Ministères dans l’Église

CHAPITRE II

LA VISION DU CORPS

A. Le Corps de Christ dans le Nouveau Testament

Chaque fois que l’apôtre Paul parle des dons pour le service, il évoque en même temps l’image du corps. C’est donc dans cette perspective des fonctions dans le Corps de Christ qu’il faut examiner toute la question des divers services ou ministères dans l’Eglise.

L’expression « Corps de Christ » est devenue si courante qu’elle n’évoque même plus l’image, pourtant si riche, qui lui sert de support. Nous devrons donc faire un effort pour concrétiser les leçons que le corps humain nous donne au sujet de l’exercice des dons dans l’Eglise.

Paul a élaboré peu à peu cette métaphore, recevant toujours de nouvel les lumières sur les applications possibles. Elle apparaît d’abord dans 1 Corinthiens 10.16s où l’apôtre dit que ceux qui bénéficient de la mort de Christ pour leur salut forment maintenant un seul corps. Dans 1 Corinthiens 12.12-27, il évoque différents membres ou organes de ce corps (le mot mélos a les deux sens, organe convient mieux à certaines parties du corps comme l’œil ou l’oreille). Il en déduit la diversité de fonctions et la solidarité de destinée des membres du Corps de Christ. Dans Romains 12.4-8, il rappelle que nous formons un seul corps en Christ et que nous sommes membres les uns des autres : que chacun exerce donc son don particulier pour le bien de tous.

Dans les épîtres de la captivité, l’image du corps s’élargit aux dimensions de l’Eglise universelle pour laquelle Paul endure des souffrances afin de la faire croître (Colossiens 1.24). Christ en est la tête (1.18), il est aussi la source de sa croissance (2.19).

C’est dans l’épître aux Ephésiens que l’image atteint son plein développement : Christ, tête de l’Eglise « remplit » tout son Corps comme il est lui-même rempli de Dieu (1.22ss) ; quand des Juifs et des non-Juifs se convertissent ils forment ensemble une nouvelle unité dans le Corps (2.16) ; ses membres dépendent de la tête et les uns des autres pour leur croissance et pour celle de l’ensemble du Corps (4.12-16).

Qu’est-ce que cette image du corps peut nous apprendre au sujet du ministère, de la manière de le concevoir, de recruter des collaborateurs, d’exercer les différentes fonctions ?

La plupart des erreurs qui ont obscurci le plan de Dieu au sujet de l’Eglise proviennent de l’oubli de cette image et des leçons qu’elle nous suggère. Voici quelques applications que nous pouvons tirer de la vision du Corps au sujet de l’exercice des ministères dans l’Eglise1 :

1 Voir d’autres leçons dans A.K., 67, p. 91-96.

  1. la pluralité des fonctions dans le Corps de Christ,
  2. leur diversité,
  3. leur complémentarité,
  4. la souveraineté de Dieu dans leur attribution,
  5. leur unité,
  6. leur interdépendance,
  7. l’importance des échanges entre les divers organes.

1. Pluralité des fonctions

La première chose que l’apôtre relève dans l’image du corps c’est la pluralité des membres ou organes : « Le corps… a plusieurs (ou de nombreux) membres (organes)… Le corps n’est pas un seul membre, mais il est formé de plusieurs membres… » (1 Corinthiens 12.12, 14). « Nous avons plusieurs membres dans un seul corps… nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps » (Romains 12.4-5).

Cette pluralité des organes et des fonctions dans le Corps de Christ est la caractéristique de la société nouvelle créée par Jésus-Christ ; c’est par elle qu’elle se distinguait des sociétés humaines ordinaires. C’est elle qui s’est perdue la première. Comme nous le verrons, Christ n’a pas mis à la tête de chaque communauté locale un chef unique, mais un groupe d’hommes collectivement responsables.

Notre corps vit grâce à de nombreux organes dont chacun accomplit la fonction qui lui est assignée. Certains organes (comme le foie) peuvent cumuler plusieurs fonctions et reprendre même partiellement celles d’un organe défaillant (l’épuration du sang) mais

  1. seulement en partie et temporairement,
  2. souvent aux dépens de leur fonction et de leur santé,
  3. cette loi n’est pas valable pour les organes principaux (cœur, poumons, cerveau…),
  4. aucun organe ne serait capable d’assurer les fonctions de tous les autres.

L’image du corps plaide donc très fortement en faveur de la pluralité des ministères principaux et d’une grande multiplicité de fonctions et de services dans l’Eglise. Elle ne correspond pas à la formule habituelle où un seul homme assume la plupart des tâches dans l’Eglise.

2. Diversité

Avec la pluralité, l’apôtre souligne la diversité des fonctions de ces différents organes : « tous les membres n’ont pas la même fonction… nous avons des dons différents » (Romains 12.4, 6). « Il y a diversité de dons… diversité de ministères… diversité d’opérations » (1 Corinthiens 12.4-6).

La vie et la santé de notre corps dépendent du bon fonctionnement de nombreux organes différents. Quelle diversité parmi eux ! « Tout ce que notre grand Dieu a créé est caractérisé par une diversité infiniment riche, dit le Dr. Lechler : pas un arbre, pas une feuille identique à l’autre, pas un animal rigoureusement pareil à un autre, pas deux vissges, pas deux corps humains, pas deux personnalités qui soient les mêmes. ;»

Dans notre corps nous avons des organes visibles et des invisibles, certains (le cœur et les poumons) travaillent constamment ; d’autres (les yeux, les oreilles, la bouche...) fonctionnent seulement à l’état de veille, d’autres même n’interviennent que par intermittence : quand il fait trop chaud ou trop froid, ou pendant la croissance…

Certains organes sont connus de tout le monde et entourés d’honneurs, car on sait à quel point ils sont utiles. Il en est d’autres dont on apprend le nom seulement le jour où ils tombent malades. Si nous sommes en bonne santé, avons-nous jamais eu une pensée de reconnaissance pour notre thymus ou nos capsules surrénales ? Si ces organes étaient aussi susceptibles et aussi sensibles à l’ingratitude que nous le sommes parfois dans l’Eglise, nous aurions depuis longtemps fait leur connaissance.

