La souffrance et le mal pourquoi ?

Pourquoi la souffrance ?

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La souffrance : un fait tragique et inévitable

En abordant le problème difficile du sens de la souffrance, nous sommes conscients de pénétrer sur un terrain miné. Nous risquons de blesser des personnes qui souffrent et qui peuvent nous dire : « Vous ne savez pas de quoi vous parlez ». C’est pourquoi l’un des auteurs d’un livre sur la souffrance commence par raconter que peu de temps avant de l’écrire, « un médecin, après avoir fermé soigneusement la porte de son cabinet, m’a déclaré : ‘Je vous dois la vérité : vous avez un cancer’ » (RJ. Lindell, 79 p. 7).1

1 Les citations sont précédées ou suivies du nom de l’auteur, des deux derniers chiffres de l’année de parution du livre et du n° de la page. La référence complète se trouve dans la bibliographie en fin de volume.

Nous risquons aussi de vouloir sonder des mystères qui ne sont pas de notre ressort. Dieu nous avertit : « Ce qui est caché est réservé à l’Etemel notre Dieu. Par contre, nous sommes concernés pour toujours par ce qui a été révélé, par toutes les paroles de cette Loi qu’il nous faut appliquer » (Deutéronome 29.29).

« Vos pensées ne sont pas mes pensées, et vos voies ne sont pas mes voies, déclare l’Etemel ; autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes voies sont élevées au-dessus de vos voies, et autant mes pensées sont élevées au-dessus des vôtres » (Esaïe 55.8-9).

La souffrance de l’homme est un fait attesté aussi bien par la Bible, que les religions non-chrétiennes et l’expérience humaine générale. Eliphaz de Témân disait à Job : « L’homme naît pour souffrir comme les étincelles s’élèvent pour voler » (Job 5.7). La première des quatre « vérités nobles » enseignées par le Bouddha est que « la vie est souffrance ». « Aussi longtemps que nous sommes liés à la roue de l’existence, disait-il, nous le sommes à la souffrance, car la vie et la souffrance sont une, non pas accidentellement ou incidemment, mais d’une façon intrinsèque et inévitable. La seule façon d’échapper à la souffrance est de sortir de l’existence elle-même » (cité St. Jones, 51 p. 15). Dans son célèbre sermon de Bénarès, il enseignait : « La naissance est douleur, la vieillesse est douleur, la maladie est douleur, la mort est douleur, l’union avec ce que nous haïssons est douleur, la séparation d’avec ce que nous aimons est douleur, ne pas obtenir ce que nous désirons est douleur ».2

2 Cité par V. Vezzani Le mysticisme dans le monde (Paris : Payot 1955) p. 262.

La guerre, la faim, la maladie ne sont pas des inventions mais de tristes réalités. Il existe des assassins, des pervers et des voleurs qui causent beaucoup de souffrances chez leurs victimes. Jésus a constaté la souffrance humaine et en a dénoncé les causes ; il a aussi prédit que les chrétiens ne seraient pas épargnés par elle. Encore, si les méchants étaient seuls à souffrir des conséquences de leurs actes, cela serait admissible, mais notre sens moral se révolte devant la souffrance des innocents. Le brigand à côté de Jésus sur la croix a admis que sa souffrance et celle de son comparse étaient justes, mais il était scandalisé par celle de ce juste à côté de lui. Dans l’Evangile, Jésus a prédit diverses causes de souffrances inévitables : guerres, tremblements de terre, épidémies, famines, persécutions.

C.S. Lewis constate : « Les créatures sont cause de souffrance en venant au monde, elles vivent en infligeant la souffrance, et c’est généralement dans la souffrance qu’elles meurent » (C.S. Lewis, 50 p. 30).

La sagesse des peuples, qui s’est condensée dans leurs proverbes et dans ce qu’ont noté les écrivains de tous les temps, confirme l’universalité de la souffrance humaine : Un proverbe danois déclare : « Il faut beaucoup souffrir, ou mourir jeune ». Au 5e siècle av. J.-C., Euripide disait dans son Hippolyte : « La souffrance est la loi de fer de la nature » et Henri Estienne, au 16e siècle : «Au chaudron des douleurs, chacun porte son écuelle ». Plus près de nous, Henri de Lubac constate que « la souffrance est le fil dont l’étoffe de la joie est tissée », et André Billy : « Il n’y a, pour les pauvres hommes, qu’une certitude ici-bas : celle de la souffrance et de la mort » (La terrasse du Luxembourg ch. X).

