Baptisé et rempli de l’Esprit

Chapitre premier

Saint-Esprit, Ecriture et expérience

« Toute l’Ecriture est inspirée de Dieu… pour que l’homme de Dieu soit pourvu de tout et préparé à toute bonne œuvre. » (2 Tim. 3.16-17.)

Quel est le rapport entre le Saint-Esprit, l’Ecriture et l’expérience chrétienne ?

A. LE SAINT-ESPRIT A INSPIRÉ L’ÉCRITURE

La Bible affirme très clairement avoir été inspirée par le Saint-Esprit : « Toute l’Ecriture est inspirée de Dieu » (2 Tim. 3.16). « C’est poussés par le Saint-Esprit que des hommes ont parlé de la part de Dieu » (2 Pi. 1.21).

L’Esprit de Dieu a inspiré aussi bien les auteurs de l’Ancien Testament (2 Sam. 23.2 ; Ez. 11.5 ; Mich. 3.8 ; Mc. 12.36 ; Ac. 1.16 ; 4.25 ; 28.25 ; Héb. 3.7 ; 9.8…) que ceux du Nouveau (Jn. 14. 26 ; 1 Cor. 2.13 ; 14.37 ; Eph. 3.4-5 ; Apoc. 2.7…). On ne peut donc pas opposer, à la révélation biblique, une prétendue révélation immédiate du Saint-Esprit qui contredirait la première. La voix authentique du Saint-Esprit ne peut que confirmer ce que ce même Esprit a dit « officiellement » dans l’Ecriture. On a prétendu que les évangéliques auraient une nouvelle Trinité : « le Père, le Fils et la Bible ». De telles affirmations sont dangereuses, car elles opposent à tort Bible et Saint-Esprit. L’Esprit s’adresse à nous par l’Ecriture, il en éclaire les paroles et les rend vivantes pour nous.

B. LA BIBLE SEULE RÉVÉLATION NORMATIVE

La Parole de Dieu contient la seule révélation normative de Dieu. Elle est entièrement suffisante pour nous conduire dans toute la vérité.

Ce qu’en dit l’Ecriture

Dieu dit par Moïse : « Vous n’ajouterez rien à ce que je vous prescris, et vous n’en retrancherez rien » (Deut. 4.2 ; cf. 12.32). L’auteur des Proverbes nous avertit : « N’ajoute rien à ses paroles, de peur qu’il ne te reprenne et que tu ne sois trouvé menteur » (Prov. 30.6 ; cf. Eccl. 3.14). Jésus, le Fils de Dieu, nous a apporté la révélation définitive (Héb. 1.1-3). Il est lui-même la vérité (Jn. 14.6). Il a transmis à ses disciples tout ce qu’il a entendu du Père (Jn. 15.15). Avant de quitter ce monde, il a rendu compte de sa tâche à son Père : « J’ai achevé l’œuvre. je leur ai donné les paroles que tu m’as données » (Jn. 17.4, 8). Les apôtres, sans doute, n’étaient pas capables de tout comprendre ni de tout retenir, mais Jésus leur promit que, lorsque l’Esprit viendrait, il leur rappellerait ce qu’ils ont entendu et les conduirait dans toute la vérité (Jn. 16.13).

Les auteurs du Nouveau Testament sont conscients d’être dépositaires d’une révélation définitive, destinée à être la seule norme des chrétiens de tous les temps : « Je vous rappelle, frères, l’Evangile que je vous ai annoncé, que vous avez reçu, dans lequel vous demeurez fermes, et par lequel vous êtes sauvés, si vous le retenez tel que je vous l’ai annoncé : autrement, vous auriez cru en vain » (1 Cor. 15.1-2). « Si nous-mêmes, ou si un ange du ciel vous annonçait un évangile différent de celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème !… Je vous déclare, frères, que l’Evangile qui a été annoncé par moi n’est pas d’inspiration humaine ; car moi-même je ne l’ai ni reçu, ni appris d’un homme, mais par une révélation de Jésus-Christ » (Gal. 1.8-9, 11-12 ; cf. Eph. 3.3-5 ; 1 Cor. 11.23 ; 15.3 ; 2 Cor. 2.17 ; 1 Th. 2.13 ; 4.15 ; Col. 1.25).