Certains organes ont un rôle constructif : ils contribuent à l’« édification » du corps (comme les organes du système digestif), à son confort (régulation thermique) ou à son plaisir (certains organes des sens). D’autres ont un rôle purificateur ou préventif : ils éliminent les toxines, les déchets, s’opposent à l’invasion des microbes, détruisent les germes de maladies. Le foie cumule plusieurs fonctions, d’autres organes n’en assument qu’une seule et quelques-uns n’accomplissent la leur que durant peu de temps au cours d’une vie. Pourtant, tous sont également nécessaires au maintien de la santé. « Dieu a placé chaque organe dans le corps comme il a voulu » afin qu’il y accomplisse la tâche pour laquelle il a été créé.

Quelle diversité aussi dans le Corps de Christ ! Il y a des ministères visibles et d’autres que Dieu seul connaît, des services constants et d’autres intermittents, des fonctions connues et honorées de tous et combien d’autres, ignorées de la plupart, mais tout aussi indispensables à la vie normale du Corps.

Ma part sera d’accepter positivement cette diversité de dons et de ministères, de contribuer à l’œuvre commune avec ce que le Seigneur m’a accordé — tout en valorisant les talents et les fonctions des autres membres du Corps.

Tous les organes ont une contribution utile à apporter à la vie de notre corps. Dans 1 Corinthiens 12.14-18, l’apôtre prend à partie des membres qui doutent de l’utilité de leur contribution dans l’Eglise, ceux qui, comme le pied disent : « parce que je ne suis pas une main, je ne suis pas du corps » ou comme l’oreille : « parce que je ne suis pas un œil, je ne suis pas du corps. » C’est peut-être la réaction la plus fréquente dans nos communautés : « Je n’ai aucun don, je n’apporte rien à l’Eglise qui fonctionne bien sans moi. Si je pouvais prêcher comme tel frère, prier comme tel autre, faire des études bibliques… oui, mais maintenant ma vie est inutile. » L’apôtre répond à cet argument par la vision du corps dans lequel nous avons été intégrés par notre baptême du Saint-Esprit.

Or, dans un corps, il n’existe pas d’organe inutile. Beaucoup de ceux que la médecine a considérés longtemps comme des éléments sans utilité ont été reconnus plus tard comme indispensables au maintien de la santé. Dans une Eglise conforme au plan de Dieu, chaque membre contribue à la vie commune puisqu’«d chacun la manifestation de l’Esprit est donnée pour l’utilité commune » (1 Corinthiens 12.7).

Certains membres se plaignent de n’avoir reçu aucun don. Ne serait-ce pas parce qu’ils sont insatisfaits de leur don et qu’ils envient celui d’un autre ? « Si nous avons reconnu la vérité du Corps, dit W. Nee, nous serons heureux d’y avoir la plus petite part. Refuser une fonction parce que nous n’avons qu’un talent peut révéler en nous des désirs et des ambitions contraires à la volonté de Dieu ou, ce qui est pire, notre insatisfaction concernant cette volonté. S’il plaît à Dieu de faire de moi le membre le plus important, loué soit-il ! Si, au contraire, il a choisi de faire de moi le membre le moins important, loué soit-il tout autant ! Suis-je une main ou un pied ? Eh bien, je veux, avec joie, être juste cela. Je suis parfaitement satisfait de son choix et prêt à accomplir ma fonction dans la sphère qu’il m’a assignée. Et si j’accepte son don et que je l’utilise, un talent peut en donner deux, et très rapidement il y en aura cinq ou même dix. »

Etre juste ce que Dieu a décidé pour nous, accomplir sa tâche avec les forces et les dons que le Seigneur nous a accordés, n’est-ce pas le secret du bonheur et d’un service efficace dans le Corps ? Car si, sous prétexte que je ne suis pas utile, je n’accomplis pas ma tâche, un autre membre devra l’accomplir à ma place — en plus de la sienne. Le fait de « dire » que je ne suis pas du corps ne m’en arrache pas : «Si le pied disait : parce que je ne suis pas une main, je ne suis pas du corps — ne serait-il pas du corps pour cela ? »

Et si je suis dans le corps, je bénéficie de la vie du corps — sans forcément y contribuer. Si mes reins n’accomplissent plus leur travail, le foie peut dans une certaine mesure y suppléer, mais aux dépens de sa santé. La main peut, jusqu’à un certain point, faire le travail de l’œil : reconnaître la forme des objets, lire… mais l’œil le fait tellement mieux et plus vite, et pendant ce temps, la main n’accomplira pas sa tâche spécifique que l’oeil est incapable de faire à sa place. Si un autre membre est obligé de faire mon travail en plus du sien, ou bien il accomplira mal tous les deux, ou il sera surmené par ma faute. Si Dieu m’a donné les dons et les qualifications d’une main, pourquoi convoiterais-je la place de l’œil ou de la bouche ? La main n’a-t-elle pas une fonction tout aussi importante ? Et si Dieu a fait de moi une alvéole pulmonaire ou une cellule du cervelet, vais-je négliger ma tâche en me disant que d’autres aussi peuvent prier (on a dit que la prière était la respiration de l’âme, ou d’une Eglise) ou contribuer à l’équilibre de l’assemblée ?

Le Maître se rappelle fort bien quels talents il a confiés à chacun de ses serviteurs, et un jour il leur demandera compte de l’emploi qu’ils en ont fait. Alors toutes les excuses vaines et tous les arguments inspirés par une fausse humilité s’effriteront, et nous aurons à répondre de l’utilisation effective des talents mis à notre disposition. Dire qu’on n’a pas de don, ou se plaindre de celui qu’on a reçu, provient d’ailleurs souvent d’une fausse conception du service, d’une compréhension insuffisante de la vie du Corps. Dans le corps, chaque organe, chaque membre collabore au travail de l’un d’entre eux.

3. Complémentarité

Dans le corps, tous les organes sont utiles, mais aucun d’eux ne peut tout faire seul. La vision du corps est aussi la réponse de Dieu à ceux qui se jugent si importants qu’ils pensent pouvoir se passer de la collboration des autres. « L’œil ne peut pas dire à la main : je n’ai pas besoin de toi, ni la tête dire aux pieds : je n’ai pas besoin de vous. Mais bien plutôt les membres du corps qui paraissent les plus faibles sont nécessaires » (1 Corinthiens 12.21-22). « Les parties du corps que nous tenons pour insignifiantes, celles qui sont fragiles et cachées, sont particulièrement essentielles à notre santé » (P. V.).

