui a reçu son adoption et qui est devenu le fils de la maison ! La liberté dont le fils du roi peut user vis-à-vis de son père n’appartient qu’au fils seul. Ce qu’il se permet, tous ne peuvent pas se le permettre. Le fils d’un roi peut lui parler familièrement, et il est des paroles et des communications d’amour, — il est de saints et insondables secrets, — il est une communion intime et familière entre Dieu et son fils adoptif que je ne saurais retracer ; ces choses sont ineffables comme celles que Paul avait entendues dans le troisième ciel. Il est impossible à celui qui en savoure les douceurs dans son cœur de les répéter en public.

Ah ! mes chers auditeurs, certains d’entre vous, je m’assure, en savent plus que moi sur ce sujet ; mais je sais ceci, savoir : que les moments les plus heureux de notre vie sont ceux où nous pouvons aller à notre Père et à notre Dieu en Jésus-Christ, avec le sentiment bien clair que son éternel amour s’est fixé sur nous et que notre amour a répondu au sien. Il y a là un mystérieux embrassement que rien ne saurait décrire. Les chariots d’Aminadab ne peuvent donner une idée de ce céleste ravissement ; le cantique de Salomon lui-même, malgré l’éclat de ses images, ne saurait atteindre à la hauteur de ce mystère par lequel la créature embrasse son Dieu et Dieu embrasse sa créature. Mais, je le répète, pour que vos prières soient exaucées, il n’est pas indispensable que vous connaissiez ces profondeurs : vous pourriez ne jamais parvenir à un si haut degré de grâce. Je ne crois pas même nécessaire, pour que vos prières soient de véritables prières, que vous soyez parvenu au second degré. Il faudra que vous y parveniez, — et vous y parviendrez en croissant dans la foi. Mais, dans chacun de ces trois stages du chrétien, il faut que vous vous approchiez de Dieu, soit avec le sentiment écrasant de sa majesté, soit dans le doux sentiment de son amour, soit dans la ravissante possession de son adoption ; autrement, vos prières ne seront que comme la balle que le vent chasse au loin ; — comme un vain murmure des lèvres adressé aux nuages, — un vain cri jeté dans le désert, où aucune oreille ne saurait l’entendre, ni aucune main apporter du secours. Apportez, apportez donc vos prières, afin que nous les essayions sur cette pierre de touche, et que Dieu vous donne de les bien examiner et d’être sincères vis-à-vis de vous-mêmes, car il y va du salut de votre âme !

II

Voilà pour la pierre de touche. Je passe maintenant à mon second point, à la pierre à aiguiser, destinée à augmenter vos désirs, à vous exciter à la prière et à vous rendre plus ardents et plus zélés dans ce travail. « Mon bien, c’est de m’approcher de Dieu. »

Avant tout, remarquons que la bonté d’une prière ne consiste en aucun mérite qui lui soit propre. En soi, la prière n’aura jamais aucune valeur intrinsèque, ni aucun mérite quelconque. Etrange idée que celle qui attribue un mérite à la prière ! oui, étrange idée dont on est fort embarrassé de découvrir l’origine, à moins qu’on ne l’attribue à une spéculation humaine. Supposez, en effet, qu’un mendiant assiège votre porte, suive vos pas dans la rue, vous arrête même dans vos voyages pour vous demander l’aumône ; je suis bien assuré que la dernière pensée qui vous viendra à l’esprit sera que ses prières aient un mérite. Vous diriez : « Je comprends que ses requêtes soient impudentes, qu’elles soient sincères, qu’elles soient importunes, mais qu’elles aient un mérite ?… Quel mérite peut-il y avoir dans les obsessions d’un mendiant ? » Rappelez-vous donc que vos meilleures prières ne sont que le cri d’un mendiant. Vous vous présentez en mendiants à la porte de la Grâce, pour demander l’aumône de la charité divine, au nom du Fils bien-aimé, et cette aumône vous est faite gratuitement ; elle vous est faite non pas à cause de vos prières, mais à cause du sang et des mérites de Jésus. Ces prières peuvent devenir les vaisseaux dans lesquels le Père dépose l’aumône de sa miséricorde ; mais le mérite qui vous obtient cette aumône se trouve dans les veines de Christ et nulle autre part. Rappelez-vous qu’il ne peut y avoir aucun mérite dans le cri de celui qui mendie.

