Articles et Sermons

La responsabilité de l’œuvre humaine

Et leurs œuvres les suivent.

(Apocalypse 14.13)

aMes chers frères et sœurs,

a – Sermon prononcé à Neuchâtel, le 30 décembre 1894

Nous nous plaignons souvent du fardeau de la vie. En parlant ainsi, nous pensons surtout aux souffrances, aux inquiétudes, aux difficultés qui la rendent parfois si pénible. Mais il est un autre fardeau plus lourd attaché au devoir de vivre ; c’est la responsabilité dont la vie est accompagnée. Nous avons reçu de Dieu la connaissance plus ou moins distincte du bien et du mal, avec un sentiment intime de sympathie pour le premier, de désapprobation pour le second, et, de plus, la liberté de choisir entre ces deux puissances rivales, le pouvoir de nous livrer soit à l’une, soit à l’autre. Voilà ce qui fait de la tâche de vivre le plus redoutable des fardeaux.

La vie est une continuelle semaille, de laquelle, comme de toute semaille, doit résulter une moisson. « Celui qui sème pour la chair, dit saint Paul, moissonnera de la chair la corruption ; celui qui sème pour l’Esprit moissonnera de l’Esprit la vie éternelle ». Nous oublions souvent ce fardeau-là. Beaucoup vivent presque sans se douter de son existence. Il nous arrive à cet égard quelque chose de semblable à ce qui se passe dans la vie du corps. Nous sentons le poids du moindre objet que nous avons à porter, et nous ne nous apercevons pas du poids énorme de la colonne d’air qui pèse continuellement sur notre tête. Pour n’être pas senti, ce fardeau n’en existe pas moins. Je voudrais en ce moment vous amener à mesurer le poids de la responsabilité morale qui pèse incessamment sur chacun de nous, ce fardeau auquel nous ne pourrions échapper qu’à la condition d’échanger notre vie d’êtres intelligents et libres contre la stupidité de la vie animale.

C’est à vous surtout, jeunes gens, que je pense en ce moment, à vous qui, selon toute apparence, pouvez disposer encore de la majeure partie du temps de votre vie. Dieu veuille donner force sur votre cœur à mes paroles ou plutôt à sa parole ! Amen.

Le prophète, à qui a été révélé dans la vision de l’Apocalypse le tableau général de la marche de l’Église, voit les hommes mourir successivement, et s’en aller traînant après eux une chaîne, la chaîne de leurs œuvres : « Et leurs œuvres les suivent ». Dans le moment où il prononce cette parole, il pense aux vrais chrétiens et à leurs bonnes œuvres. Mais sa parole s’applique à tous les hommes et à toutes les œuvres humaines, soit bonnes, soit mauvaises.

Nos œuvres nous suivent, et cela de bien des manières ; d’abord par le souvenir, qui, bon gré mal gré, nous en demeure.

Souviens-toi, dit Abraham au mauvais riche de l’autre coté de la tombe ; souviens-toi du bien que tu aurais pu faire à ton prochain, au pauvre Lazare couché à ta porte, et que tu ne lui as pas fait. Le souvenir du bien accompli ou non accompli, du mal commis ou non commis, nous accompagne dans tout le cours de notre vie et commence dès ici-bas à exercer sur nous sa douce ou sa pénible influence.

Un acte de droiture, un sacrifice fait au devoir, un renoncement accepté par charité envers le prochain, le refus d’un gain par fidélité à la conscience, la résistance à l’entraînement et aux sollicitations d’une société déshonnête, malgré les moqueries dont on est pour cela l’objet, une victoire quelconque remportée sur la chair au profit de l’esprit, laissent dans le cœur un sentiment doux, un joyeux souvenir qui élève l’âme, lui fait respirer l’air pur d’une sphère supérieure et lui donne la conscience de sa noblesse originaire.