Au moment de la prédication, un seul membre paraît actif, mais combien d’autres ont prié pour lui pour que Dieu lui inspire le bon message et lui donne les paroles appropriées pour le dire ? Combien de membres ont collaboré à l’équipement, l’ornement, au chauffage, au nettoyage, à l’achat ou à la location du lieu de réunion ? A quoi servirait son message si différents frères et sœurs n’avaient pas invité des auditeurs du dehors, accueilli les visiteurs avec amour, ne priaient pas pour lui en ce moment même pour que Dieu le protège de l’ennemi et donne à ses paroles la puissance persuasive que l’Esprit seul peut leur conférer ?

Une telle vision « corporative » du travail spirituel nous garde à la fois des sentiments de frustration et de l’orgueil. En accomplissant l’une de ces tâches « annexes », je collabore à l’œuvre de la prédication — comme ce tailleur de pierre qui répondit à celui qui lui demandait ce qu’il faisait : « Je construis une cathédrale. » D’autre part, si le Seigneur m’a confié un ministère visible, je me souviendrai de tous mes co-équipiers qui collaborent à ma tâche et sans lesquels mon ministère n’aurait aucune chance de porter des fruits spirituels.

Ce n’est pas par hasard que l’apôtre parle, dans ce contexte, du baptême du Saint-Esprit (1 Corinthiens 12.13). Une attitude juste envers les autres n’est possible que si mon vieil homme ambitieux et imbu de lui-même a été noyé. « Celui qui croit pouvoir tout faire ne sert plus, il domine » (D. Schneider, B. B. W., p. 72).

Un verset de ce chapitre ne semble pas avoir été suffisamment remarqué : « Dieu a disposé le corps de manière à donner plus d’honneur à ce qui en manquait afin qu’il n’y ait pas de division dans le corps » (v. 24). L’apôtre déduit ce principe du fait que « les membres que nous estimons les plus honorables (décents) du corps, nous les entourons d’un plus grand honneur. Ainsi nos membres les moins honnêtes, reçoivent le plus d’honneur, tandis que ceux qui sont honnêtes n’en ont pas besoin» (v. 23). F. Godet disait qu’on pourrait paraphraser ainsi ce verset : « Au frère servant dans l’agape, la meilleure portion ! Au frère balayeur, la place la plus honorable à côté du président ! Quant aux fonctions qui, par elles-mêmes, honorent ceux qui les remplissent, il n’y a rien à ajouter à cet honneur intrinsèque. » (Commentaire sur I Cor., Neuchâtel, 1965, p. 235).

Lorsque les fondements de la foi ne sont pas en cause, les divisions dans les Eglises ont le plus souvent un arrière-plan personnel, et la négligence du conseil donné dans 1 Corinthiens 12.24 est à l’origine de beaucoup de crises.

4. Unité

La contre-partie que l’apôtre oppose à la pluralité et la diversité est l’unité ; les deux ensemble caractérisent la vie du corps : « Nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps » (1 Corinthiens 10.17), « le corps est un… tous les membres du corps, malgré leur nombre ne forment qu’un seul corps, nous avons tous, en effet, été baptisés pour former un seul corps » (12.12-13), « qu’il n’y ait pas de division dans le corps » (v. 25, cf. Romains 12.5 ; Colossiens 3.15). C’est la pensée que l’apôtre avait déjà soulignée au début de la lettre aux Corinthiens en parlant du ministère : les différents serviteurs constituent une unité : « Celui qui plante et celui qui arrose ne font qu’un » (1 Corinthiens 3.8) à cause de leur unité avec Dieu (v. 9), parce qu’ils sont serviteurs de Christ (4.1) et parce qu’ils dépendent de lui pour la croissance de leur œuvre (3.7).

A Corinthe, l’unité de la communauté était compromise parce que les différents serviteurs étaient vus comme des maîtres à penser rivaux, comme ces philosophes et ces rhéteurs qui, dans le monde grec, regroupaient un cercle de disciples autour d’eux. Ainsi on se proclamait « de Paul, d’Apollos, de Céphas, de Christ » (1 Corinthiens 1.12). Paul s’efforce donc de montrer qu’ils sont tous « un » parce qu’ils ont un même Maître (3.5, 8-10), un même but (3.8), la même source de leur force (3.7), le même champ de travail (3.9b) ; bien que leurs tâches et leurs dons soient différents (3.6), ils sont tous au service de Dieu (3.9 ; 4.1) et, en même temps, des chrétiens (3.5, 21-22).

L’esprit qui animait les Corinthiens a souvent divisé l’Eglise. Parfois ce fut par la faute des disciples, comme à Corinthe, parfois aussi par celle des apôtres, prophètes, docteurs, évangélistes, pasteurs eux-mêmes qui avaient oublié leur qualification première : serviteurs de Dieu, des autres, d’une œuvre commune.

La gloire de Dieu dans l’Eglise constitue le but vers lequel convergent tous les ministères et l’exercice de tous les dons. Si ce but unique est perdu de vue, l’Eglise devient le lieu où chacun exerce ses dons pour son épanouissement personnel ou pour la satisfaction de ses ambitions (succès, promotion, rôle, domination).

La vision du Corps oriente mes pensées dans un tout autre sens : Je suis un membre du Corps ; j’ai, par conséquent, une fonction à y remplir « pour l’utilité commune » (1 Corinthiens 12.7) : donc que je prêche ou que je fasse les comptes, peu importe, pourvu que cela contribue à « l’utilité » (pros to sympherôn : à la « symphonie » où la petite flûte a un rôle tout aussi important que la contrebasse), à l’unité du Corps et à la gloire de Dieu.

5. Interdépendance

a) Dans la souffrance et dans les honneurs

« Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui ; si un membre est honoré, tous les membres se réjouissent avec lui » (1 Corinthiens 12.26).

Ce verset applique au Corps de Christ une loi que nous avons maintes fois vérifiée dans notre corps: il suffit d’une épine dans le petit orteil pour gâcher le plaisir d’une promenade, de la maladie d’un organe caché pour compromettre notre santé.

