Synonymes du Nouveau Testament

71.
Ψυχικός, σαρκικός
Psychique, charnel

Ψυχικός se trouve six fois dans le N. T. ; dans trois de ces cas, on ne peut pas dire qu’il soit employé au sens moral ; mais la chétive figure du σῶμα ψυχικόν qu’habite maintenant le fidèle est mise en contraste avec la gloire du σῶμα πνευματικόν dont il sera revêtu (1 Corinthiens 15.44, 46). Les trois autres exemples sont fortement accentués au point de vue éthique et dans chaque cas une idée de blâme sévère s’attache au mot. Ainsi saint Paul déclare que le ψυχικός ne reçoit point et ne peut recevoir (l’organe lui manquant) les choses de l’Esprit de Dieu (1 Corinthiens 2.14) ; Jacques 3.15 caractérise la sagesse qui est ψυχική, comme étant aussi terrestre (ἐπίγειος) et diabolique (δαιμονιώδης) ; Jude 1.10 qualifie les ψυχικοί comme πνεῦμα μὴ ἔχοντες (Jude 1.19). Dans les Septante le mot n’apparaît nulle part ; mais l’adverbe, ψυχικῶς avec le sens de « cordialement » (ἐκ ψυχῆς, Colossiens 3.23), se trouve deux fois dans 2 Maccabées 4.37 ; 14.24.

Nous éprouvons d’abord une certaine surprise en voyant le mot ainsi usité et en telle compagnie, et l’habitude de parler de l’âme comme de la partie la plus noble de l’homme, ne contribue pas à diminuer cette surprise ; nous nous attendrions plutôt à trouver le mot côte à côte de πνευματικός, comme s’il n’y avait entre les deux termes que de légères nuances. Mais, à la vérité, ce fait est caractéristique des différences intérieures qui existent entre le chrétien et le païen, et indique les dons supérieurs et les grâces que l’économie du Saint-Esprit a apportés dans le monde. Ψυχικός employé toujours dans le sens le plus élevé dans la littérature grecque classique de l’époque postérieure (le mot ne remonte guère plus haut qu’Aristote) y est opposé à σαρκικός, ou plutôt, là où n’existe point d’antithèse éthique, à σωματικός (Plutarch., De Plac. Phil. 1.9 ; Aristot., Ethic. Nic. 3.10, 2). Constamment on s’en sert pour louer et pour exprimer ce qu’il y a de plus grand chez l’homme (Plutarch., Ne Suav. Vivi Sec. Epic. 9 et 14). Mais ψυχικός doit descendre de son pinacle et céder la place à un autre mot bien autrement grand et qui doit occuper le rang le plus élevé de tous les mots. L’ancienne philosophie ne connaissait rien de plus élevé que l’âme de l’homme ; mais la Révélation connaît l’Esprit de Dieu, de Celui qui fait sa demeure dans l’homme et qui éveille en celui-ci un esprit qui répond au sien. Selon elle, ψυχή, non moins que σάρξ, appartient à la région inférieure de l’homme ; et si un double emploi de ψυχή dans l’Écriture (Matthieu 16.26 ; Marc 8.35) exige qu’on ne se serve de notre assertion qu’avec une certaine réserve, il est clair en tout cas que ψυχικός n’est pas un mot d’honneura, pas plus que σαρκικός ; c’est une épithète tout aussi librement appliquée à un état inférieur de l’homme que ce dernier vocable. Le ψυχικός de l’Ecriture est un homme dont la ψυχή est la puissance motrice la plus élevée ; chez qui le πνεῦμα, comme organe du divin Πνεῦμα, est supprimé, endormi et pour le moment aussi bien que mort ; c’est un homme que ce divin Esprit n’a jamais élevé jusqu’à la région des choses spirituelles (Romains 7.14 ; 8.1 ; Jude 1.19). Pour une bonne collection de passages des Pères grecs dans lesquels ψυχικός est ainsi employé, voir Suicer, Thes. s. 5.

a – Hilaire n’a pas entièrement, quoique de bien près, échappé à cette notion ; ainsi dans le passage suivant il attribue à ψυχικός plus que les Écritures ne font, quelque ouvertement qu’il oppose ψυχικός à πνευματικός (Tract. in Ps. 14.3) : « Apostolus et carnalem (σαρκικόν) hominem posuit et animalem (ψυχικόν) et spiritalem (πνευματικόν) ; carnalem, belluæ modo divina et humana negligentem, cujus vita corporis famula sit, negotiosa cibo, somno, libidine… » Comp. Iren., 5.6.

On peut dire que σαρκικός, au même titre que ψυχικός, dans le langage des Écritures, est en opposition avec πνευματικός. Les deux épithètes attribuent à celui auquel elles se rapportent un principe dominant antagoniste du πνεῦμα, quoiqu’elles ne lui attribuent pas le même principe. Quand saint Paul rappelle aux Éphésiens comment ils vivaient autrefois « accomplissant les désirs de la chair et de leurs pensées » (Ephés.2.3), il les décrit d’abord comme σαρκικοί, et puis comme ψυχικοί. Car, à la vérité, dans l’homme irrégénéré il y a deux formes de la vie passée loin de Dieu ; et quoique chaque homme irrégénéré participe aux deux, cependant chez l’un, telle forme l’emporte et chez l’autre, telle autre. Il y a des σαρκικοί, en qui la σάρξ est le principe dominant, comme il y a des ψυχικοί, en qui c’est la ψυχή. Il est très vrai que σάρξ est souvent employé dans l’Écriture comme s’étendant à toute notre nature déchue et soumise à la vanité, de laquelle jaillit le péché et dans laquelle il se meut ; ainsi les ἔργα τῆς σαρκός (Galates 5.19-20) ne sont point simplement les œuvres de péché qui s’accomplissent dans le corps et par le corps, mais encore celles qui se meuvent dans la sphère et la région de l’esprit ; plus de la moitié des péchés que l’apôtre énumère dans le passage cité appartiennent à cette dernière catégorie. Cependant le mot, tout en couvrant quelquefois tout le domaine de la nature qui dans l’homme s’est aliénée de la vie en Dieu, doit diminuer ses prétensions, quand la ψυχή se présente pour réclamer ce qui lui appartient en propre.

Il y a une admirable discussion de l’évêque Reynold, à propos de la différence entre nos vocables, dans un sermon latin qu’il prêcha sur 1 Corinthiens 2.14 devant l’université d’Oxford, et qui porte pour titre : Animalis Homo, Works, Lond. 1826, vol. 4, p. 349).

Le problème, comment traduire ψυχικός, n’est pas facilement résolu.

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