Mais n’oublions pas non plus qu’il nous est bon de prier et de nous approcher de Dieu, et la première chose qui peut en cela aiguiser nos désirs, c’est que la prière dévoile les mystères. Je place cette considération en première ligne, parce qu’elle nous est fournie dans le psaume lui-même. Le pauvre Asaph avait été cruellement angoissé ; il avait essayé de défaire ce nœud gordien d’une juste providence qui laisse les injustes prospérer et les justes être affligés, et ne pouvant le défaire, il avait essayé de le trancher et s’était coupé les doigts, ce qui l’avait vivement troublé. Il ne pouvait pas comprendre pourquoi un Dieu juste donnait des richesses aux méchants, tandis qu’Il laissait les siens dans la pauvreté. Mais, plus tard, Asaph avait compris le mystère en allant dans la maison de son Dieu, et là il avait découvert quelle était la fin des méchants. Alors il s’écrie en contemplant sa découverte : « Pour moi, mon bien est de m’approcher de Dieu. » Si vous désirez donc comprendre la Parole de Dieu dans ses points difficiles, si vous voulez comprendre le mystère de l’Évangile, rappelez-vous qu’à l’école de Jésus les écoliers doivent étudier à genoux. Soyez persuadés que le meilleur commentateur de la Parole est encore Celui qui l’a composée — le Saint-Esprit, — et si vous tenez à en pénétrer le sens profond, il vous faut aller à Lui par la prière. Bien souvent, quand la lecture d’un psaume m’étourdissait et que je ne pouvais le comprendre, je me suis mis à le lire à genoux et à tâcher d’en réaliser le sens dans mon propre cœur. Dans cette attitude, une lumière a jailli d’abord d’un premier mot, et ce mot est devenu la clé de tout le reste. Jean Bunyan disait qu’il n’oubliait pas la théologie qu’il enseignait, parce qu’elle avait brûlé son cœur en y entrant. Voilà comment on doit étudier l’Évangile. Ce que vous aurez appris à genoux ne s’effacera jamais de votre mémoire, tandis que ce que les hommes vous ont enseigné, d’autres hommes peuvent le détruire. Si je ne suis convaincu que par des raisonnements, de plus forts raisonnements peuvent m’ébranler. Si je ne conserve mes croyances dogmatiques que parce qu’elles me paraissent correctes, demain peut-être je puis changer d’opinion à leur égard. Mais si Dieu me les a enseignées Lui-même — Lui qui est la vérité et la lumière, — je n’ai pas appris en vain, mais j’ai appris de telle sorte que je ne saurais plus ni le modifier ni l’oublier.

Voici, ô chrétien ! tu es aujourd’hui comme dans un labyrinthe ; chaque fois que dans ta marche deux routes se présentent, l’une à droite, l’autre à gauche, si tu veux savoir laquelle tu dois choisir, mets-toi à genoux et puis choisis. Et quand tu te retrouveras en face de routes nouvelles, remets-toi à genoux avant de passer outre. La solution de tous les mystères de la Providence, de toutes les connaissances dogmatiques, de toutes les réflexions embarrassantes sur la religion, se trouve dans le saint exercice de la prière. Persévérez dans la prière, et ni Satan, ni le monde n’auront guère de prise sur vous. L’arche de la vérité sainte est devant vous, mais où en est la clef ! Elle se trouve pendue au clou d’argent de la prière. Prends-la, ouvre cette arche et enrichis-toi.