Souffrir avec quelqu’un c’est accueillir sa souffrance, la faire sienne, la porter dans le silence et la prière, mais c’est aussi endosser les conséquences pratiques de cette « sym-pathie », c’est-à-dire aider de son temps, de son argent, celui qui passe par l’épreuve. C’est en constatant cette réalité du Corps vécue parmi eux que les païens s’écriaient : « Voyez comme ils s’aiment. » Cette loi se vérifie aussi dans l’exercice des différents ministères : si l’un des organes accomplit mal son office — ou ne l’accomplit pas — toute l’Eglise en souffre.

Le deuxième aspect de cette interdépendance n’est pas moins important : « Si un membre est honoré, tous les membres se réjouissent avec lui. » Dans le Corps de Christ, chaque membre sait que si l’un d’eux est honoré, c’est à la collaboration de tous qu’il le doit. Ils peuvent donc très sincèrement se réjouir avec lui et prendre comme leur honneur à tous, celui qui lui échoit — comme lorsque pour la première fois des hommes ont débarqué sur la lune, tous ceux qui avaient contribué à la réalisation de cet exploit ont pu, à juste titre, se sentir impliqués dans l’honneur qui revenait aux pionniers de l’espace.

b) L’Eglise : une entité !

La perspective néo-testamentaire de l’interdépendance des membres du Corps apparaît nettement lorsqu’il est question de reproches ou d’éloges adressés à l’Eglise entière.

Dieu semble considérer l’Eglise comme une entité. Il s’adresse à chacune d’elles comme à une personne : « A l’Eglise de Dieu qui est à Corinthe… à l’Eglise des Thessaloniciens… » Cela est particulièrement frappant dans l’Apocalypse où il adresse à tous les membres collectivements des éloges et des reproches : « Je connais tes œuvres, ton travail et ta persévérance… mais ce que j’ai contre toi, c’est que tu as abandonné ton premier amour. Souviens-<toi donc d’où tu es tombé, repens-toi et pratique tes premières œuvres… Sois fidèle jusqu’à la mort et je te donnerai la couronne de vie… » (Apocalypse 2.2, 4, 10).

Même si l’on voit dans les anges auxquels ces lettres sont adressées des représentants — humains ou angéliques — de ces Eglises, il est clair que le message vise l’Eglise entière. Cela ressort très nettement de ce passage à l’Eglise de Smyrne : « Ne crains pas ce que tu vas souffrir. Voici le diable jettera quelques-uns de vous en prison afin que vous soyez éprouvés et vous aurez une tribulation de dix jours. Sois fidèle jusqu’à la mort et je te donnerai la couronne de vie… » (Apocalypse 2.10). L’alternance du singulier et du pluriel montre que Dieu s’adresse à un singulier collectif.

Le Seigneur semble indiquer que des collectivités seront jugées comme telles : « Malheur à toi, Chorazin ! malheur à toi, Bethsaïda ! car, si les miracles qui ont été faits au milieu de vous avaient été faits dans Tyr et dans Sidon, il y a longtemps qu’elles se seraient repenties, en prenant le sac et la cendre. C’est pourquoi je vous le dis : au jour du jugement, Tyr et Sidon seront traitées moins rigoureusement que vous. Et toi, Capernaüm, seras-tu élevée jusqu’au ciel ? Non. Tu seras abaissée jusqu’au séjour des morts… au jour du jugement, le pays de Sodome sera traité moins rigoureusement que toi » (Matthieu 11.21-24).

Comme il y a des responsabilités collectives pour le refus de l’Evangile (Matthieu 10.12-14 ; 11.21-24), il y en a aussi pour sa mise en pratique, et si « le jugement va commencer par la maison de Dieu » (1 Pierre 4.17), on peut fort bien penser que ce jugement sera, dans une certaine mesure, collectif et que c’est l’œuvre totale de l’assemblée qui sera examinée, le fruit qu’elle aura porté en commun qui sera pris en compte.

En effet, s’il y a eu des âmes sauvées, des vies sanctifiées, un témoignage apporté au monde, une connaissance de Dieu répandue comme un parfum autour de l’Eglise, des louanges qui sont montées comme un encens vers Dieu, à qui est-ce dû ? A l’ensemble de ceux qui ont fidèlement contribué à la marche de l’Eglise — tout comme une victoire sportive est l’œuvre, non des seuls bras ou jambes du vainqueur, mais de tout son organisme, ou de toute une équipe de joueurs.

L’Eglise est souvent comparée à un édifice qui se construit. C’est l’image la plus fréquente après celle du corps (Matthieu 16 ; Actes 4.11 ; 1 Corinthiens 3.9-10 ; Ephésiens 2.19-22 ; Hébreux 3.6 ; 1 Timothée 3.15 ; 1 Pierre 2.4-5…). Les mots édifier et édification reviennent constamment dans les épîtres. Or, une maison se construit grâce à la collaboration de nombreux ouvriers dont chacun est compétent dans un autre domaine (cf. 1 Corinthiens 3.10). L’œuvre de la plupart d’entre eux sera cachée par celle de leurs successeurs, mais elle en conditionne la qualité. Le visiteur, finalement, ne voit que le travail du peintre ou du tapissier. Mais si le maçon, le plâtrier, le menuisier n’ont pas fait du bon travail, le peintre ne réussira pas à faire correctement le sien. Dans une certaine mesure, chacun de ces corps de métier essaie de rectifier l’ouvrage de ses prédécesseurs, mais il est limité dans ses moyens d’action : le plâtrier ne peut pas rattraper une inégalité d’une dizaine de centimètres dans un mur, le peintre ne peut pas rendre plane une surface mal plâtrée. Ainsi le travail de chacun est dépendant de celui des autres. Il en est de même dans l’Eglise.

Pour qu’une personne parvienne au salut, il aura souvent fallu les efforts conjugués de ceux qui distribuent des traités, écrivent des articles dans les journaux, s’occupent du service S.O.S.-téléphone, de l’entr’aide sociale, des visites à domicile… D’autres auront été amenés à une rencontre personnelle avec Jésus-Christ par un enchaînement de circonstances : un message entendu à la radio, une invitation à une réunion trouvée dans leur boîte aux lettres, une poignée de mains cordiale et un sourire, un livre prêté, un service rendu, un entretien… Une dizaine de personnes ou plus auront collaboré — peut-être sans le savoir — à les faire naître de nouveau. Telle est la manière d’agir du Corps.

