« A chacun la manifestation de l’Esprit est donnée pour l’utilité commune. » (1 Corinthiens 12.7)
« Que chacun de vous mette au service des autres le don qu’il a reçu. » (1 Pierre 4.10)
L’Eglise est le Corps de Christ. Sa vie et son développement dépendent du bon fonctionnement de nombreux organes. Chaque croyant est l’un des membres ou organes de ce Corps (1 Corinthiens 12.16-17). Pour accomplir sa fonction, il a reçu un ou plusieurs charismes ou dons de la grâce divine.
Dans le précédent Cahier Dons pour le service, nous en avons fait l’inventaire. Les deux versets mis en exergue nous rappellent que ces charismes ne sont pas accordés pour notre plaisir ou notre édification personnelle, mais pour « l’utilité commune » (1 Corinthiens 12.7), pour l’Eglise, pour le service des autres. Dans la parabole des mines et dans celle des talents, le Seigneur souligne l’importance de l’utilisation de nos dons à son service et à celui des autres : les bons serviteurs sont associés au règne de Christ, le mauvais serviteur est jeté « dans les ténèbres du dehors » (Matthieu 25.30). S’il ne savait pas comment utiliser son talent, il aurait dû au moins le mettre à la disposition des banquiers, c’est-à-dire de ceux qui savent comment mettre en valeur les dons d’autrui.
La notion de service revient souvent dans le Nouveau Testament. Elle est exprimée par le mot diakonia traduit généralement dans nos Bibles par « le ministère ». Ce cahier Ministères dans l’Eglise propose au lecteur de réfléchir sur cette question en s’appuyant sur les directives bibliques et les exemples pratiques relevés méthodiquement dans l’Ecriture. En effet, on peut avoir un don sans exercer le ministère correspondant ou, par contre, mal assumer un service par méconnaissance des exigences de la Parole.
Quelle est donc la différence entre un don et un ministère ? Un don est une aptitude reçue de Dieu qui doit être reconnue et développée. Le ministère, c’est sa mise en œuvre au service de Dieu et des autres. Pour employer une image : le don c’est la force hydraulique d’un cours d’eau, le ministère c’est l’usine dans laquelle cette force produit énergie et lumière. Pendant longtemps, l’eau s’écoulait inemployée, image de dons sans ministères correspondants. Mais on peut aussi faire tourner les machines à la main en négligeant les sources d’énergie naturelles — tout comme dans les Eglises où l’on essaie de faire toute l’œuvre par des moyens humains en négligeant les dons accordés par Dieu. Pour qu’un don devienne un ministère, il faut donc premièrement une volonté de service, c’est-à-dire une disponibilité, deuxièmement, l’accord de la communauté qui délègue certaines tâches à ceux qui, d’après elle, ont les dons requis et les qualités spirituelles nécessaires. Ainsi ceux qui savent bien jouer de l’orgue ne sont pas tous prêts à assumer le service d’organiste dans une Eglise (dons sans disponibilité). Pour que ceux qui ont un don de la parole puissent exercer un ministère de prédication dans une assemblée, il faut que celle-ci leur en délègue la fonction après s’être assuré que le candidat remplit toutes les conditions exigées de la part de ceux qui parlent au nom de Dieu. D’autre part, on peut, hélas, aussi exercer un ministère sans posséder le don spirituel prévu : diriger une assemblée sans avoir le don de gouvernement, enseigner sans don d’enseignement, s’occuper d’une œuvre de bienfaisance sans avoir le charisme de la miséricorde.
Lorsque nous entendons le mot ministère, nous pensons automatiquement aux pasteurs, aux prêtres et autres « serviteurs de Dieu » à plein temps, parce que notre pensée, comme notre vocabulaire, a été marquée par dix-huit siècles d’organisation ecclésiastique sur le modèle de l’Ancien Testament.
Sous l’ancienne alliance, les prêtres et les lévites avaient le monopole de tous les offices religieux : ils offraient les sacrifices pour réconcilier l’homme avec Dieu, ils enseignaient la Loi, ils priaient pour les fidèles, ils organisaient le culte et remplissaient différentes autres fonctions.
