L’archéologie confirme la Bible

1
Les attaques contre la véracité de la Bible

Est-il nécessaire de défendre la vérité de la Bible ? Ses affirmations principales ne sont-elles pas acceptées par tout le monde ? Il ne semble pas que ce soit le cas.

Paradoxalement, la véracité de la Bible a surtout été attaquée par ceux qui auraient dû la défendre : les théologiens. Il est vrai que, par suite de l’union constantinienne entre l’Eglise et l’Etat durant la chrétienté, les professeurs des facultés de théologie étaient en grande partie des fonctionnaires étatiques dont la notoriété était liée à l’originalité des thèses qu’ils lançaient sur le marché théologique. Ainsi est née la « haute critique&nbslp;»1 c.-à-d. l’étude qui cherche à déterminer l’auteur, la date et la composition d’un texte littéraire en examinant son vocabulaire, son style et sa composition. Sur le plan des études bibliques, la « haute critique » fut lancée par Julius Wellhausen2 qui proclamait, par exemple que « nous ne trouvons dans la Genèse aucune donnée historique sur les patriarches, mais seulement sur l’époque à laquelle les récits qui les concernent ont pris naissance parmi le peuple d’Israël. C’est cette époque plus tardive qu’on allait simplement projeter dans la plus haute antiquité où elle se refléterait comme un glorieux mirage ».3 Pour Gunkel, les récits sur les patriarches étaient des ‘sagas’ ou des légendes, le contraire de l’Histoire proprement dite ; d’après lui, « les patriarches n’étaient pas des individus mais des tribus personnifiées4 » (K. A. Kitchen Traces d’un monde p. 81).5

1 Différente de la « critique textuelle » qui s’efforce de déterminer le contenu originel du texte biblique par la comparaison des manuscrits.

2 En fait, l’idée de sources multiples du Pentateuque date de plus loin. P. Wheeler me signale qu’il a dans sa bibliothèque un livre imprimé en 1750 à Bruxelles intitulé Conjecture sur les mémoires originaux dont il paraît que Moyse s’est servi pour composer le livre de la Genèse. Auteur: Jean Astruc, qui parle d’auteurs A, B, C, D.

3 Wellhausen Prolegomena zur Geschichte Israels 6e édit. 1927 p. 316.

4 Voir H. Gunkel The Legends of Genesis 1901 (réimp. 1964) p.1ss, 19ss, où une fois de plus, le rationalisme règne, en l’absence de toute référence aux critères extérieurs appropriés provenant du Proche-Orient ancien.

5 Rappelons que Kitchen fut un spécialiste d’égyptologie, professeur à l’Institut de Recherches Orientales de l’Université de Liverpool où il était aussi maître de conférences en égyptien ancien et en copte.

L’hypothèse documentaire

C’est aussi Wellhausen qui a lancé (ou repris d’Astruc) « l’hypothèse documentaire » qui voyait dans le Pentateuque l’œuvre de quatre auteurs dont les écrits auraient été combinés par un éditeur anonyme plusieurs siècles après la date indiquée par la Bible pour leur rédaction : J pour Yahviste, E pour Elohiste, D pour Deutéronomiste et P pour Code sacerdotal (Priesterkodex). On assignait à ces documents des dates allant du 9e au 6e siècle av. J.-C. On a vu paraître une « Bible arc-en-ciel » imprimant en quatre couleurs les passages supposés provenir de chacune des quatre sources J, E, D et P. Ces notions traînent encore dans pas mal de facultés et dans des publications qui se veulent scientifiques. Une bonne partie de notre Ancien Testament est daté par ces critiques de l’époque postexilique ou même de la période maccabéenne.