Voici une jeune fille qui a travaillé fidèlement pour entretenir sa vieille mère souffrante. Tout à coup les forces lui manquent ; elle se sent incapable de continuer à remplir sa tâche. A bout de moyens, elle s’adresse inutilement à la pitié de ceux qui pourraient l’aider. Dans son désespoir, elle se tourne alors vers des étrangers, leur demande asile, la dernière place sous leur toit. Ceux-ci l’accueillent avec bienveillance, lui disent : Venez ! Au lieu de la dernière place, ils lui donnent la meilleure, en sacrifiant leurs propres aises. Quelques semaines de repos et de bien-être restaurent la mère et la pauvre enfant. Qui s’en souviendra ? Le cœur des obligées assurément ; mais aussi les cœurs qui ont compati. Ils s’en souviendront, non pour s’en faire un mérite — le mot de mérite n’a pas de place dans le dictionnaire de l’amour — mais comme on se souvient d’une fête, d’une partie de plaisir. Si les yeux ont leurs fêtes, le cœur a aussi les siennes, et le parfum de l’amour embaume avant tout le cœur qu’il remplit. L’amour, dit saint Paul, ne périt jamais, et cela aussi bien dans le souvenir de celui qui a eu le bonheur et l’honneur de l’exercer, que dans le souvenir de celui qui a eu la joie d’en être l’objet.

Il est lourd, au contraire, le souvenir d’un acte honteusement intéressé, d’un lâche mensonge, d’une basse flatterie, d’une satisfaction coupable obtenue aux dépens du bien du prochain, de la participation aux divertissements d’une société frivole et profane. Il est poignant, le souvenir de cette heure d’oubli, d’abandon, d’intempérance, de criminelle débauche, qui reste attaché à la conscience et empoisonne même les moments qui devraient être ceux des plus douces et des plus pures joies de la vie.

Vous avez tous entendu parler de ce malheureux soldat qui, après avoir trahi sa patrie, a subi le supplice affreux de la dégradation et qui, en face d’une élite de l’armée, s’est entendu déclarer indigne de porter l’uniforme. Jeune homme, jeune fille, qui es sur le point de trahir ton Seigneur et ton Dieu, le monde ignorera peut-être l’acte coupable auquel tu vas te livrer ; personne ici-bas ne te méprisera pour cela ; mais le souvenir de cet acte te suivra. Toi-même tu ne pourras te le pardonner ; tu seras obligé de prononcer ta propre sentence de dégradation, et cette sentence retentira dans ton cœur jusqu’à ta dernière heure.

En un jour de neige, de pluie, de vent glacial, un homme parcourait tête nue, sans manteau, le coin écarté d’une place de Londres. Il allait et venait, poussé par un violent trouble intérieur : c’était un écrivain bien connu. Un de ses amis, venant à passer, l’aperçoit, le reconnaît et, le prenant pour fou, s’approche en lui disant : Mais, mon pauvre ami, que faites-vous donc là ? Vous allez vous rendre malade, vous donner la mort ! — Plût au ciel ! lui répond l’autre ; et comme heureux de trouver quelqu’un auprès de qui décharger son cœur : Il y a aujourd’hui trente ans, lui dit-il, que mon père, revendeur de vieux livres, qui avait consacré à mon éducation tout ce qu’il gagnait, me dit : John, je me sens malade ! Va aujourd’hui vendre à la boutique. La boutique était ici au coin de la place. Et moi, misérable orgueilleux que j’étais, fier des succès que j’avais déjà remportés, j’eus honte du métier de mon père, je refusai. Mon pauvre vieux père alla ; il prit une fluxion de poitrine dont il mourut. Et moi, je viens ici chaque année, en ce jour fatal, quelque temps qu’il fasse, pour tâcher d’expier ma faute. Je n’y puis réussir. Mon père est mort… et moi je ne puis mourir !

Un moment d’oubli, un mouvement d’orgueil, mes jeunes amis ! Il n’en a pas fallu davantage pour que ce fils, jusqu’alors honnête jeune homme, soit devenu un parricide, et que ce souvenir ait été son bourreau jusqu’à la fin de sa vie.

Mais il y en a qui parviennent à oublier ! On se distrait, on s’étourdit, on se dissipe. Peut-être ! Je ne vous souhaite pas d’être de ceux à qui cela réussit. Mais rappelez-vous que le mal fait, le bien non fait ont encore une autre manière de nous suivre que le souvenir qu’ils nous laissent ; c’est l’influence qu’ils exercent sur notre caractère.

