Le déluge n’a pas sauvé la race humaine, car après ce jugement, la méchanceté augmenta de nouveau. Mais Dieu qui a promis son alliance à Noé ne capitule pasé ; il cherche un nouveau chemin pour sauver l’humanité : il laisse la masse des peuples suivre son propre chemin et prend un homme, de la descendance de Sem, comme représentant de la nouvelle humanité. Abraham est la semence d’où le peuple des croyants doit naître. Mais Dieu doit commencer par le transplanter pour le sortir de son milieu corrompu. C’est pourquoi il lui commande de partir de sa famille et de son environnement. Dieu nous sauve aussi de notre passé par une mort et une résurrection spirituelles. Puis il prend notre éducation en main.
En comparant Genèse 12.1 avec Actes 7.2-4, nous comprenons que Dieu a appelé deux fois Abram : d’abord pour le faire sortir d’Our (Actes), ensuite pour qu’il quitte Harân (Genèse) : « Le Dieu glorieux apparut jadis à notre ancêtre Abraham, quand il vivait encore en Mésopotamie, avant de s’établir à Harân, et il lui dit : Quitte ton pays et ta parenté, et va dans le pays que je te montrerai. C’est ainsi qu’Abram quitta la Chaldée et vint se fixer à Harân » (Actes 7.2-4).
L’appel d’Abram ouvre une nouvelle ère dans les relations de Dieu avec l’humanité. « Le chapitre 12 de la Genèse (plus précisément le dernier paragraphe du chapitre 11) introduit une nouvelle partie de ce livre, qui contient en germe tous les grands principes des relations de Dieu avec l’homme » (C.H. Mackintosh, p. 5).
La ville où Abram est probablement né, où il s’est marié et a passé la plus grande partie de sa vie d’adulte était Our-des-Chaldéens, identifiée avec le moderne Tellel-Muqayyar sur l’Euphrate, dans le sud de l’Iraq. Le milieu du 3e millénaire av. J.-C. (2700-2250 av. J.-C.) était l’ère classique où les Sumériens dominaient la Mésopotamie méridionale. Our était l’une de leurs quatre villes principales. La cité fut conquise par Sargon d’Agade en 2250, mais se releva au rang d’une capitale durant l’ère néo-sumérienne (2100-1960). Abram a sans doute quitté la ville au début d’une nouvelle période de prospérité.
Les trésors trouvés dans les tombes d’Our datent d’une période antérieure à celle d’Abraham. On a décou vert plus de 100000 tablettes d’argile dans la ville et dans ses environs. Elles sont écrites en dialectes sumériens et sémitiques babyloniens. La population s’élevait à cette époque à plus de 250000 habitants dont la plupart étaient des commerçants et des artisans. Des produits venant de l’Inde étaient débarqués dans le Golfe persique et convoyés par l’Euphrate jusqu’aux ports d’Our. Dans la ville, les différentes corporations occupaient des quartiers séparés : tisserands, orfèvres, joailliers travaillant le lapis-lazuli et les perles, charpentiers, potiers, artisans du cuir et du cuivre, armateurs, etc.
La grande ziggourat s’élevait à quelque 50 m au-dessus du niveau de la ville. Elle comptait trois étages avec un sanctuaire au sommet ; on y montait d’abord par un triple escalier, puis par des marches jusqu’au dernier étage où se trouvait le temple supérieur. La religion était polythéiste (cf. Josué 24.2), mais la divinité maîtresse était Nannar-Sin, déesse de la lune. L’aire du temple était un immense rectangle de 62,50 m × 43 m. On y trouvait un marché, une bibliothèque et une école.
Our-en-Chaldée était une ville riche et florissante, le commerce et les liaisons fluviales l’avaient enrichie. Les fouilles pratiquées sur son site ont révélé que les gens habitaient dans des maisons à étages de six pièces groupées autour d’une cour centrale. Les toitures étaient en terrasse, mais la cour intérieure n’était pas couverte, ce qui assurait l’aération et procurait la lumière aux pièces qui n’avaient jamais de fenêtres.