La critique des formes

Au début du 20e siècle, la « critique des formes » fut initiée par Gunkel, Martin Dibelius et Bultmann. « Le mot ‘forme’ désigne l’aspect littéraire d’un élément évangélique particulier, mais aussi — et même surtout — les diverses transformations subies par les matériaux que l’on s’est transmis » (Encyclopédie Universalis). Cette transmission se serait faite oralement pendant des siècles, transformant progressivement la tradition primitive, de sorte que l’on ne peut plus savoir quel était son contenu originel, mais seulement ce que pensaient les derniers rédacteurs. Ainsi Albrecht, Alt et Martin Noth ont restructuré toute l’histoire israélite sur la base de la critique littéraire. Les patriarches ont-ils existé ? Personne ne peut le savoir. C’étaient peut-être des divinités astrales ou cananéennes ? Le personnage de Moïse est né d’une tradition issue des steppes de la Trans-Jordanie&énbsp;; la conquête du pays de Canaan n’a aucun fondement historique ; les Hébreux s’y sont infiltrés pacifiquement sur une longue période ; les histoires de Josué ont été inventées pour expliquer certains monuments du pays (comme les douze pierres de Guilgal ou les ruines d’Aï). Bien des publications et des émissions radiophoniques portent encore la trace de ces théories acceptées comme étant les résultats d’une étude « scientifique » de la Bible. Les démentis que les fouilles archéologiques ont apportés à ces théories sont souvent systématiquement ignorés ; bien des ouvrages portant un label universitaire ne font pratiquement aucune mention des résultats de ces recherches.

Les fondements de l’Ecole critique et la réaction fondamentaliste

Les théories de l’Ecole critique allemande du 19e siècle sont fondées sur les présuppositions de la philosophie de Hegel et les théories évolutionnistes, essayant de deviner « comment le judaïsme et le christianisme ont dû se développer ». En Amérique, au début du 20e siècle, la réaction contre ces attaques de l’intégrité de la Parole de Dieu développa le mouvement fondamentaliste qui a défendu les vérités fondamentales de la foi, mais a souvent dégénéré en un rejet anti-intellectuel de tout effort scientifique d’étude de la Bible. Le fondamentalisme a parfois utilisé les découvertes archéologiques pour aller au-delà des preuves qu’elles pouvaient apporter (comme si la découverte du nom d’Abram à Ur démontrait la véracité du récit biblique — alors qu’elle prouvait seulement que ce nom était courant là-bas). Cependant, chez des théologiens de bonne foi, les découvertes archéologiques ont « révolutionné l’attitude envers les traditions historiques bibliques » (G.E. Wright). Après avoir dit, par exemple en 1918, que Genèse 14 (la délivrance de Loth par Abram) était une légende composée vers 500 av. J.-C. sans fondement historique, Albright écrivait une quarantaine d’années plus tard que ses études « ont établi l’absolue antiquité du contenu de ce chapitre et ont montré qu’il était parsemé d’indications d’une tradition très archaïque ».6

6 « ;Abram the Hebrew : A New Archeological Interpretation » Basor n° 163 (1961) p. 49. Cf. Albright : « Toward a more Conservative View » Christianity Today 8. 1963 p. 3-5.

Une nouvelle réaction

Une nouvelle volée d’évangéliques qui se distançaient des fondamentalistes (comme F.F. Bruce et D.J. Wiseman)7 « ont démontré qu’il est possible de combiner la piété évangélique avec une étude scientifique » (E. Yamauchi The Stones and the Scriptures p. 25).

7 Les deux étaient des professeurs d’université en Angleterre, respectivement à Manchester et à Londres.

La thèse de Wellhausen d’un milieu postérieur qui rétro-projetait ses expériences et ses idées sur une époque antérieure a aussi été appliquée au Nouveau Testament : « Mon opinion, écrivait Bultmann, est qu’on ne peut pratiquement rien connaître de la vie et de la personnalité de Jésus puisque les sources chrétiennes ne s’intéressaient pas à ces questions ». Bultmann et d’autres érudits de l’école de la ‘critique formelle’ soutinrent que les évangiles ne sont pas des narrations historiques mais des recueils hautement stylisés de ‘formes’ traditionnelles. Ces recueils se sont composés avec le temps, se développant à partir de la vie, du culte et des traditions orales des premières communautés chrétiennes… Bultmann pensait que « les auteurs des Evangiles étaient si éloignés du Jésus historique qu’il n’avait pu leur parvenir qu’un murmure très affaibli du son de sa voix » (M. D’Ancona – C. Thiede Témoin de Jésus p. 209).

Les Evangiles ne seraient donc que des créations de communautés tardives, des textes légendaires qui peuvent être librement interprétés par des théoriciens de notre époque. Ils seraient l’expression d’une tradition religieuse qui avait déjà évolué depuis de nombreuses années avant d’être consignée par écrit. D’après les calculs d’un séminaire organisé à Berkeley (U.S.A.) en 1985, 20% seulement des paroles inscrites dans les Evangiles seraient authentiques ou de fiables approximations.