Vous avez tous remarqué combien la manière d’agir d’un homme peut influer sur sa physionomie extérieure. La conscience d’un mensonge donne au visage naturellement aimable d’un enfant une expression troublée, sombre et même méchante. D’autre part, un moment de saint recueillement, un acte de généreux dévouement peut jeter sur une figure naturellement disgracieuse un rayon de beauté céleste. Il en est de même de notre physionomie morale, de ce que nous appelons le caractère. Nous sommes nous-mêmes en grande partie les artisans de notre caractère. Chacun de nos actes ressemble au coup de ciseau d’un sculpteur, qui du bloc de marbre encore informe tire la figure belle ou laide, majestueuse ou ignoble, qui résultera finalement de ce travail. Par chacun de nos actes volontaires, nos dispositions naturelles, bonnes et mauvaises, se trouvent affermies, développées ou modifiées et transformées en quelque mesure ; et c’est ainsi que nous-mêmes, nous travaillons incessamment à former notre caractère définitif.

Voyez le jureur : la première fois qu’il s’est livré à cette intempérance de langue, il lui eût été aisé de résister. L’exemple de quelque camarade l’a entraîné ; il a cédé. Désormais la résistance sera toujours moindre ; bientôt elle cessera tout à fait ; ce jeune homme ne jurera plus seulement ; il sera un jureur.

Voyez le buveur : la première fois qu’il franchit le seuil de la salle bruyante et enfumée, il pourrait fort bien s’en empêcher ; il éprouve même quelque répugnance à faire ce pas ; mais les jours suivants l’entrée lui devient déjà plus facile ; bientôt la fréquentation de ce lieu sera pour lui un besoin ; il ne pourra plus se passer de cette satisfaction ; il y sacrifiera même les devoirs les plus sérieux… c’est un buveur ! Vous savez le reste.

De même du joueur, du médisant, du trompeur, du débauché, de l’homme colère. Au début, cet homme, aujourd’hui si violent, eût pu contenir son emportement ; au lieu de cela, il a lâché les rênes à sa vivacité ; aujourd’hui il n’en est plus le maître ; il est esclave, esclave gémissant peut-être ; mais, comme dit l’apôtre, vendu au péché ; hélas ! vendu par lui-même. Nous n’avons qu’une certaine somme de liberté à dépenser ; à chacun de nos actes nous en aliénons une partie, et notre caractère prend un certain pli de plus en plus fixe. C’est que notre trésor de liberté et notre faculté de changer sont limités et s’épuisent peu à peu.

Ainsi chaque acte de péché, d’un péché quelconque, creuse sous nos pas une pente, sur laquelle nous glissons de plus en plus rapidement et fatalement ; au début, nous pouvions encore dominer le penchant, mais bientôt c’est lui qui nous domine. « Celui qui fait le péché est esclave du péché », a dit Jésus. Affreuse servitude ! d’autant plus affreuse que nous en sommes nous-mêmes les auteurs responsables ; car elle résulte du mauvais usage que nous avons fait librement de nos facultés. Que faut-il souvent pour amener cet état de servitude ? Un premier acte de désobéissance à la voix de la conscience, une première infraction à la volonté des parents, la lecture d’un livre défendu, une page, une page impure qui a communiqué à votre âme sa souillure ; une conversation profane, déshonnête, avec un camarade dont vous auriez dû fuir la société et qui d’un mot a sapé dans votre cœur la racine de la foi et détruit la pureté.

Ah ! nos fautes nous suivent ! Elles s’identifient avec nous ; elles s’incrustent dans notre caractère ; elles s’incarnent dans notre personne, à moins que quelque crise bienfaisante ne vienne opérer l’heureuse transformation qui nous sauve.

Il en est de même, dans la direction opposée, des bonnes œuvres qu’il nous est donné de faire, de chaque devoir fidèlement rempli, de tout acte de désintéressement et de bienfaisance humblement accompli, même de tout aveu fait loyalement, de tout moment de sérieux recueillement ou de toute sainte lecture. Il y a dans chacun de ces actes comme une puissance qui engage le cœur, qui lie l’avenir, qui forme le caractère, qui tend à lui imprimer une inclination permanente. C’est comme un coup de ciseau qui rapproche la statue de sa figure idéale. Un esclavage aussi qui s’établit, mais le bienheureux esclavage du bien, celui qui nous prive toujours plus de la liberté de mal faire, esclavage libre puisqu’il est le fruit du bon usage que nous avons fait de notre liberté de choisir, prélude de la sainteté céleste où le mal n’aura plus d’attrait pour nous et ne nous inspirera que du dégoût.