Jude parle de « la foi transmise aux saints une fois pour toutes » (Jude 3), et l’apôtre Jean demande constamment : « Que ce que vous avez entendu dès le commencement, demeure en vous » (1 Jn. 2.24 ; 2 Jn. 3.11). « Quiconque va plus loin et ne demeure point dans la doctrine de Christ n’a point Dieu » (2 Jn. 9).

L’Apocalypse se ferme sur un sérieux avertissement qui pourrait s’appliquer à l’ensemble des livres bibliques : « Je l’atteste à quiconque entend les paroles de la prophétie de ce livre : Si quelqu’un y ajoute quelque chose, Dieu ajoutera (à son sort) les plaies décrites dans ce livre. Et si quelqu’un retranche des paroles du livre de cette prophétie, Dieu retranchera sa part de l’arbre de vie et de la ville sainte décrits dans ce livre » (Ap. 22.18-19).

Révélation définitive et suffisante

La révélation de Dieu donnée dans les livres bibliques est définitive et suffisante. Elle contient tout ce que les chrétiens ont besoin de connaître pour être conduits « dans toute la vérité » (Jn. 16.13). L’apôtre Paul dit que l’Ecriture a été inspirée par Dieu « pour que l’homme de Dieu soit accompli (parfait, entièrement équipé, pourvu de tout) et propre à toute bonne œuvre » (2 Tim. 3.17). Aurait-il besoin d’autre chose ?

La Parole de Dieu nous donne la vie (Mt. 4.4 ; Jn. 20.31 ; Ja. 1.18 ; 1 Pi. 1.23 ; Ro. 10.5) ; l’assurance (1 Jn. 5.13-14), la joie (1 Jn. 1.1-4) et l’espérance (Ro. 15.4). Elle nous à été transmise pour nous enseigner, nous convaincre, nous corriger et nous éduquer dans ce qui est juste (2 Tim. 3.16).

Si de telles affirmations sont valables pour les écrits de l’Ancien Testament, elles le sont, à bien plus forte raison, pour ceux du Nouveau Testament qui constituent le dernier mot de la révélation divine. Dans les épîtres, en particulier, les auteurs inspirés donnent aux chrétiens toutes les indications et tous les conseils nécessaires pour parvenir à une vie spirituelle conforme au plan de Dieu.

Les chrétiens du premier siècle avaient les mêmes problèmes et les mêmes difficultés que nous. Pour répondre à des situations locales très diverses, le Saint-Esprit a inspiré aux apôtres des écrits contenant les principes directeurs capables de répondre aux besoins spirituels des chrétiens de tous les temps et de tous les lieux. Ce qui nous est essentiel est répété souvent dans ces lettres. Ce que ces lettres passent sous silence, n’a certainement pas d’importance pour nous.1 C’est dans ces épitres et dans l’enseignement de Jésus tel que nous le trouvons dans les évangiles — bien plus que dans l’histoire des débuts du christianisme (les Actes) — que les Eglises chrétiennes de toujours ont trouvé la source des doctrines qui ont guidé leur enseignement et leur vie.2

1 « Pour la présente économie, la Parole de Dieu ne saurait être considérée que comme une œuvre absolument finale du Saint-Esprit. Celui-ci ne s’astreindra donc jamais à nous apprendre par d’autres moyens ou sous une autre forme ce qu’il nous a déjà enseigné une fois pour toutes dans l’Ecriture. D’autre part, tout ce qu’il n’a pas « trouvé bon » de nous révéler dans le domaine des expériences générales de la vie chrétienne, nous est totalement inutile, sinon nuisible. Rechercher ailleurs de la lumière, sur des matières qui ne se trouvent pas éclairées par ce divin flambeau, serait donc une vaine présomption… Toute prétention à une illumination particulière doit donc être l’objet de la plus attentive vigilance, et elle devra être inexorablement rejetée si elle se montre contraire à l’analogie des Ecritures. » (R. Dubarry : Les voies habituelles du Saint-Esprit. Pour faire connaissance avec un idéal d’Église. Nîmes 1953, p. 149)

2 « La révélation du dessein de Dieu dans l’Ecriture doit être cherchée dans les parties didactiques plutôt que dans les sections historiques. Plus précisément, nous devrons le rechercher dans l’enseignement de Jésus, dans les sermons et les écrits des apôtres, et non dans les sections purement narratives des Actes. Ce que l’Ecriture nous décrit comme étant arrivé à d’autres, n’est pas nécessairement pour nous, alors que nous devons nous approprier ce quelle nous promet et obéir à ce qu’elle nous commande. » J. Stott : The Baplism and Fullness of the Holy Spirit (171), p. 6.

