Baptême et sainte cène

Première partie : se faire baptiser

Chapitre 1

Le baptême et la cène : des actions symboliques

Pour comprendre la signification et la fonction du baptême et de la cène, il faut le situer dans la ligne des actions symboliques comme celles que nous accomplissons quotidiennement.

Notre vie est tissée d’actions symboliques par lesquelles nous manifestons nos sentiments, nos pensées et nos décisions. Nous faisons connaître aux autres nos options fondamentales par le symbolisme des gestes (acclamation, poing levé ou bras tendu, mains jointes ou levées...), des insignes (drapeaux, badges, emblèmes), des habits, de la coiffure, etc.

Les décisions les plus importantes de notre vie sont soulignées par des actions symboliques : signature d’actes officiels ou notariaux, échange d’anneaux, changements d’habits. Des tribus primitives aux sociétés les plus évoluées, les grandes étapes de la vie : naissance, entrée dans l’âge adulte, mariage, accession à la propriété, à l’autorité, décès… sont marquées par des cérémonies chargées de symbolisme. Le folklore d’un peuple n’est que l’ensemble des actions symboliques liées aux saisons de l’année et de la vie.

Toute civilisation est fondée sur des conventions symboliques : code écrit, art, actes liés à l’exercice de l’autorité — du coup de sifflet de l’agent ou des gestes de sa main à l’intronisation des gouvernants et l’investiture des magistrats — code de la route, rites vestimentaires, commerciaux, religieux, patriotiques… A l’intérieur d’un même groupe social, la convention a établi avec précision la forme et la signification de chacun de ces gestes. Toute confusion entraîne des conséquences graves pour qui confondrait feu rouge et feu vert, salut militaire et salut amical, drapeau national et emblème d’un autre pays, dessin et signature, ornement et insigne, robe de chambre et robe de cérémonie. Car l’acte symbolique est interprété comme l’expression d’une attitude fondamentale, l’aboutissement d’une série de réflexions et de choix.

Quelle est la fonction de l’action symbolique ?

L’acte symbolique a plusieurs fonctions importantes :

1. Il établit une relation entre signifiant et signifié. Il les joint (symballô : je joins) dans le geste corporel qui représente et parfois mime cette réalité.

2. Le symbole est une déclaration, un témoignage, une confession (symbole des apôtres, de Nicée, croix huguenote, badges, signe de croix, insignes, colombe charismatique, prière à mains levées…).

3. C’est un signe de reconnaissance, les gestes, les rites et les signes religieux, politiques, maçonniques, commerciaux… délimitent avec précision une communauté de gens qui se reconnaissent comme ayant les mêmes options, convictions, buts et intérêts, en même temps qu’ils se séparent de « ceux du dehors ».

Les actes symboliques sont des actes importants

Signer un acte a une portée bien plus grande qu’écrire notre nom sur un papier, prononcer un seul mot devant le maire au moment du mariage lie davantage que toutes les déclarations passionnées des amoureux. Nous affichons nos couleurs politiques, notre standard de vie (par le symbolisme de la marque et du modèle de notre voiture, le choix et l’aménagement de notre appartement, nos invitations et nos relations), nos options philosophiques ou existentielles (par la longueur des cheveux, les habits, les habitudes de vie). Tout cela nous classe et nous engage plus que n’importe quelle action efficace.

Pourquoi les chrétiens des premiers siècles préféraient-ils mourir plutôt que de déposer quelques grains d’encens sur l’autel de César ? Parce qu’ils avaient fort bien compris que, par ce geste symbolique, ils confessaient la divinité de l’empereur et reniaient leur foi en Christ comme seul Seigneur. Le choix entre Christos Kyrios et Kaisar Kyrios s’exprimait aux yeux de tous au moyen d’une action symbolique.

Dans la Bible, nous trouvons beaucoup d’actions symboliques

La vie quotidienne du peuple hébreu était tissée d’actes symboliques de la naissance à la mort.1 Tout au long de l’ancienne alliance, Dieu avait enseigné au peuple d’Israël les grandes vérités du salut et les principes de ses relations avec les hommes au moyen de symboles : sacrifices, offrandes, ablutions, rites des fêtes, jeûne, circoncision, sabbat, imposition des mains… Jésus a repris la même forme parlante en lavant les pieds de ses disciples (Jn 13), en soufflant sur eux le soir de sa résurrection (Jn 21.23) et, surtout, en instituant le baptême et la cène.

1 Voir les exemples dans BHA pp. 19-21.

Le baptême et la cène ont toutes les caractéristiques et les fonctions de l’acte symbolique : ils concrétisent une réalité abstraite par une sorte de mime, déclarent, confessent, incluent et excluent.

C’est dans la perspective des actes symboliques, plus particulièrement dans celle des actes symboliques bibliques, qu’il nous faudra trouver la signification et la valeur du baptême et de la cène, en y voyant des actes extérieurs qui expriment des vérités spirituelles, des réalités intérieures.

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