Par Christ et pour Christ – Perdus... puis sauvés

XIV. Perdus... puis sauvés

Le Locle, sur la place du Marché, à 8 h. du soir, le mercredi 15 mars 1922.

Le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. Luc 19.10

Le Fils de Dieu devint Fils de l'homme et descendit du Ciel pour nous chercher et nous sauver. Ceux qui sont perdus dans leur péché ne savent pas qu'ils sont perdus, mais croient au contraire qu'ils ont trouvé tout ce dont ils ont besoin. Une preuve qu'ils sont perdus, c'est qu'ils ne réalisent pas la condition dans laquelle ils se trouvent, ils ne réalisent même pas qu'ils sont pécheurs. Ils se croient sans reproche : ils n'ont tué personne, ils n'ont pas volé. Cette attitude est, en elle-même, une preuve qu'ils sont de grands pécheurs. Ceux qui réalisent leur faiblesse peuvent être sauvés, mais non pas ceux qui ne s'en rendent pas compte.

Un jour que je me baignais dans une profonde rivière, je coulai au fond. Au-dessus de ma tête, il y avait des tonnes et des tonnes d'eau, mais je n'en sentais pas le poids. Une fois remonté sur le bord, je soulevai une cruche pleine d'eau et la trouvai très lourde ; je ne pouvais pas la porter. Donc, tant que j'étais dans l'eau, je n'en sentais pas le poids ; mais quand je fus hors de l'eau, je m'en rendis compte. C'est ainsi que ceux qui sont plongés dans leurs péchés n'en sentent pas le poids, tandis que ceux qui sont sauvés sont hors de la rivière du péché et se rendent compte de leur état de pécheurs. Il est très dangereux de se sentir sans péché et c'est un signe de vie que de commencer à crier à Dieu pour avoir son aide. Il y eut un temps dans ma vie où j'étais fier de mon savoir, de ma religion et où je ne pouvais pas comprendre que Christ est venu pour sauver les pécheurs. Je croyais que nous pouvions nous sauver nous-mêmes et que Dieu, qui est tout-puissant, pouvait nous sauver par un seul mot. Je ne pouvais pas croire que Dieu pût s'incarner.

Le Roi et son ministre chrétien

Plus tard, le Seigneur eut pitié de moi et se révéla à moi ; je compris que j'étais un grand pécheur et que Christ est le Sauveur du monde. Il me fut montré clairement que c'est l'amour infini de Dieu qui l'a fait descendre du ciel. Un certain roi avait un premier ministre, homme très instruit, qui devint chrétien et déclara sa foi devant tout le peuple. Il dit qu'il croyait au Sauveur venu dans ce monde pour sauver les pécheurs. Le roi n'y comprit rien. « Mais, disait-il, si moi je veux qu'une chose se fasse, je l'ordonne à mes serviteurs et cela suffit. Pourquoi le Roi des rois viendrait-il dans ce monde Lui-même ? » Le roi voulait chasser son ministre à cause de sa conversion au christianisme ; mais comme il l'aimait beaucoup, il lui promit sa grâce s'il pouvait lui donner réponse à cette question. « Accordez-moi vingt-quatre heures, lui dit le ministre, et je vous répondrai. » Il fit alors chercher un habile menuisier et le chargea de fabriquer une poupée et de l'habiller exactement comme l'enfant du roi, âgé de deux ans. Le jour suivant, le roi alla se promener en bateau avec son ministre. Ordre avait été donné au menuisier de se tenir sur le bord de la rivière et, à un signal convenu, de jeter la poupée dans l'eau. Le roi vit la poupée tomber et croyant que c'était son enfant, sauta dans l'eau. Le ministre lui demanda ensuite pourquoi il avait voulu sauver lui-même son enfant alors qu'un mot à son serviteur eût suffi. « C'est le cœur du père qui a parlé ! » s'écria le roi. Et le ministre répondit : « Ainsi Dieu ne s'est pas contenté d'envoyer aux hommes le message du salut, mais Son amour infini l'a fait descendre du ciel pour nous sauver. Voilà l'amour divin. »

Dieu ne désire pas nous punir, c'est notre péché qui nous punit. Christ est venu pour nous sauver, afin que nous croyions en Lui, et Lui, qui est la Vie, nous donnera la Vie éternelle. Quelques-uns ont bien reçu la vie, mais pas la vie en abondance. Nous devons prier davantage afin de recevoir la force d'En-Haut et d'être sauvés.

Beaucoup de gens sont bien en vie, mais ils ne possèdent pas vraiment la vie. Ils sont comme un homme dont je vais vous parler. Il avait été longtemps malade à l'hôpital et était très faible ; par un jour froid, ses parents allumèrent un feu dans le voisinage de sa couche. Tout à coup, son lit prit feu et il était seul. Il était en vie, il désirait se sauver, mais il n'en avait pas la force. Il y avait de l'eau tout près et il ne pouvait pas l'atteindre. Il mourut brûlé. Beaucoup de chrétiens de nom ont une certaine apparence de vie, mais pas assez de force pour éteindre les dards enflammés du malin.