Le Nouveau Testament abolit toute distinction entre prêtres et laïcs. Jésus-Christ a fait de tous les croyants « des sacrificateurs pour Dieu son Père » (Apocalypse 1.6). Toutes les fonctions des prêtres et des lévites sont donc accessibles à présent à l’ensemble des croyants. Puisque nous avons tous reçu un ou plusieurs dons, nous sommes aussi tous appelés à servir avec les dons reçus (1 Pierre 4.10), autrement dit : à exercer un ministère dans l’Eglise. Ministères dans l’Eglise est donc la suite logique et obligatoire de Dons pour le service.
Cette question est primordiale pour la vie, la croissance et le témognage de l’Eglise, car elle affecte toute sa structure et son organisation. Les ministères la font vivre — tout comme nos poumons et nos reins, notre bouche et nos mains font vivre notre corps.
Les dons accordés aux croyants sont très divers, les ministères le sont aussi. Selon l’apôtre Paul, la diversité est l’une des caractéristiques essentielles des ministères dans le Corps de Christ (Romains 12.4-8 ; 1 Corinthiens 12.4-11, 14-23). A côté des ministères accessibles à tous les membres, nous y trouvons des ministères particuliers confiés à des hommes et des femmes auxquels Dieu a adressé une vocation spéciale et accordé des charismes qui les désignent pour ces fonctions à l’attention des autres membres du Corps. La pensée biblique est aussi éloignée de l’égalitarisme (« chacun peut tout faire ») que du cléricalisme qui réserve toutes les fonctions « spirituelles » à une classe particulière.
Face à la confusion qui règne dans tous les milieux à ce sujet, nous avons besoin de réorienter nos pensées à la lumière de l’Ecriture. D’autant plus que cette question des ministères a passé au premier plan des préoccupations actuelles dans plusieurs secteurs de la vie religieuse. « Les formes traditionnelles du ministère, dit Jean Delorme, sont aujourd’hui mises en question dans toutes les Eglises d’Occident. Des prêtres, des pasteurs traversent une crise d’identité. Leur recrutement s’effondre de façon catastrophique » (M. M.t 74, p. 7)* ; dans les entretiens oecuméniques, cette question est devenue l’obstacle majeur qui bloque le rapprochement entre catholiques et protestants1, dans le Renouveau charismatique, c’est vers elle que convergent logiquement les recherches des dernières décennies.
* Les références entre parenthèses et les abréviations renvoient à la bibliographie en fin de volume.
1 « Le problème des démarches à entreprendre pour une validation œcuménique du ministère — est aujourd’hui le problème œcuménique par excellence. Tant qu’il n’aura pas trouvé de solution — les schémas d’union dans les Jeunes Eglises sont là pour le prouver — l’unité ne se fera pas» (J.J. von Allmen, préface à Don Gregory Dix (55, p. 8). Cf. Monsarrat : Foi et vie, 1-2, 1978, p. 31.
Les idées exprimées dans ce Cahier ne trouveront pas d’emblée l’agrément de tous les lecteurs. En effet, nous avons été si longtemps habitués à lire la Bible à travers le prisme d’une certaine structure ecclésiatique qu’il nous est difficile de penser que les choses pouvaient être différentes à l’origine. Le seul souhait de l’auteur est que ses lecteurs soient animés des mêmes sentiments que les chrétiens de Bérée qui « examinaient chaque jour les Ecritures pour voir si ce qu’on leur disait était exact » (Actes 17.11). Or, si les principes exposés ici sont bibliques, leur application assurera certainement aux Eglises de cette post-chrétienté une vie intérieure et un rayonnement autrement dynamiques que ceux qui ont régi les Eglises dites historiques.
Sous l’ancienne alliance, Moïse devait se conformer strictement au modèle qui lui avait été montré sur la montagne (Exode 25.9, 40 ; 26.30 ; 27.8 ; Hébreux 8.5) ; le peuple devait observer minutieusement toutes les ordonnances sans les modifier (Deutéronome 4.2 ; 12.32). Sous la nouvelle alliance, Dieu laisse aux siens une plus grande liberté dans les détails — puisqu’il leur a donné son Esprit qui les guide dans l’adaptation des directives générales aux circonstances particulières. Cependant, dans sa Parole, Dieu nous a donné des règles que nous ne pouvons pas transgresser impunément. Ce sont ces indications, valables pour tous les temps (cf. Ecclésiaste 3.14) que nous voulons étudier dans ce cahier.