Une seconde pierre à aiguiser propre à vous exciter à la prière, c’est que la prière donne la délivrance. Je me souviens d’avoir trouvé l’allégorie suivante dans un ancien auteur ; je vais vous la rapporter telle quelle. Il y avait une fois à Jérusalem un roi qui quitta la ville et la confia à la garde d’un éminent capitaine, nommé Zèle. Il donna à ce capitaine force valeureux guerriers qui devaient l’aider à défendre la cité. Zèle était homme de cœur et plein de droiture, inflexible dans les heures de bataille et capable de combattre tout le jour et toute la nuit, alors même que, par le sang qui découlait de ses blessures, son épée s’attachait à sa main. Mais, pendant ces entrefaites, le roi d’Arabie, qui avait réuni de grandes armées, vint assiéger la ville, l’empêchant de recevoir aucune nourriture ni aucune des munitions nécessaires pour soutenir la guerre. Réduit à la dernière extrémité, le capitaine Zèle convoqua un conseil de guerre et demanda ce qu’il fallait faire. On proposa plusieurs expédients qui, après examen, furent reconnus inefficaces, et l’on en vint à conclure tristement qu’il fallait se rendre, quelque dure que fût la capitulation. Zèle prit en main la délibération du conseil de guerre et se mit en devoir de la lire, mais il ne put supporter cette lecture : son âme se révoltait. « Mieux vaut mourir, s’écria-t-il, que se rendre ! Mieux vaut pour nous que nous périssions pendant que nous sommes fidèles, plutôt que rendre les clefs de cette cité royale ! » Dans son angoisse, il rencontra un ami, nommé Prière, et Prière lui dit : « O capitaine ! je puis délivrer la ville. » Or, Prière n’était pas soldat, du moins il n’en avait pas l’apparence, car ses vêtements étaient ceux d’un sacrificateur. Il était, en effet, le chapelain du roi et le souverain pasteur de la cité de Jérusalem. Malgré cela, Prière était un homme vaillant, et sous sa robe de sacrificateur il portait une puissante armure. « Capitaine, dit-il, donne-moi trois compagnons et je délivrerai la ville. Ils s’appelleront Sincérité, Persévérance et Foi. Ces quatre combattants sortirent donc à la vive nuit, et au moment où le sort de la ville paraissait le plus compromis, ils traversèrent le camp ennemi, non sans recevoir beaucoup de blessures. Malgré une forte résistance, ils parvinrent à gagner la campagne et poursuivirent leur course en toute hâte à travers la plaine jusqu’au palais du roi de Jérusalem. Lorsqu’ils ralentissaient le pas, Persévérance les stimulait, et quand ils défaillaient, Foi leur donnait une gorgée de son cordial et ils reprenaient leur course. Enfin, ils arrivèrent auprès du grand roi. La porte était fermée. Persévérance heurta à coups redoublés et on finit par ouvrir. Foi entra ; Sincérité se prosterna la face contre terre, devant le trône du grand roi, et Prière prit la parole. Il raconta la triste situation de la cité bien-aimée, les dangers qui l’environnaient et la perspective presque certaine où se trouvaient tous ses braves défenseurs d’être taillés en pièces le lendemain. Persévérance énuméra sans se lasser les besoins urgents de la ville ; Foi invoqua hardiment les promesses et l’alliance que le grand roi avait jurées, et enfin le monarque dit à Prière : « Prends des soldats et retourne vers la ville ; voici, je suis avec toi et je la délivrerai. » Au point du jour, comme l’aurore commençait, — car ils étaient de retour plus promptement qu’on n’eût pu s’y attendre, vu que la route, qui paraissait longue en allant, semblait s’être raccourcie en revenant, — ils se présentèrent soudain et se précipitèrent sur les armées du roi d’Arabie, le firent prisonnier, égorgèrent ses soldats, partagèrent ses dépouilles et rentrèrent en triomphe dans Jérusalem. Zèle posa une couronne d’or sur le front de Prière et décréta que chaque fois qu’il irait lui-même au combat Prière serait son porte-étendard et conduirait ses phalanges. — L’allégorie est pleine de vérité. Que celui qui entend comprenne. Si nous voulons obtenir la délivrance au moment du danger, prions. La prière nous obtiendra toujours d’éclatants secours de la part de notre Dieu fidèle. Voilà une seconde manière de passer nos désirs sur la pierre à aiguiser.

