Il y aura bientôt deux mille ans de cela, sur une île de la Mer Egée, aride et émaillée de rochers, un vieil homme, un autre, mit son oreille contre terre et entendit un grondement menaçant. A la différence d’Harry Truman au Lac Esprit près du Mt Saint Helens, un bruit parvint aux oreilles de l’apôtre Jean, celui d’un tonnerre de cavalerie sur l’île de Patmos, ce qui lui fit donner l’alarme. Pour l’exprimer, il emploie des termes aussi clairs et pressants aujourd’hui qu’il y a vingt siècles.
Voyons la scène. Selon la tradition, le visage de Jean est ridé, brûlé, presque noirci par le soleil ; ses bras sont noueux, ses genoux cagneux, ses pieds et ses mains, rudes et rêches. Prisonnier politique de Rome, expulsé de la côte d’Asie Mineure (l’actuelle Turquie), Jean doit transporter des blocs de granit venant des falaises surplombant la mer jusqu’à un embarcadère sous la citadelle romaine. Celle-ci protège l’isthme étroit entre la Baie de Scala et la Baie de Mérika. On utilisera le gravier pour les fondations des temples et des palais de l’Empereur Domitien ou pour paver les routes sillonnant son empire.
Imaginons Jean, trébuchant sous le poids du panier rempli de paille attaché à son front. Il tient son bâton à deux mains pour se frayer péniblement un chemin sur la pente dangereuse. Les sentinelles romaines se demandent même pourquoi ce juif chrétien à la barbe grise est si volontaire, lui qui travaille le jour comme les autres prisonniers, et passe ensuite ses soirées à écrire des récits incompréhensibles.
« Je fus ravi en esprit au jour du Seigneur », écrit Jean, « et j’entendis derrière moi un voix forte comme le son d’une trompette qui disait : Ce que tu vois, écris-le dans un livre, et envoie-le aux sept Eglises, à Ephèse, à Smyrne, à Pergame, à Thyatire, à Sardes, à Philadelphie, et à Laodicée ».
Dans sa cellule de prison souterraine, Jean, le prophète, passait donc ses instants de liberté à transcrire les alertes sismographiques d’un monde en ébullition, aux nerfs à fleur de peau. Son époque reculée n’était pas tellement différente de la nôtre.
Ces récits au caractère urgent de mise en garde, écrits lors des dix-huit mois d’exil de Jean sur l’île, furent recopiés et envoyés comme convenu aux sept églises d’Asie. Cette Apocalypse de Saint Jean prit finalement le titre de sa première phrase : « La Révélation de Jésus-Christ » ou plus simplement « Révélation » et devint le dernier et peut-être le plus controversé des livres du Nouveau Testament.
Dans l’histoire de l’Eglise, l’Apocalypse a souvent été négligée, mal comprise ou mal interprétée par trop de croyants. « L’Apocalypse » a écrit William Barclay, « a la renommée d’être le livre le plus difficile et le plus étonnant du Nouveau Testament ; nul doute qu’il ne soit aussi digne de notre considération au point de le fouiller jusqu’à ce qu’il nous procure sa bénédiction et dévoile ses richesses ».
L’Apocalypse est devenue plus accessible depuis l’avancée technologique considérable des dernières années. Nombre de choses qui, pour moi, étaient autrefois des symboles sont désormais des réalités de notre monde. Sans raison bien déterminée, ce livre est actuellement moins enseigné ou choisi comme sujet de sermon qu’au début de notre siècle. L’Apocalypse commence pourtant par ces paroles : « Heureux celui qui lit et ceux qui entendent les paroles de la prophétie, et qui gardent les choses qui y sont inscrites ! Car le temps est proche ».
Le matin où j’ai écrit cela, on pouvait lire dans un quotidien la citation d’un des grands hommes politiques et littéraires de notre époque, utilisant la même expression : « Le temps est proche. Mais je ne vivrai sans doute pas assez longtemps pour voir la fin ».
C’est le côté ironique de la chose. L’Apocalypse est sans doute un livre difficile et exigeant, mais c’est le seul de la Bible qui promette une bénédiction à ses lecteurs.
Je suis évangéliste et non théologien. Ma vie durant, j’ai été intrigué, inspiré et prévenu par les avertissements de ce livre passionnant écrit sous l’inspiration par l’apôtre Jean sur l’île de Patmos. Dans mon bureau, j’ai parcouru des centaines de critiques, d’articles, d’études du texte de l’Apocalypse. Lors de mes méditations personnelles, je me suis imprégné des paroles de Jean, écoutant la voix de Dieu transmise par les voix de Patmos. Jusqu’à présent, j’avais hésité à ajouter mes faibles capacités aux grands esprits des siècles passés qui se sont acharnés à découvrir la signification des visions de Jean. Mais je n’hésite plus maintenant.
