Moïse était mort. Pendant quarante ans, il avait conduit le peuple à travers le désert, matant ses révoltes. Dieu avait décidé que Josué lui succéderait et devrait conquérir le Pays. Dans les plaines de Moab, le peuple pleura la mort de Moïse pendant quarante jours (Deutéronome 34.5-7). A présent, c’est Josué qui reçoit les ordres de l’Eternel : « Mon serviteur Moïse est mort. Maintenant donc, dispose-toi à traverser le Jourdain avec tout ce peuple, pour entrer dans le pays que je donne aux Israélites. Comme je l’ai promis à Moïse, je vous donne tout endroit où vous poserez vos pieds. Votre territoire s’étendra du désert jusqu’aux montagnes du Liban et du grand fleuve, l’Euphrate, à travers tout le pays des Hittites jusqu’à la mer Méditerranée, à l’ouest » (Josué 1.2-4). Le territoire est immense, la tâche sera dure, car le pays est peuplé : les Cananéens, les Hittites, les Héviens, les Phéréziens, les Guirgasiens, les Amoréens et les Yébousiens y habitaient (3.10). Le don du pays était inconditionnel, mais son appropriation était conditionnée par l’obéissance du peuple : « Car si vraiment vous obéissez à tous ces commandements que je vous ordonne d’appliquer, en aimant l’Eternel votre Dieu, en suivant tous les chemins qu’il vous a prescrits et en vous attachant à lui, il dépossédera en votre faveur toutes ces nations, et vous prendrez possession du territoire de peuples plus grands et plus puissants que vous. Tout endroit sur lequel vous poserez le pied vous appartiendra, votre territoire s’étendra du désert jusqu’au Liban, et de l’Euphrate jusqu’à la mer Méditerranée. Personne ne pourra vous résister : comme il vous l’a dit, l’Eternel votre Dieu sèmera devant vous la terreur et la panique dans tout le territoire que vous traverserez » (Deutéronome 11.22-25).
L’Eternel mentionne dans son message à Josué « tout le pays des Hittites ». Ce peuple est mentionné une quarantaine de fois dans la Bible, mais jusqu’au 20e siècle, ni l’Histoire ni l’archéologie n’en portait une trace. Les théologiens critiques ont donc décrété que les auteurs bibliques avaient inventé son existence. Mais en 1906, le professeur Hugo Winckler de Berlin découvrit quelque 10000 tablettes d’argile à Bokhaz-Koe (dans la Turquie moderne), l’ancienne capitale des Hittites. Elles révélèrent que « non seulement les Hittites étaient un peuple important de l’ancien monde, mais qu’il avait étendu son empire très loin »1 de 1900 à 1200 av. J.-C., du sud de la mer Noire jusqu’à l’Euphrate.
1 Merril F. Unger Archaeology and the Old Testament Grand Rapids, Zondervan 1954 p. 92.
Josué pouvait se sentir découragé, mais Dieu lui promet : « Tant que tu vivras, personne ne pourra te résister, car je serai avec toi comme j’ai été avec Moïse, je ne te délaisserai pas et je ne t’abandonnerai pas. Prends courage et tiens bon, car c’est toi qui feras entrer ce peuple en possession du pays que j’ai promis par serment à leurs ancêtres de leur donner » (v. 5-6). Il lui promet 1° la victoire comme il l’avait promise à toute la nation dans Deutéronome 11.25 ; 2° sa présence continuelle. Il lui dit littéralement : « je ne te laisserai pas tomber ». Il sera avec lui comme il a été avec Moïse ; 3° le succès de la pénétration dans le pays : Josué fera entrer le peuple en possession du Pays promis.
« Canaan n’est pas le ciel tel que nous le trouvons par la mort corporelle, mais le ciel dans lequel se trouve l’ennemi, le ciel scène du combat actuel du chrétien » (H.R. Josué p. 6).
Josué se sent faible, mais son Dieu est fort et il lui donnera la victoire.