En voici une troisième. Dans le célèbre chapitre de l’épître aux Hébreux, il est dit de la foi qu’elle ferma la gueule des lions, et d’autres merveilles semblables. Mais il est une chose — chose non moins miraculeuse que toutes les autres — que la foi est dite avoir accomplie, savoir : qu’ « elle a obtenu l’accomplissement des promesses. » Or, on peut en dire autant de la prière. La prière obtient l’accomplissement des promesses ; voilà pourquoi « ton bien est de t’approcher de Dieu. » Nous lisons un certain trait dans l’histoire d’Angleterre. — Le trait est-il vrai ? c’est ce que j’ignore. — La reine Elisabeth donna au comte d’Essex une bague en témoignage de sa bienveillance. « Quand tu seras en disgrâce, lui dit-elle, envoie-moi cette bague. En la voyant, je te pardonnerai et te rendrai mes faveurs. » Vous connaissez l’histoire de ce malheureux gentilhomme, comment il envoya cette bague par un messager infidèle, qui ne la remit pas, en sorte qu’il périt sur l’échafaud. Ah ! Dieu a remis à chacun de ses enfants la bague de la promesse, disant : « Toutes les fois que tu seras dans la détresse ou dans l’affliction, montre-la-moi et je te délivrerai. » Prends donc garde, ô chrétien ! de l’envoyer par un messager fidèle ; et quel messager pourra être plus fidèle qu’une prière sincère, ardente, véritable ? Prends seulement garde que cette prière soit réelle, car si ton messager ne remplit pas son mandat et si la promesse n’est pas placée sous les yeux de Dieu, jamais, peut-être, tu ne recevrais la bénédiction. Approchez-vous donc de Dieu avec une prière pleine de vie et d’amour ; présentez-lui sa promesse et vous en obtiendrez l’accomplissement. Je pourrais dire bien des choses sur la prière : nos vieux écrivains sont pleins de panégyriques de la prière ; les Pères de l’Église ne tarissent point sur ce sujet, tellement qu’on dirait qu’ils composent des sonnets. Chrysostome a prêché sur la prière et il est allé jusqu’à la représenter sous des formes visibles ; les métaphores les plus brillantes, les phrases les plus sonores s’accumulent sous sa plume pour dépeindre la puissance — que dis-je ? — l’omnipotence de la prière. Plût à Dieu que la prière nous fût aussi chère qu’elle l’était à nos pères ! On raconte qu’à force d’être en prière, Jacques dit le Mineur avait les genoux aussi durs que ceux d’un chameau. Ce n’est qu’une légende, mais toute légende a un fonds de vérité. Ce qui n’est pas une légende, à coup sûr, c’est que Latimer, ce bienheureux martyr, était, malgré son grand âge, accoutumé à prier avec tant d’ardeur, lorsqu’il était emprisonné dans sa cellule, qu’il priait jusqu’à ce que les forces lui manquaient pour se relever et que ses geôliers étaient obligés de l’aider à se rasseoir. Où sont-ils les Latimer de nos jours ? O Ange de l’Alliance ! où en trouves-tu de pareils ? Quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il de la foi sur la terre ? Nos supplications, hélas ! ne méritent pas le nom de prières. Oh ! si nous pouvions apprendre l’art de nous approcher de Dieu et d’invoquer ses promesses ! Watts a su mettre bien des choses dans une seule strophe :

La prière chasse des cieux le noir nuage,
La prière monte au ciel par l’échelle de Jacob.
Satan tremble lorsqu’il voit
Le plus faible des croyants se jeter à genoux.

Voici donc trois raisons qui doivent nous rendre persévérants dans la prière ; mais permettez que j’en ajoute une quatrième, car il ne faut pas que nous quittions ce qui concerne notre pierre à aiguiser avant d’avoir bien saisi toutes les raisons pour lesquelles « il nous est bon de nous approcher de Dieu. » — La prière possède une puissance remarquable pour soutenir l’âme en toutes les occasions où elle est affligée ou en détresse. Quand l’âme s’affaiblit, employez le régime fortifiant de la prière. C’est tandis que le Seigneur priait qu’un ange vint pour le fortifier. Cet ange est apparu à plus d’un d’entre nous, et nous nous souvenons des forces que nous avons reçues pendant que nous priions. Vous vous rappelez cet homme dont l’ancienne mythologie raconte l’histoire et qui reprenait de nouvelles forces chaque fois qu’il tombait à terre, parce que cette terre qu’il touchait était sa mère ; tel est aussi le croyant : toutes les fois qu’il tombe à genoux, il se relève fortifié, parce qu’il touche à la source de toute force, qui est le trône de grâce. Si tu portes un lourd fardeau, souviens-toi de la prière, car si tu sais prier tu le porteras sans peine. En certaine occasion, Chrétiena portait un fardeau tellement pesant qu’il en était courbé jusqu’en terre et qu’il ne pouvait pas marcher. Il se mit à se traîner sur ses mains et sur ses genoux. Alors lui apparut une belle jeune femme qui tenait en ses mains une baguette, avec laquelle elle toucha le fardeau. Le fardeau était toujours là, il n’avait point disparu ; mais, chose étrange, il n’avait plus aucun poids. Il était là, avec les mêmes formes et les mêmes apparences, mais moins son poids. Ce qui avait écrasé Chrétien était devenu si léger qu’il pouvait le porter en courant et en sautant. Comprenez-vous cette allégorie, mes bien-aimés ? Vous êtes allés à Dieu l’âme chargée d’inquiétudes dont le poids vous écrasait, mais après ne les avez-vous pas retrouvées allégées, privées de toute pesanteur, quoique toujours là et toujours les mêmes ? Au lieu d’être des épreuves insupportables, elles se sont transformées en bénédictions. Votre croix, qui paraissait de fer, est devenue une croix de bois, et vous l’avez portée joyeusement, en suivant les pas de votre Maître.

a – Personnage du Voyage du Chrétien, par Bunyan.