Artisans par nos actes de notre propre caractère, nous le sommes en même temps plus ou moins du caractère de nos prochains par l’influence qu’exercent sur eux notre exemple et nos paroles. Pensée redoutable, dont le développement aurait bien sa place ici, mais à laquelle le temps ne me permet pas de m’arrêter ! Si nos œuvres nous suivent en notre personne, elles nous suivent aussi dans celle de nos prochains : vous, parents dans le caractère et l’avenir de vos enfants ; vous, jeunes gens, dans la personne et la vie de vos camarades ! Responsabilité terrible, que Jésus a caractérisée d’un mot, en parlant de celui qui a le malheur de faire tomber dans le péché un de ces petits, un de ces faibles : « Il vaudrait mieux pour lui qu’on lui attachât au cou une meule de moulin et qu’ainsi on le jetât dans la mer ! »

Mais reprenons notre ligne ; nous avons encore un pas à faire. Non seulement par le souvenir et dans notre caractère, mais encore et surtout par le sort qu’elles nous préparent au delà de la tombe, nos œuvres nous suivent. « Et je vis, dit saint Jean, un grand trône blanc (l’emblème de la sainteté divine qui entre dans son règne) et quelqu’un assis dessus, devant qui le ciel et la terre s’enfuirent ; et je vis les morts grands et petits qui se tenaient devant le trône, et les livres furent ouverts ». Qu’est-ce que ces livres ? Que contiendront-ils ? Le Voyant continue : « Et les morts furent jugés d’après ce qui était écrit dans les livres, selon leurs œuvres ». Ainsi un livre pour chacun, où sont inscrites ses œuvres. C’est une image sans doute ; mais cette image représente quelque chose : c’est la toute-science divine qui, comme Providence, compte les cheveux de notre tête, et qui aussi, comme témoin et comme juge, enregistre tous nos actes pour les taxer un jour définitivement ; les bons : « Ton Père qui t’a vu priant dans le secret te le rendra publiquement » « Ce que tu as fait à l’un de ces petits d’entre mes frères, tu me l’as fait à moi-même » ; les mauvais : « Ce que tu n’as pas fait à ton frère, tu ne me l’as point fait à moi-même » « Dehors seront les lâches, les incrédules, les profanes, les meurtriers, les impurs et tous les menteurs » « Le salaire du péché, c’est la mort » « Jetez le serviteur négligent et paresseux dans les ténèbres de dehors ; c’est là qu’il y a des pleurs et des grincements de dents ».

Mes frères, vous devez comprendre maintenant que vos actions ne se dissipent pas et ne s’évanouissent pas autour de vous, comme la poussière que font lever vos pas, mais qu’elles s’amassent derrière vous et vous suivent comme un inséparable cortège. Elles vous suivent dans votre souvenir qu’elles illuminent ou assombrissent, dans votre caractère qu’elles forment inévitablement en bien ou en mal, et enfin dans le jugement divin où elles seront définitivement mises au jour, appréciées, et détermineront votre éternel avenir ! Elles vous suivent de la sorte d’un jour au jour suivant, de l’année qui finit à celle qui commence, du temps dans l’Éternité. Nous les portons avec nous, en nous ; et même pour la portion déjà accomplie, elles nous précèdent et nous attendent désormais là-haut devant le trône où siège Celui à qui il faudra en rendre compte.

O mon Dieu ! Comment marcher à ta rencontre, avec cette perspective redoutable ? A cette pensée, mes frères et mes sœurs, il en faut nécessairement opposer une autre : c’est qu’à la longue chaîne des œuvres qui nous pèsent et nous effraient, il est encore temps, — mais il faut se hâter, car nous ne savons pas ce que ce temps durera, — d’en substituer une autre, qui soit propre à nous réjouir et à faire naître en nos cœurs une bonne espérance. Nous venons de célébrer la fête de la naissance de Jésus. A Noël, s’est ouverte pour la première fois la bouche de Celui qui plus tard a prononcé cette parole : « Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » Perdu ! Oh, pesons bien ce mot, mes frères et mes sœurs. C’est Jésus qui l’a prononcé, lui dans la bouche duquel il n’y a pas de fraude, lui qui est la miséricorde et la bonté même. Perdus ! Voilà ce que nous sommes à ses yeux dans notre état naturel : « Laisse les morts ensevelir leurs morts » disait-il à un jeune homme qui différait de le suivre. Avant d’annoncer au monde la vérité de Dieu, il a pendant de longues années vécu avec les hommes, observé leur manière de sentir et d’agir, et le résultat de cette expérience, il l’a résumé dans ce mot : Perdus ! Mais d’autre part, se repliant sur lui-même et se contemplant dans la communion de son Père et sous le rayon de la clarté divine, il s’est écrié : « Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ! »