Scott Peck commence son best-seller Le chemin le moins fréquenté, vendu à plus d’un million d’exemplaires aux Etats-Unis, par cette phrase : « La vie est difficile, cela peut paraître banal, mais c’est une grande vérité, l’une des plus grandes… Il nous faut apprendre et enseigner à nos enfants l’importance de la souffrance et sa valeur la nécessité de faire face aux problèmes et de faire l’expérience de la douleur que cela implique » et il propose, pour appréhender la douleur de manière constructive, des « techniques de souffrance ».

Différentes attitudes devant ce fait

Devant la souffrance, les hommes prennent diverses attitudes :

1°) « Pour l’homme primitif, la souffrance est due à l’action d’une volonté mauvaise, représentée par les ‘esprits’ qui, jaloux de leurs droits et de leurs prérogatives, attentifs aux joies des humains auxquelles ils pourraient goûter, défenseurs exigeants de privilèges redoutables, surveillent leurs inférieurs, prêts à leur tomber dessus, pour peu que l’envie leur en prenne » (J. Vincent, 41 p. 14). Ce sont ces esprits « qui sont les auteurs directs ou indirects des accidents, maladies, disparitions et morts, bref, de toute cause de souffrance ».

Il faut donc les apaiser par des sacrifices que seul le sorcier est à même de déterminer pour leur arracher leurs victimes.

2°) Certains nient la souffrance ; c’est le cas du védantisme de l’Inde. Stanley Jones écrit : « L’Inde, dont la doctrine affirme que tout est divin et que, par conséquent, la souffrance n’existe pas, est le pays du monde où il y a le plus de souffrance. Au lieu de reconnaître la souffrance, de lui faire face afin de lutter contre son emprise, Védanta l’écarte et en subit les conséquences » (51 p. 56). Ces systèmes religieux et philosophiques ont en commun la doctrine du monisme qui affirme que Dieu est un ; par conséquent, étant entièrement bon, ce qui apparaît sur la terre comme mauvais est une illusion. L’illusion du monde extérieur s’appelle maya, celle de la diversité : mithya.

Les formes occidentales de l’« illusionnisme » philosophique remontent au philosophe grec Parménides (né en 515 av. J.C.) qui enseignait que, bien que les choses semblent nombreuses et mauvaises, elles sont, en fait, unes et bonnes. Son disciple Zénon (né en 490 av. J.C.) a essayé de prouver les théories de son maître par des arguments logiques.

Plus près de nous, Mary Baker Eddy a repris ces affirmations comme fondements de la Science chrétienne : « Le mal n’est qu’une illusion, il n’a pas de base réelle ».

3°) L’islam accepte la souffrance comme une fatalité. Le musulman est pénétré de la souveraineté de Dieu. Tout ce qui arrive a été déterminé d’avance par la volonté de Dieu. Islam signifie littéralement soumission (à la volonté de Dieu). Par conséquent, le musulman accepte la souffrance comme étant la volonté de Dieu et il s’y soumet. Certains chrétiens ont une attitude semblable de résignation devant toute souffrance.

4°) Les Hindous prétendent que toute souffrance est le résultat de nos choix dans une vie précédente, elle est donc méritée. Comment éliminer la souffrance ? « C’est le désir qui nous retient dans le cercle des réincarnations, car du désir naît l’action, et l’action introduit la nécessité de naître et de renaître pour subir les conséquences de nos actes. Aussi longtemps qu’il y a des actes, il doit y avoir la conséquence de ces actes – c’est la loi du Karma qui exige la réincarnation pour dépenser le surplus de récompense ou de punition » (St. Jones, 51 p. 47). Pour éliminer la souffrance, il faut donc éliminer le désir.

5°) L’attitude stoïque fait face à la souffrance par la volonté. Les stoïciens prenaient une attitude fataliste à l’égard de la souffrance, ils voulaient que l’on reste imperturbable sous les coups du sort. Ils se contentaient d’accepter ce qui leur arrivait. Nous trouvons un reliquat de cette attitude dans des lieux communs comme « C’est comme ça. Que cela plaise ou non, il faut bien s’en accommoder ! – Ainsi va le monde ! On n’y peut rien ! Faut bien l’accepter, le supporter ! Du courage, soyez un homme ! » (D’après P. J. Lindell, 79 p. 19).

6°) Les épicuriens reconnaissaient le caractère inévitable de la maladie et de la mort mais, tenant compte du désir de bonheur et de jouissance en l’homme, ils conseillaient de les ignorer et de jouir le plus possible de tout ce que la vie peut nous offrir : « Mange et bois et sois heureux, car demain tu mourras ».