Il en va de même pour amener quelqu’un de l’état d’enfance spirituelle à la maturité en Christ. Tout y collabore : messages, lectures, cassettes, exemples de vie des autres membres, échanges, lettres, visites… Comme dans notre corps chaque cellule, chaque organe est en fin de compte le produit du travail de tous les autres, ainsi chaque membre du Corps de Christ doit à chacun des autres ce qu’il est.

6. Echanges

La bonne santé du corps dépend des échanges entre les différents organes. En parlant du Corps de Christ, l’apôtre dit qu’il est « bien ordonné et cohérent grâce à toutes les jointures qui le soutiennent fortementé » (Ephésiens 4.16). Dans l’épître aux Colossiens, il ajoute aux ligaments les « articulations » qui le soutiennent et le rendent cohérent (2.19). Les deux mots qu’il emploie (haphaï et sundesma) correspondent, dans la nomenclature d’Hippocrate aux ligaments qui relient les muscles entre eux. Le lien entre les organes et avec la tête est aussi assuré dans notre corps par les systèmes nerveux, circulatoire, lymphatique, etc…

Si les relations avec la tête sont coupées, le membre est paralysé. Si, durant quelques heures seulement, la liaison avec l’appareil circulatoire est interrompue, la gangrène menace. Sans coordination entre les organes, pas de vie saine et de développement possibles. Au contraire, plus les échanges entre les diverses parties du corps sont nourris et actifs, plus le tonus général sera élevé.

Les mêmes lois s’appliquent au Corps de Christ. La vie se manifeste et se développe par les échanges et les relations réciproques : relations de chaque membre avec la tête, Christ. Tout membre qui a interrompu ces relations est spirituellement paralysé et devient un poids mort pour son entourage ; celui-ci devra l’aider à rétablir la liaison coupée. Les relations entre membres ne sont pas moins importantes. La Parole de Dieu met l’accent premier sur cet aspect de la vie d’Eglise : manifestations de l’amour fraternel, exhortation et enseignement réciproques, vigilance, communion fraternelle, visites des malades, soutien matériel… Les échanges réciproques sont à la fois manifestation de la vie et conditions de progrès.

Les échanges sont très importants entre tous les membres de l’Eglise pour coordonner leurs services, ils le sont tout spécialement entre ceux qui exercent un ministère particulier. Si les informations, les réactions, les découvertes et les projets ne circulent plus entre eux, chacun travaillera dans son petit cercle de responsabilités sans se soucier des autres, et il y aura beaucoup de temps, de forces et d’argent gaspillés, beaucoup de sentiments de frustration, de jalousie et d’amertume inutiles. C’est pourquoi les réunions de prière et de travail des anciens et des diacres, ainsi que des responsables de différents secteurs sont si importantes pour la vie harmonieuse d’une Eglise.

Lorsque chaque membre affirme n’être dépendant que de Christ et n’avoir de conseils à recevoir de personne ni de comptes à rendre, l’Eglise ne saurait prospérer. Il y aura beaucoup de « doubles-emplois », de dépenses inutiles d’énergie, de temps et d’argent par manque de coordination. Beaucoup d’activités se feront, comme dans le monde, suivant le principe de la concurrence au lieu de se faire comme les fonctions d’un même corps. « Les apôtres n’étaient jamais des francs-tireurs, ils agissaient de concert (Actes 2.14) » (W. Nee, 62, p. 86). Pierre apparaît au milieu des autres apôtres, Paul travaillait toujours en équipe.

Un corps est une unité organisée. Le cerveau coordonne les mouvements : « C’est de la tête que tout le corps tire cohésion et unité, c’est en restant dépendant d’elle que l’ensemble… forme une structure harmonieuse» (Ephésiens 4.16, P. V.). Qui est cette tête ? C’est bien entendu, en premier lieu, Christ lui-même : dans la mesure où chaque membre pourra être téléguidé par lui, l’action de l’Eglise restera « christo-centrique». Ceux que la Bible appelle « conducteurs », « anciens » ou « surveillants » (épiskopos) ont la responsabilité du maintien de la cohésion et des échanges dans le corps local. Dans 1 Corinthiens 12.21, la tête semble désigner plutôt les membres du corps qui ont reçu le « don de gouverner » (v. 28) ou de «présider» (Romains 12.8). Les autres membres sont exhortés à leur être soumis et à leur obéir (Hébreux 13.17 ; 1 Pierre 5.5) : preuve que cette soumission n’est ni automatique, ni évidente. Elle est pourtant indispensable à la santé de l’Eglise.

En parlant de « ligaments » et de « jointures », l’apôtre Paul met l’accent sur la coordination entre les membres. N’oublions pas cette tâche importante dans l’Eglise. Certaines personnes ont le don de favoriser les relations. Lorsqu’une Eglise grandit, il ne suffit plus que les conducteurs exhortent les membres à s’aimer mutuellement, à s’exhorter réciproquement, à veiller les uns sur les autres. Il faut qu’en différents points de l’aire couverte par l’Eglise, des frères et des sœurs (diacres, responsables de quartiers) se sentent la responsabilité de favoriser les contacts entre les membres : qu’ils les aident à faire connaissance, à créer un climat de confiance entre eux, à prier ensemble, à s’exhorter, visiter les malades, soutenir les affligés, se confesser les péchés, bref : favoriser les relations et les échanges. Cette fonction est très importante si l’Eglise doit être autre chose qu’un ensemble de membres, si elle veut devenir un corps.

7. Souveraineté de Dieu dans l’attribution des fonctions :

« Dieu a placé chacun des organes dans le corps comme il l’a voulu » (1 Corinthiens 12.18).

La diversité des dons et des fonctions résulte d’une volonté expresse de Dieu. On a parfois l’impression que, s’ils étaient vraiment consacrés et fidèles, tous les chrétiens devraient être des évangélistes, des pasteurs ou des missionnaires. Dans la Parole de Dieu, cependant, les qualifications des croyants sont diverses, elles sont des dons de la grâce divine : leur acquisition n’est donc pas liée au mérite humain. Ces dons, l’Esprit les distribue souverainement « à chacun en particulier comme il veut » (1 Corinthiens 12.11).