Dans la réédition revue de son livre (Baptism and Fuliness (178), novembre 1975), J. Stott précise que « ce qui est descriptif n’est valable que dans la mesure où c’est interprété par ce qui est didactique… la valeur de ces récits ne réside pas simplement dans la description, elle est dans l’explication. » (pp. 15-16.)

Ce rôle unique, normatif et pleinement suffisant de la Parole de Dieu a été souligné par les chrétiens de tous les temps.3

3 « Les Ecritures saintes et divinement inspirées suffisent à elles seules pour faire connaître la vérité » (Athanase). « Nous sommes résolus de ne rien écouter et de ne rien dire au-delà de ce qui est écrit » (Id.) « Le Montanisme fut officiellement rejeté parce qu’il se prévalait de révélations supplémentaires. Par cette décision, l’Eglise affirmait qu’elle ne croyait pas que le Saint-Esprit donnerait de nouvelles révélations complétant celles des Ecritures. » C.C. Ryrie : The Holy Spirit (157), p. 112.

« Ce qui est écrit, crois-le, ce qui n’est pas écrit, ne le recherche pas » (Athanase).

« Tout ce qui n’a pas pour soi l’autorité des Ecritures, peut être méprisé aussi facilement que prouvé » (Jérôme). « La sécurité de notre foi dépend du témoignage des Ecritures divines » (Cyrille de Jérusalem). « Tous les articles de foi sont suffisamment établis dans la Sainte Ecriture pour qu’on n’en établisse aucun de plus » (Luther). « Nous voulons suivre la seule Ecriture sans y mêler aucune chose qui ait été controversée du sens des hommes sans la Parole de Dieu » (Calvin). Voir les références exactes et d’autres citations dans A. Kuen : Je bâtirai mon Eglise, pp. 22-25, 33-35, 332-339, 348-349. « Sans l’Ecriture, nous ne connaissons rien et ne voyons qu’obscurité et confusion » (Pascal). « Ceux qui ont la Parole de Dieu et ceux qui ont reçu Jésus-Christ et la révélation qu’il donne, possèdent toute la vérité que Dieu veut révéler aux hommes. Ceux qui s’attendent à des révélations supplémentaires, par des visions, des rêves ou dans des extases, disent en effet, je, Dieu n’a pas donné une révélation suffisante. » J. Dwight Pentecost. The Divine Comforter (142), p. 30.

C. LE SAINT-ESPRIT ET NOTRE EXPÉRIENCE CHRÉTIENNE

Jésus nous a dit que, lorsque le Consolateur serait venu, il convaincrait « le monde en ce qui concerne le péché, la justice et le jugement » (Jn. 16.8). L’action du Saint-Esprit en nous commence donc dès avant notre conversion, quand nous faisons encore partie du « monde ». Lorsque nous nous repentons de nos péchés et que nous nous tournons vers Dieu, l’Esprit nous fait naître de nouveau (Jn. 3.5 ; cf. Tit. 3.5-6) et vivre d’une vie nouvelle (Ga. 5.25). Au moment même où nous croyons en Christ, nous recevons le Saint-Esprit (Jn. 7.38-39 ; Ro. 5.5 ; Gal. 3.13-14), nous sommes scellés (Eph. 1.13) et oints (1 Jn. 2.20, 27) par lui. Toutes ces images se rapportent à une seule et même réalité spirituelle et en décrivent divers aspects. Désormais, le Saint-Esprit habite dans le cœur du croyant (Jn. 14.16-17 ; 16.7 ; Ro. 9-11 ; 1 Co. 3. 16-17 ; 6.19 ; 2 Co. 13.5 ; Gal. 4.6 ; 2 Ti. 1.14 ; Ja. 4.5 ; 1 Jn. 2.27 ; 3.24) et y produit les fruits de l’Esprit (Ga. 5.22 ; Ro. 8.2-4). Il nous donne la paix et la joie (Ro. 15.13), nous fortifie au moment des difficultés (Phm. 1.19 ; 1 Pi. 4.14) et nous conduit dans le droit chemin (Ro. 8.14 ; Ga. 5.16, 18). Il illumine les yeux de notre cœur (Eph. 1.18) lorsque nous lisons la Parole de Dieu (1 Co. 2.9-10).4 Il nous accorde aussi ses dons (1 Co. 12 ; Eph. 4.11 ; Ro. 12.6-8) pour servir Dieu auprès des autres (1 Co. 12.7 ; 1 Pi. 4.10).

