Depuis l’invention de l’imprimerie, la Bible est restée le best-seller mondial. Plus de 2 milliards de Bibles et Nouveaux Testaments en 1100 langues ont été répandus à travers le monde. La Société biblique à elle seule en diffuse 35 millions par an. Sa lecture semble donc répondre à un intérêt général et durable de l’homme, quelles que soient sa race, sa langue ou sa culture.
Chacun de nous aimerait connaître la Bible. N’est-ce pas le livre dans lequel Dieu nous expose sa pensée et son plan de salut pour les hommes ? Ne dit-on pas qu’il contient la réponse à tous nos problèmes, la clé du bonheur et d’une vie spirituelle intense ? N’est-il pas indispensable, également du point de vue littéraire et culturel, de se familiariser avec son contenu ? Pourtant, il faut l’avouer, bien peu de gens, même dans notre Occident « chrétien » où ce livre est accessible à tous, le connaissent vraiment bien. Même parmi les chrétiens « pratiquants », combien l’ont lu en entier ?
Pourquoi ? Beaucoup d’entre vous ont peut-être fait cette expérience : ayant pris, un jour, la résolution de lire leur Bible en entier, ils se sont attaqués courageusement à la tâche : la Genèse se lit facilement, puis vient le livre de l’Exode : tout va bien jusqu’au chapitre 20. Au chapitre 21 on tombe dans un code de lois dont la lecture devient fastidieuse, au chapitre 26 commence la description détaillée du Tabernacle : dimensions des tapis, des planches, du parvis, description des vêtements sacerdotaux, composition de l’huile sainte et du parfum… on commence à survoler le texte. Lévitique : rien que des lois sur les sacrifices, les animaux purs et impurs, les fêtes juives. Dans le livre des Nombres : des généalogies sans fin et toujours des lois cérémonielles avec quelques rares récits éparpillés. Deutéronome : toujours des lois. Découragé, on a mis sa Bible de côté : que nous importent ces réglementations du culte juif, ces prescriptions morales d’un petit peuple nomade, ces listes d’ancêtres inconnus ?
Peut-être a-t-on ouvert un peu plus loin : Josué, Juges, I Samuel… là une autre difficulté nous attend : que signifient ces guerres, ces ruses et ces mensonges de la part du « peuple élu » ? Passons encore plus loin : ouvrons les livres des Psaumes ou des Prophètes. Là surgissent des expressions difficiles, des images hermétiques pour nous, des pensées qui nous scandalisent (« Je les hais d’une parfaite haine… Détruis-les et qu’ils ne soient plus »).
Désormais on n’ouvre plus la Bible qu’au hasard, un peu comme on prend un billet de loterie : si on a de la chance, on trouvera une parole édifiante. Peut-être dans ces dispositions découvrira-t-on un jour un recueil de textes et de mots d’ordre ou un calendrier qui nous dispensera de cette recherche fastidieuse.
C’est ainsi que beaucoup de chrétiens ont renoncé pour de bon à leur intention de lire la Bible — se privant du même coup de la découverte des trésors que Dieu tient en réserve pour nous.
Avant de nous lancer dans la lecture de la Bible, il nous faut être bien conscients des difficultés de cette entreprise sur le plan spirituel comme sur le plan humain. La Bible n’est pas un livre quelconque : c’est le Livre dans lequel Dieu nous parle, par lequel il peut nous amener au salut et nous conduire à une vie conforme à son plan. Le lire, c’est donc contrecarrer le plan des forces hostiles à Dieu : celles-ci ne demeureront pas inactives, mais chercheront par tous les moyens à déranger notre lecture ou à nous empêcher de la faire. Quelqu’un disait : « si vous arrivez à lire votre Bible aussi tranquillement que votre journal, le diable n’existe pas ». Notre lecture de la Bible est donc, en premier lieu une lutte spirituelle. Le thème essentiel de la Bible constitue en lui-même une autre source de difficultés : on ne parle pas de Dieu et des réalités spirituelles comme d’un paysage ou d’un moteur. Le langage sera forcément figuré et approximatif, le style souvent abstrait.
