Marie dans l’Évangile et dans l’Histoire

« Rien n’est impossible à Dieu »

Cette parole de l’ange rappelle celle que l’Eternel a adressée à Abraham après lui avoir annoncé que l’an suivant, Sara aurait un fils : « Y a-t-il quoi que ce soit de trop extraordinaire pour l’Eternel ?» (Genèse 18.14). D’ailleurs Marie, dans son cantique, évoquera la miséricorde de Dieu en faveur d’Abraham (Luc 1.55).

« Marie et Sara lors de la visite des trois anges : l’une et l’autre se trouvent devant une situation analogue : l’annonce d’une naissance d’un enfant alors qu’il y a impossibilité que cela se réalise : pour Sara à cause de sa vieillesse, pour Marie à cause de sa jeunesse et de sa virginité. A chacune d’elles il est rappelé que ‘rien n’est impossible à Dieu’. Mais tandis que Sara a un rire d’incrédulité, Marie a une parole de foi et d’obéissance » (Ph. Decorvet Marie… p. 23).

Maintenant, les choses sont claires : Marie sera enceinte avant d’être mariée. Elle aura un enfant qui sera considéré par tout le monde comme étant né « hors mariage ». Comment réagira son fiancé ? Que diront ses parents ? Ses amies et ses amis, et les voisins de Nazareth ? Marie connaît la loi de Dieu : une fiancée enceinte par quelqu’un d’autre que son fiancé est lapidée (Deutéronome 22.20-21). Qui la croira si elle dit qu’elle est enceinte par l’Esprit Saint ? Si la loi est appliquée, elle mourra dans la honte. Dire oui à l’ange, c’est renoncer à sa réputation de fille pieuse et pure, perdre l’estime de ses frères et la confiance de ses amis.

Toutes ces considérations légitimes sont balayées par sa foi : « Alors Marie répondit : Je suis la servante du Seigneur. Que tout ce que tu nias dit s’accomplisse pour moi ». Cette réponse implique : J’accepte toutes les conséquences de cet état de fait. Puisque cela vient du Seigneur, il s’en occupera. La foi de Marie lui a permis d’accepter tous les risques de cette aventure. Effectivement, pour les gens de Nazareth, Jésus sera toujours « comme on le pensait, le fils de Joseph » (Luc 3.23).

« Dans ces paroles, Marie révèle toute son âme. Ni écrasée, ni exaltée par sa mission surhumaine, elle s’incline simplement et adore. Sans réserve, elle se soumet à la volonté de son Dieu, croyant que ce qu’il a promis, il est puissant pour l’accomplir. Déjà, elle ne s’appartient plus » (G. Racine Les leçons de Marie p. 36).

« Nous ne comprenons la toute-puissance de Dieu que si nous faisons ce que fit Marie : si nous cédons, si nous capitulons, si nous sommes d’accord : ‘Qu’il me soit fait selon ta parole !’ Alors, on reconnaît que ce que Dieu dit, il l’exécute aussi. C’est ainsi que Marie rentre tout simplement dans l’histoire générale de l’Avent. Elle est l’image du croyant qui reconnaît la fidélité de Dieu » (Karl Barth « Etudes bibliques sur Luc 1 » Foi et vie août 1936).

« Avez-vous songé à ce qui serait arrivé si Marie avait refusé ? L’ange Gabriel fut envoyé non seulement pour lui annoncer la bonne nouvelle, mais aussi pour obtenir son consentement ».2

2 Catherine Booth-Clibborn : Marie, la mère de notre Seigneur p. 11.

« Il y a plusieurs sortes d’héroïsmes féminins ; celui de Marie les surpasse tous. Elle offre à Dieu en sacrifice ce qui est plus cher à la jeune fille que la vie, son honneur. Nous voyons ici quels fruits avaient produits chez les vrais Israélites le long travail de l’Esprit divin au cours de l’ancienne alliance. Le mot voici n’exprime pas dans cette parole la surprise ; c’est l’offrande de tout son être, comme lorsque Abraham répond à Dieu, au moment du plus grand des sacrifices : ‘Me voici’ (Genèse 22.1) » (F. Godet Luc I p. 128).

« La foi de Marie est d’abord un acte d’offrande : ‘Me voici !’… La foi de Marie est ensuite un acte d’obéissance : ‘Je suis la servante du Seigneur’. Marie entre dans le plan de Dieu, elle accepte la redoutable vocation de Fille de Sion, la fonction bouleversante de Mère du Messie. Elle n’accueille pas cette vocation comme une gloire pour elle, mais comme un service de Dieu. Avec ce service, elle accepte aussi l’abjection d’une situation anormale : être une mère vierge, la critique possible de son entourage, le mépris certain de Joseph, son fiancé. Tout cela est mesuré, accepté, accueilli dans l’obéissance du service de Dieu. La Servante du Seigneur ne discute pas, elle s’en remet à son Maître. La foi de Marie est enfin un acte de confiance : ‘Qu’il m’advienne selon ta parole !’ » (M. Thurian Marie… p. 88-89).

Comment réagira Joseph ? « Joseph, son futur mari, était un homme bon et droit. Il ne voulait pas la livrer au déshonneur. C’est pourquoi il se proposa de rompre ses fiançailles sans en ébruiter la raison » (Matthieu 1.19). Mais cette raison, tout le monde la connaîtra lorsque l’on verra Marie d’ici quelque temps, et si les robes amples de l’époque pouvaient cacher sa grossesse, on saura qu’elle a donné naissance à un fils sans être ni fiancée, ni mariée.

Encore une fois, Dieu intervient : « Joseph réfléchissait à ce projet quand un ange du Seigneur lui apparut en rêve et lui dit : Joseph, descendant de David, ne crains pas de prendre Marie pour femme, car l’enfant quelle porte vient de l’Esprit Saint. Elle donnera naissance à un fils, tu l’appelleras Jésus. C’est lui, en effet, qui sauvera son peuple de ses péchés. Tout cela arriva pour que s’accomplisse cette parole du Seigneur transmise par le prophète : Voici, la jeune fille vierge sera enceinte. Et elle enfantera un fils que l’on appellera Emmanuel, ce qui veut dire : Dieu est avec nous ». Joseph agit aussi selon la foi : « A son réveil, Joseph fit ce que l’ange du Seigneur lui avait commandé : il prit sa fiancée pour femme. Mais il n’eut pas de relations conjugales avec elle avant qu’elle ait mis au monde un fils, auquel il donna le nom de Jésus » (Matthieu 1.20-25).

Joseph nous donne aussi un exemple admirable : ce que l’ange lui annonce est si incroyable et sans précédent dans l’Histoire, qu’il lui a certainement fallu une foi égale à celle de Marie pour agir comme il l’a fait. Il est, de plus, un modèle pour tous les jeunes fiancés impatients de goûter à tous les privilèges réservés au mariage ; en effet, tout en étant marié, Joseph a attendu la naissance de Jésus pour avoir des relations conjugales avec son épouse.

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