Cette assemblée, une assemblée d’êtres par eux-mêmes et par leurs propres œuvres perdus ! Mais, planant au-dessus d’elle, une main puissante et miséricordieuse, qui descend du Ciel pour arracher à la mort tout ce qui se laisse trouver et sauver !

Et comment peut-elle s’accomplir, cette œuvre de délivrance ? D’abord, et avant tout, quant à notre passé, nous devons être délivrés du poids des fautes commises que nous traînons après nous et qui, si ce lourd fardeau nous accompagnait jusque devant le trône, nous entraînerait dans l’abîme. Il faut nous affranchir de cette chaîne, et cela dès son premier anneau. Mais, nous ne saurions le faire par nous-mêmes. L’expiation douloureuse des péchés que nous avons commis, nous ne pouvons l’offrir à Dieu telle que l’exige sa sainteté. « Que donnerait l’homme en échange de son âme ? » a dit Jésus. Mais en vertu de sa sainteté sans tache, il a accompli, lui, ce parfait sacrifice expiatoire : « Celui qui n’a point connu le péché, dit saint Paul, Dieu l’a fait pour nous péché, afin que nous devenions justice de Dieu en lui », c’est-à-dire que Dieu l’a traité comme s’il eût été notre péché même, ce péché auquel nous participons tous plus ou moins, afin qu’Il puisse nous traiter en échange comme si nous étions la justice même qu’II réclame, et qu’ainsi nous soyons déclarés justes en Celui qui a porté notre péché. Par cette œuvre de miséricorde un pardon complet, gratuit, immédiat, vous est acquis à tous, vous est offert à tous ; il faut seulement que vous l’acceptiez. C’est la planche de salut, c’est la pleine délivrance pour le passé. Cette chaîne de péché si lourde que vous traînez après vous, vous pouvez en ce moment même en être déchargés au pied de la croix.

Et pour l’avenir ? C’est le moment de remplacer la chaîne des mauvaises œuvres, qui vous suivait, attirant sur vous la condamnation, par une série d’œuvres nouvelles qui vous élèveront comme par degré à l’état du Christ ressuscité et glorifié. Il serait inutile sans doute de demander à votre propre cœur la volonté et la force d’accomplir en vous un pareil miracle. Il faut vous adresser à Celui à qui vous devez votre pardon ; il faut par la main de la foi saisir la main puissante qu’il étend à votre secours ; il faut le supplier de vous arracher à votre vie égoïste et charnelle, à vos dispositions orgueilleuses, méchantes, jalouses, et, appuyés sur lui, le prenant pour guide et compagnon de vie, faisant de sa Parole votre flambeau, demandant ardemment son Esprit, vous associer à sa sainte activité, et commencer ainsi de nouvelles semailles qui promettent une meilleure récolte. Ainsi vous pourrez accomplir une série d’œuvres vraiment bonnes, conformes à celles de Jésus et à la volonté de Dieu ; d’œuvres qui vous suivront dans votre souvenir, faisant tressaillir votre cœur d’allégresse ; dans votre caractère, lui donnant une tenue de plus en plus noble, relevée, digne de votre destination future ; d’œuvres enfin que vous ne craindrez pas de voir apparaître au grand jour quand la main de Dieu ouvrira votre livre ; d’œuvres comme celles dont voulait parler le Voyant de l’Apocalypse quand il disait : « Heureux sont dès maintenant les morts qui meurent au Seigneur ; car ils se reposent de leurs travaux et leurs œuvres les suivent ».

Voilà l’avenir que la miséricorde de Dieu ouvre devant vous, dans la paix et par la force de Jésus ! C’est afin que vous puissiez le réaliser que le Seigneur vous invite à ce repas de la sainte Cène : il vous y offre les signes de la communion intime dans laquelle il veut entrer avec vous, afin que, devenus sarments sur le cep céleste, vous portiez des fruits qui demeurent en vie éternelle.

Amen.

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