Les difficultés d’ordre littéraire ne sont pas moindres : un livre écrit par une quarantaine d’auteurs et dont la rédaction s’échelonne sur plus de 16 siècles ne se lit pas comme l’œuvre d’un écrivain unique. Ajoutez à cela la diversité d’origine et de condition de ces auteurs (berger, rabbin, roi, pêcheur, médecin...) la variété des genres littéraires et le fait que les écrits les plus récents datent d’il y a près de 2000 ans ! Ne soyons donc pas étonnés si la lecture de la Bible exige de nous un certain effort.
Cet effort, nous le trouvons naturel et nous le consentons dans n’importe quel autre domaine : acquisition de connaissances, apprentissage d’un métier, entraînement sportif : pourquoi le refuserions-nous lorsqu’il s’agit des biens les plus précieux ?
L’expérience prouve que des gens simples peuvent, sans études spéciales, comprendre la Bible s’ils réalisent les conditions spirituelles et intellectuelles voulues et s’ils abordent sa lecture avec sagesse et méthode.
La première condition d’une lecture fructueuse de la Bible est le désir sincère d’entendre Dieu nous parler. Cette condition vaut aussi bien pour le croyant que pour celui qui est en chemin. L’apôtre Paul disait aux Grecs d’Athènes que Dieu « a voulu que les hommes cherchent le Seigneur et qu’ils s’efforcent de le trouver en tâtonnant, bien qu’il ne soit pas loin de chacun de nous » (Actes 17.27). Or, Jésus l’a promis : « Celui qui cherche trouve » (Mat. 7.8). Si nous abordons la lecture de la Bible sans connaître Dieu, éventuellement sans même être certains de son existence, prions simplement : « O Dieu si tu existes, révèle-toi à moi à travers les pages de ce livre que l’on appelle ta Parole ». Persévérons dans notre lecture jusqu’à ce que la promesse de Jésus se soit vérifiée dans notre vie.
Il est certain que la Bible aura une tout autre résonance lorsque nous aurons trouvé Dieu.
Si nous connaissons l’auteur d’un roman, son personnage principal ou celui qui l’a inspiré, nous le lirons avec un intérêt accru. Il en va de même des Écritures : si Dieu, l’auteur véritable de la Bible est devenu notre Père, si Jésus-Christ son personnage central est notre Sauveur et si le Saint-Esprit son inspirateur nous ont régénérés, ce ne sera pas difficile de nous intéresser à la lecture du livre saint. L’apôtre Jean énonçait déjà cette vérité : « Celui qui connaît Dieu nous écoute, celui qui n’est pas de Dieu ne nous écoute pas : c’est par là que nous connaissons l’esprit de la vérité et l’esprit de l’erreur » (Jean 4.6). L’apôtre Jacques nous indique une deuxième condition pour maintenir l’intérêt pour la Bible : « Mettez en pratique la parole, et ne vous bornez pas à l’écouter (à la lire) » (Jacq. 1.22, voir aussi Ps. 119.1-3, 8, 10, 11, 14, 17, 29 avec les v. 20, 131, 162, 174). Lorsque nous obéissons aux directives trouvées dans la Parole de Dieu, nous sommes bénis. Cette bénédiction nous encourage à chercher d’autres directives et à la suivre. Inversement, si nous n’avons pas envie de suivre le Bon Berger, nous ne cherchons pas non plus à entendre sa voix — comme si nous sommes brouillés avec un auteur nous n’ouvrons plus ses livres. La baisse de notre intérêt pour la lecture de la Bible est généralement l’indice d’un recul spirituel ou d’un interdit dans notre vie, « Ce livre te retiendra loin du péché ou le péché te retiendra loin de ce livre. »
Si donc nous éprouvons aucun désir de lire la Bible, demandons-nous :
Notre intérêt pour la Bible dépend en premier lieu de facteurs spirituels, mais cela ne veut pas dire que d’autres facteurs humains soient exclus. Nous savons que la maturation des raisins dépend en premier lieu de conditions qui échappent à l’homme : sol et soleil, air et pluie. Pourtant les fruits de la vigne parviennent à leur plein épanouissement grâce aux soins persévérants du viticulteur. « Tu visites la terre et tu lui donnes l’abondance… » dit le Psalmiste (Ps. 65.10). « Tu ouvres ta main et tu rassasies à souhait tout ce qui a vie » (Ps. 145.16). « Cependant il faut que le laboureur travaille avant de recueillir les fruits » (II Tim. 2.6). Il en est de même sur le plan spirituel : « Le fruit de l’Esprit c’est l’amour, la joie, la paix… » (Gal. 5.22). L’homme n’aurait donc qu’à attendre pour permettre à l’Esprit de faire mûrir ces fruits en lui ? Que dit l’Ecriture ? « Ayant purifié vos âmes en obéissant à la vérité pour avoir un amour fraternel sincère, aimez-vous ardemment les uns les autres, de tout votre cœur… » (1 Pierre 1.22). « Soyez toujours joyeux… réjouissez-vous… » (Phil. 3.1). « Soyez en paix entre vous » (1 Thess. 5.13). Vous remarquerez que ce sont des ordres. L’œuvre divine n’exclut pas l’effort de l’homme, au contraire, elle le rend possible et efficace (cf. II Pierre 1.3-7).