« Trop souvent les chercheurs qui mettent en question une approche positive des évangiles se voient accusés de fondamentalisme… Supposer que les évangélistes entendaient ce qu’ils disaient dans un sens un tant soit peu littéral revient à s’attirer l’accusation de fondamentalisme ou d’un conservatisme irréfléchi et incapable de recul critique… Selon l’évêque Spong, le littéralisme est ipso facto ‘inconsidéré’ ; il offre un attrait pour ‘des gens profondément incertains et craintifs”. Ceux qui montrent un intérêt pour le sens littéral des Evangiles sont ‘anti-intellectuels’, ils ont livré la Bible à la ‘captivité babylonienne des fondamentalistes’… Il est apparu clairement que la simple proposition de dater Matthieu du 1er siècle dérangeait les convictions académiques et théologiques de nombreux spécialistes » (M. D’Ancona – C. Thiede Témoin de Jésus p. 213).

En 1975, G.A. Wells prétendait encore que le Christ historique était une invention du 2e siècle. D’après lui, les Evangiles n’auraient pas été écrits avant l’an 100. En 1995, Herman Detering a écrit dans un livre sur l’apôtre Paul que pas une seule des prétendues lettres pauliniennes ne serait de saint Paul, elles auraient été écrites par l’hérétique Marcion au milieu du 2e siècle, et que le saint Paul du Nouveau Testament était une invention du catholicisme primitif.

Thomas Hobbes écrivait déjà en 1646 à propos de la jalousie et des revendications des universitaires installés dans leur fief : « Leur réputation exige que dans les matières qu’ils enseignent, nul ne découvre quoi que ce soit qu’ils n’aient déjà découvert eux-mêmes ».

Certes, la véracité historique n’est pas la préoccupation centrale de la Bible. Elle est d’abord une « histoire du salut& » qui nous transmet le message divin de la rédemption de l’homme. Comme l’a dit P. Wheeler dans sa préface, « Les écrivains divers des livres de la Bible, inspirés par le Saint-Esprit, ont donné à Israël et à l’Eglise les textes essentiels pour amener les lecteurs à vivre une relation personnelle avec leur Créateur et pour alimenter leur foi en Lui afin de les aider à progresser dans les voies divines ». Néanmoins, ce côté historique de l’Ecriture n’est pas sans intérêt. Comme les détails qui se trouvent au haut et au bas de la tapisserie de Bayeux nous permettent de reconstituer la vie des paysans du 11e siècle, ainsi les détails historiques de la Bible font resurgir pour nous le contexte dans lequel cette « histoire du salut » nous a été transmise.

L’inerrance (absence d’erreur) de la Bible se rapporte-t-elle aussi aux faits historiques ?

On dit souvent que « la Bible n’est pas un livre d’histoire » et qu’il ne faut pas prendre ses déclarations historiques « comme paroles d’Evangile ». Si Jésus ou les apôtres ont confirmé certaines de ses déclarations, qui oserait contester les affirmations de Celui qui dit être « la vérité » (Jean 14.6) ou de ceux auxquels le Christ a promis qu’ils seront conduits « dans toute la vérité » (Jean 16.13) ? Or, il y a un bon nombre d’affirmations historiques qui sont ainsi confirmées dans le Nouveau Testament. A titre d’exemples :

