Marie dans l’Évangile et dans l’Histoire

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Marie dans l’Evangile

L’annonciation

« L’ange entra chez elle » (Luc 1.28). Quelle serait votre réaction si vous vous trouviez subitement devant un être céleste ? La peur ? L’appréhension de ce qui va arriver ? Ces réactions normales ont dû être celles de Marie, mais l’Ecriture ne les note pas. Par contre, lorsque l’ange lui dit : « Réjouis-toi, toi à qui Dieu a accordé sa faveur : le Seigneur est avec toi ». « Marie fut profondément troublée par ces paroles ».

L’ange dit à Marie : « Réjouis-toi ! ». Max Thurian fait remarquer que trois textes de l’AT où nous trouvons cette formule, « sont très nettement des prophéties de joie concernant la délivrance messianique du peuple de Dieu » (Marie, mère du Seigneur p. 21 : Sophonie 3.14 ; Joël 2.21-23 ; Zacharie 9.9). « ‘Le Seigneur est avec toi’. Il ne s’agit pas d’une salutation banale, mais bien de l’invitation à la joie messianique adressée à la Fille de Sion : ‘Réjouis-toi avec force’ » (p. 22).

Sophonie disait : « Pousse des cris de joie, ô fille de Sion ! Lance un cri de triomphe, ô Israël ! Réjouis-toi, exulte de tout cœur, ô fille de Jérusalem : l’Eternel a levé le verdict de condamnation prononcé contre vous, et il a refoulé vos ennemis. Le roi d’Israël, l’Eternel, est au milieu de vous. Vous ne craindrez plus de malheur. En ce jour-là, on dira à Jérusalem : Sois sans crainte, Sion ! Ne baisse pas les bras, car l’Eternel ton Dieu est au milieu de toi un guerrier qui te sauve. Il sera transporté de joie à ton sujet et il te renouvellera dans son amour pour toi. Oui, à cause de toi, il poussera des cris de joie, et il exultera » (Sophonie 3.14-17). « Pousse des cris de joie et sois dans l’allégresse, communauté de Sion, car je viens habiter chez toi, l’Eternel le déclare » (Zacharie 2.10). « Tressaille d’allégresse, ô communauté de Sion ! Pousse des cris de joie, ô communauté de Jérusalem ! Car ton roi vient vers toi, il est juste et victorieux,… » (Zacharie 9.9). Ces textes trouveront leur accomplissement à travers l’Evénement que l’ange vient annoncer à Marie.

« Marie fut profondément troublée par ces paroles ; elle se demandait ce que signifiait cette salutation ». L’ange ne la laisse pas longtemps dans son trouble et lui révèle quelle est cette faveur que Dieu lui a accordée : « L’ange lui dit alors : N’aie pas peur, Marie, car Dieu t’a accordé sa faveur.1 Voici : bientôt tu seras enceinte et tu mettras au monde un fils ; tu le nommeras Jésus. Il sera grand. Il sera appelé ‘Fils du Très- Haut’, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son ancêtre. Il régnera éternellement sur le peuple issu de Jacob, et son règne n’aura pas de fin » (v. 30-33).

1 Ou : « Toi qui es favorisée » (Traduction œcuménique de la Bible). Nous reviendrons dans la 2e partie du livre sur les différentes traductions de cette formule. « Il est impensable, du moins à nos yeux, de sortir Marie de sa condition humaine et graciée » (M. Leplay Le protestantisme et Marie p. 30).

Ce n’est pas une révélation nouvelle que l’ange apporte à Marie : ce qu’il lui dit, elle pouvait le savoir par les textes de l’Ecriture qui lui étaient sans doute familiers. Le seul élément nouveau, c’est l’identité de la vierge annoncée par le prophète Esaïe : « Cette vierge, ce sera toi ».

La réaction de Marie à cette annonce aurait dû être une immense explosion de joie : c’est elle qui a été choisie pour apporter à son peuple et à toute l’humanité la réalisation de l’espérance millénaire. Comme nous le chantons à Noël : « Depuis plus de quatre mille ans, nous l’ont annoncé les prophètes, depuis plus de quatre mille ans, nous attendions cet heureux temps ». « Ce temps est arrivé, et je vais être celle que Dieu a élue pour accomplir ces promesses ».

Non, telle n’est pas sa réaction ; elle est beaucoup plus réaliste : « Marie dit à l’ange : Comment cela se fera-t-il, puisque je suis vierge ? ». Cette réponse nous fait connaître cette jeune fille comme quelqu’un qui ne se laisse pas emballer facilement, mais qui garde ses deux pieds sur terre. Elle sait qu’un enfant n’est conçu que par la relation conjugale entre un homme et une femme et elle dit littéralement : « Je ne connais pas d’homme » dans le sens biblique du mot « connaître » : avoir un rapport sexuel.

L’ange est obligé de préciser de quelle manière se fera la conception de cet enfant : « L’ange lui répondit : L’Esprit Saint descendra sur toi, et la puissance du Dieu très-haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu » (v. 35). « Dans le récit de la transfiguration, comme dans celui de l’annonciation, la Nuée ou la Puissance du Très-Haut qui couvre sous son ombre le Christ ou Marie, signifie le caractère transcendant de Dieu qui se manifeste tout en restant au-dessus du lieu de sa manifestation ; la Gloire, qu’est en plénitude le Fils bien-aimé, signifie la présence réelle du Dieu qui vient habiter parmi nous. Comme dans la manifestation de la Tente de Réunion au désert, la Nuée couvre sous son ombre le lieu saint, elle est au-dessus de lui (Exode 40.35). La Puissance du Très-Haut couvrira sous son ombre Marie, Demeure de Dieu, et celle-ci concevra en elle un fils, le Saint, le Fils de Dieu» (M. Thurian Marie… p. 72-73). Pour lui prouver qu’il s’agit d’une opération miraculeuse, l’ange lui cite un autre exemple d’intervention souveraine de Dieu dans la vie d’une femme qu’elle connaissait bien : « Vois : ta parente Elisabeth attend elle aussi un fils, malgré son grand âge ; on disait qu’elle ne pouvait pas avoir d’enfant, et elle en est à son sixième mois. Car rien n’est impossible à Dieu » (v. 36-37).

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