Je ne vous donnerai plus qu’une raison, non pas pour lasser votre patience (ce qui est loin de mes intentions), mais plutôt pour vous stimuler. Il est une raison qui doit nous pousser à prier, nous qui nous occupons, d’une manière ou d’une autre, de l’avancement du règne de Dieu : c’est que la prière seule peut assurer le succès de nos efforts. — Deux hommes qui travaillaient dans la vigne du Seigneur se rencontrèrent un jour et s’assirent pour comparer les notes prises sur leur carnet. L’un était sombre et triste ; l’autre, au contraire, était joyeux, parce que Dieu lui avait accordé le désir de son cœur. Le premier dit à l’autre : « Mon ami, je ne comprends pas comment il se fait que tout ce que vous entreprenez réussisse. Vous jetez gaiement votre semence à pleines mains, et elle lève si rapidement que le moissonneur est obligé de suivre de près le semeur, et le semeur, le moissonneur. J’ai semé aussi, comme vous, et, je crois pouvoir le dire, avec autant de zèle que vous ; la terre était tout aussi bien préparée, car nous avons travaillé côte à côte dans le même champ ; je crois que la semence était aussi la même, car je l’ai puisée à la même source que vous ; mais ma semence, cher ami, ma semence ne lève pas ! J’ai beau semer, on dirait que je la jette sur la surface des flots, car je ne vois jamais de moisson. En cherchant bien, j’ai à peine vu çà et là quelques maigres épis de blé, mais quel pauvre résultat pour tant de travail ! » — Et ils parlèrent longtemps ensemble, car le frère au cœur joyeux était d’un caractère aimant et cherchait à réconforter son compagnon. Ils se mirent à comparer leurs notes, à revoir toutes les règles d’agriculture qu’ils avaient mission d’observer, mais rien ne pouvait leur donner la clef de ce mystère en vertu duquel l’un était couronné de succès et l’autre ne l’était pas. Enfin, l’un des deux dit à son compagnon : « Il faut que je me retire. — Et pourquoi ? — Ah ! dit-il, c’est que voici l’heure où il faut que je mette tremper ma semence. — Mettre tremper votre semence ? — Eh ! sans doute, je trempe toujours ma semence avant de la jeter en terre. Je la trempe jusqu’à ce qu’elle gonfle, qu’elle commence à germer, jusqu’à ce que je voie presque sortir le brin d’herbe, et ainsi, dès qu’elle tombe en terre, aussitôt elle prend racine. — Vraiment ! Mais je ne comprends pas ce que vous entendez par tout cela. Comment trempez-vous donc cette semence et dans quel liquide merveilleux la mettez-vous ? — Mon frère, reprit-il, ce liquide est un mélange de deux ingrédients par parties égales ; le premier, ce sont les larmes d’agonie versées sur les âmes qui périssent faute de nourriture, et le second, ce sont les larmes d’agonie versées en luttant avec Dieu par la prière. Ce mélange possède une vertu tellement efficace qu’elle suffit pour vivifier chaque grain de semence qu’on y trempe et qu’il ne saurait jamais être perdu. — Son compagnon se leva en silence et poursuivit son chemin ; puis il commença aussi à mettre tremper sa semence ; il passa moins de temps à étudier ses livres et plus de temps dans son cabinet ; il sortit moins souvent et se tint plus longtemps chez lui ; il parla un peu moins aux hommes et un peu plus à Dieu. Puis il alla répandre sa semence, et vit, lui aussi, surgir une belle moisson, en sorte que Dieu fut également glorifié par tous deux.

