Synonymes du Nouveau Testament

4.
Ἐπιτιμάω, ἐλέγχω (αἰτία, ἔλεγχος)
Reprendre, convaincre (accusation, conviction)

On peut « reprendre » quelqu’un sans que la répréhension produise en lui la conviction ; et cela, ou bien, parce qu’il n’y avait point de faute commise, et alors la répréhension n’était point nécessaire, elle était même injuste ; ou bien, parce qu’elle n’a point fait impression. C’est dans cette possibilité de « reprendre » quelqu’un de péché, sans l’en « convaincre », que gît la distinction entre les deux termes grecs. Ἐπιτιμᾶν ne révèle que la simple notion de reprendre, et peut donc être employé pour indiquer quelqu’un qui reprend un autre ou qui le blâme injustement : c’est dans ce sens que Pierre « se mit à reprendre » Jésus (ἤρξατο ἐπιτιμᾶν, Matthieu 16.22 ; cf. Matthieu 19.13 ; Luc 18.39) ; ou bien ἐπιτιμᾶν s’emploie dans le sens de blâmer sans effet, sans aucun profit pour la personne qu’on blâme et qui n’est donc point amenée à voir son péché ; ainsi le brigand repentant « reprenait » (ἐπετίμα) son compagnon d’iniquité (Luc 23.40 ; cf. Marc 9.25). — Ἐλέγχειν est un vocable bien autrement puissant. Il signifie reprendre un autre, mais en maniant les armes de la vérité avec un tel succès qu’on amène le coupable, si ce n’est à confesser son péché, du moins à en être convaincu ; précisément comme, en style grec de barreau, ἐλέγχειν ne signifie pas simplement répondre à un adversaire, mais le réfuter.

Quand on se rappelle bien cette distinction, quelle lumière ne jette-t-elle pas sur une foule de passages dans le N. T., et quel sens profond elle leur donne ! Ainsi notre Seigneur pouvait demander : « Qui de vous me convainc (ἐλέγχει) de péché ? » (Jean 8.46). Plusieurs le « reprirent » ; plusieurs l’accusèrent de péché (Matthieu 9.3 ; Jean 9.16) ; mais aucun ne fit sentir le péché à sa conscience. D’autres passages gagneront aussi en clarté quand on leur accordera la plénitude du sens d’ἐλέγχειν ; ainsi : Jean 3.20 ; 8.9 ; 1 Corinthiens 14.24-25 ; mais surtout le fameux passage, Jean 16.8 : « Quand le Consolateur viendra, il convaincrad le monde de péché, de justice et de jugement. » « Celui qui me remplacera fera si bien sentir au monde son « péché », ma parfaite « justice », le « jugement » à venir de Dieu ; il le « convaincra » tellement de ces choses, qu’il sera obligé lui-même de les reconnaître, et, après cet aveu, il sera en bonne voie pour trouver son propre bonheur et son salut ».

d – Lampe fait très bien ressortir la force de cet ἐλέγξει : « Opus doctoris, qui veritatem quæ hactenus non est agnita ita ad conscientiam etiam renitentis, demonstrat, ut victas dare manus cogatur. » — Voy. une discussion admirable sur le mot, surtout dans l’emploi qui en est fait ici, dans la Mission du Consolateur par l’archidiacre Hare. pp. 528-544 (1re éd.).

Entre αἰτία et ἔλεγχος il existe une différence semblable. Αἰτία est une accusation, mais, qu’elle soit fausse ou vraie, le mot ne se met pas en frais de nous le dire, aussi pourrait-il être employé (et il l’a été en effet), pour désigner l’accusation faite contre le Seigneur de gloire lui-même (Matthieu 27.37) ; tandis qu’ἔλεγχος implique non seulement l’accusation, mais la vérité de l’accusation, et la manifestation de la vérité de cette accusation, il y a plus que tout cela, le vocable très souvent implique l’aveu de l’accusé si ce n’est pas aux hommes du moins à lui-même ; car c’est la glorieuse prérogative de la vérité, dans sa sphère la plus élevée, de ne point s’affirmer tout simplement et de réduire l’adversaire an silence, mais de le faire en le convainquant de son erreure. Ainsi Démosthène (Con. Androt., p. 600) : Πάμπολυ λοιδορία τε καὶ αἰτία κεχωρισμένον ἐστὶν ἐλέγχου. αἰτία μὲν γάρ ἐστιν ὅταν τις ψιλῷ χρησάμενος λόγῳ μὴ παράσχηται πίστιν ὧν λέγει. ἔλεγχος δέ ὅταν ὧν ἂν εἴπῃ τις καὶ τάληθὲς ὁμοῦ δείζῃ. Cf. Aristote (Rhet. ad Alex., 13) Ἔλεγχος ἔστι μὲν ὃ μὴ δυνατὸν ἄλλως ἔχειν ἀλλ᾽ οὕτως ὡς ἡμεῖς λέγομεν. Par l’utile distinction que fait la langue anglaise entre « convict » (déclarer coupable) et « convince » (convaincre), on maintient la différence entre l’ἔλεγχος judiciaire et l’ἔλεγχος moral. Tous deux entreront dans le même courant au dernier jour, alors que chaque pécheur condamné sera à la fois « convicted » et « convinced ». Tout cela est impliqué dans l’expression « il eut la bouche fermée », à propos de celui que le roi trouva sans la robe de noces (Matthieu 22.12 ; cf. Romains 3.4).

e – C’est pourquoi Milton pouvait dire :
« Conviction to the serpent none belongs. »
C’était une grâce réservée à Adam et à Eve, seuls capables de s’en servir.

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