Lettres aux chrétiens persécutés ou affligés

A Lady Culross

Sentence, condamnation à la prison.
Comment la croix doit être portée.

Edimbourg, 30 juillet 1636

Madame,

Votre lettre m’est parvenue bien à propos, maintenant que je suis prisonnier et dans les chaînes à cause de Christ et de son Evangile. Je suis condamné à être dépouillé de mon ministère et enfermé dans la ville d’Aberdeen. Oh ! combien j’ai été coupable ! Quelle folie de jeune homme d’avoir ainsi négligé les appels qui m’ont été si souvent adressés ! Mais surtout combien je déplore d’avoir si faiblement parlé du royaume de Dieu, de la couronne et du sceptre de mon Roi Jésus. Tous ces souvenirs se dressent devant moi et revêtent un air menaçant au lieu de m’offrir la couronne que les saints et les élus doivent porter ! Pendant les trois journées de mon procès, je me suis senti tout troublé, et aujourd’hui encore toutes ces pensées m’accablent. Cependant Christ m’a tendu les bras, soutenu et porté en quelque sorte lorsque je suis entré chez le chancelier. Il a daigné me dicter ce que j’avais à dire, car ma cause était la sienne, et Il s’en est chargé.

Hélas ! il n’y a pas ici de quoi s’étonner, le monde s’est mépris, nul ne sait tout le péché qui est en moi, non, personne, sauf les deux sentinelles qui veillent à mes côtés, mon cœur et ma conscience, et mon Sauveur qui est plus que mon cœur.

Dites à votre frère que, durant ses veilles sur la tour, mon désir est qu’il parle à sa mère ainsi qu’à tous ceux qu’il verra, et qu’il ne se lasse point d’annoncer la bonne nouvelle de mon doux Sauveur, le Seigneur Jésus.

Quant à moi, si j’étais libre de mes actions, je n’hésiterais pas à souffrir dix mille morts pour la cause de la vérité et pour rejoindre ensuite mon Père qui est dans les cieux. Au lieu de cela, voici, il me faut marcher accablé de tristesse. Chère Madame, si vous m’aimez et Christ en moi, priez, priez pour que je sois fortifié dans l’homme intérieur, pour que rien ne s’interpose entre mon Seigneur et moi. Demandez que je puisse échapper à la condamnation, et qu’il ne soit rien trouvé en moi, excepté l’œuvre qui doit s’y accomplir. Si votre seigneurie me connaissait tel que je suis, vous diriez : Pauvre âme, qu’y a-t-il d’étonnant en tout ceci ? Si j’ai des craintes, elles ne sont que trop fondées, je vous assure. Dieu, qui défendit qu’on ajoutât affliction sur affliction, ne profitera pas de ces circonstances douloureuses pour m’accabler. Poursuivrait-Il une feuille desséchée ? Priez-Le donc de m’épargner maintenant par le souvenir de ces beaux jours de fête où Christ nous réunissait dans sa maison, autour de sa table, avec le troupeau qui m’était confié. Hélas ! aujourd’hui, il est dispersé… Jésus me l’a enlevé, parce que je n’ai pas été trouvé aussi fidèle que les deux premières années de mon ministère, alors que le sommeil fuyait mes paupières, tant mon âme était occupée à soigner les agneaux de Christ, et voilà ce qui ajoute à mon affliction.

Je vous prends à témoin, Madame, de mon entier désir d’agir selon la volonté du Seigneur. Tout ce que je puis dire, c’est que la croix de Christ est la bien-venue et qu’elle m’est douce à porter. Marchons tous d’un même pas vers le Roi des rois, saluons joyeusement sa venue. Il ne m’importe nullement de savoir si c’est au nord ou au midi de l’Ecosse que je dois aller, ni de me trouver prisonnier au milieu de figures rudes et repoussantes. Je n’ai pas grand motif d’aimer ces lieux, mais cela m’inquiète peu, car je sais que Christ peut rendre Aberdeen un jardin délicieux. Espérant donc que vous penserez au pauvre prisonnier de Christ, je le prie de vous accorder tous les dons de sa grâce.

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