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Amiot-Tamisier – Judith 1

LE LIVRE DE JUDITH

Probablement écrit en hébreu, ce livre ne nous est parvenu que dans la version grecque des Septante. Il décrit la délivrance providentielle de la ville de Béthulie, grâce à l'intrépidité d'une femme pieuse. On y distingue communément deux sections : ♦ 1° I – VII racontent la campagne conduite en Palestine par Holoferne, général de Nabuchodonosor, « roi des Assyriens » ; le chef des Ammonites, Achior, lui annonce que les Juifs ne succomberont pas s'ils n'abandonnent leur Dieu. Cependant qu'à Jérusalem le grand prêtre organise la résistance, les troupes assyriennes mettent le siège devant Béthulie, dont la situation est humainement désespérée. ♦ 2° VIII – XVI : On sait comment Judith encourage alors ses concitoyens, et par quelle ruse de guerre (qu'il faut juger d'après les idées du temps) elle peut rapporter à Béthulie la tête d'Holoferne ; l'armée assyrienne en désarroi est facilement mise en déroute ; Achior se convertit au judaïsme ; on fête Judith qui remercie Dieu dans un chant guerrier. ♦ Ces événements sont-ils historiques, ou n'y doit-on voir qu'une fiction religieuse ? Il est difficile de les situer dans l'histoire : aucun roi d'Assyrie ne s'est appelé Nabuchodonosor ; V, 22-23 suppose la ruine de Jérusalem et l'exil à Babylone, donc une date postérieure à 538 ; par contre, I, 5 montre Ninive dans sa splendeur, alors qu'elle fut détruite en 612 ; on ignore l'emplacement de Béthulie que ne cite aucun livre ancien. Il semble bien que l'auteur, sans rechercher l'exactitude des détails, ait tout simplement combiné et adapté des faits de diverses périodes dans un but parénétique. ♦ Sa thèse est en effet très nette : Dieu n'abandonne jamais son peuple s'il demeure fidèle ; la foi monothéiste, jointe au patriotisme, triomphe toujours des situations les plus désespérées provenant de l'hostilité païenne. — L'ardent patriotisme et le légalisme strict qui caractérisent l'ouvrage font penser au parti assidéen, dont l'influence fut si grande à l'époque des Machabées ; d'autre part, la conversion de l'Ammonite Achior (XIV, 6) est un écho du prosélytisme en honneur parmi les Pharisiens, selon qui le monde devait se faire juif. Ces constatations invitent donc à dater des années 150-100 ce petit livre, tout à la gloire de la puissance et de la fidélité de Dieu.

PUISSANCE D'ARPHAXAD ♦ IL EST VAINCU PAR NABUCHODONOSOR QUI VEUT ENSUITE SE FAIRE RENDRE HOMMAGE PAR TOUS LES PEUPLES VOISINS

1 Arphaxad, roi des Mèdes, avait assujetti à son empire un grand nombre de nations, et il bâtit une ville très forte qu'il appela Ecbatane, 2 de pierres carrées et taillées ; il en fit les murailles de soixante-dix coudées de haut et de trente coudées de large ; et il en éleva les tours à la hauteur de cent coudées. 3 Et chacun de leurs côtés carrés s'étendait dans un espace de vingt pieds ; et il en fit les portes en proportion des tours ; 4 et il se glorifiait comme étant invincible par la force de son armée et par la multitude de ses chars de guerre. 5 Mais Nabuchodonosor, roi des Assyriens, qui régnait dans la grande ville de Ninive, fit la guerre, la douzième année de son règne, à Arphaxad, 6 et le vainquit dans la grande plaine appelée Ragau, près de l'Euphrate, du Tigre et du Jadason, dans la campagne d'Érioch, roi des Éliciens.

7 Alors le règne de Nabuchodonosor devint florissant, et son cœur s'en éleva ; et il envoya à tous ceux qui habitaient dans la Cilicie, à Damas, sur le mont Liban, 8 et aux peuples qui sont à Carmel et en Cédar, et à tous ceux qui habitaient dans la Galilée, dans la grande plaine d'Esdrelon, 9 et à tous ceux encore qui étaient en Samarie, et au delà du fleuve du Jourdain jusqu'à Jérusalem et dans toute la terre de Gessen, jusqu'où l'on arrive aux confins de l'Éthiopie. 10 Nabuchodonosor, roi des Assyriens, envoya des ambassadeurs à tous ces peuples ; 11 mais tous, d'un commun accord, refusèrent ce qu'il demandait, renvoyèrent ceux qui étaient venus de sa part, sans qu'ils puissent rien obtenir, et les chassèrent avec mépris. 12 Alors le roi Nabuchodonosor, irrité contre tout ce pays, jura par son trône et par son royaume qu'il se vengerait de toutes ces contrées.

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