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TOB – Ésaïe 1

ÉSAÏE

INTRODUCTION

1. La formation du livre

Sous le nom d'Esaïe se trouve réuni un ensemble de 66 chapitres qui ne sont pas tous de la même époque. Ce caractère composite n'a en soi rien d'étonnant et se retrouve dans d'autres livres de l'Ancien Testament, mais, alors que ceux-ci sont anonymes, ainsi le Pentateuque et les livres historiques, le livre d'Esaïe se présente sous le nom d'un prophète qui a vécu à une époque bien précise de l'histoire d'Israël. Pendant longtemps, on a défendu l'unité d'auteur en supposant que le prophète du VIIIe siècle pouvait avoir vu et annoncé ce qui arriverait trois siècles plus tard ; le livre apocryphe de Ben Sira est déjà l'interprète de cette tradition (Si 48.24-25). Cette position est aujourd'hui abandonnée par beaucoup, car il est évident qu'avec le chapitre 40 commence un nouvel écrit qui nous situe dans le contexte de l'exil à Babylone et qui fait mention explicite du roi des Mèdes et des Perses, Cyrus. Mais la diversité des auteurs n'empêche pas que le livre forme un tout. On peut se représenter la formation du livre d'Esaïe de la manière suivante:

a) le prophète Esaïe a mis lui-même par écrit un certain nombre de ses paroles, ce qui est attesté par Es 8.1 et 30.8; aux chapitres 6 — 8 nous avons un morceau dans le style autobiographique qui provient en grande partie du prophète lui-même ;

b) des disciples du prophète, appartenant en partie à sa propre famille, ont rassemblé les paroles du maître en les disposant dans l'ordre suivant : 1. Prophéties de jugement sur Israël. 2. Prophéties de malheur sur les peuples étrangers. 3. Promesses de salut concernant principalement Israël. Le but qu'ils visaient était de conserver les paroles et d'en vérifier l'authenticité à la lumière des événements de l'histoire ;

c) les oracles d'Esaïe ont été lus pendant toute la période qui allait de l'apogée de la puissance assyrienne jusqu'à la chute de l'empire assyrien en 612 ; ils apportent l'écho des variations dans le rôle de l'Assyrie : celle-ci, après avoir été « le gourdin de la colère de Dieu » contre Israël, est finalement châtiée pour son incommensurable orgueil ;

d) c'est surtout pendant l'exil que les croyants ont trouvé dans les oracles d'Esaïe la clé des événements qu'ils étaient appelés à vivre. Les oracles du prophète furent alors réinterprétés: ainsi les oracles messianiques des chapitres 9 et 11 qui s'appliquaient au roi davidique et dont on attendait la réalisation dans l'histoire furent relus dans un sens eschatologique, et le roi céda la place au serviteur qui accomplira le salut d'Israël et des nations par son abaissement, ses souffrances et sa mort. Les oracles sur les nations sont lus moins dans une perspective de jugement que sous l'angle de la participation au salut d'Israël: ainsi l'oracle de 19.19-25, qui contraste avec celui qui le précède immédiatement, est le témoin d'une attitude nouvelle à l'égard des nations ;

e) la réinterprétation eschatologique ne porte pas seulement sur la personne du Messie, elle donnera un nouveau sens à toute l'histoire. Les oracles du prophète du VIIIe siècle envisageaient l'histoire dans le contexte de la suprématie assyrienne; désormais, le jugement — et le salut — sera universel ; c'est le cas de l'ensemble qui commence au chapitre 40, mais aussi des chapitres 34 et 35 qui reflètent le même esprit ;