4 « Il est nécessaire que le même Esprit qui a parlé par la bouche des prophètes, entre en nos cœurs et les touche au vif pour les persuader… » (Calvin : Inst. I, VII, 4.)

Par contre, puisque la Parole de Dieu est notre seule norme, pleinement suffisante pour nous conduire dans toute la vérité et nous rendre « accomplis », l’Esprit ne nous accorde pas de révélations nouvelles, différentes de celles que contient la Bible. Il ne nous conduit pas non plus vers des expériences nouvelles, non prévues dans l’Ecriture. « Si nous n’avons pas notre instruction en la Parole, disait Calvin, notre course sera égarée hors du chemin » et notre expérience, si sublime qu’elle soit, « nous sera comme un labyrinthe pour nous entortiller de tous côtés. »

D. QUELLE EST LA VALEUR D’EXPÉRIENCES NON PRÉVUES PAR LA BIBLE ?

Tout au long de l’histoire de l’Eglise, des chrétiens ont cru, en toute sincérité, recevoir des révélations nouvelles et ont fait des expériences différentes de celles des chrétiens de l’Eglise primitive. Ils se sont généralement fourvoyés eux-mêmes dans des « labyrinthes » inextricables et ont égaré beaucoup d’âmes sincères. Pourtant, leur sincérité ne saurait être mise en doute ; souvent ils ont souffert pour leurs convictions, ou même subi le martyre ; mais, comme le disait déjà le professeur Westphal : « Une foi démontre-t-elle la réalité de son objet par le seul fait qu’elle est sincère ? L’histoire n’est-elle pas là pour nous apprendre que l’erreur, que l’extravagance ont eu leurs confesseurs et leurs martyrs ? »5 « La vérité absolue, disait E. Brunner, n’est pas au-dedans de l’expérience de la foi, mais seulement dans la Parole de Dieu. »6

5 A. Westphal : « Religion et Révélation » (Revue de Théologie et des questions religieuses, 1897), p. 544.

6 La Parole de Dieu et la Raison humaine, p. 99.

La tradition mystique

Il existe, au sein du christianisme historique, des traditions d’expériences extra-scripturaires qui ont eu peut-être plus de disciples que la vraie foi biblique. L’une de ces traditions est la chaîne mystique, qui a connu d’innombrables représentants depuis le IVe siècle. Les « grands mystiques » (sainte Catherine de Sienne, sainte Thérèse d’Avila, saint Jean de la Croix…) ont défini tout un itinéraire spirituel par lequel l’âme croyante doit passer pour arriver à la « vraie communion avec Dieu » : 1. Grâces mystiques diverses : visions, voix, parler en langues, écriture automatique, stigmates, lévitations, extases. 2. Nuit des sens : ces diverses grâces cessent. 3. Nuit de l’esprit : doutes, sentiment d’être abandonné de Dieu, désir de mourir… 4. Etat théopathique ou union transformante : communion avec Dieu.7

7 Voir pour plus de détails : R. Bastide, Les problèmes de la vie mystique (Colin, Paris). James Leuba : Psychologie du mysticisme religieux (Alcan, Paris, 1925).

Ce qui est troublant, c’est que tous ceux qui se sont engagés dans ce chemin ont passé par cet itinéraire et fait les expériences dans l’ordre décrit par les maîtres spirituels du mysticisme — bien que rien, dans l’Ecriture, ne donne un appui quelconque à cette théologie. Ils ont eu des visions et des stigmates, entendu des voix, parlé en langues, écrit sans avoir conscience de ce qu’ils notaient, etc… Et, « dans les moments où ils réalisent leur expérience, ils éprouvent une certitude qui exclut, à leurs yeux, toute possibilité d’illusion. »8