Au commencement, Dieu a créé le ciel et la terre (Genèse 1.1),Jean 1.1 ; Hébreux 4.3 ; Actes 14.15 ; Romains 1.20
les choses visibles et les invisibles (Psaume 33.6).Colossiens 1.16
Il a créé l’homme masculin et féminin (Genèse 1.28).Matthieu 19.4 ; Marc 10.6
« A partir d’un seul homme, il a créé tous les peuples » (Malachie 2.10).Actes 17.26
« Par un seul homme, le péché est entré dans le monde et par le péché, la mort » (Romains 5.12).Romains 5.12 ; 1 Corinthiens 15.26
« Caïn a égorgé son frère » (Genèse 4.8).1 Jean 3.12
« Hénoc fut enlevé auprès de Dieu pour échapper à la mort » (Genèse 5.24).Hébreux 11.5
« Dieu a détruit le monde d’alors par les eaux du déluge » (Genèse 7).2 Pierre 3.6
« Par la foi, Abraham a obéi à l’appel de Dieu qui lui ordonnait de partir pour un pays qu’il devait recevoir plus tard en héritage. Il est parti sans savoir où il allait » (Genèse 12.4).Hébreux 11.8 ; Actes 7.2
Il a donné à Melchisédek la dîme de tous ses biens (Genèse 14.18-20).Hébreux 7.1-2
Il avait deux fils, l’un d’une servante, l’autre d’une femme libre (Genèse 21.2).Galates 4.22, 25
« Il a condamné à la destruction les villes de Sodome et de Gomorrhe en les réduisant en cendres et il a délivré Loth » (Genèse 19).2 Pierre 2.6-7
« Esaü, pour un simple repas, a vendu son droit d’aînesse » (Genèse 25.29-34).Hébreux 12.16
« Les fils de Jacob vendirent leur frère Joseph, pour qu’il fût emmené comme esclave en Egypte » (Genèse 37.28).Actes 7.9
« Joseph envoya chercher son père Jacob et toute sa parenté qui comprenait soixante-quinze personnes » (Genèse 45.17 ; 46.27).Actes 7.14
« Un nouveau roi, qui n’avait pas connu Joseph, monta sur le trône d’Egypte. Il opprima nos ancêtres » (Exode 1.7-22).Actes 7.18
« Par la foi, Moïse, après sa naissance, a été tenu caché pendant trois mois par ses parents » (Exode 2.1-2).Hébreux 11.23
« Par la foi, il a quitté l’Egypte sans craindre la fureur du roi » (Exode 10.28-29 ; 12.31).Hébreux 11.27
Dieu apparut à Moïse et lui dit : « Je t’envoie en Egypte » (Exode 3.1).Actes 7.34
« C’est lui qui les fit sortir d’Egypte en accomplissant des prodiges et des signes miraculeux dans ce pays, puis lors de la traversée de la mer Rouge et, pendant quarante ans, dans le désert » (Deutéronome 8.2).Actes 7.36
« Vos ancêtres m’ont défié voulant me forcer la main bien qu’ils m’aient vu à l’action pendant quarante ans » (Deutéronome 9.22-24).Hébreux 3.9
« Ils façonnèrent alors un veau, ils offrirent un sacrifice à cette idole, et ils célébrèrent de joyeuses fêtes en l’honneur de ce qu’ils avaient fabriqué de leurs mains » (Exode 32.1ss).Actes 7.41
Ils se laissèrent « entraîner à l’immoralité sexuelle et, en un seul jour, il mourut vingt-trois mille personnes » (Nombres 25.1-9),1 Corinthiens 10.8
« certains d’entre eux périrent sous la morsure des serpents » (Nombres 21.5-6).1 Corinthiens 10.9
« Dans le désert, Moïse a élevé sur un poteau le serpent de bronze » (Nombres 21.4-9).Jean 3.14
« Au désert, nos ancêtres avaient avec eux la tente que Dieu avait ordonné à Moïse de construire d’après le modèle qu’il lui avait montré » (Exode 25.10).Actes 7.44
La révolte de Qoré (Nombres 16).Jude 11
« Par la foi, Rahab la prostituée n’est pas morte avec ceux qui avaient refusé d’obéir à Dieu, parce qu’elle avait accueilli avec bienveillance les Israélites envoyés en éclaireurs » (Josué 6.25).Hébreux 11.31 ; Jacques 2.25
Balaam « a été rappelé à l’ordre par une ânesse muette qui, se mettant à parler d’une voix humaine, a détourné le prophète de son projet insensé » (Nombres 22.28).2 Pierre 2.16
« Après avoir détruit sept nations dans le pays de Canaan, Dieu a donné leur territoire à son peuple » (Josué 14.1 ; 18.10).Actes 13.19
« Par la foi, les murailles de Jéricho se sont écroulées quand le peuple en eut fait le tour pendant sept jours » (Josué 6.20).Hébreux 11.30
« Dieu a donné à nos ancêtres des chefs jusqu’à l’époque du prophète Samuel » (Juges 2.16).Actes 13.20
« Alors le peuple a demandé un roi et Dieu leur a donné Saül, fils de Kis, de la tribu de Benjamin. Celui-ci a régné sur eux pendant quarante ans » (1 Samuel 8.5 ; 10.20-24).Actes 13.21
« Mais Dieu l’a rejeté et leur a choisi pour roi David » (1 Chroniques 10.14).v. 22
« David est entré dans le sanctuaire de Dieu et il a mangé avec eux les pains exposés devant Dieu » (1 Samuel 21.3-6).Matthieu 12.4 ; Marc 2.26
« Salomon bâtit le Temple » (1 Rois 6.1 ; 8.13).8.Actes 7.47
« La reine du Midi … est venue du bout du monde pour écouter l’enseignement plein de sagesse de Salomon » (1 Rois 10.1).Matthieu 12.42
« Rappelez-vous ce que dit l’Ecriture dans le passage rapportant l’histoire d’Elie » (1 Rois 19.10).Romains 11.2
« A l’époque d’Elie, pendant trois ans et demi, il n’y a pas eu de pluie et une grande famine a sévi dans tout le pays (1 Rois 17.9).Luc 4.25
« Elie pria avec insistance pour qu’il ne pleuve pas et, pendant trois ans et demi, il ne tomba pas de pluie sur le sol. Puis il pria de nouveau et le ciel redonna la pluie » (1 Rois 18.42).Jacques 5.17s.
« Au temps du prophète Elisée, le Syrien Naaman a été guéri de sa lèpre » (2 Rois 5).Luc 4.27
« Jonas resta trois jours et trois nuits dans le ventre du poisson » (Jonas 2).Matthieu 12.40
« Les habitants de Ninive ont changé de vie en réponse à la prédication de Jonas » (Jonas 3.5).v. 41

