Contre Apion - Flavius Josèphe

LIVRE II

CHAPITRE XIII

Autres griefs injustifiés : les Juifs sacrifient des animaux, ne mangent pas de porc et pratiquent la circoncision.

(137) Le reste de son réquisitoire mériterait peut-être d'être laissé sans réponse pour que lui-même soit son propre accusateur et celui des autres Égyptiens. En effet, il nous reproche de sacrifier des animaux domestiques, de ne point manger de porc, et il raille la circoncision. (138) Pour ce qui est d'immoler des animaux domestiques, c'est une pratique qui nous est commune avec tous les autres hommes, et Apion, par sa critique de cet usage, s'est dénoncé comme Égyptien. S'il avait été Grec ou Macédonien, il ne s'en serait pas ému. Ces peuples, en effet, se font gloire d'offrir aux dieux des hécatombes ; ils mangent les victimes dans les festins, et cette pratique n'a pas vidé l'univers de troupeaux, comme l'a craint Apion. (139) Si, au contraire, tout le monde suivait les coutumes égyptiennes, c'est d'hommes que l'univers serait dépeuplé pour être rempli des bêtes les plus sauvages, qu'ils prennent pour des dieux et nourrissent avec soin. (140) En outre, si on lui avait demandé lesquels de tous les Égyptiens il considérait comme les plus sages et les plus pieux, il eût convenu assurément que c'étaient les prêtres. (141) Car dès l'origine ils furent, dit-on, chargés de deux fonctions : le culte des dieux et la pratique de la sagesse. Or, tous les prêtres égyptiens sont circoncis et s'abstiennent de manger du porc[1]. Et même parmi les autres Égyptiens, il n'en est pas un seul qui ose sacrifier un porc aux dieux. (142) Apion n'avait-il pas l'esprit aveuglé lorsque, se proposant de nous injurier pour faire valoir les Égyptiens, il les accusait au contraire eux qui, non seulement pratiquent ces coutumes blâmées par lui, mais encore ont enseigné aux autres peuples la circoncision, comme le dit Hérodote[2]. (143) Aussi est-ce justement, à mon avis, qu'après avoir médit des lois de sa patrie, Apion a subi le châtiment qui convenait. Car il fut circoncis par nécessité, à la suite d'un ulcère des parties sexuelles ; d'ailleurs la circoncision ne lui profita point, sa chair tomba en gangrène et il mourut dans d'atroces douleurs. (144) Il faut, pour être sage, observer exactement les lois de son pays relatives à la religion et ne point attaquer celles des autres. Mais Apion s'est écarté des premières et a menti sur les nôtres.

[1] Sur la circoncision des Égyptiens, cf. Hérodote, II, 37 et 104 ; sur celle des prêtres en particulier, voir W. Otto, Priester und Tempel im hellenistischen Aegypten, I, 214 ; II, 326. Sur l'abstinence de la viande de porc, Plutarque, Quaest. conviv., IV. 5.

[2] Hérodote, II, 104 (v. supra. I, § 169).

Ainsi finit Apion ; que ce soit aussi la fin de mes observations à son sujet.

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