Vous avez peut-être entendu parler du martyr Kartar Singh, qui mourut au Tibet. Lorsqu'il se mit à prêcher l'Évangile, on lui disait : « Tais-toi, nous n'aimons pas entendre parler de Christ ». Il était fils d'un homme très riche et il laissa tout pour aller annoncer l'Évangile au Tibet. Il avait fait l'expérience que les biens de ce monde ne peuvent pas donner la paix ni satisfaire l'âme, que Christ seul peut contenter. On m'a raconté au Tibet comment cet homme fut mis à mort. On le mena sur une colline et là il fut cousu dans une peau de bête encore humide, puis laisse expose au soleil pendant trois jours. Je fus frappé de l'air heureux de l'homme qui me disait cela, et je lui dis avec surprise : « Vous me parlez de quelque chose de bien triste et vous paraissez heureux ! » « Ce n'est pas triste. je vous parle de mort, mais ce n'était pas une mort, c'était la vie, une vie merveilleuse. On le laissa trois jours dans cette peau, mourant de faim et de soif et, lorsqu'on lui demandait : « Comment vous sentez-vous maintenant ? », il répondait : « je remercie Dieu pour ce grand privilège de pouvoir souffrir pour lui ». Mais il ne souffrait pas ; il était dans une joie si intense que je voudrais que beaucoup puissent la réaliser et alors ils seraient d'accord avec moi pour dire que vivre avec Jésus-Christ c'est le ciel sur la terre. Comme Kartar Singh n'était pas encore mort, on prit des clous de fer pointus qu'on lui enfonça dans le corps. Son sang coulait à flots, mais il avait toujours cette même joie merveilleuse, une joie qui ne peut pas s'exprimer. Chacun l'avait abandonné, mais il disait : « Les hommes m'ont abandonné, mais non pas mon Sauveur. Il est avec moi et même au dedans de moi. Dans cette peau de bête, je suis réellement dans le ciel. Je bénis Dieu pour ce privilège ».

Dieu a tout fait pour nous ; Il est venu pour nous sauver, mais si nous ne le recevons pas comme notre Sauveur, nous mourrons dans nos péchés. Il vous donne encore maintenant une occasion d'être sauvés et d'en sauver d'autres ensuite.

Je croyais que tous les habitants des pays chrétiens lisaient la Bible et étaient pareils aux anges, mais en parcourant ces pays, j'ai compris mon erreur. La plupart d'entre eux ont le visage blanc et le cœur noir. Dans les pays païens, je vois les gens aller dans leurs temples ; ils ont la crainte de Dieu. Ici, je vois surtout des gens qui recherchent le plaisir. Peut-être quelques-uns d'entre vous penseront-ils que j'ai été prévenu contre vous ; non, ce n'est pas le cas ; je dois obéir à ma conscience et vous donner le message que j'ai reçu de Dieu. Le temps vient où ceux qui rient pleureront... Ce jour-ci, cette occasion nous a été donnée non pas seulement pour prêcher l'Évangile, mais pour rendre témoignage que nous avons été sauvés. Vous connaissez Jésus-Christ, et ce qu'il vous faut, ce ne sont pas des prédications, mais le témoignage de ceux qui ont été sauvés. La chose essentielle, c'est de connaître Christ lui-même, au moyen de la prière. Il ne suffit pas de savoir quelque chose de Lui. Que Dieu nous aide à faire de notre vie une vie de prière et à comprendre que c'est son amour infini qui l'a fait descendre du ciel pour nous sauver. Alors, nous ferons la même expérience bénie que ce martyr qui pouvait dire qu'il avait trouvé le ciel sur la terre.

Pour conclure, je voudrais vous dire quelques mots d'un Hindou pieux, qui persécutait les missionnaires. Je lui donnai un Nouveau Testament, mais il le déchira. Un jour, il sortit de chez lui dans l'intention de tuer un missionnaire. Comme il faisait très chaud, il s'assit quelques minutes sous un arbre et cette pensée lui vint : « Tu vas commettre un péché. Ce n'est pas ton devoir. Tu dois comprendre que tu es un grand pécheur ». Ce n'était pas tout à fait exact, car il recherchait sincèrement la vérité. Soudain, le Soleil de Justice lui apparut, comme à saint Paul sur le chemin de Damas. Il vit la puissance du Christ vivant et fut sauvé. La vie d'hommes comme celui-là est une preuve évidente que Dieu s'est fait homme, afin de sauver les hommes. Vous demanderez peut-être pourquoi les Orientaux voient des faits semblables et pas les Occidentaux. Excusez-moi si je dis des choses dures. Là-bas, les hommes peuvent se tromper, mais ils cherchent la vérité. Ici, vous cherchez le plaisir et le confort. Je ne dis pas cela des vrais enfants de Dieu, mais de la majorité des habitants de ce pays. A ceux-là, notre Sauveur dit : « Là où je vais, vous ne pouvez pas venir ». Ces insouciants, ces indifférents mourront dans leur péché. C'est le devoir de ceux qui sont sauvés d'aider à sauver les perdus. Que Dieu nous aide à Le connaître de mieux en mieux, afin d'être remplis de son Saint-Esprit.

Amen.

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