8 Salomon : voir une représentation de son temple dans Bible et archéologie p. 117.

Ceux qui nient ces faits et les traitent de légendes prétendent avoir une connaissance supérieure à celle de Jésus et des apôtres. Dans l’une de ses réponses à un correspondant qui l’accusait d’être « bibliciste » en croyant à l’authenticité de certains passages bibliques, Maurice Ray répondait : «&nbp;J’imagine mal que l’Esprit du Dieu vivant et vrai puisse m’instruire dans la vérité par des événements qu’il prétendrait authentiques et qui ne le seraient pas, par des personnages qu’Il camperait dans l’histoire de ce monde alors qu’ils n’auraient jamais existé. Une belle supercherie au compte de Dieu ! ».

Le théologien Karl Barth (1886-1968, qui ne saurait certes pas être accusé de « biblicisme » ou de « fondamentalisme ») constatait : « Toutes les fois que l’Eglise a été sérieusement éprouvée au cours de l’histoire, c’est parce qu’elle était trop peu soumise à la parole de l’Ecriture. En revanche, toutes les fois qu’elle a été vraiment forte, consciente de sa mission et sans peur devant le monde, toutes les fois qu’elle a su produire des héros ou des saints, apporter la consolation, susciter l’espérance et s’imposer ainsi au respect des hommes, c’est parce qu’elle a osé avoir l’humble courage de se soumettre entièrement à l’Ecriture, au lieu de la considérer comme un simple à côté ».

Dans une interview donnée au Figaro littéraire du 6.4.1995, Claude Tresmontant (1925-1997), professeur à la Sorbonne, disait : « J’ai été formé à la Sorbonne, vers 1945. J’y ai appris comme tout le monde que l’Evangile de Matthieu datait de 90, celui de Jean de 150 environ, que ces textes avaient été rédigés directement en grec par les communautés helléno-païennes récemment converties.

« J’ai appris tout ça, comme un étudiant en astronomie du 15e siècle apprenait que l’Univers était réduit au système solaire, que la Terre était immobile au centre et que tout tournait autour d’elle. J’ai tout avalé et j’ai cru tout ce qu’on m’a appris ».

Mais une étude approfondie du Nouveau Testament l’a amené à des conclusions différentes. Pour lui, « les Evangiles ont été écrits par des Hébreux de Judée à destination de leurs frères de la diaspora ; et ce sont des notes prises au jour le jour ». Leur rédaction est antérieure à l’année 50, car les évangélistes connaissent Hérode Antipas qui a fait tuer Jean-Baptiste entre 27 et 29, mais pas les deux Hérode qui ont suivi. Jean parle de Jérusalem au présent, alors que la ville a été détruite en 70.

L’apport de l’archéologie

Certaines découvertes archéologiques ont prouvé que les théories critiques qui niaient la véracité de la Bible étaient fausses, d’autres illustrent des passages bibliques en nous faisant mieux connaître leur contexte originel, les rendant plus compréhensibles et crédibles.