f) Jérusalem avait pour le prophète du VIIIe siècle une signification particulière : elle était la cité de Dieu devant résister aux assauts ennemis. L'histoire avait en partie confirmé ce rôle d'inviolabilité de Jérusalem, en particulier en l'année 701 où les armées de Sennachérib durent lever le siège devant la ville. Mais la chute de Jérusalem en 587 apporta un apparent démenti à cette assurance. La perte momentanée de Jérusalem n'avait pas entamé la foi des exilés, et lorsque Cyrus, après avoir conquis Babylone, autorisa les Israélites — ainsi que d'autres peuples en captivité à Babylone — à regagner leur terre, il ne fit que concrétiser un espoir qui n'avait jamais disparu. Jérusalem, après le retour, était réduite à un rôle très effacé loin de la splendeur du temps de David et de Salomon ; en revanche, elle devint plus que jamais le point de départ d'une espérance particulièrement glorieuse. Elle sera le centre vers lequel afflueront les nations (Es 2) ; Jérusalem, illuminée par Dieu, illuminera à son tour le monde (Es 49.1,6; 60). L'eschatologie prendra une coloration apocalyptique, en particulier dans les chapitres 24 — 27, qu'on appelle l'Apocalypse d'Esaïe et qui forment sans doute un des morceaux les plus récents du livre ; il y est question de la dévastation de la terre entière et d'un jugement universel atteignant les vivants et même les morts (Es 26.19), annonce de la résurrection ;

g) tous les compléments et remaniements apportés au livre d'Esaïe sont dominés par la foi au pouvoir souverain de la parole de Dieu. La parole dite par les prophètes doit s'accomplir, elle ne reste pas sans effet (Es 55.11 ; 9.7 ; 8.20, etc.). Ce principe directeur de la parole est la raison d'être des prophètes et des livres prophétiques.

La formation du livre d'Esaïe s'étend sur une période qui va de 740 à environ 450 et a donc une multiplicité d'auteurs et de rédacteurs qui cependant ont voulu être les fidèles interprètes du prophète Esaïe. Le chapitre 1 (et probablement aussi Es 2.1-5) a été placé en guise de préface à l'ensemble des 66 chapitres. Formée en grande partie d'oracles authentiques du prophète, cette préface veut répondre aux préoccupations principales de la communauté postexilique et lui fournir une clé de lecture de ce livre où, plus que dans un autre, elle pouvait trouver son identité: a) la justice, c'est-à-dire une attitude d'équité et de vérité envers Dieu et les hommes, est plus importante que tous les rites ; b) Dieu est toujours celui qui peut pardonner et rendre possibles tous les recommencements, mais l'infidélité sous toutes ses formes est toujours punie ; c) Jérusalem a été dressée comme un signe de la présence, de la fidélité et du jugement de Dieu, et sera l'axe de l'histoire universelle.

Livre ouvert, qui a sans cesse été augmenté, le livre d'Esaïe peut être considéré comme la bibliothèque prophétique par excellence. Mais cet aspect d'anthologie met précisément en lumière le rôle essentiel joué par le prophète Esaïe de son vivant et, après sa mort, dans la mémoire du peuple.

