chapitre précédent retour chapitre suivant

Amiot-Tamisier – Job 40

JOB S'HUMILIE ET SE CONDAMNE AU SILENCE ♦ DIEU CONTINUE DE MONTRER À JOB LA DISTANCE DE LA CRÉATURE AU CRÉATEUR ♦ DESCRIPTION DU BÉHÉMOTH ET DU LÉVIATHAN

40 Le Seigneur parla de nouveau à Job, et lui dit :

2 Celui qui dispute contre Dieu se réduit-il si facilement au silence ? Certainement quiconque reprend Dieu doit lui répondre.

3 Job répondit au Seigneur :

4 Puisque j'ai parlé avec trop de légèreté, comment pourrai-je répondre ? Je n'ai qu'à mettre ma main sur ma bouche. 5 J'ai dit une chose que je souhaiterais n'avoir point dite, et une autre encore, et je n'y ajouterai rien de plus.

6 Le Seigneur, parlant à Job du milieu d'un tourbillon, lui dit :

7 Ceignez vos reins comme un homme ; je vous interrogerai, répondez-moi. 8 Est-ce que vous prétendez détruire l'équité de mes jugements, et me condamner moi-même pour vous justifier ? 9 Avez-vous comme Dieu un bras tout-puissant ? et votre voix tonne-t-elle comme la sienne ? 10 Revêtez-vous d'éclat et de beauté, montez sur un trône élevé, soyez plein de gloire et parez-vous des vêtements les plus magnifiques. 11 Dissipez les superbes dans votre fureur, et humiliez les insolents par un seul de vos regards. 12 Jetez les yeux sur tous les orgueilleux, et confondez-les ; brisez et foulez aux pieds les impies, dans le lieu même où ils s'élèvent. 13 Cachez-les tous ensemble dans la poussière ; ensevelissez leurs visages et jetez-les au fond de la terre. 14 Et alors je confesserai que votre droite a le pouvoir de vous sauver.

15 Considérez Béhémoth que j'ai créé comme vous ; il mangera le foin comme un bœuf. [40.15-42.6. Béhémoth (XL, 15-24), pluriel d'un terme signifiant bête, brute, pluriel qu'il faut entendre au sens superlatif ; il s'agit en effet de l'hippopotame, créature à la fois redoutable et amusante, qui paraît souvent dans les représentations égyptiennes, avec un autre habitant du Nil, le crocodile, dont suit la description (XL, 25 – XLI, 26) : l'auteur lui donne le nom terrible de Léviathan, qui désigne ailleurs le monstre personnifiant le chaos (cf. III, 8, note). Job, pour la dernière fois, prend la parole (XLII, 1-6) : c'est pour s'humilier sans réserve devant la puissance de Dieu, qui, jointe à sa sagesse souveraine, exigent l'adoration et la soumission totale. C'est en fait le triomphe de la foi : le problème de la souffrance est désormais posé dans son acuité, mais on sait que la sagesse divine a tout prévu. Les siècles postérieurs viendront confirmer, préciser, éclairer cette solution désormais soupçonnée.] 16 Sa force est dans ses reins, et sa vigueur dans les muscles de son ventre. 17 Sa queue se serre et s'élève comme un cèdre ; les nerfs de ses cuisses sont entrelacés l'un dans l'autre. 18 Ses os sont comme des tuyaux d'airain, ses cartilages sont comme des lames de fer. 19 Il est le commencement des œuvres de Dieu ; celui qui l'a fait l'a forgé comme un glaive. 20 Les montagnes lui produisent des herbages ; c'est là que toutes les bêtes des champs viendront se jouer. 21 Il dort sous les lotus, dans le secret des roseaux et dans les lieux humides. 22 Les lotus le couvrent de leur ombre ; les saules du torrent l'environnent. 23 Que le fleuve soit violent, il n'en sera point étonné ; il serait calme, même si le Jourdain jaillissait à sa gueule. 24 Est-ce qu'on le prendra par les yeux [comme un poisson se prend à l'amorce], et lui percera-t-on les narines avec des pieux ?

25 Pourrez-vous enlever le Léviathan avec l'hameçon, et lui lier la langue avec une corde ? 26 Lui mettrez-vous un cercle au nez, et lui percerez-vous la mâchoire avec un anneau ? 27 Le réduirez-vous à vous faire d'instantes prières, et à vous dire des paroles douces ? 28 Fera-t-il un pacte avec vous ? et le recevrez-vous comme un esclave éternel ? 29 Vous jouerez-vous de lui comme d'un oiseau ? et le lierez-vous pour servir de jouet à vos filles ? 30 Ferez-vous que vos amis le coupent par pièces, et que ceux qui trafiquent le divisent par morceaux ? 31 Criblerez-vous sa peau de dards, percerez-vous sa tête du harpon ? 32 Mettez la main sur lui : souvenez-vous du combat et n'y revenez plus.

chapitre précédent retour chapitre suivant