Le croyant se rappelle qu’il y a une ou deux générations, les critiques niaient formellement l’existence du peuple hittite, de la ville d’Ebla ou du roi Balthasa ; puis les découvertes archéologiques sont venues balayer toutes les hésitations et donner raison à la Bible. « Combien de prétendues erreurs de la Bible ont été par la suite éliminées par les preuves archéologiques, dit le célèbre professeur d’assyriologie D.J. Wiseman… Combien de théories et d’interprétations de l’Ecriture ont été défiées ou corrigées par les découvertes archéologiques ! ».9

9 « Archeology and Scripture » Westminster Theological Journal XX XII (1971) p. 51-52.

« Toutes les découvertes archéologiques ne se rapportent pas à la Bible, mais celles qui la concernent — relatives à des événements historiques — témoignent de sa fiabilité. Elles confirment la vérité de beaucoup de passages qualifiés de ‘mythologiques’ par les auteurs critiques ou refusés parce qu’ils ‘contredisaient des faits acceptés’. Lorsqu’on a découvert des documents dont le contenu ressemblait à des récits bibliques, les théologiens libéraux en ont conclu que les auteurs bibliques avaient copié ces textes. Comme on a trouvé des ressemblances entre le code d’Hammourabi et les lois de Moïse, ils ont décidé que Moïse s’était inspiré de ce code — ignorant les différences » (R.T. Boyd).10

10 Hügel, Gräber, Schärze p. 93.

L’archéologue Thomas W. Davis, directeur d’un institut de recherche archéologique américain dit : « Le fondement théorique de l’archéologie repose sur le champ de la théologie. Les archéologues bibliques pensaient, bien que de manières différentes, que la foi issue de la Bible, chrétienne et judaïque, dépendait de la réalité historique des événements qui manifestent la main de Dieu. Si ces événements, que la Bible interprète comme l’intervention du divin, n’ont aucun fondement réel, il n’y a alors aucune raison de croire au témoignage des Ecritures » (Hokhma N° 96 p. 11).

Le rabbin Nelson Glueck (1900-1971), « l’un des meilleurs archéologues connus jusqu’à ce jour » (André Parrot), déclarait : « On peut affirmer catégoriquement qu’aucune découverte archéologique n’est jamais venue contredire une référence biblique »11 Donc pour beaucoup, le lien entre archéologie et Bible était évident ; elle était la réincarnation physique des histoires bibliques. Ce lien a été rompu au 21e siècle. Beaucoup d’archéologues contemporains considèrent qu’aucun point de la théorie de la conquête n’est fiable.

11 River in the Desert, A History of the Negev New York, Farrar, Strauss & Cudahy 1959 p. 31.

Que nous apporte l’archéologie ?

L’archéologie scientifique est assez récente. C’est au cours de la seconde moitié du 19e siècle que des fouilles systématiques ont commencé dans les pays du Moyen Orient, mais les vrais progrès n’ont été réalisés qu’au cours du 20e siècle.

L’archéologie ne nous apporte pas des confirmations de la vérité spirituelle de la Bible (qui se situe sur un autre plan), elle peut tout au plus confirmer la véracité de l’aspect historique des récits bibliques face aux démentis de la critique biblique. Lorsque la « haute critique » prétendait que les Hittites étaient une invention des auteurs de la Bible, la correspondance avec eux entretenue par les pharaons et les rois mésopotamiens confirmait les affirmations bibliques. Lorsqu’elle prétendait que Sargon ou Balthasar n’avaient jamais existé, l’apparition de leurs noms sur des documents anciens donnait raison à la Bible. Bien des déclarations reléguant les récits bibliques parmi les légendes ou les mythes ont été balayées par les résultats des fouilles archéologiques — et c’est déjà un fier service qu’elles nous ont rendu.

Il ne faut pas oublier, cependant, que l’archéologie — comme l’histoire — reste « une petite science conjecturale » comme disait le grand historien Louis Madelin. Cela tient au fait que seule une infime partie des restes du passé a pu être fouillée.12 La fixation des dates reste encore conjecturale (faut-il situer Abraham au 20e ou au 22e siècle av. J.-C. ? L’exode et la conquête de Canaan ont-ils eu lieu au 15e ou au 13e siècle av. J.-C. ?).

12 Le célèbre archéologue israélien Yadin a estimé qu’au rythme où il fouillait le site de Hatsor, il lui faudrait 8000 ans pour terminer son travail. Voir aussi ce que dit Yamauchi à la fin de ce livre.