« Chacun de nous a son don particulier, celui que la grâce de Christ a décidé de lui accorder selon sa richesse, suivant la mesure où Christ est devenu une réalité en lui » (Ephésiens 4.7, P. V.). « Il a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs… » (Ephésiens 4.11-12). Nous pouvons « aspirer aux dons les meilleurs » (1 Corinthiens 12.31) et désirer « en posséder abondamment pour l’édification de l’Eglise » (1 Corinthiens 14.12), mais c’est Dieu qui choisit pour moi. Cela me décharge d’une lourde responsabilité : si j’exerce le ministère correspondant à mon don, nul ne pourra m’accuser d’avoir voulu me mettre en avant ou me cacher dans l’anonymat, de prendre trop — ou trop peu — de responsabilités, de chercher les honneurs ou la facilité. Je ne fais qu’obéir.

Ma responsabilité est de reconnaître loyalement le don (ou les dons) que Dieu m’a accordé et de l’exercer pour l’utilité commune s’il a été reconnu par l’Eglise. C’est pourquoi, avant de parler de l’exercice des différents dons dans Romains 12, l’apôtre estime nécessaire de demander : « Que chacun de vous s’efforce de se faire une idée juste sur lui-même ; ne surestimez pas vos capacités, n’aspirez pas à ce qui dépasse vos possibilités ou qui déborde votre vocation. Acceptez vos limites, celles que vous tracent les dons particuliers qui vous ont été départis en vertu de votre foi » (v. 3, P. V.).

Si nous n’avons pas reçu le don correspondant à certaines fonctions, nous n’avons pas non plus à accepter — ou à nous faire — de reproches parce que nous n’exerçons pas ce ministère. Si Dieu a fait de moi une main, pourquoi serais-je accusé de ne pas prêcher ? Et s’il a fait de moi un œil ou une bouche, puis-je accomplir correctement ma fonction tout en déchargeant la main de la sienne ? Trop souvent « l’accusateur des frères » voudrait nous imposer de faux sentiments de culpabilité parce que nous n’accomplissons pas certaines tâches « que tout chrétien spirituel devrait accomplir », ou parce que nous ne faisons pas tous les travaux. S’il ne peut pas nous enfermer dans l’inaction, il cherche à nous enferrer dans un activisme démesuré qui nous ravira notre intégrité personnelle et nous acculera au bord de la dépression. Nous croyons manquer de fidélité ou d’humilité si, à côté de notre ministère de la parole ou de la présidence, nous ne collaborons pas aux tâches matérielles. Il est évident que nous devons être prêts à faire n’importe quel travail pour le Seigneur. Nous n’avons pas à établir une hiérarchie de valeur entre eux. Mais si nous éparpillons notre temps et nos forces sur quantité d’activités, nous ne ferons aucune d’elles correctement. C’est pourquoi l’apôtre Paul dit, en résumé, dans Romains 12.6-8 : « Que chacun se consacre à la tâche pour laquelle le Seigneur lui a accordé son don particulier. »

Les anciens d’une Eglise ont un rôle important à jouer dans le discernement des dons accordés aux différents membres (fonction des épiscopes : les yeux du corps), mais ils ne peuvent ni conférer ces dons ni choisir pour les membres de leur Eglise ceux qui leur semblent convenir le mieux à chacun. Ils prennent acte des dons accordés aux uns et aux autres et ils en tiennent compte dans l’attribution des différentes responsabilités. Ils accepteront aussi avec impartialité et reconnaissance l’éclosion de dons nouveaux et chercheront à les mettre en œuvre dans le cadre de la communauté. Ils tiendront compte de l’avis des membres : si un don vient du Seigneur, il est évident pour tous. L’ensemble de l’Eglise peut donc juger et participer à la décision qui établira chaque membre dans sa fonction.

En principe, comme Dieu a disposé dans le corps tous les organes nécessaires à son bon fonctionnement, il a aussi doté chaque assemblée des dons qui lui sont utiles pour une marche indépendante et harmonieuse : dons de la parole, de l’administration, de la diaconie. Trop souvent ces talents restent enfouis pour diverses raisons : les principes d’organisation sont trop rigides et ne laissent pas de place à l’apparition de nouveaux dons, les membres ne sont pas encouragés à la participation, le don en question ne rentre pas dans notre liste d’offices, etc…

Reconnaître, accepter et mettre en œuvre les dons tels que Dieu les a distribués nous gardera de juger ou de mépriser qui que ce soit (1 Corinthiens 4.7) et permettra à notre Eglise de répondre exactement à la vocation que Dieu lui adresse en particulier. Cette conception du Corps commande toute la conception du ministère dans le Nouveau Testament.

B. L’édification du Corps

1. Ma place dans le Corps

Par le baptême du Saint-Esprit, c’est-à-dire par la nouvelle naissance, je suis devenu un membre du Corps de Christ (1 Corinthiens 12.13), c’est-à-dire de l’Eglise universelle qui comprend tous les rachetés. Normalement, d’après le plan que Dieu nous révèle dans sa Parole, je devrais aussi m’intégrer à une Eglise locale (v. A. Kuen, 81, p. 9-13). Dieu y a prévu une place et une fonction pour moi. Il m’a accordé des dons afin d’y remplir un ministère. Si je m’y soustrais, l’Eglise sera privée de la contribution d’un organe nécessaire à son édification — et je serai privé des bénédictions que Dieu avait en réserve pour moi à travers les ministères qu’il a accordés aux autres membres du Corps.

Je peux m’édifier en privé au moyen du don reçu (1 Corinthiens 14.4, 28) mais, en fait, les différents charismes nous ont été donnés pour l’édification du Corps (Ephésiens 4.12 ; 1 Corinthiens 12.7). Si nous sommes exhortés à aspirer à des dons spirituels plus nombreux, c’est pour que nous puissions mieux contribuer à l’édification de l’Eglise (1 Corinthiens 14.12). Seule une contribution qui a cet effet est légitime dans une assemblée (v. 5, 19). Paul résume sa pensée au sujet de l’exercice des charismes en disant : « Que tout se fasse pour l’édification » (v. 26). C’est elle qui commande la hiérarchie des charismes (12.28-29).