Mes frères, je sens que ces paroles me concernent le tout premier ; aussi ne parlé-je pas sans charité en les appliquant aux autres et en disant que si notre ministère a si peu de succès, c’est uniquement faute de prière. Les fruits de nos meilleures prédications ne sont certainement pas à comparer à ceux qu’on cueillait au jour de la Pentecôte. Si j’étais en présence d’un auditoire d’étudiants en théologie, je ne craindrais pas de leur dire : Faites de la prière la première de vos études. Préparez sans doute votre sujet, mais priez-le surtout et le méditez à deux genoux. Et en parlant à cette assemblée, dans laquelle se trouvent des évangélistes, des moniteurs d’écoles du dimanche et d’autres qui travaillent chacun à sa manière dans le champ du Seigneur, je dirai : Avant de vous mettre à l’œuvre, commencez, je vous en supplie, par demander que la rosée des cieux descende sur la semence que vous semez. Mettez tremper votre semence, et elle germera. On demande de nos jours un plus grand nombre d’ouvriers : excellente prière ! Nous nous efforçons de faire en sorte que la semence soit d’une bonne espèce : excellente précaution ! Mais n’en oublions pas une autre qui n’est pas moins nécessaire : demandons, prions, supplions le Seigneur, afin que notre semence soit trempée et que ceux qui prêchent puissent le faire avec angoisse pour le salut des âmes. J’aime à prêcher avec un fardeau sur le cœur, — le fardeau des péchés des autres hommes, — le fardeau de leur endurcissement, — le fardeau de leur incrédulité, — le fardeau de leur danger imminent, — le fardeau de l’éternelle perdition qui les menace. Ah ! je suis bien sûr qu’aucune prédication ne vaut jamais celle-là, car alors nous prêchons

Comme parlant pour la dernière fois,
Comme des mourants à des mourants.

Puisse chacun de vous travailler dans cet esprit, en recommandant son œuvre au Seigneur !

A ce propos, je veux vous raconter ici un incident du réveil, de l’exactitude duquel je puis me porter garant, car je le tiens d’un bon frère qui est certainement incapable d’y ajouter un seul mot. Il n’y a pas longtemps que, dans une des écoles soutenues en Irlande par une société de Londres, un des élèves les plus âgés avait été converti à Dieu, et un jour, au milieu des travaux de classe, un élève plus jeune se sentit fortement convaincu de péché ; bientôt il en fut tellement accablé que le maître s’en aperçut, et, voyant que décidément l’enfant ne pouvait plus travailler, il lui dit : « Tu ferais mieux d’aller à la maison et de prier le Seigneur en ton particulier. » Puis il dit au garçon plus âgé, qui était rempli de joie : « Va avec lui ; conduis-le à sa demeure et prie pour lui. » Ils partirent donc ensemble. Pendant qu’ils étaient en chemin, ils aperçurent une masure inhabitée ; ils y entrèrent et se mirent en prière. Peu à peu les accents plaintifs du plus jeune se changèrent en accents de joie, et, se levant tout-à-coup, il s’écria : « J’ai trouvé la paix en Jésus ! Jamais je ne me suis senti comme à présent ; tous mes péchés, qui étaient nombreux, sont pardonnés ! » Il s’agissait d’aller à la maison, mais le plus jeune garçon n’était plus de cet avis. Non ; il veut retourner et raconter à son maître comment il vient de trouver son Sauveur. Il retourna donc en toute hâte à l’école et, entrant brusquement, il s’écria : « Oh ! j’ai trouvé le Seigneur Jésus ! » Tous les autres élèves, qui peu auparavant l’avaient vu si triste et si abattu sur son banc, furent frappés de la joie qui brillait dans ses yeux et de cette parole : « J’ai trouvé le Seigneur Jésus ! » L’effet fut électrique : les enfants commencèrent à se lever les uns après les autres et à s’esquiver mystérieusement. Le maître ne pouvait comprendre où ils allaient ; mais, jetant les yeux dans la cour, il en vit un bon nombre agenouillés séparément, la face contre le mur d’enceinte, et demandant grâce. Alors, se tournant vers l’élève plus âgé, il lui dit : « Pourquoi ne vas-tu pas leur montrer le chemin du salut ? Dis-leur donc ce qu’ils doivent faire pour être sauvés. » L’élève y alla, et tout-à-coup les prières silencieuses se changèrent en cris de joie perçants. Les enfants demeurés dans la classe comprirent d’instinct ce qui se passait, et, poussés par la puissance de l’Esprit, ils tombèrent tous à genoux en pleurant et en demandant grâce à haute voix, au nom de Jésus crucifié. Mais ce ne fut pas tout. A l’étage au-dessus se trouvait l’école de filles : celles-ci, qui avaient déjà prêté l’oreille à ce qui se passait en dessous, comprirent aussitôt de quoi il était question. En peu de secondes, le même Esprit les saisit et elles tombèrent à genoux en criant au Seigneur de leur pardonner leurs péchés. Il n’y avait plus moyen de reprendre aucun travail. Avait-on jamais vu pareille chose auparavant dans une école ? On abandonne les classes, on oublie les livres ; tout est mis de côté, tandis que les pauvres pécheurs demandent leur grâce à genoux. Ce cri fut entendu dans toutes les parties de ce vaste bâtiment ; on l’entendit aussi dans la rue, où les passants s’arrêtaient. Bientôt entrèrent des chrétiens des environs, des pasteurs, des ministres, des voisins. Le jour tout entier se passa en prières qui ne cessèrent que vers minuit, et on se sépara en chantant de joie, car cette masse considérable d’enfants des deux sexes, d’hommes et de femmes, qui avaient rempli les deux chambres d’école, avaient trouvé le Seigneur.