Notre intérêt pour la Parole de Dieu dépend aussi de notre volonté. Le Psalmiste compare cette Parole à un aliment (Ps. 119.131). L’apôtre Pierre, reprenant la même image nous dit : « Désirez comme des enfants nouveaux-nés le lait spirituel et pur, afin que par lui, vous croissiez pour le salut » (1 Pierre 2.2). Autrement dit, il s’adresse à notre volonté en nous disant : désirez lire la Bible.
Comment pouvons-nous stimuler ce désir ? Si nous sommes malades, nous ne nous contentons pas de constater notre manque d’appétit, nous essayons de stimuler celui-ci en variant le menu, en choisissant des mets faciles à digérer, en ajoutant quelques condiments ou en soignant la présentation des plats. Appliquons ces mêmes principes à la lecture de la Bible : ne nous cantonnons pas à nos pages préférées, cherchons à découvrir l’infinie variété de la Révélation, méditons les passages lus afin de pouvoir mieux les assimiler, sachons utiliser les livres de photos sur la Palestine, les revues d’archéologie biblique et les Bibles illustrées pour exciter notre appétit.
Beaucoup de personnes croient qu’en lisant la Bible, elles doivent débrancher leur intelligence et se laisser simplement imprégner par le texte et l’atmosphère biblique comme par une sorte d’osmose. L’Ecriture elle-même n’approuve pas une telle lecture mystique, au contraire, elle s’attend à ce que nous fassions bon usage des facultés intellectuelles que Dieu nous a données. Souvent Jésus s’adresse au bon sens de ses auditeurs pour résoudre une énigme qu’il leur propose (Marc 3.4 ; Luc 10.36-37 ; 14.25-33 ; 12.57 ; 18.7 ; 20.41). L’apôtre Paul de son côté fait appel à l’intelligence de ses lecteurs : « Je parle comme à des hommes intelligents, jugez vous-mêmes de ce que je vous dis » (I Cor. 10.15, cf. 11.13 ; 14.20).
Si nous voulons comprendre le message biblique, il ne nous faut pas craindre un effort intellectuel personnel. Il est vrai qu’un tel effort devient de plus en plus rare et difficile en notre temps où les mass-média nous pourvoient abondamment d’opinions « confection » qui nous dispensent de toute réflexion personnelle, Le danger est grand de nous contenter, en guise de méditation, d’un commentaire prédigéré et de remplacer le tête-à-tête entre la Bible et moi par la lecture d’une étude biblique ou l’audition d’un sermon. Seuls les disciples qui ont demandé au Maître l’explication des paraboles en ont pénétré le sens (Mat. 13) et l’Ecriture loue les chrétiens de Bérée qui vérifiaient personnellement dans leur Bible l’enseignement qui leur était donné (Actes 17.11-12).