2. Les différents aspects de l’édification du Corps

Comme le développement de notre personnalité entière (physique, intellectuelle, affective, artistique…) exige des contributions très variées de la part de ceux qui s’occupent de notre éducation, l’édification d’un Corps local a plusieurs aspects répondant à ses différents besoins.

Certains dons correspondent aux fonctions cérébrales de notre corps ; ils sont orientés en premier lieu vers une croissance dans la compréhension des voies de Dieu (prophétie, enseignement, révélation, parole de sagesse, de connaissance, exhortation, discernement des esprits, interprétation des langues). Cet aspect est le plus important pour Paul : un don de proclamation n’est utile à l’Eglise que si son bénéficiaire parle « par révélation ou par connaissance, ou par prophétie ou par doctrine » (1 Corinthiens 14.6). La valeur d’une contribution dépend de son intelligibilité (14.9). C’est pourquoi cinq paroles intelligibles valent mieux que dix mille qui ne sont pas comprises (v. 19). Pourtant, même l’exercice de ces dons supérieurs (14.5) est limité par Paul (14.29) pour que tous les autres dons aient l’occasion de s’exercer. D’autres fonctions sont destinées essentiellement à faire croître physiquement le Corps de Christ par l’adjonction de nouveaux membres. Tels sont les dons d’apôtre, d’évangéliste, en partie de la prophétie et tous les dons ayant une fonction de signe pour les incroyants (miracles, foi, guérisons). Beaucoup d’organes dans notre corps n’ont aucune fonction en relation avec la croissance, ils permettent simplement de vivre en bonne santé et d’accomplir notre tâche. C’est le but des ministères pastoraux et diaconaux (aide, habileté manuelle, libéralité, miséricorde, hospitalité, présidence, direction). Ils permettent à l’Eglise d’accomplir sa tâche envers Dieu (dons de louange et de prière), envers les puissances invisibles, envers les croyants et envers le monde (v. A. K., Pourquoi l’Eglise).

Il faudrait cependant se garder de cloisonner trop arbitrairement ces trois domaines car, comme dans notre corps, ils sont intimement liés ; l’enseignement, par exemple, sert aussi l’évangélisation et nous permet de mieux accomplir notre tâche envers Dieu.

Le but final de tout ministère est la croissance du corps vers sa pleine maturité, vers « la stature parfaite de Christ » (Ephésiens 4.13). Ce but, nous dit R.Y.K. Fung peut seulement être atteint si d’une part ceux qui sont chargés du ministère spécial forment les chrétiens pour leur service et si chacun de ces derniers accomplit son ministère envers l’Eglise (E.Q., 82/3, p. 145).

C. Organisme ou organisation ?

Qu’est ce que cette question implique ?

Si l’Eglise est uniquement un organisme, elle croît et se développe d’elle-même. Toute intervention humaine est inutile, voire nuisible. Il suffit de laisser le plus de place possible au Saint-Esprit : il constituera la vie de l’assemblée comme il l’entend. Si par contre, l’Eglise n’est qu’une organisation, comme toute autre société humaine, son agencement nous incombe : nous avons à lui donner sa structure, ses organes directeurs et ses règlements internes — en nous conformant au modèle que nous trouvons dans le Nouveau Testament.

La Bible utilise différentes images pour décrire l’Eglise, soit d’organismes vivants (la vigne, le corps, la plante qui croît), soit d’organisations (le royaume) ou de réalités organisées (l’édifice, le Temple). Il serait donc faux de privilégier un seul de ces aspects. Il sera bon de se souvenir de quelques principes soulignant tantôt l’un, tantôt l’autre aspect de la question.

1. La vie est plus importante que l’organisation

Dans Actes 4.1-4, nous voyons une organisation parfaite régir la vie du Temple : le souverain sacrificateur, prêtres, lévites, sanhédrin, police du Temple. Tout était bien réglé. Mais la vie spirituelle qui venait d’éclore ne s’est pas laissé endiguer par cette organisation (v. 4.16, 19).

Notre but n’est pas d’organiser des choses inertes, mais d’engendrer et de développer la vie. Elle doit être là avant de pouvoir être structurée. Si nous l’enfermons trop tôt dans un cadre rigide, nous risquons de la limiter ou même de l’étouffer. L’organisation d’une Eglise locale n’est qu’un moyen pour atteindre un but. Donc le but est prioritaire et chaque moyen doit lui être subordonné. L’organisation idéale est celle qui règle la vie d’une assemblée de manière à laisser à Dieu la plus grande part de liberté et à juguler le plus possible les attaques de l’ennemi. Il faudra donc éviter, avec une attention égale, de négliger ou de surestimer l’organisation. Certaines Eglises ont essayé de parer à ces deux dangers par des règlements écrits.

2. Dans la Bible, ce qui est vivant est organisé

Il ne faut pas dire : Puisqu’il y a la vie, nous n’avons pas besoin d’organisation, mais : Parce qu’il y a vie, nous pouvons et nous devons organiser le cadre dans lequel elle se développe pour l’aider à mieux s’épanouir. Dans l’Eglise primitive, il y avait certainement la vie. Mais lorsqu’il y a vie, il y a aussi des problèmes. L’un des problèmes qui menaçait de diviser l’Eglise a surgi lorsque les veuves des Hellénistes se sentirent frustrées lors des distributions quotidiennes de nourriture. Que firent les apôtres ? Certains chrétiens auraient dit: Frères, nous voulons prier et remettre la chose entre les mains du Seigneur. Certainement, les apôtres ont prié pour la question. Mais ils ne se sont pas contentés de cela. Ils ont organisé une élection pour désigner des frères capables de régler le problème (Actes 6.2-5).

Autre exemple : l’Eglise de Jérusalem était éprouvée par la famine. Que fit Paul ? Il organisa une collecte dans les Eglises pagano-chrétiennes et donna beaucoup de conseils pratiques pour qu’elle réussisse (1 Corinthiens 16.1-4 ; 2 Corinthiens 8.6, 18-21).

3. La vie engendre sa propre organisation

Un organisme vivant s’organise… organiquement, de l’intérieur. L’organisation croît quand la vie se développe. La différenciation des organes s’opère d’elle-même au fur et à mesure de la croissance et suivant les besoins nouveaux auxquels l’organisme doit répondre. Ainsi croît le corps humain, de la première cellule à l’âge adulte. Lentement, des organes différenciés se forment, d’abord à l’état d’embryon, puis au cours de la croissance : des glandes se développent et commencent à fonctionner lorsque leur temps est venu (par exemple les organes sexuels).