Ces incertitudes n’affectent pas le message central de la Bible, qui se situe sur un tout autre plan. N’empêche que si elle est la « Parole de Dieu », elle ne peut pas se permettre des erreurs, même sur le plan historique, et dans ce sens, ceux qui ont confirmé la vérité des affirmations de ses récits ont affermi sa fiabilité sur tous les plans. Et nous leur en sommes reconnaissants.13

13 Nous comprenons bien la possibilité d’erreurs de copistes dans la transmission du texte de la Bible. Mais la critique textuelle travaille pour les éliminer dans la mesure du possible. Or, sur la base d’une étude critique de plus de 5000 manuscrits du NT, elle nous fournit un texte qui a toutes les garanties de ressembler à plus de 99 % à l’original.

Une bonne part des affirmations récentes des archéologues qui contredisent le récit biblique utilisent des « non-preuves » comme des données légitimes. Parce qu’on n’a pas trouvé de preuve archéologique de tel événement relaté dans l’Ecriture, on décrète que la Bible s’est trompée. Mais, comme le démontre David Merling, « le manque de preuves n’est pas une preuve ». Pour être honnête, il faudrait dire : « On n’a pas encore trouvé de preuve de… ». L’histoire abonde en affirmations négatives qu’on a opposées aux déclarations bibliques — et celles-ci ont été justifiées par des découvertes subséquentes.

L’archéologue israélien I. Finkelstein a défrayé la chronique par ses affirmations négatives ruinant l’autorité de la Bible (dans les journaux à grand tirage et à la télévision). Jacques Briend, professeur honoraire à l’Institut catholique de Paris, disait dans la Revue Esprit et Vie (N° 67, 2002 p. 5) : « Il faut savoir que la communauté archéologique, dans son ensemble, rejette la chronologie proposée pour la céramique par I. Finkelstein… La position d’un archéologue ne suffit pas, mais elle doit recevoir l’approbation de ses pairs, ce qui est sagesse ». Or, sa position est très minoritaire ; dans l’ensemble, il n’a pas convaincu.

Pour rejeter David et Salomon du 10e au 9e siècle (c.-à-d. à l’époque d’Omri et d’Achab), Finkelstein s’est basé sur la céramique. Or, comme le rapportent A. Mazar et J. Camp, le directeur des fouilles à Tel Réhov estime qu’« il est presque impossible de distinguer la céramique de la période de la Monarchie unifiée (10e siècle av. J.-C.) de la céramique du 9e siècle» (Biblical Archaeological Review 26/2, 2000 p. 50). La stratigraphie dense du site de Tel Réhov s’oppose à la chronologie de Finkelstein, de même que les portes à six chambres de Méguiddo, Guézer et Hatsor.

Matthieu Richelle conclut son article sur « la chronologie basse » en disant : « Le premier constat est négatif : loin de convaincre ses collègues, l’hypothèse avancée par Finkelstein d’une ‘chronologie basse’ s’est heurtée à de fortes oppositions et demeure très minoritaire chez les archéologues. Il est d’autant plus regrettable que les médias aient présenté les idées de ce chercheur sur ce point précis comme des acquis scientifiques » (Hokhma N° 96 p. 56).

L’archéologue Anson F. Rainey conclut aussi son article en disant : « Les arguments archéologiques de Finkelstein reposent largement sur son interprétation personnelle des données et impliquent beaucoup de subjectivité sélective… pour créer une Histoire en contradiction avec les sources écrites ».14

14 « Des pierres qu’on change en pain. Archéologie contre Histoire » Hokhma N° 96 p. 57-76.

Par exemple, l’un des arguments de Finkelstein consiste à nier que Jérusalem ait été une ville importante au 10e siècle, c.-à-d. au temps de David et de Salomon. Jane Cahill, archéologue mandatée par l’Université Hébraïque de Jérusalem dans le projet archéologique étudiant la Cité de David, reprend cette question en détail dans l’article « Jérusalem au temps de David et de Salomon&,ns^:: une cité importante au 10e siècle av. J.-C.» (Hokhma N° 96 p. 102-119). « La conclusion la plus solide, dit-elle, qu’on puisse tirer de plus de cent cinquante ans de fouilles archéologiques intenses à Jérusalem, c’est que nous devons nous garder d’être fascinés par ce que l’on appelle l’absence de preuves. Il y a de bonnes raisons pour que la preuve archéologique paraisse si ‘mince’. Les données archéologiques bien comprises démontrent que, durant les règnes de David et de Salomon, Jérusalem était un centre urbain important ».