Nous avons déjà signalé la méthode utilisée par beaucoup de chrétiens et qui consiste à ouvrir sa Bible au hasard dans l’espoir de trouver une parole édifiante. D’autres se contentent « d’extraits » choisis à doses homéopathiques. Lu ainsi, le roman le plus passionnant perdrait son attrait. N’oublions pas que la Bible est avant tout une histoire : l’histoire de l’accomplissement de notre salut. Lisons-la donc de manière suivie, nous comprendrons mieux l’enchaînement des faits et les relations lointaines de cause à effet.1 Avant d’approfondir l’étude d’un livre particulier, il serait bon de lire une fois la Bible entière : d’abord le Nouveau Testament, plus proche de nous que l’Ancien. Nous pourrons commencer par l’Evangile de Marc, le plus court et le plus simple des quatre, complété par celui de Luc. Ensuite nous lirons les Actes des Apôtres qui font suite à l’Evangile de Luc et les épîtres en commençant par les plus faciles : I et II Thess., Phil., Eph., Col. I et 11 Tim., Tite, Jacq., I et II Pierre, Jude, I, Il et III Jean, réservant pour la fin les « grandes épîtres » : Rom. I et II Cor. Gal., Héb.2
1 « Pour un débutant comme pour un habitué de longue date, la lecture cursive présente des avantages incontestables : elle permet de saisir l’ensemble d’un livre, le dynamisme du plan de Dieu, la vérité globale d’un personnage à travers sa vie. Lisez le livre de Job paragraphe par paragraphe : vous avez besoin d’un commentaire. Ces discours paraissent interminables. Lisez-le en une après-midi : tout s’anime. La souffrance de Job, la maladresse et l’esprit de jugement de ses amis, l’affrontement dramatique entre Job et son Dieu. » (H. Faesi : Dialogue avec Dieu (Ligue pour la lecture de la Bible, 1970) p. 14.
2 G. Borel-Girard (Plan de la lecture du Nouveau Testament) proposait un plan de lecture du Nouveau Testament en 5 cycles, regroupant les écrits apparentés par leur contenu en :
1. Cycle de Marc: Marc 1, II Pierre, Jude ;
2. Cycle de Matthieu : Mat., Jacq., Héb. ;
3. Cycle de Luc : Luc, Gal. Rom. ;
4.Cycle paulinien : Actes et les autres épitres de Paul ;
5.Cycle johannique : Jean, I, II, III Jean, Apoc.
L’avantage de ce regroupement est de faire alterner chaque fois un écrit narratif (évangile ou Actes) avec des écrits didactiques.
Après cette première prise de contact, nous pourrons aborder l’Ancien Testament qui se trouvera éclairé par le Nouveau. Les livres historiques peuvent aisément se lire par grandes tranches, les lois, les Psaumes et certains autres livres supportent plus difficilement la lecture suivie de plusieurs chapitres.
Si l’on veut gagner rapidement une vue d’ensemble de la révélation biblique, on peut réserver différents moments de la journée à cette lecture en tenant compte du caractère particulier de chaque genre biblique. On consacrera les grand moments de liberté à la lecture suivie des livres historiques (Gen., Ex. 1-20 ; Nomb. 9-36 ; Josué à Esther) ainsi que de certains livres poétiques (Job, Eccl., Cant.) et des prophètes. Les petits moments seront réservés à la lecture d’un chapitre de la loi (Ex. 21-40, Lév., Nomb. 1-8 ; Deut.), des Psaumes ou des Proverbes.
Après cette lecture on pourra relire le Nouveau Testament, y compris l’Apocalypse que l’on comprendra bien mieux après s’être quelque peu initié au langage prophétique.
Nos lectures suivies de l’Ecriture seront plus intéressantes si nous nous posons des questions précises. Nous pouvons par exemple l’interroger, livre après livre sur la prière ou la sanctification, les relations avec les autres. Nous pouvons aussi rechercher ce qu’elle nous dit de Dieu (ses attributs, ses dispositions à l’égard de nous…), de l’homme (comment Dieu le voit, ce qu’il attend de lui), sur le monde supra-terrestre (anges, démons, Satan, au-delà, avenir…).
Nous pouvons relever les grandes lois du gouvernement divin : comment Dieu dirige l’histoire, ce qui est important à ses yeux… Une autre fois nous noterons toutes les promesses : leurs conditions, les bénéficiaires, les applications. Nous verrons plus loin comment l’étude d’un thème ou d’un personnage peut rendre notre lecture de la Bible captivante.
Si vous demandiez à un banquier comment augmenter l’intérêt que sa banque nous paie, il vous répondrait : investissez davantage. Il en est de même de notre intérêt pour la lecture de la Bible : plus nous investirons de temps, de forces et même d’argent pour mieux la comprendre, plus nous retirerons d’intérêt pour elle, un intérêt croissant et durable dont les fruits dureront jusque dans la vie éternelle.