8 De Montmorand : Psychologie des mystiques catholiques orthodoxes, p. 32.

Et cependant, leur certitude n’a aucune valeur objective. Comme l’a montré A. Gaillard, qui s’est penché avec attention sur tous les problèmes de la vie mystique : « l’irrésistible de la certitude (des mystiques) a son origine dans l’élément affectif de l’expérience et les certitudes les plus fortes correspondent aux émotions les plus profondes. »9 Or, « une certitude religieuse offrant des garanties de stabilité doit chercher ses motifs au-delà de l’expérience individuelle. »10 Il n’y a qu’une alternative : « ou l’autorité objective de Dieu, ou l’autorité subjective de l’expérience religieuse faisant reconnaitre ici et maintenant que Dieu parle. »11

9 A. Gaillard : Expérience religieuse et révélation (62), p. 47.

10 Id. Ibid., p. 74.

11 Id. Ibid., p. 170.

Valeur cumulative de l’expérience ?

Même ce que H. Bois appelait « la valeur cumulative de l’expérience »12 qui peut déceler « une unité et une finalité frappante » n’a pas de valeur normative pour le chrétien : une erreur ne se transforme pas en vérité parce qu’un grand nombre de gens la partagent. « L’expérience doit toujours être éprouvée (tested) par l’Ecriture, et non l’Ecriture par l’expérience. » (Hoekema.)

12 La valeur de l’expérience religieuse, p. 191.

Des milliers de brahmanes, de yogis, de derviches font des expériences religieuses extraordinaires semblables à celles des mystiques. Mais ni le caractère extra-normal de ces expériences, ni le fait qu’elles se ressemblent, ne prouve qu’elles viennent de Dieu. Dans la Bible, au contraire, la vérité se trouvait généralement du côté des minorités (les trois cents de Gédéon, les sept mille du temps d’Elie, les trois hommes fidèles à Babylone, les disciples de Jésus, les « quelques-uns » d’Athènes.) Et, tout au long de l’histoire de l’Eglise, la vérité n’a que rarement été défendue par la majorité de ceux qui se disaient chrétiens.

Si donc, aujourd’hui, nous nous trouvons en présence d’une expérience partagée par un grand nombre de chrétiens et revendiquée par eux comme étant d’origine divine, nous n’avons pas à nous demander en premier lieu s’ils sont sincères, ou nombreux, si leur expérience est authentique, si elle a eu d’heureuses conséquences dans leur vie, si des chrétiens éminents ont fait une expérience semblable… La seule question légitime pour un chrétien devrait être : cette expérience est-elle biblique, c’est-à-dire est-ce que les auteurs du Nouveau Testament l’ont considérée comme normale, voire même nécessaire pour tous les chrétiens, l’ont-ils recommandée comme telle ?

Puisque dans le cas de l’expérience appelée « baptême du Saint-Esprit », le nom est tiré de l’Ecriture, et que la doctrine de l’expérience du baptême du Saint-Esprit s’appuie sur le Nouveau Testament, il nous faut donc examiner ce que la Bible dit de la question.14

13 Ce recours à la Bible, comme seule norme de toute expérience chrétienne, est généralement admis, en principe, par tous les défenseurs de l’expérience subséquente à la conversion et appelée « baptême du Saint-Esprit ». Dans la pratique, toutefois, on sent que ces auteurs ont conscience de la fragilité de leurs appuis scripturaires qui se limitent à quelques textes des Actes : c’est pour se conformer à une exigence chrétienne courante que l’on invoque ces textes. Sigfrid Beck, par exemple, dit : « Il suffirait de considérer les milliers de chrétiens qui ont été baptisés du Saint-Esprit dans les dernières décennies, pour nous dispenser de vérifier si cette promesse se trouve effectivement dans la Bible. Nous laisserons néanmoins le langage clair et sans équivoque de l’Ecriture nous parler sur ce point. » Suit la citation de la parole de Jean-Baptiste dans les quatre évangiles et la répétition de la promesse par Jésus (Ac. 1) ; puis l’auteur continue : « comment comprendre qu’on ait été chrétien pendant de nombreuses années, qu’on s’imagine connaître sa Bible à la faveur d’une lecture quotidienne, et qu’on n’ait pourtant jamais vu cette glorieuse promesse dans l’Ecriture ? Mais qu’on puisse avoir les yeux ouverts sur cette promesse de la Parole de Dieu, et qu’on cherche néanmoins à l’esquiver, voilà qui est encore plus incompréhensible. Telle une étoile lumineuse et éclatante, elle brille au ciel des promesses de Dieu… La question ne fait pas de doute, Nous nous trouvons à l’égard de cette promesse sur un fondement sûr, scripturaire, néo-testamentaire, évangélique et apostolique ». Le baptême du Saint-Esprit (7) pp. 10-12.