Comment vaincra-t-il ? La suite du message de l’Eternel le lui indique : « Simplement, prends courage et tiens bon pour veiller à obéir à toute la Loi que mon serviteur Moïse t’a prescrite, sans t’en écarter ni d’un côté ni de l’autre. Alors tu réussiras dans tout ce que tu entreprendras. Aie soin de répéter sans cesse les paroles de ce livre de la Loi, médite-les jour et nuit afin d’y obéir et d’appliquer tout ce qui y est écrit, car alors tu auras du succès dans tes entreprises, alors tu réussiras » (v. 7-8). Francis Schaefer dit : « Au moment où les Israélites se tenaient prêts à entrer dans le pays, Dieu insiste sur l’importance du livre. Josué aura des révélations spéciales de la part de Dieu, par l’intermédiaire du prêtre : ‘Il (Josué) se tiendra devant le prêtre Eléazar, et celui-ci me consultera pour lui par l’ourim. C’est d’après ce qu’il dira que Josué et toute la communauté des Israélites opéreront leurs mouvements militaires’ (Nombres 27.21). Nous ne savons pas exactement ce qu’était l’ourim ni la manière dont il fonctionnait ou comment Dieu s’en servait pour se révéler lui-même, mais nous savons que c’était l’une des manières par lesquelles Dieu faisait connaître sa volonté à son peuple par l’intermédiaire du prêtre. Bien que Josué allait être dirigé de cette façon par le Seigneur, cela ne devait pas le détourner du livre écrit qui restait la référence centrale. La Parole de Dieu écrite fixe les limites. En d’autres termes, Josué fonctionnait déjà comme les chrétiens qui ont foi dans la Bible. Parfois, Dieu dirige d’une autre manière, mais c’est toujours à l’intérieur du cadre fixé par ses commandements transcrits dans l’Ecriture. Même si une personne possédait un ourim et un thoummim comme les prêtres pour le guider, cela ne changerait pas l’autorité de base qui devrait rester la sienne. La direction fondamentale devrait venir de la révélation écrite de Dieu, c.-à-d. de la Bible.
« Le Seigneur a mis l’accent sur trois choses. Premièrement, la Loi ne devait pas s’écarter de la bouche de Josué ; il devait la proclamer. Deuxièmement, il devait la méditer jour et nuit. Méditer est une activité cognitive qui a lieu dans le domaine de la raison. La Loi de Dieu n’est pas quelque chose qui doit être reproduit mécaniquement ou sans penser au contenu. ‘Aie soin de répéter sans cesse les paroles de ce livre de la Loi, médite-les jour et nuit afin d’y obéir et d’appliquer tout ce qui y est écrit, car alors tu auras du succès dans tes entreprises, alors tu réussiras’ (1.8). Il faut, outre l’énergie divine, un soin diligent à s’approprier les pensées de Dieu. Médite-le afin de lui obéir » (H.R. Josué p. 9).
Troisièmement, « il devait appliquer les commandements à son temps et aux circonstances de son époque. ‘Parles-en, penses-y et agis d’après elle !’ L’enseignement de Jésus mettait l’accent sur les même choses : ‘Telles sont mes paroles. Mettez-les en pratique !’ » (J.L. Jensen Joshua… p. 30-31).
Toute sa vie, Josué a obéi et lorsqu’il fut sur le point de mourir, il transmit au peuple la directive suivante : « Appliquez-vous donc de toutes vos forces à obéir à tout ce qui est écrit dans le livre de la Loi de Moïse et à l’appliquer, sans vous en écarter ni d’un côté ni de l’autre » (Josué 23.6).
Le livre assurait la pérennité de l’autorité de Moïse au travers des temps. Dans les problèmes pratiques de la vie, le peuple avait une norme objective pour guider son jugement.
Josué 24.26 nous montrera que Josué a poursuivi la rédaction du livre de la Loi : « Josué consigna ces choses par écrit dans le livre de la Loi de Dieu ». Son écrit avait donc la même autorité que « la Loi de Dieu ». Ce mot d’ordre est encore pour nous la clé de la victoire. Il s’agit, non seulement de lire la Bible, mais de la méditer. Quelle est la différence ? Quand on lit le journal, on prend connaissance des informations qui y sont contenues, quand on lit un roman, on suit l’histoire racontée. On peut lire la Bible de ces deux manières : y glaner des informations, confier à sa mémoire l’histoire du peuple d’Israël, les miracles de Jésus-Christ, connaître son enseignement et celui des apôtres. Tout cela ne change pas encore notre vie. La méditation de la Parole de Dieu fait le lien entre ce qu’ont vécu les personnages bibliques et nous-mêmes, elle applique les promesses et les commandements aux circonstances de notre vie en les contextualisant. Méditer, c’est réfléchir, pénétrer dans la signification actuelle de ce que l’on lit. Dieu demande de méditer les paroles du Livre « jour et nuit » (v. 8), cela veut dire que notre esprit doit être imprégné des pensées et des principes de la loi biblique, de sorte que devant chaque décision nous nous reportons à un précédent dans lequel Dieu a clairement montré la voie à suivre ou à un commandement (positif ou négatif) qui s’applique à notre cas. L’habitude d’une lecture méditative de la Parole de Dieu sature notre esprit des normes divines, de sorte que devant un choix, nous n’avons pas besoin de réfléchir longuement à la volonté de Dieu. Cette norme imprègne à tel point notre esprit que même dans nos rêves (éveillés ou nocturnes : jour et nuit), nous discernons d’emblée le chemin tracé par la Parole de Dieu.