Lettres aux chrétiens persécutés ou affligés

A R. Gordon de Knokbrex

Prospérité de l’Église.
Objet continuel de nos prières.
Conflit entre le péché et le besoin de l’amour de Christ.
Justification.
Sanctification.

Aberdeen, 1637

Cher frère,

Merci de votre lettre d’Edimbourg. Je ne désire pas un autre ciel que celui qui m’est acquis ; mais il est vrai que je soupire après la lumière du soleil des sept jours ; puisse-t-elle briller radieuse et sur moi et sur les Juifs, et sur les Gentils, et sur cette Église desséchée d’Ecosse, et sur ses sœurs d’Irlande et d’Angleterre ; c’est du sein de notre grand Roi seul qu’elle peut jaillir.

Quelle bénédiction ne serait pas le partage de la noblesse de ce pays, si elle se prenait à essuyer les larmes qui tombent de la face du Seigneur, si elle se ceignait de sa ceinture et l’aidait à passer son manteau royal ! Glorieux privilège… mais la colère du Tout-Puissant n’est pas encore détournée de l’Ecosse ; cependant de meilleurs jours lui seront accordés, j’en ai la ferme conviction. Le sommet des montagnes sera glorieusement illuminé, et l’on entendra encore les accents de la joie. Veuille le Seigneur nous permettre de plaider avec larmes à ses pieds pour la délivrance de notre chère patrie.

Je sens un grand conflit soulevé en moi à cette heure, entre pécher et mon désir extrême de posséder l’amour de mon Sauveur bien-aimé. Si je ne connaissais la libéralité de Christ, parfois je croirais qu’Il est avare pour moi ; mais il est vrai que mes besoins sont insatiables. La recherche de Christ, le besoin d’être avec Lui et en Lui est presque déjà comme la possession du ciel, car je suis assuré que mon Sauveur est la bonté même, et que, quelque petite que soit la parcelle qu’il nous accorde de son amour, elle nous est déjà un précieux trésor.

Si je considère mon péché, mon salut m’apparaît comme un des plus grands miracles qui se puissent opérer. Je défie tout homme de me montrer quelque chose de plus merveilleux. Ne pouvant lui donner en retour ni argent ni salaire d’aucun genre, Il se contente de ma misère et de ma corruption ; Il la prend à Lui, Il l’efface ; sans cela, comment se pourrait opérer mon union avec Lui ? L’essence de Christ est l’amour ; que ne puis-je me persuader que mon tout est de l’obtenir, d’en être imprégné, si je puis m’exprimer ainsi ! Quelle lourde charge que celle de porter ce cadavre du péché ! combien nous devons désirer que notre Sauveur nous délivre des chaînes qui nous rivent ici-bas !

Je me suis demandé en dernier lieu ce qui doit nous porter le plus à aimer Jésus-Christ, la sanctification ou la justification gratuite. Il me semble que ce doit être la première, car il faut plus d’amour pour sanctifier que pour justifier. C’est par la sanctification que nous sommes faits semblables à Lui, tandis que la justification ne consiste qu’à nous faire jouir du bonheur des anges. La misère d’un homme dont le péché n’est pas pardonné, qui est encore sous la condamnation, n’est pas la même que celle de celui qui sert le péché en accomplissant les œuvres du diable. La sanctification ne peut donc jamais être achetée, elle est sans prix. Grâce à Dieu, Christ s’est fait lui-même notre prix pour être notre sanctification. La moisson des sanctifiés ne sera pas abondante ici, il n’y en aura que peu de sauvés.

Que la grâce soit avec vous.

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