Josué nous apparaît pour la première fois lorsque les Amalécites attaquèrent traîtreusement l’arrière-garde d’Israël en route vers le Pays de la Promesse. Moïse confia l’armée des Israélites à ce jeune officier. Sachant que ce combat était avant tout spirituel, il se retira sur la montagne pour prier. Tant qu’il élevait les mains, Josué avait la victoire, quand il les baissait, c’était Amalec qui vainquait. Comme il se fatiguait, il s’assit sur une pierre et Aaron et Hour soutenaient ses bras de part et d’autre, de sorte qu’Israël remporta la victoire jusqu’au soir. Cette expérience rapportée à Josué lui resta certainement gravée dans la mémoire pour tous ses combats futurs : il savait que ce n’est pas de la force des armées que dépend la victoire, mais du combat spirituel par la prière.
Cette leçon était si importante que Moïse reçut l’ordre de l’inscrire dans le livre des souvenirs (Exode 17.14).
Josué recevra de son côté l’ordre de méditer jour et nuit le livre de la Loi pour réussir dans ses entreprises : « Aie soin de répéter sans cesse les paroles de ce livre de la Loi, médite-les jour et nuit afin d’y obéir et d’appliquer tout ce qui y est écrit, car alors tu auras du succès dans tes entreprises, alors tu réussiras » (Josué 1.8).
Moïse s’attacha ce jeune collaborateur et l’emmena avec lui lorsqu’il consultait l’Eternel. Josué fut à plusieurs reprises son seul compagnon lorsqu’il gravissait le mont Sinaï (Exode 24.13). Lorsqu’il retourna au camp, Josué restait avec lui dans la Tente de la Rencontre pendant que Moïse s’entretenait avec Dieu « face à face ». Il restait même dans la Tente lorsque Moïse sortait pour rencontrer les Israélites (Exode 33.11).
Moïse resta pendant 40 jours sur le Sinaï pour recevoir les instructions de l’Eternel. Josué était avec lui. Pendant ce temps, le peuple s’impatientait et demanda à Aaron de lui fabriquer un dieu visible sous la forme d’un veau d’or. Pendant qu’il s’adonnait à ses rites immoraux, le bruit de ses ébats s’éleva jusque sur la montagne. Josué crut y discerner un bruit de guerre, mais Moïse répondit : « Non ! ce ne sont ni des cris de victoire ni des lamentations de défaite. C’est un bruit de chansons que j’entends » (Exode 32.18).
Josué était tellement attaché à son maître et à son autorité que le jour où l’Esprit de Dieu s’était répandu sur les anciens d’Israël et où deux hommes (Eldad et Médad) qui ne s’étaient pas présentés devant le tabernacle s’étaient mis à prophétiser au milieu du camp, Josué en fut scandalisé et demanda à Moïse : « Empêche-les, mon seigneur ! ». Josué n’avait pas encore saisi que le plan de Dieu n’était pas lié à l’autorité d’un seul homme sur le peuple, mais visait la participation de tous au ministère prophétique : « Moïse lui répondit : Serais-tu jaloux pour moi ? Que l’Eternel, au contraire, accorde son Esprit à tous les membres de son peuple pour qu’ils deviennent tous des prophètes ! » (Nombres 11.29).
En posant à Josué la question : « Serais-tu jaloux pour moi ? », Moïse a vu clair dans les motivations de Josué : il était jaloux, non de l’honneur de Dieu, mais de celui de son maître. Il croyait que la gloire de Moïse serait ternie si, indépendamment de sa présence, l’Esprit de Dieu était reçu dans le camp par ces deux hommes. Il aurait voulu que le nombre de ceux qui sont amenés à faire de grandes choses par l’Esprit de Dieu soit gardé aussi réduit que possible afin que Moïse apparaisse plus grand.