2. Le prophète Esaïe, ses interprètes et leur message

Esaïe a été appelé à prophétiser vers 740, et son activité s'est étendue sur une période d'au moins quarante ans que nous ne connaissons que très partiellement. C'est au début du règne d'Akhaz qu'il apparaît pour la première fois au premier plan de l'actualité politique. Alors que les royaumes d'Aram (capitale Damas) et d'Israël (capitale Samarie) essaient de se dresser contre la puissance de plus en plus menaçante de l'Assyrie, le roi Akhaz estime qu'il vaut mieux se mettre sous la protection du roi d'Assyrie, ce qui lui vaut une expédition punitive de la part de ses deux voisins, qui veulent le forcer à se joindre à leur coalition. A la politique des alliances et des blocs, Esaïe oppose celle de la foi qui n'était pas moins réaliste que celle des stratèges. C'est dans ces circonstances qu'il prononce la parole qui résume l'attitude qui a toujours été la sienne : « Si vous ne croyez pas, vous ne subsisterez pas » (Es 7.9). La foi pour le prophète est faite de fermeté, de calme et d'humble confiance, elle s'appuie sur des signes comme celui de la naissance d'Emmanuel (Es 7.14), signes qui situent la foi dans le domaine du réel et non dans celui de l'utopie. Ezéchias, successeur d'Akhaz, se montre fidèle au Seigneur et entreprend même une réforme religieuse (voir 2R 18.3s), mais il ne rencontre pas l'approbation d'Esaïe pour sa politique d'alliance avec l'Egypte. Le retrait des armées de Sennachérib devant Jérusalem en 701 a renforcé le prestige politique du prophète, malgré ses divergences profondes et essentielles avec les chefs de la nation sur les causes et les conséquences de cet événement. Recherché pour ses conseils, Esaïe n'était cependant guère suivi que par une minorité. Les représentants officiels de la religion, prêtres et même prophètes, ne l'ont pas écouté et l'ont même accablé de leurs sarcasmes, que le prophète leur rendait d'ailleurs (voir Es 28.7s). Une tradition très probablement apocryphe, consignée dans le livre pseudépigraphe appelé l'Ascension d'Esaïe, fait mourir le prophète martyr sous la persécution du roi Manassé. Le message d'Esaïe, exprimé dans une langue admirable, qui a recours à toutes les formes de style, parabole, réquisitoire dans un procès, élégie funèbre, chant d'amour, est celui de la sainteté de Dieu (le récit de la vocation, au chapitre 6, est capital à cet égard), de la conduite de l'histoire par Dieu (qui se fait par les conseils, même s'ils sont parfois déroutants et incompréhensibles), de la foi ferme et confiante en toutes circonstances, de la permanence de la dynastie davidique, d'où sortira le roi idéal (chapitres 9 et 11), et du rôle central de Jérusalem dans le plan du salut.

Sur la personnalité de celui qu'on appelle le prophète de la consolation d'Israël (ou le Deutéro-Esaïe) et à qui l'on attribue les chapitres 40 à 55, nous n'avons aucun renseignement explicite. Il semble bien qu'il vivait parmi les exilés à Babylone et qu'il a exercé parmi eux, comme Ezéchiel qui l'a précédé de peu, un ministère de consolation (Es 40.1s). Son style et sa pensée dénotent une forte personnalité. Il a vraisemblablement assisté à la chute de Babylone en 539 et salué Cyrus comme un libérateur, mais le roi de Perse n'est que le serviteur du Seigneur, et c'est à démontrer la grandeur du Dieu d'Israël qu'est consacrée toute sa prédiction prophétique. Les prêtres babyloniens avaient attribué les succès de Cyrus à leur dieu national Marduk (Es 46.1), mais le prophète affirme qu'il n'y a qu'un seul Dieu et que tous les autres dieux ne sont que des idoles sans aucune réalité. Jamais le monothéisme et l'insistance sur la grandeur unique de Dieu n'avaient atteint un tel sommet (voir, par exemple, Es 40.12-17,21-26 ; 43.10-13). Un seul Dieu et un seul maître de l'histoire universelle. L'universalisme est le corollaire de son monothéisme. Mais sa vision universaliste n'empêche pas le prophète d'insister fortement sur l'élection d'Israël, car le règne universel de Dieu s'instaurera à partir d'Abraham et de Jacob et rayonnera à partir de Jérusalem. L'avenir glorieux est appuyé par le passé, en particulier par la sortie d'Egypte; la sortie de Babylone sera un nouvel exode, mais, contrairement à l'exode hors d'Egypte, plein de dangers et de menaces, ce sera une marche triomphale où la présence glorieuse de Dieu transfigurera tout, même la nature (Es 55.12-13). On peut diviser l'ouvrage en deux parties principales avec une coupure à la fin du chapitre 48 ; dans la première partie (40 — 48), le prophète s'efforce d'encourager et de convaincre ceux qui pourraient douter de la puissance du Seigneur ou être tentés par le culte des idoles; dans la seconde (49 — 55), le prophète s'adresse aux fidèles parmi les exilés qui, bien qu'opprimés, sont appelés à être les instruments de salut pour tous les peuples, car l'universalisme du salut domine l'ensemble de l'ouvrage. Tout au long des seize chapitres, le message du prophète est lié à la figure du serviteur du Seigneur qui désigne parfois explicitement Israël, qui d'autres fois est anonyme et prend des traits si personnels qu'on y a vu un personnage de l'Histoire, Cyrus ou un prophète, un personnage de l'avenir, une figure prophétique de Jésus-Christ ou encore le prophète lui-même. Cette mission du serviteur est particulièrement explicitée dans quatre poèmes ou chants : 42.1-7 ; 49.1-9 ; 50.4-9 ; et surtout 52.13 — 53.12 et qu'il faut lire dans le contexte de l'ensemble du livre. Ces poèmes, et surtout le quatrième, sont les textes où les premiers chrétiens ont vu le plus nettement et le plus souvent la préfiguration du Christ dans l'Ancien Testament (voir Mt 8.17 ; 12.18-21; Lc 22.37 ; Ac 8.32-33 ; 1 P 2.24).