7°) Certains s’apitoient sur eux-mêmes et se lamentent sur la souffrance humaine – mais sans rien faire contre elle. D’autres se révoltent contre leur sort, contre Dieu, sa Parole ou son Eglise, mais la révolte ne guérit pas la souffrance, elle la rend plus amère.

8°) Des plus courageux essaient de lutter contre les causes de la souffrance par l’action sociale et politique.

L’attitude chrétienne, que nous examinerons dans ce livre, est différente de la plupart de ces attitudes.

Notons que poser la question : « Pourquoi la souffrance ? » implique une certaine « téléologie ».3 Mais qui parle de finalité présuppose une Intelligence supérieure conduisant toutes choses vers une certaine fin. Autrement dit : une téléologie ne va pas sans théologie, donc sans Dieu. Un athée qui pose cette question ne peut recevoir que des réponses « scientifiques » en termes de bactéries, virus, dépression barométrique et hasard. Quant à la question « Pourquoi moi ? », elle « constitue une question exclusivement spirituelle qui implique l’existence d’un être intelligent et sage derrière les événements du monde – des événements qui ne se produisent pas par hasard » (B.H. Edwards, 91 p. 57). L’athée qui souffre ne peut accuser qu’un « hasard aveugle et irrationnel qui frappe de façon arbitraire et sans dessein réel ». Pour Nietzsche, toute souffrance était « absurde ».

3 « Etude de la finalité. Science des fins de l’homme, doctrine qui considère le monde comme un système de rapports entre moyens et fins » (Dict. Robert).

Les croyants ne sont pas indemnes de souffrances

Un autre fait est que les croyants ne sont nullement indemnes de souffrances. Héman l’Ezrahite se plaint : « Mes yeux sont épuisés à force de souffrir… je suis malheureux, près de la mort, je suis à bout » (Psaume 88.10-16). Le prophète Jérémie demande à Dieu : « Pourquoi donc ma souffrance est-elle permanente ? » (Jérémie 15.18), alors que très souvent « les gens méchants sont exempts de souffrance » et « passent à côté des peines qui sont le lot commun des hommes » (Psaume 73.4-5). Il suffit de lire les Psaumes pour constater que les justes ne sont pas épargnés par la souffrance.

Esaïe prédit que le Serviteur de l’Eternel par excellence, le Messie, sera un « homme de douleur, habitué à la souffrance » et qu’« il a plu à Dieu de le briser par la souffrance » (53.3-10). Les croyants de la nouvelle alliance, disciples de cet « homme de douleur », n’y échapperont pas non plus. Il nous a prévenus lui-même que « le disciple n’est pas plus que son Maître » (Luc 6.40) et que nous aurons des tribulations dans le monde (Jean 16.33). Nous pourrons être haïs parce que nous sommes chrétiens (Matthieu 10.22) et même persécutés (5.11). Dieu a permis que Satan mette Pierre à l’épreuve. Jésus a prié pour lui, mais il n’a pas empêché qu’il passe par l’épreuve (Luc 22.31-32), il a permis que le roi Hérode fasse mourir Jean-Baptiste (Marc 6.16) et maltraite plusieurs membres de l’Eglise de Jérusalem et qu’il exécute Jacques, le frère de Jean» (Actes 12.1-12).

Des croyants ont été « torturés, ont enduré le fouet, les chaînes et la prison, d’autres ont été tués à coups de pierres, sciés en deux ou mis à mort par l’épée, d’autres ont mené une vie errante, vêtus de peaux de moutons ou de chèvres, dénués de tout, persécutés et maltraités, vivant dans les cavernes et les antres de la terre » (Hébreux 11.35-38).

Dieu permet que le « monde entier » soit « plongé dans le mal » (1 Jean 5.19). Il a permis que les pires souffrances frappent son Fils unique. « Dans le Nouveau Testament, nous ne trouvons nulle part l’enseignement d’un système d’équivalence ou de vases communicants entre le bonheur, la santé, la prospérité, la réussite, d’une part, et la foi, la sainteté, la fidélité ou la consécration, d’autre part » (A. Hunziker p. 18).

L’apôtre Pierre confirme que la souffrance fait partie du lot des chrétiens. Elle est une « chose normale » (1 Pierre 4.12-19) : « Puisque le Christ a souffert dans son corps, armez-vous aussi de la même pensée » (1 Pierre 4.1). L’apôtre Paul dit même que « nous sommes destinés à cela » (1 Thessaloniciens 3.3). « C’est au travers de beaucoup de tribulations qu’il nous faut entrer dans le royaume de Dieu » (Actes 14.22). Tout apôtre qu’il était, il ne pouvait prétendre à la guérison obligatoire ni pour lui-même (2 Corinthiens 12.7-9) ni pour ses amis (1 Timothée 5.23 ; 2 Timothée 4.20).