Moïse est moins centré sur lui-même. Il souhaiterait que tout le peuple reçoive l’Esprit de Dieu et puisse prophétiser. Alors il cesserait de repenser constamment avec nostalgie à l’Egypte. Alors il serait vraiment le « peuple de l’Eternel ». En fait, Moïse parle ici de manière prophétique car, d’après Joël, tout le peuple de la nouvelle alliance recevra l’Esprit de Dieu (Joël 3.1ss.). C’est ce qui s’est passé à la Pentecôte (Actes 2.1ss). L’apôtre Paul s’est appuyé sur ce passage et sur Actes 2 lorsqu’il a écrit aux Corinthiens : « Je voudrais que vous prophétisiez tous » (1 Corinthiens 14.5). Les disciples de Jésus ont fait des objections semblables à celle de Josué (Marc 9.38ss ; Luc 9.49). Jésus, nouveau Moïse, les a refusées comme le fit Moïse. Les rabbins ont bien vu que Josué a mal agi en cette circonstance et ils ont prétendu que c’est pour cette raison qu’il est mort sans enfant.
Comment se fait-il que Moïse donne ici à Hochéa le nom de Josué alors qu’Exode 17.9 et 24.13 l’appellaient déjà Josué ? La rédaction finale de l’Exode a dû avoir lieu vers la fin des quarante années de pérégrinations à travers le désert. Même si Josué n’a reçu son nom de la part de Moïse que tardivement dans la marche vers Canaan, il était normal qu’il lui donne le nom qu’il portait au moment de la composition de l’Exode. Il faut ajouter que le nom Yehosua (Yahvé est salut) est virtuellement le même nom que Hochéa (salut), les deux étant dérivés de la racine yasa. (D’après BD p. 137).
Cette notation de la nomination de Josué est une anticipation du rôle qu’il jouera par la suite. « Le fait que Moïse ait changé le nom de Hochéa en Josué est le signe d’une relation spéciale entre ces deux hommes. Le changement est mineur, c’est un jeu de mots ; Moïse agit envers Josué comme un père. C’est comme s’il avait adopté ce jeune collaborateur et l’avait marqué pour une grande destinée. Nous nous souvenons que le Seigneur a changé le nom d’Abram en Abraham (Genèse 17). Les noms sont semblables, mais par ce changement de nom s’établit une nouvelle relation » (R.B. Allen EBC2 p. 806).
Lorsque le peuple fut sur le point d’entrer en Canaan, Moïse demanda que douze espions y soient envoyés pour explorer le pays et se rendre compte des possibilités de le conquérir. Josué fut choisi comme l’un des douze (Nombres 13.4). Ils revinrent portant une immense grappe de raisin. Le pays était bon, « coulant de lait et de miel » mais… « nous ne sommes pas en mesure d’attaquer ce peuple, car il est plus fort que nous… il y a même des géants » pour le défendre. Dix explorateurs sur les douze découragèrent le peuple – qui en vint à se révolter et à se dire les uns aux autres : « Nommons-nous un chef et retournons en Egypte » (Nombres 14.4). Seuls Josué et Caleb s’opposèrent à la majorité et dirent : « Le pays que nous avons parcouru et exploré est un excellent pays. Si l’Eternel nous est favorable, il nous y mènera et il nous donnera ce pays ruisselant de lait et de miel. Seulement, ne vous révoltez pas contre l’Eternel et n’ayez pas peur des gens de ce pays, car nous n’en ferons qu’une bouchée : leur ombre protectrice s’est éloignée d’eux ; tandis que l’Eternel est avec nous. Ne les craignez donc pas ! » (Nombres 14.7b-9).
Prendre le contre-pied d’une majorité peut être dangereux. Josué et Caleb en firent l’expérience lorsque « toute la communauté parlait de les tuer à coups de pierres » (v. 10). Josué et Caleb avaient accusé le peuple de révolte contre Dieu (v. 9) ; la congrégation rejette cette accusation et propose de les châtier comme des faux témoins. A ce moment-là, la gloire de l’Eternel apparaît au-dessus du tabernacle. Il a fallu qu’elle apparaisse sur la Tente de la Rencontre aux yeux de tous les Israélites pour les défendre, et que les explorateurs qui avaient entraîné le peuple à se plaindre en décriant le pays soient « frappés d’une mort brutale devant l’Eternel » (v. 37). Seuls Josué et Caleb restèrent en vie. Cette expérience a dû aussi marquer profondément Josué en lui apprenant que vox populi n’est pas vox Del et qu’il faut avoir parfois le courage de s’opposer à la majorité pour défendre les intérêts de Dieu.