Si les chapitres 40 — 55 forment un ensemble cohérent, il n'en est pas de même des chapitres 56 — 66, qu'on désigne en général par le nom de Trito-Esaïe : bien qu'ils soient assez proches du message du Deutéro-Esaïe, il semble difficile d'y voir le même auteur. Nous sommes en effet dans un contexte historique différent, qui est celui de la communauté de Jérusalem après le retour des exilés, probablement entre les années 537 et 520, où la communauté se reconstitue sous la direction du gouverneur Sheshbazar, du grand prêtre Josué et de Zorobabel, descendant de la famille davidique. Sous l'autorité de ces hommes se reforme un peuple composite : il y avait les Juifs revenus d'exil, ceux qui étaient restés dans le pays, des étrangers établis en Judée pendant l'exil, et enfin, présents en idéal plus qu'en réalité, les Juifs restés dans la diaspora, pour qui l'on devait tenir dégagé le chemin du retour (Es 57.14 ; 62.10). Cette communauté était en proie à de nombreuses difficultés dont nous trouvons l'écho aussi dans les livres d'Esdras et de Néhémie: l'unité du peuple était difficile à reconstituer, les Juifs et les Samaritains s'opposaient violemment, l'idolâtrie, favorisée par le caractère hétéroclite de la population, connaissait une certaine recrudescence, et le retard du salut à venir, si fortement proclamé par le prophète de l'exil, avait provoqué une crise de l'espérance. Mais cette période sombre connaît aussi des traits positifs: l'universalisme subsiste, les nations viendront à Jérusalem, destinée à devenir la métropole religieuse du monde entier; l'avenir, si incertain qu'il paraisse, n'en amènera pas moins une nouvelle terre et des nouveaux cieux (Es 65.17-25; 66.12), mais non sans passer par le jugement (Es 61.2; 63.1-6). Dans ces chapitres faits d'éléments parallèles plutôt que construits selon un plan suivi, l'espérance eschatologique s'accompagne d'exhortations pour l'immédiat : il s'agit avant tout de se grouper autour du Temple et de la Loi, garantie la plus sûre de la religion et de la morale.

3. Le livre d'Esaïe dans la tradition biblique

Le livre d'Esaïe, avec toutes les parties qui le composent, est entré dans le canon des livres prophétiques comme un ouvrage unique ; c'est l'aboutissement normal de la formation progressive du livre et de l'unité fondamentale du message qui l'anime. Dès lors il connaît une nouvelle histoire : de la découverte à Qumrân de plusieurs fragments et d'un rouleau entier du livre d'Esaïe, on peut conclure que pour les membres de la communauté essénienne, qui se considéraient comme le véritable Israël, le reste fidèle, Esaïe était tout un programme. Avec le texte du principal manuscrit de Qumrân nous est restitué le plus ancien manuscrit biblique, antérieur de plus de mille ans au texte massorétique : il présente, par rapport à ce dernier, d'assez nombreuses variantes, qui sont parfois purement orthographiques, mais qui parfois aussi peuvent être éclairantes pour le sens. L'intérêt que le livre d'Esaïe a suscité dans les milieux juifs apparaît encore dans la traduction grecque dite des Septante: celle-ci présente parfois un texte si différent du texte hébreu qu'il faut y voir une adaptation plutôt qu'une traduction. Elle est cependant utile dans la mesure où elle donne accès au texte hébreu dont elle est partie, et elle a aussi son intérêt comme témoin d'une relecture d'Esaïe par la communauté juive d'Alexandrie.