C’est ainsi que les différents ministères et fonctions se sont développés organiquement dans l’Eglise primitive. Rappelons encore une fois le récit d’Actes 6. Jusque-là, les apôtres ont tout fait eux-mêmes. Par suite de la croissance de la communauté, ils se rendent compte qu’ils risquent de négliger la prière et l’annonce de la parole s’ils continuent à servir aux tables. C’est ainsi qu’est née la première différenciation des fonctions dans le Corps de Christ.

Dans ce récit, on ne parle que des sept hommes : plus tard, nous voyons les diacres comme des serviteurs reconnus au même titre que les évêques dans l’Eglise (Philippiens 1.1). Dans les épîtres pastorales, il est question de la charge d’évêque et de celle de diacre (1 Timothée 3.1, 8) et Paul énumère les conditions à remplir par les candidats. Ainsi l’organisation du diaconat s’est progressivement développée.

Par suite de la persécution à Jérusalem, l’un des sept, Philippe, arrive en Samarie. Là, il ne s’est pas dit : « Je suis diacre, je ne peux pas servir aux tables ici, je prends donc un temps de vacances jusqu’à ce que je puisse de nouveau accomplir mon service. » Il a commencé à évangéliser. Il n’a rien fait d’exceptionnel, les autres chrétiens en firent autant (Actes 8.4-5). Dieu a béni son service. Il était manifeste aux yeux de tous qu’il avait reçu un don spécial pour annoncer l’Evangile. Plus tard, il est appelé « Philippe l’évangéliste » (Actes 21.8). Un nouveau ministère était né : celui d’évangéliste.

Dans Ephésiens 4.11 nous voyons que ces ministères se sont diversifiés : apôtres, prophètes, évangélistes, pasteurs et docteurs. Si nous ajoutons les listes de Romains 12 et 1 Corinthiens 12, nous trouvons près d’une vingtaine de dons que le Seigneur a confiés aux différents membres du Corps. Tous ces services sont nés du développement de la vie normale de ce Corps.

4. Le Seigneur attend de son Eglise qu’elle ordonne sa vie en obéissant aux principes qui lui ont été transmis.

Lorsque Moïse a érigé le tabernacle au désert, Dieu lui avait demandé de se conformer strictement au modèle qui lui avait été montré sur la montagne (Exode 25.9, 40 ; Hébreux 8.5) et Moïse a obéi.

Jésus-Christ aussi avait un plan pour son Eglise. Il l’a transmis à ses apôtres par des instructions orales et, après la Pentecôte, par son Esprit (Jean 16.13 ; Actes 13.2 ; 15.28). Ainsi nous trouvons dans la Bible un certain nombre d’indications sur la manière dont les apôtres. organisèrent les communautés primitives: ils ont établi des anciens dans chaque Eglise (Actes 14.23), donné des directives pour le repas du Seigneur (1 Corinthiens 11), pour la collecte (1 Corinthiens 16.2; 2 Corinthiens 8-9), concernant l’exclusion d’un pécheur récalcitrant (1 Corinthiens 5), la conduite des réunions (Actes 2.42 ; 1 Corinthiens 14.26)… Ils ont posé des conditions pour la nomination des anciens et des diacres (1 Timothée 3) ainsi que pour la prise en charge des veuves par l’Eglise (1 Timothée 5.3-16), pour la rémunération des prédicateurs (v. 17-18) et la prière pour les malades (Jacques 5.14).

Il serait faux de dire que l’Ecriture nous donne seulement de vagues lignes d’orientation, mais pas de directives précises pour des cas particuliers. Bien sûr, tout n’est pas réglé d’avance comme dans un manuel de casuistique, mais, d’après les exemples du Ier siècle, on peut dégager des principes d’action pour aujourd’hui.

L’organisation de l’Eglise n’est pas livrée à l’arbitraire humain. Dans beaucoup de cas, la Bible a déjà prévu la manière d’agir ; dans d’autres, nous pouvons deviner les intentions du Seigneur d’après des situations analogues et régler les questions contemporaines « selon l’analogie de la foi ». L’Eglise est liée à son Seigneur par ce devoir de fidélité à sa volonté révélée dans l’Ecriture.

5. La vie organique est le modèle de l’organisation de l’Eglise

Cela est particulièrement apparent dans l’image du corps dans laquelle l’apôtre Paul puise sans cesse de nouveaux enseignements. Comme le corps, l’Eglise est une entité indivisible, complète en elle-même, dont la vie dépend des relations entre les organes. Comme le corps, elle est une unité organisée, sous la direction de la tête. L’apôtre part de cetaines particularités de l’organisme pour en tirer des conclusions applicables à la vie de l’Eglise (Romains 12.5).

Cette vision du Corps devrait sans cesse commander aussi nos principes d’organisation des communautés chrétiennes.

6. La Bible tire aussi des analogies d’organisations humaines

Lorsqu’elle parle de l’Eglise comme d’une nation ou d’un édifice, elle fait allusion à des réalités humaines qui n’ont rien de commun avec un organisme. Le mot ekklésia lui-même est tiré d’une institution séculière des Grecs. L’Eglise primitive a aussi adopté le système électoral du monde grec, ainsi que les fonctions des épiscopes et des diacres. L’Eglise peut recevoir des conseils d’organisation utiles de la part de gens qui ne font même pas partie du peuple de Dieu (cf. Exode 18.13-24).

7. Ce qui importe, finalement, c’est le but de la vie organique et de l’organisation de l’Eglise

Manger et boire, veiller et dormir sont des fonctions naturelles, mais nous sommes appelés à les utiliser à la gloire de Dieu (1 Corinthiens 10.31&nbp;; 1 Thessaloniciens 5.10). Nous avons vu dans Dons pour le service (p. 123-124) qu’il est difficile de distinguer les dons surnaturels des dons naturels : les uns comme les autres sont appelés charismes (dons de la grâce) et doivent contribuer à l’édification du Corps de Christ et à la gloire de Dieu (1 Corinthiens 10.23 ; Romains 14.9 ; 1 Corinthiens 14.12). Tel est aussi le but de tout effort d’organisation dans l’Eglise.

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