Moïse avait atteint l’âge de 120 ans. Dieu lui avait fait comprendre que ce ne serait pas lui qui ferait entrer le peuple dans le Pays de la Promesse. Alors il demanda à l’Eternel de nommer un homme qui fasse « sortir et rentrer » le peuple afin qu’il ne « soit pas comme des brebis sans berger » (Nombres 27.17). « L’expression ‘qui sort et qui marche devant eux’ est utilisée pour des chefs militaires (Josué 14.11 ; 1 Samuel 18.13-16 ; 2 Rois 11.9) et pour la conduite dans la vie quotidienne (Deutéronome 28.6 ; 31.2). Elle dérive de l’image du berger conduisant son troupeau. Moïse craignait que sans un bon chef, Israël ne soit comme un troupeau de brebis sans berger (cf. 1 Rois 22.17 ; Ezéchiel 34.5-6 ; Zacharie 10.2 ; 13.7 ; Marc 6.34 ; Jean 10.12 ; Hébreux 13.20 ; 1 Pierre 2.25) » (F.B. Huey Numbers p. 93).
Nous voyons ici la réaction de Moïse face au refus de Dieu de lui permettre d’entrer dans le Pays promis : il bénit l’Eternel et prie pour son successeur. Fini son terrible moment de colère ! Ce qui lui tient à cœur, c’est le bien de la communauté. Dieu lui répondit en disant : « Prends avec toi Josué, fils de Noun, un homme en qui réside l’Esprit, et pose ta main sur lui » (v. 18). Il ne choisit pas lui-même son héritier. Ce n’était pas un office héréditaire ou pour lequel il aurait pu choisir son remplaçant. Seul l’Eternel pourra lui nommer un successeur. Puisqu’il connaît tous les hommes, il pourra discerner les qualités exigées pour cette tâche. Cet homme ne sera pas choisi à cause d’un lien de parenté avec Moïse (qui n’était pas un roi). Il ne sera pas non plus élu par le peuple. Le successeur devra être directement nommé par Dieu, car l’Eternel est roi et Moïse n’est qu’un agent. La première image se rapporte à un chef militaire « qui marche au combat à leur tête ». La deuxième image qui parle de « mener dehors et faire rentrer » provient du monde pastoral : les bergers mènent leurs brebis dehors le matin et les font rentrer le soir. Il s’agira de l’investir officiellement dans ses fonctions par le prêtre Eléazar devant toute l’assemblée. « Tu lui transmettras une part de ton autorité afin que toute la communauté des Israélites lui obéisse » (v. 20). Il aura, en particulier, la responsabilité de tous les mouvements militaires.
La qualification essentielle de Josué ne fut pas son expérience passée, mais le fait que l’Esprit de l’Eternel reposait en lui – comme elle l’est pour tout office dans la nouvelle alliance (Actes 6.3).
La continuité entre Moïse et Josué sera exprimée symboliquement par l’imposition des mains de Moïse. Par ce geste, Josué fut identifié à Moïse et devenait son représentant pour l’avenir. Par l’imposition des mains, des bénédictions ou des péchés étaient transférés, et celui sur lequel les mains étaient posées devenait le substitut ou le représentant de celui qui avait posé ses mains sur lui. Tous les adorateurs plaçaient leurs mains sur l’animal du sacrifice pour indiquer qu’il prenait leur place en mourant pour leur péché (Lévitique 1.4 ; etc.). Mais le parallèle le plus proche de l’imposition des mains à Josué était l’ordination des lévites (8.10ss), lorsque les Israélites les ont désignés comme leurs substituts à la place de leurs premiers-nés.
« La désignation de Josué comme successeur de Moïse fut annoncée publiquement par cette imposition des mains. Elle fut confirmée plus tard par Dieu lui-même lorsqu’il apparut dans la nuée dans le parvis du tabernacle (Deutéronome 31.14-15, 23) » (G. Wenham Numbers p. 195).