Le livre d'Esaïe est avec les Psaumes celui à qui le Nouveau Testament a emprunté le plus de citations, dont les unes sont explicites, les autres des réminiscences très perceptibles. On sait que l'annonce de la naissance d'Emmanuel en 7.14 est reprise dans Mt 1.22-23. Selon les évangélistes, l'enseignement des paraboles a pour effet d'endurcir les auditeurs (Mt 13.14 ; Mc 4.12). C'est une reprise d'Es 6.10. Des images aussi importantes que celles de la vigne ou de la pierre angulaire sont fréquentes dans le Nouveau Testament. Le culte des lèvres opposé à l'obéissance du cœur (Mt 15.8 et Es 29.13), l'obscurcissement des astres dans les tableaux décrivant les derniers temps (Mt 24.29 et Es 13.10), les thèmes du rameau, de la souche et surtout du serviteur ont aidé les lecteurs chrétiens à comprendre le Christ à partir du livre d'Esaïe et à se comprendre eux-mêmes comme le Peuple de Dieu, toujours placé en face des promesses de renouveau et de l'imminence du jugement. On pourrait aussi parler de la place d'Esaïe dans l'iconographie et dans l'hymnologie : les portails des cathédrales, les enluminures des livres de piété, les cantiques de l'Eglise rééditent tous à leur manière le livre d'Esaïe, tant il est vrai qu'au cours de l'histoire, la révélation a été rarement mieux exprimée et la foi davantage interpellée que par cet extraordinaire témoin de Dieu.

ÉSAÏE

I. PREMIÈRE PARTIE DU LIVRE D'ÉSAÏE

1 Vision d'Esaïe, fils d'Amoç, qu'il vit au sujet de Juda et de Jérusalem, aux jours d'Ozias, de Yotam, d'Akhaz et d'Ezékias, rois de Juda. [Vision. Ab 1.1 et suiv.
— Esaïe. le nom du prophète signifie le Seigneur sauve.
— Amoç. le père du prophète Esaïe ne doit pas être confondu avec le prophète Amos ; en hébreu les deux noms ont des orthographes différentes.
— aux jours d'Ozias... et d'Ezékias. c'est-à-dire approximativement entre les années 740 et 687 av. J.C.
— Ozias — Azarias 2 R 15.1-7.
— Yotam 2 R 15.32-38.
— Akhaz 2 R 16.1-20.
— Ezékias 2 R 18.1- 20.21.]

Israël ne connaît pas

2 Ecoutez, cieux ! Terre, prête l'oreille !
C'est le Seigneur qui parle :
J'ai fait grandir des fils, je les ai élevés,
eux, ils se sont révoltés contre moi. [Témoignage des cieux et de la terre Dt 30.19 ; 31.28 ; 32.1 ; Mi 1.2 ; Ps 50.4.
— Israël, fils de Dieu Ex 4.22 ; Jr 3.19.]

3 Un bœuf connaît son propriétaire
et un âne la mangeoire chez son maître :
Israël ne connaît pas,
mon peuple ne comprend pas.

Presque comme Sodome

4 Malheur ! Nation pécheresse,
peuple chargé de crimes,
race de malfaisants,
fils corrompus.
Ils ont abandonné le Seigneur,
ils ont méprisé le Saint d'Israël,
ils se sont dérobés. [abandonner le Seigneur Dt 28.20 ; Jr 1.16 ; 3.13.
— le Saint d'Israël Es 5.19,24 ; 10.20 ; 12.6 ; 17.7 ; Es 29.19 ; 30.11 ; 31.1 ; 37.23 ; 41.14,20 ; 47.4 ; 49.7 ; Es 54.5 ; 60.9,14 ; Jr 50.29 ; 51.5 ; Ps 71.22 ; 78.41 ; 89.19 ; voir Lv 19.2.]