Affirmation et littérature n’égale pas preuve, hélas ! et il ne suffit pas d’avoir lu la promesse dans la Bible, pour être accusé de mauvaise foi si on ne la comprend pas dans le même sens que l’auteur.

Certains auteurs, comme Pearlman, reconnaissent la faiblesse des arguments scripturaires en faveur des deux expériences distinctes : « Nous admettons que ces deux opérations du Saint-Esprit ne sont pas différenciées dans l’Ecriture avec une précision mathématique, mais, continue-t-il, il y a des indications générales en faveur de cette distinction, et cette distinction a été confirmée par l’expérience de chrétiens spirituels dans beaucoup d’Eglises qui enseignent et témoignent que, complémentairement et subséquemment à la régénération spirituelle, il y a un baptême de puissance pour les chrétiens » The Heavenly Gift (139), p. 26. Même argument dans Williams, Systematic Theology I, p. 39.

La doctrine du « baptême du Saint-Esprit comme seconde expérience est donc basée autant — sinon davantage — sur une « théologie de l’expérience » que sur une théologie biblique. (Voir Nils Bloch-Hoell : The Pentecostal Movement (18), pp. 97-109.) Certains théologiens du mouvement charismatique le disent sans ambage : « Ceux qui demandent une norme de la vérité qui soit supérieure à l’expérience humaine demandent une idole » (Louis Dupré : The Other Dimension cité par H. Lindsell, Christianity Today 8.12.72, p. 10.) Et nous qui pensions que les idoles, c’était précisément tout ce qui est déifié en opposition avec le Dieu de Jésus-Christ révélé dans les Ecritures !

Il nous faut, cependant, ajouter immédiatement que si des chrétiens authentiques témoignent avoir fait une expérience qui a renouvelé leur vie spirituelle et leur témoignage, si depuis cette expérience ils ont un plus grand amour pour le Seigneur et sa Parole, une vie de prière plus fervente, une activité qui porte plus de fruits réels, nous ne pouvons pas non plus écarter leur témoignage du revers de la main. Peut-être leur vocabulaire est-il erroné, leur théologie déficiente, mais leur vie apporte-t-elle la preuve qu’ils ont effectivement été visités par l’Esprit de Dieu. Dans ce cas, leur expérience est une interpellation à laquelle nous n’avons pas le droit de nous soustraire et nous devrons nous demander si, abstraction faite du « baptême du Saint-Esprit », il n’y aurait pas, dans la Bible, certaines réalités auxquelles nous n’aurions pas été attentifs et qui correspondraient précisément aux aspects positifs de l’expérience de ces frères et sœurs.

C’est pourquoi nous ne nous contenterons pas, dans ce livre, d’examiner ce que la Bible enseigne sur le baptême du Saint-Esprit, mais nous explorerons aussi ce qu’elle dit de la plénitude de l’Esprit qui, dans le vocabulaire actuel, est souvent associée à la « seconde expérience », puis nous essaierons de voir à quoi, bibliquement vu, pourrait correspondre une telle expérience. Notre désir est que, d’une part, ceux qui ont fait certaines expériences les examinent d’un œil critique à la lumière de la Parole et que, non seulement ils renoncent à une terminologie non biblique qui les coupe des autres chrétiens évangéliques, mais qu’ils conforment toute leur vie et leur expérience à cette Parole et s’ouvrent ainsi à de nouvelles bénédictions que Dieu leur réserve. D’autre part, nous souhaitons que tous les chrétiens se mettent au bénéfice de la plénitude de vie dont le Seigneur veut combler tous ses enfants et que, s’il y a un renouvellement spirituel et un équipement pour le service prévu pour eux, ils ne s’en laissent pas priver parce que d’autres en parleraient d’une manière inadéquate ou l’associeraient à des réalités ou des expériences auxquelles la Bible n’associe pas nécessairement la vie remplie de l’Esprit après laquelle nous soupirons tous.

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