Notre bon frère, le docteur Arthur, raconte que pendant son voyage en Irlande il avait rencontré un garçon et lui avait dit : « Aimes-tu le Sauveur ? — Il répondit : Oui, je crois le connaître. — Et comment es-tu parvenu à le connaître ? — Oh ! répondit le garçon, j’ai été converti ce certain soir, dans la grande salle d’école. Ma mère avait aperçu qu’il y avait un réveil dans cette maison et elle m’avait envoyé pour ramener bien vite mon frère, parce qu’elle ne voulait pas, disait-elle, qu’il fût convaincu. J’allai donc pour chercher mon frère ; mais il était à genoux, criant : O Seigneur, aie pitié de moi qui suis pécheur ! Je m’arrêtai, puis je me mis à prier aussi, et le Seigneur nous sauva tous deux. »

A quoi devons-nous maintenant attribuer ceci ? Je connais plusieurs chrétiens dans cette localité, — des presbytériens et d’autres, — et je crois pouvoir dire qu’il n’y avait rien de particulier dans leur activité pastorale. Je suis bien sûr qu’ils souscriraient eux-mêmes sans hésiter à ce que j’affirme. Le seul point saillant, le voici : c’est que là-bas on avait prié, on avait prié avec zèle, avec ardeur, avec persévérance. Qui sait ? ceux qui ont prié n’étaient peut-être pas eux-mêmes en Irlande. Dieu seul sait où ce réveil a réellement pris sa source. Quelque pauvre femme malade, qui sait ? a peut-être porté ce district dans son cœur sur son lit de douleur et a lutté pour lui avec son Dieu, et puis la bénédiction est descendue. Or, si Dieu nous fait, à nous aussi, la grâce de prendre à cœur le salut de la localité que nous habitons, la famille que nous présidons, le troupeau auquel nous nous adressons, les élèves que nous enseignons, les ouvriers que nous employons, et si nous prions avec ferveur, nous ferons descendre sur eux de puissantes bénédictions, car jamais la prière ne saurait être perdue. Une prédication peut être inutile, mais une prière ne peut pas l’être. Que Dieu donne à toutes les Églises de prier avec puissance, et alors les effusions du Saint-Esprit viendront et des multitudes se convertiront au Saint d’Israël !

III

Il ne me reste pas assez de temps pour développer mon troisième point ; mais j’espère que pendant que je parlais plusieurs d’entre vous m’ont écouté pour leur propre compte. Ah ! chers auditeurs, la religion est une affaire plus sérieuse qu’on ne le pense généralement. Je suis souvent choqué par la grossièreté de ce qu’on appelle les basses classes de la société. Leurs horribles blasphèmes m’épouvantent ; mais il est une chose — et ici je vous parle très sérieusement, et comme étant inaccessible à toute crainte humaine — il est une chose encore bien plus choquante, savoir : la manière frivole dont la masse des gens bien élevés passe son temps. Que sont ces visites que vous faites le matin, sinon une manière de perdre votre temps ? Que sont vos amusements, sinon une manière de tuer ces heures qui vous pèsent et dont vous ne savez que faire ? Et que sont la plupart de vos occupations, sinon une paresse laborieusement déguisée, une manière de dilapider des moments précieux dont Dieu a fixé le nombre et que vous trouverez bien courts quand vous les considérerez à votre lit de mort ? Oh ! si vous pouviez comprendre pourquoi vous avez été créés et quelle est votre destinée, vous n’emploieriez pas votre temps à toutes ces vanités dont vous remplissez votre vie et votre cœur. Que le Tout-Puissant vous pardonne toutes vos heures perdues ! — toutes ces heures que vous auriez dû employer à faire du bien aux autres, tous ces moments consacrés à la frivolité, et que vous auriez dû consacrer à la prière ! Si une assemblée telle que celle-ci pouvait être profondément impressionnée des immenses besoins de notre patrie et de ses grands intérêts, — de ses misères et de ses crimes ; — si tout un auditoire comme celui-ci pouvait sentir vivement ces choses, quels résultats incalculables en découleraient pour nous ! Cette foule deviendrait la meilleure des sociétés de missions, où chaque cœur, brûlant d’amour et de sympathie, prierait avec ardeur pour la conversion des pécheurs. Ah ! si nous ne pouvons approuver les doctrines de l’Église de Rome, nous devons dire que son zèle parfois nous est un dur reproche. Plût à Dieu que nous eussions, nous aussi, des sœurs de charité, dont le cœur fût réellement charitable, — qui, sans porter d’habillements étranges, allassent de maison en maison pour consoler les malades et secourir les nécessiteux ! Plût à Dieu que vous tous vous fussiez des frères du Sacré Cœur de Jésus, et vous toutes des sœurs de Celui dont la mère a été transpercée de douleur et qui est mort afin que nous puissions être sauvés ! O mes frères ! ce que j’en dis, c’est dans l’ardent espoir que mes paroles seront prophétiques d’un temps meilleur.