Ruben Saillens consacre une première partie de son Mystère de la souffrance au pauvre Lazare de la parabole de Jésus. « Il est pieux. Mais Dieu même semble, à son égard, aussi indifférent que le sont les hommes. Dieu ne fait pas de miracle pour lui. Il le laisse souffrir. Il le laisse avoir faim. Il le laisse avec les chiens » (27 p. 6).

Lors du tsunami de 2005 en Asie du sud-est, on estime que parmi les 165000 victimes se trouvaient quel que 18000 chrétiens de toutes confessions. A Batticoloa, sur la côte est de Sri Lanka, environ 200 chrétiens étaient rassemblés à l’église pour le culte. La vague est entrée dans l’édifice inondant tout et faisant périr les chrétiens.

Si certains croyants ont été guéris et délivrés de leurs souffrances, « l’Ecriture sainte et l’expérience s’accordent pour nous rappeler qu’il y a eu et qu’il y a encore des héros de la foi qui n’ont pas obtenu ce qu’ils souhaitaient (Hébreux 11.36-39) » (A. Hunziker, p. 17).

Toute vie est parsemée de souffrances. « La vérité que beaucoup de gens ne comprennent jamais avant qu’il ne soit trop tard est que plus vous cherchez à éviter la souffrance, plus vous souffrirez à cause de choses plus petites et plus insignifiantes qui commencent à vous torturer en proportion de votre peur de souffrir » (Thomas Merton).

P.J. Lindell dit : « J’accepterai la souffrance comme appartenant légitimement à ce monde où je vis. Ce n’est pas un accident. Il ne s’agit pas d’une erreur ou d’une mutation regrettable. La souffrance est dans le monde parce qu’elle a le droit d’y être… le mal dans la nature et la souffrance sont toujours le signe visible du Non ! que Dieu a prononcé sur la création et sur l’homme quand l’homme, par le péché, s’est rendu étranger à Dieu… Aussi longtemps que dure la terre, elle connaîtra la souffrance. Dieu a décidé qu’il en serait ainsi. Il est donc juste qu’il en soit ainsi (Genèse 3.17-19) ». Je fais partie de ce monde condamné ; il est donc juste que j’accepte de participer à la souffrance qui lui a été imposée.

Après avoir dit cela comme « première chose à faire avec la souffrance », Lindell continue en disant que « la seconde chose, c’est de m’attaquer à la souffrance, de l’empoigner, de la saisir et de la repousser le plus possible. Jésus a fait cela pendant tout son ministère public ». En envoyant ses disciples à travers le pays, il leur a donné comme instructions : « Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons » (Matthieu 10.8). « Je me servirai donc des outils et des ressources que Dieu nous a donnés… pour tenir la souffrance en échec et pour entretenir la santé, l’intégrité, le bien-être ». Tous les moyens de la médecine et de toutes les thérapies, d’une bonne hygiène de vie ainsi que les outils spirituels (Bible, prière et foi qui peuvent parfois accorder des guérisons miraculeuses.)4

4 Paul J. Lindell, l’auteur de ces lignes n’a pas connu la guérison. Entre le moment où son médecin lui a annoncé qu’il avait le cancer et sa mort, cinq ans plus tard, il a vécu dans la souffrance, les interrogations et le contact intime avec Jésus d’où est sorti ce petit livre intitulé Le mystère de la souffrance (79).

Mais toute souffrance n’est pas nécessairement un mal : elle peut même être un bien en nous préservant d’un mal plus grand, ou elle peut être neutre, étant due au simple jeu des lois de la causalité.

La souffrance : un élément du système d’avertissement

La souffrance fait partie du système d’avertissement que le Créateur a implanté au corps et au psychisme humain. Si j’approche dangereusement ma main d’une source de chaleur, je ressens de la douleur et je retire ma main. Si j’ai mal quelque part, je me soigne ou je vais chez le médecin ou le dentiste. J’évite ainsi un mal plus grand. Les maladies les plus insidieuses et les plus dangereuses sont celles qui ne se signalent par aucune douleur.

Sur le plan moral, le malaise qui accompagne les avertissements de la conscience veut m’amener à examiner mes voies pour voir où j’ai dévié du droit chemin et me suis engagé sur un sentier où m’attendent toutes sortes de désagréments.