En même temps que la continuité, la Bible marque la rupture entre l’époque de Moïse et celle de Josué en passant à un nouveau livre (qui n’est pas, comme quelques-uns l’ont proposé, un 6e livre de Moïse [hexateuque], mais un livre original). Son but est de présenter l’accomplissement de la promesse que Dieu avait faite il y a bien des siècles au patriarche Abraham, père du peuple d’Israël, de lui donner un pays (Genèse 12.1-3). A part la caverne de Macpéla qu’il avait achetée, Abraham lui-même n’avait reçu aucune terre en Canaan ; son fils Isaac parcourut le pays et les deux fils de ce dernier, Jacob et Esaü, ne reçurent rien non plus. Les fils de Jacob se retirèrent en Egypte, un pays ayant une ancienne culture. Leurs descendants y séjournèrent quatre siècles jusqu’à ce que Moïse les en délivre pour les mener vers le Pays promis. Le livre de Josué est donc la suite du Pentateuque, c.-à-d. des cinq livres de Moïse ; il raconte comment la promesse s’est accomplie : Israël reçoit le pays de Canaan, la Palestine revendiquée par les Philistins, qui désormais s’appellera aussi Israël.
De plus, ce livre veut mettre à cœur au lecteur l’idée que Dieu a déterminé de quelle façon il convenait de vivre sur ces terres. Dans le pays de Dieu, ce sont les lois de Dieu qui sont valables. Israël ne peut pas conserver le pays sans Dieu. Le Dieu qui se lie par amour à un peuple s’attend à ce que ce peuple se lie aussi à lui par amour. L’amour et la réponse à l’amour, le don du pays et la foi en Dieu sont indissolublement liés.
Finalement, le livre révèle comment Dieu se sert d’un homme pour mener son peuple dans le Pays promis. Par ailleurs, ce texte montre que ce n’est ni l’intelligence politique, ni même la stratégie militaire qui ont rendu possible la conquête du pays, mais que c’est Dieu, le Maître de la terre et de l’Histoire, qui l’a donné à son peuple.
Plusieurs détails plaident en faveur d’une rédaction du livre par Josué :
« On trouve, dès le premier chapitre, des détails biographiques particuliers que Josué seul pouvait connaître (à moins qu’il n’en ait fait part à d’autres). Josué 24.26 rapporte que le général écrivit lui-même son discours d’adieu (v. 1-25). De plus, au début du livre, des pas sages comme 5.1, 6 utilisent la première personne du pluriel ; par exemple : ‘L’Eternel avait mis à sec les eaux du Jourdain devant les enfants d’Israël jusqu’à ce que nous ayons passé’ (v. 1). Voilà sans doute la description d’un témoin oculaire ayant pris part aux événements » (G. Archer Introd. à l’AT p. 297 voir aussi EDB).
Le récit de Josué a été confirmé par des découvertes archéologiques. Des excavations ont démontré que des villes comme Béthel, Lakich, Qiryath-Sépher, Hatsor et d’autres avaient été détruites dans la seconde moitié du 13e siècle av. J.-C., confirmant les données du livre de Josué. Ces fouilles ont montré une nette rupture culturelle entre la première et la seconde moitié du siècle. Les bâtiments érigés par les Hébreux n’avaient pas la même qualité ni la même structure que ceux de leurs précurseurs cananéens. Les poteries accusaient aussi une qualité inférieure dans la deuxième couche archéologique. « Ces résultats ont débouché sur un respect nouveau pour l’image générale de la Conquête telle que la raconte le livre de Josué» (R.K. Harrison Introd. OT p. 673).
La fiabilité historique des récits de la Conquête dans Josué a été défendue avec vigueur par l’archéologue W.F. Albright qui dit que « le cours des événements du temps de Josué fut probablement plus proche de la tradition biblique qu’aucune reconstruction critique moderne » (From the Stone Age to Christianity p. 274 n. 1).