Mais il en est quelques-uns ici qui n’ont peut-être jamais prié depuis qu’ils sont au monde, et qui passent leur vie à papillonner au soleil comme certains insectes aux brillantes couleurs. Vous ne savez donc pas, éphémères ailés, que la mort est proche de vous ? Hélas ! et si vous n’avez jamais trouvé, jamais cherché le Sauveur ; — si vos yeux, quelque beaux qu’ils soient, n’ont jamais vu les blessures de Jésus et n’ont jamais regardé à Lui, non seulement ils seront glacés par la mort, mais ils devront s’ouvrir et contempler pendant l’éternité d’horribles scènes de malheur. Ah ! que Dieu vous donne de prier ! que Dieu vous ramène dans vos maisons et vous contraigne à vous agenouiller et à crier pour la première fois : « Seigneur, aie pitié de moi ! » Sachez que vous avez des péchés à lui confesser, et que si vous croyez n’en pas avoir, vous êtes dans une triste disposition. Cela seul vous est une preuve que vous êtes morts dans vos fautes et vos péchés. Allez dans vos maisons, allez demander au Seigneur un nouveau cœur et un esprit droit ; et puisse-t-Il vous dicter Lui-même votre prière et l’exaucer dans sa miséricorde ! Oui, puissiez-vous, puissé-je et puissions-nous, après cette vie et quand le temps aura fait place à l’éternité, nous retrouver tous devant le trône de Dieu ! Je suis appelé à prêcher constamment devant un auditoire qui contient, je le sais, beaucoup d’ivrognes, de jureurs et d’autres gens de cette espèce ; je sais ce que j’ai à faire avec de pareils auditeurs, et Dieu a couronné mes efforts de succès. Mais je me prends parfois à trembler pour vous, jeunes filles aimables, honnêtes et vertueuses, qui faites la joie de votre intérieur, et pour vous, jeunes mères de famille qui élevez si bien vos enfants. Souvenez-vous que si vous ne possédez pas en vous la racine de la vie, que si vous n’êtes pas nées de nouveau, vous ne sauriez voir le royaume de Dieu. Si nous devons être fidèles à l’égard des pauvres, nous devons l’être également à l’égard des riches. Si nous devons mettre la hache à la racine de l’arbre pour l’ivrogne et le blasphémateur, nous devons en faire autant pour vous. Vous serez tout aussi bien perdues qu’eux, vous périrez tout aussi certainement qu’eux, à moins que vous ne soyez nées de nouveau. Il n’y a pour tous qu’un seul chemin qui conduise au ciel. Comme ministre de Dieu, je ne reconnais ni riches ni pauvres, je ne distingue pas entre ouvriers et messieurs ; je ne vois absolument que des créatures pécheresses que Dieu invite à venir à Celui qui a expié leurs péchés et qui peut leur faire grâce. Il ne vous rejettera pas : chassez cette mauvaise pensée. Il peut vous sauver pleinement : ne doutez pas de Lui. Venez à Lui, venez, et vous serez les bienvenus ! Que Dieu vous fasse la grâce de venir ! que le Dieu Tout-Puissant vous accorde sa bénédiction suprême, par Jésus-Christ !b

b – Sermon prêché à Paris. Ce que nous publions ici est la traduction du discours prononcé à Londres le 6 novembre 1859. En le répétant à Paris, l’auteur l’avait quelque peu modifié, selon les circonstances, et avait eu le temps de traiter le troisième point.

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