La souffrance : une composante de la loi de causalité

Dieu a donné à sa création un certain nombre de lois ; l’une des principales d’entre elles est la loi de cause à effet. Beaucoup d’autres lois lui sont subordonnées. La loi de la pesanteur dit que « tout corps abandonné à lui-même est attiré vers la terre avec une force proportionnelle à sa masse ».

La loi de causalité intervient dans l’expression « abandonné à lui-même ». Tant que je retiens un objet dans ma main, je l’empêche de subir cette loi, mais dès que je le lâche, elle reprend ses droits et attire l’objet vers le sol. S’il est lourd et que mon pied se trouve sur sa trajectoire, je vais ressentir de la douleur. Si c’était un objet précieux et fragile, il va se casser et me causer une douleur morale. Si Dieu intervenait chaque fois que les lois qu’il a données au monde risquent de faire souffrir quelqu’un, ce serait un monde impossible, où l’on ne pourrait plus se fier à rien. C’est la fixité des lois de la nature qui a permis le progrès scientifique ; nous en bénéficions et nous ne devons, par conséquent, pas souhaiter que Dieu intervienne par un miracle, c’est-à-dire par une suspension de ces lois, chaque fois que nous risquons de souffrir par une de leurs applications. Dieu nous a donné l’intelligence qui nous permet de les étudier, de prévoir leurs effets et de nous préserver de celles qui risquent de nous faire souffrir.

Le monde moral est aussi régi par des lois presque aussi inexorables que celles du monde physique. Il existe aussi une loi de la pesanteur dans le domaine moral et spirituel : je suis naturellement attiré vers ce qui me tire vers le bas. La Bible nous avertit, par exemple : « Ne couve pas de tes regards le vin vermeil quand il pétille dans la coupe : il descend si agréablement mais finit par mordre comme un serpent et te piquer comme une vipère » (Proverbes 23.31-32). « Si tu aimes trop le sommeil, tu finiras dans la pauvreté » (20.13). Si je m’abandonne à mes désirs instinctifs, je vais « tomber » et diminuer (dans mon estime et dans celui des autres). Pour « m’élever » vers ce qui constitue ma destinée d’homme, il faut que je contrecarre souvent mes désirs et que je diffère leur satisfaction. D’où une certaine souffrance immédiate. Retarder la satisfaction des désirs est la première des « techniques de souffrance » que recommande le Dr Scott Peck pour parvenir à la stature d’homme adulte. « Si votre but est d’éviter la douleur et d’échapper à la souffrance, je ne vous conseille pas de chercher à vous élever dans la conscience et à évoluer spirituellement » (78 p. 83).

Les relations avec nos semblables sont aussi régies par les lois que les religions et la sagesse des peuples ont codifiées : « Qui sème l’injustice moissonnera la ruine » (Proverbes 22.8). « Celui qui fait le mal sera pris à ses propres méfaits » (5.22). « Si tu pinces la queue d’un chien, ne viens pas te plaindre de ce qu’il t’ait mordu ». « Qui caresse l’ortie est vite piqué » (Proverbe anglais du 16e siècle). « Demande-t-on à des béliers qu’ils n’aient pas de cornes ? Ce que l’on peut faire de mieux est de les fuir » (La Bruyère Les Caractères 1688). « Ce que les hommes appellent communément leur destin, ce ne sont souvent que leurs propres bêtises » (Schopenhauer).

Beaucoup de souffrances sont simplement les conséquences de la transgression des lois morales que Dieu adonnées à l’humanité et qui sont inscrites aussi bien dansla conscience de chaque individu que dans les lois communes à la plupart des religions. Dieu avait fait dire par Jérémie au peuple d’Israël infidèle : « Ta méchanceté entraînera ton châtiment, et ta révolte fera venir ta punition » (Jérémie 2.19). « Ce qu’un homme aura semé, il le moissonnera » (Galates 6.7).

Le Psaume 107 évoque ceux qui « vivaient dans une ombre mortelle, enchaînés dans la misère et les fers pour avoir bravé les ordres de Dieu et méprisé les desseins du Très-Haut » (v. 10-11). Cette situation les pousse à « crier à l’Eternel » qui « les délivra de leurs angoisses » et « rompit les liens qui les retenaient » (v. 13).

Après avoir énuméré les diverses manières par lesquelles les hommes ont transgressé les lois de Dieu, l’apôtre Paul dit que Dieu « les a abandonnés » aux conséquences de leurs péchés en les livrant à leurs passions dégradantes, à des pratiques avilissantes et à leur pensée faussée (Romains 1.24, 26, 28), en somme, aux conséquences de ce qu’ils ont semé.

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