Tout le caractère historique de la monarchie unie de David et de Salomon a été attaqué par les archéologues « minimalistes ». Kenneth A. Kitchen répond à leurs arguments par un article sur « L’historicité de la monarchie unie d’Israël à l’épreuve des données extra-bibliques » (Hokhma N° 96 p. 130-152). Il conclut son article en disant : « Maintes et maintes fois, le vieux manège, au parfum très ‘19e siècle’ de la critique littéraire et ‘historique’ concernant le texte biblique de Samuel et des Rois (comme pour d’autres) n’a rien produit de mieux qu’une tour de Babel d’opinions discordantes. Aucune ne peut assurer avoir dit le vrai sur ces textes, mais au mieux l’éphémère ‘tendance actuelle’ (pendant un mois, une année, une décennie au plus). A quoi mène le refus obstiné de chercher des faits pour vérifier les textes bibliques, d’accepter de laisser ses préjugés et inclinations personnelles quand les faits les contredisent ? On condamne ainsi très vite ses recherches à la stagnation et à la stérilité ».

« Dénicher les faits de la façon la plus exhaustive possible sur telle période ou tel lieu correspondant au texte biblique, voilà qui réclame bien plus de travail et de patience, de contrainte auto-imposée. Mais il n’y a pas d’autre chemin devant nous si nous voulons que l’étude de la Bible soit menée de façon responsable, sérieuse, et non pas comme un divertissement de salon. Un tel travail peut ouvrir aux chercheurs des perspectives nouvelles sur la structure et le sens d’un texte, sur les méthodes des auteurs anciens » (p. 150).

Quelles confirmations l’archéologie apporte-t-elle à la véracité de la Bible ? Essayons de reprendre l’Ecriture depuis le début et voyons si ses affirmations ont été confirmées par les résultats des fouilles archéologiques.15

15 Les archéologues ont souvent l’habitude d’indiquer la date de leurs découvertes en se référant à « l’âge de pierre, de bronze ou du fer ». Le tableau ci-dessous permettra d’avoir une idée approximative des dates auxquelles ces différents « âges » se réfèrent :

Age de pierre
    Mésolithique ♦ 8000 - 6000 av. J.-C. ♦ (Genèse 1-11)
    Néolithique ♦ 6000-4000 av. J.-C. ♦ Id.
    Chalcolithique ♦ 4000-3200 av. J.-C. ♦ Id.

Age de bronze
    Age de bronze ancien ♦ 3200-2200 av. J.-C. ♦ Id.
    Age de bronze moyen ♦ 2200-1550 av. J.-C. ♦ Abraham - Joseph
    Age de bronze récent ♦ 1550-1200 av. J.-C. ♦ Conquête de Canaan

Age du fer
    Age du fer ancien I ♦ 1200-900 av. J.-C. ♦ Juges
    Age du fer moyen II ♦ 900-600 av. J.-C. ♦ David et les rois
    Age du fer récent III ♦ 600-300 av. J.-C. ♦ Exil, Retour

Période hellénistique ♦ 300-63 av. J.-C.

Période romaine ♦ 63 av. J.-C.- 323 après J.-C. ♦ Nouveau Testament
Période byzantine ♦ 323- 636 ap. J.-C.
Période islamique ♦ à partir de 636.

Dans le Bronze moyen se situent Abraham, Jacob, Hammourabi, l’expulsion des Hyksos de l’Egypte. Dans le Bronze récent : l’exode, la conquête de Canaan, Ramsès II en Egypte. Dans l’Age du fer : toute l’histoire subséquente à partir de David jusqu’à l’exil et la prise de Babylone par Cyrus.
La datation des différents âges du Bronze et du Fer varie suivant les Ecoles d’archéologie. Voir les tableaux chronologiques correspondants à la New Encyclopedia of Archaeological Excavations in the Holy Land (qui est la chronologie « conventionnelle » ou « traditionnelle » adoptée par la majorité des archéologues) dans Hokhma N° 96 (2009) p. 7-9.
Les différents âges du Bronze ancien vont de 3600 à 2300 av. J.-C., Bronze moyen : 2300 à 1550 ; Bronze récent : 1550 à 1200 ; Ages du Fer : 1200 à 586. Six archéologues datent la subdivision de ces âges différemment.

chapitre précédent retour à la page d'index chapitre suivant