A l’école, les enfants apprenaient l’écriture cunéiforme et les mathématiques (extraction de racines carrées et cubiques). La vie à Our était confortable et culturellement riche, mais la vie religieuse était dégradante avec ses implications magiques et superstitieuses et sa prostitution sacrée. Dans les noms des ancêtres d’Abraham, on trouve une racine qui signifie lune ou mois. Au début du 2e millénaire, en Mésopotamie, il y a des A-ba-ra-ma, A-ba-am-ra-ma et A-ba-am-ra-am et des Sharratu (« la reine », d’où Sara : princesse).1 Une rupture avec cette religion n’était possible que par un départ. C’est pourquoi Dieu a appelé Abram à quitter Our.
1 Pour plus de détails, voir sur Internet les sites consacrés à Our (Ur).
De la même époque datait la ville de Mari, fouillée par l’archéologue français André Parrot. Le confort matériel et les techniques avancées de Mari ont étonné les archéologues. Dans les salles de bain, on a retrouvé des baignoires, dans les cuisines, des moules à gâteaux et même du charbon dans les fourneaux. Un système de tout-à-l’égoût fonctionnait encore parfaitement après quatre mille ans. Les péages prélevés aux marchands et les bénéfices de l’artisanat et de l’agriculture permirent aux rois de Mari de construire un immense palais de 260 salles, cours et corridors couvrant une superficie de 2½ ha ; et grâce aux textes cunéiformes trouvés, on a pu reconstituer la vie de cette cité royale. Les salles d’apparat étaient décorées de fresques dont les couleurs avaient à peine perdu leur éclat – bien qu’elles soient les plus anciennes de la Mésopotamie (plus de mille ans plus vieilles que les célèbres fresques de Ninive et de Khorsabad).
D’après les tablettes déchiffrées à Liège, la prospérité du pays dépendait de son système d’irrigation, des nombreux canaux, des écluses et des digues surveillées constamment par les fonctionnaires du roi. Deux mille ouvriers y travaillaient. Les informations importantes étaient transmises par un système de feux, de la fron tière babylonienne jusqu’au cœur de l’actuelle Turquie (sur plus de 500 km).
Dans le palais du roi, on a découvert 13000 tablettes datant du 3e millénaire av. J.-C. et 23000 documents. Mais c’était une ville idolâtre, consacrée, comme à Our, à la déesse lunaire.
Dieu dit à Abram : « Va dans le pays que je te montrerai ». Nous aimerions souvent voir avant de nous décider à partir, mais cela fait partie des règles de la vie de pèlerin d’aller d’étape en étape vers l’inconnu. Seule la confiance en Celui qui nous appelle nous permet d’aller de l’avant sans poser des questions inutiles. Le Seigneur prépare son peuple avec des gens prêts à partir de ce qu’ils connaissent. Ils ont été bénis et sont devenus pour d’autres des sources de bénédictions.
La transplantation d’un arbre passe par l’abandon de l’ancien terrain et l’habituation à un nouvel environnement : une mort et une résurrection. Ce n’est pas par hasard que Dieu a placé au début de la vie chrétienne le symbole du baptême qui représente la mort à soi et la résurrection avec le Christ. Seuls ceux qui ont été radicalement détachés du monde peuvent devenir pour d’autres des instruments pour les aider à s’en détacher.
« La première révélation divine faite au patriarche lui impose un changement de vie » (O. Funcke, p. 3). S’il a obéi, c’est qu’il connaissait déjà le Dieu qui s’adressait à lui. D’où avait-il cette connaissance ? Mystère ! « Dieu vit celui qui, seul, au milieu de millions d’adorateurs des idoles, avait faim et soif du Dieu vivant » (Id., p. 5).
Lot a accompagné Abram en quittant Ur. Pourquoi Abram l’a-t-il emmené avec lui ? N’avait-il pas bien compris l’ordre de Dieu ? Nous avons parfois besoin de faire certaines expériences (comme Abram les fera avec Lot) pour comprendre pleinement la volonté de Dieu. Si Dieu nous adresse un appel, sommes-nous prêts à y obéir, à quitter la vie confortable à laquelle nous sommes habitués pour obéir à une autre vocation ? Avons-nous suffisamment confiance en notre Dieu pour croire qu’il ne veut que le meilleur pour nous ? Rester collé à son passé peut nous priver de nouvelles bénédictions que Dieu a en vue pour nous lorsqu’il nous appelle à de nouveaux horizons.