5 Où faut-il encore vous frapper,
vous qui persistez dans la rébellion ?
Toute tête est malade, tout cœur exténué.

6 De la plante des pieds à la tête,
rien d'intact :
blessures, plaies, meurtrissures récentes,
ni nettoyées, ni bandées,
ni adoucies avec de l'huile. [blessures, plaies Os 5.13 adoucies à l'huile Jr 8.22 ; Lc 10.34.]

7 Votre pays est désolé, vos villes brûlées,
votre terre, devant vous, des étrangers la dévorent :
elle est désolée et comme bouleversée par l'envahisseur.

8 La fille de Sion va rester comme une cabane dans une vigne,
comme un abri dans un champ de concombres,
comme une ville sur ses gardes. [Expression poétique désignant ici la ville de Jérusalem et sa population.
— Ce verset fait allusion à la situation de Jérusalem après l'invasion assyrienne de 701 av. J.C. (voir 36-37). la ville est restée isolée au milieu d'un pays dévasté.
— comme une cabane Es 24.20.]

9 Si le Seigneur, le tout-puissant, ne nous avait laissé quelques réchappés,
nous serions comme Sodome, semblables à Gomorrhe. [Es 13.19 ; Gn 19.1-28 ; Dt 29.22 ; Am 4.11 ; Ct 2.9 ; Rm 9.29 ; 2 P 2.6 ; voir Mt 10.15 par.]

Pas de culte sans justice

10 Ecoutez la parole du Seigneur, grands de Sodome,
prêtez l'oreille à l'instruction de notre Dieu, peuple de Gomorrhe. [parole-instruction du Seigneur Es 2.3 ; 8.16,20.
— grands de Sodome, peuple de Gomorrhe. appellations péjoratives qui visent ici les dirigeants et le peuple de Jérusalem. Le prophète juge leur corruption aussi grave que celle des gens de Sodome et de Gomorrhe (Gn 18.20 ; 19.1-11 ; voir aussi Dt 32.32 ; Jr 23.14 ; Lm 4.6).]

11 Que me fait la multitude de vos sacrifices, dit le Seigneur ?
Les holocaustes de béliers, la graisse des veaux,
j'en suis rassasié.
Le sang des taureaux, des agneaux et des boucs,
je n'en veux plus. [Jr 7.22-23 ; Os 6.6 ; Am 5.21-25 ; voir Ps 50.8.]

12 Quand vous venez vous présenter devant moi,
qui vous demande de fouler mes parvis ?

13 Cessez d'apporter de vaines offrandes :
la fumée, je l'ai en horreur !
Néoménie, sabbat, convocation d'assemblée...
je n'en puis plus des forfaits et des fêtes. [offrandes. voir au glossaire SACRIFICES.
— fêtes Ex 23.14-17.]

14 Vos néoménies et vos solennités,
je les déteste,
elles me sont un fardeau,
je suis las de les supporter. [Jr 15.6.]

15 Quand vous étendez les mains, je me voile les yeux,
vous avez beau multiplier les prières, je n'écoute pas :
vos mains sont pleines de sang. [étendre les mains (pour la prière) Ps 28.2.
— mains pleines de sang Es 4.4 ; 59.3 ; Ps 5.7.
— sang (des innocents) Gn 4.10 ; Dt 19.10.]

16 Lavez-vous, purifiez-vous.
Otez de ma vue vos actions mauvaises,
cessez de faire le mal.

17 Apprenez à faire le bien,
recherchez la justice,
mettez au pas l'exacteur,
faites droit à l'orphelin,
prenez la défense de la veuve. [mettez au pas l'exacteur. autre traduction, soutenue par l'ancienne version grecque faites droit à l'opprimé.
— le droit des faibles Ex 22.20 ; Dt 24.17 ; 27.19.
— la veuve et l'orphelin Es 1.23 ; 9.16 ; 10.2 ; Ex 22.21-23 ; Jr 7.6 ; 22.3 ; Ez 22.7 ; Ps 82.3 ; 146.9 ; Jb 31.16-17.]

18 Venez et discutons, dit le Seigneur.
Si vos péchés sont comme l'écarlate,
ils deviendront blancs comme la neige.
S'ils sont rouges comme le vermillon,
ils deviendront comme de la laine. [Mi 6.2.]

19 Si vous voulez écouter,
vous mangerez les bonnes choses du pays. [Jr 2.7.]

20 Si vous refusez, si vous vous obstinez,
c'est l'épée qui vous mangera.
La bouche du Seigneur a parlé. [Lv 26.6,25 ; Dt 32.42 ; 2 S 2.26 ; Jr 2.30.]

Jérusalem purifiée

21 Comment est-elle devenue une prostituée,
la cité fidèle, remplie de justice,
refuge du droit... et maintenant des assassins ? [prostituée. voir Os 1.2 ; 2.4 et les notes.
— justice Ps 89.15 ; 97.2.]

22 Ton argent est devenu de l'écume,
ton meilleur vin est coupé d'eau.

23 Tes chefs sont des rebelles,
complices des voleurs.
Tous, ils aiment les présents,
ils courent après les gratifications.
Ils ne rendent pas justice à l'orphelin,
et la cause de la veuve n'arrive pas jusqu'à eux. [Es 5.23 ; Ex 23.8 ; Dt 16.19 ; 27.25.]

24 C'est pourquoi — oracle du Seigneur DIEU le tout-puissant,
l'Indomptable d'Israël —
Malheur ! J'aurai raison de mes adversaires,
je me vengerai de mes ennemis. [le Seigneur Dieu, le tout-puissant Es 3.1 ; 10.16 ; 19.4 ; 44.6.
— l'Indomptable d'Israël (ou de Jacob) Gn 49.24 ; Es 49.26 ; 60.16 ; voir Ps 132.2,5 ; titre très ancien donné à Dieu, équivalant à l'Indomptable de Jacob parfois traduit aussi le Taureau de Jacob.]

25 Je tournerai ma main contre toi :
avec un sel je refondrai ton écume,
j'éliminerai tous tes déchets. [Pour obtenir de l'argent pur on chauffait le métal non encore purifié avec un mélange de soude et de potasse (voir Jr 6.29 ; Ez 22.17-22). Ce procédé sert ici d'image pour décrire la purification que le Seigneur va imposer à son peuple ; voir Jr 2.22 ; 6.29 ; Ez 22.18 ; Ml 3.2-3.]

26 Je ferai redevenir tes juges comme autrefois,
tes conseillers comme jadis,
et ensuite, on t'appellera Cité-Justice,
Ville Fidèle. [Un nouveau nom Es 56.5 ; 60.14 ; Ap 2.17 ; 3.12 ; voir Ba 4.30.]

27 Sion sera sauvée par la justice,
et ses habitants convertis le seront par l'équité. [justice et équité Es 5.7,16 ; 9.6 ; 28.17 ; 32.16 ; 33.5 ; 58.2 ; 59.9.]

28 Rebelles et pécheurs ensemble seront brisés,
ceux qui abandonnent le Seigneur disparaîtront.

Contre les arbres sacrés

29 Vous serez bien déçus des térébinthes
que vous aimiez tant,
vous aurez honte de vos jardins d'élection, [Ou des jardins qui vous plaisaient tant. Le prophète fait allusion à des rites empruntés au culte cananéen de la fécondité. Ces rites se pratiquaient sous certains arbres (térébinthes) ou dans des jardins. Voir Os 4.13 ; comparer aussi avec Es 17.10 ; 57.5 ; 65.3 ; 66.17 ; Jr 2.20,23 ; Ez 6.13.]

30 car vous serez alors comme le térébinthe
au feuillage flétri,
comme un jardin d'où l'eau s'est retirée.

31 L'homme fort devenu amadou,
son travail étant l'étincelle,
tous deux ensemble brûleront,
et personne pour éteindre. [L'homme et son idole détruits par le feu Es 5.24 ; 9.17-18 ; 10.16-17 ; 26.11 ; 33.11.
— personne pour éteindre Jr 4.4 ; 21.12 ; Am 5.6.]

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