Mon âge mûr en est peut-être la cause, comme Jean autrefois. Il y a une menace dans l’air et, comme lui, je tremble dans l’espoir et la crainte d’être témoin de ces événements. Bien sûr, deux mille ans ont passé depuis la rédaction de l’Apocalypse. L’éducation de Jean et la mienne sont à des années-lumière l’une de l’autre. Homme de chair, il a écrit à un moment précis, à des personnes existant réellement dans des villes où, maintenant, ne subsistent que des ruines. La clarté de son message, l’utilisation de leur langage, les allusions faites aux gens, aux circonstances de l’époque facilitaient la communication.
Cependant, Jean s’est aussi adressé à mon époque et à moi-même. La succession de ses visions, rêves et cauchemars n’est pas destinée à me troubler ou à me déconcerter. En fait, le terme apocalypse vient du grec calypto qui signifie voiler, couvrir, cacher, associé à apo qui veut dire retirer. Apocalypse signifie donc « ôter le voile », « découvrir », « révéler », « clarifier ». Jean parlait avec clarté pour avertir les personnes de son temps. Nous avons tant besoin de cette clarté de nos jours !
Quand j’étais au Louvre à Paris, je me suis trouvé à quelques centimètres d’un grand tableau de l’impressionniste Renoir. Des gouttelettes de peinture semblaient éclabousser la toile de façon incohérente, « Qu’est-ce que cela représente donc ? » me demandai-je à voix haute. Ma femme répondit : « Recule-toi, Bill et tu verras ». Bien trop près de l’œuvre d’art, je ne pouvais voir l’ensemble à cause de chaque tache d’huile, petit détail ou coup de pinceau. Ces détails m’avaient aveuglé, mais en reculant, le mystérieux puzzle s’évanouissait et la splendide vision de l’artiste se dessinait dans mon esprit.
Bien trop d’entre nous ont regardé trop longtemps l’Apocalypse de Jean de trop près. Nous avons fait de ce chef-d’œuvre une succession de taches et de coups de pinceau. A essayer de donner à tout prix une interprétation moderne à chaque étoile, dragon ou nombre, nous avons perdu le grand dessein de la vision du prophète sans saisir l’importance de son avertissement.
Les écrits de l’apôtre Jean m’attirent comme un aimant, ces derniers temps ; ils m’interpellent, me poursuivent, me harcèlent. Peut-être est-ce encore à cause de l’âge qui vient, comme Jean sur Patmos. Bien évidemment, le monde qui m’entoure perd de jour en jour son importance au profit du monde invisible. Il demeure néanmoins très réel.
Je n’ai pas été astreint à l’exil solitaire sur une île rocheuse de seize kilomètres sur dix. J’ai dû parcourir un itinéraire interminable parsemé d’avions, d’hôtels, de salles polyvalentes, de comités et de studios de télévision. Je ne côtoie pas de repris de justice ou de prisonniers politiques. Je côtoie des gens comme vous et moi, hommes d’affaires, femmes d’intérieur, professeurs, étudiants, ouvriers, fonctionnaires, militaires. Je ne suis pas assez souvent, à mon gré, à l’écoute des cris perçants des mouettes ou du ressac de l’océan. Mais je suis trop souvent submergé par les bruits de la ville et des citadins sombrant dans l’activisme bruyant. Au coin d’une rue de New York ou de Paris, de Londres ou de Tokyo défilent sous mes yeux le désespoir, la crainte et l’ennui sur les visages de centaines de personnes. Apparemment, Jean et moi n’avons rien de commun. Il me semble pourtant entendre les voix qu’il a entendues. J’entends s’approcher le martèlement des sabots des lointains cavaliers. Je perçois leurs avertissements et comme Jean, je n’ai d’autre choix que de les transmettre.
Qui donc était ce vieil homme ridé ? un poète, un prophète ou un pasteur ? Comment fut-il conduit à écrire une lettre qui, deux mille ans plus tard, déconcerte encore l’esprit des croyants et des incroyants sans distinction aucune ? A travers les siècles, des polémiques se sont élevées à propos de l’identité de l’auteur de l’Apocalypse. Mais la tradition chrétienne la plus ancienne, maintenue par Justin Martyr, Clément, Origène, Irénée, Eusèbe, Jérôme et d’autres, certifie que l’auteur était l’apôtre Jean. Les théologiens modernes, de Jean Walvoord à l’Evêque Robinson sont de cet avis. C’est le mien également.
Pour la plupart, les membres de cette petite équipe ayant vécu aux côtés de Jésus, recevant son enseignement pendant trois ans, étaient alors décédés. Tous avaient été martyrisés à cause de leur foi dans le Christ ressuscité. Amy Carmichael écrit, qu’à Jean, le disciple bien-aimé « était réservé le long martyre de la vie ».
Essayons d’imaginer la scène. Ce vieil homme ridé qui, d’une main tremblante, rature des lettres grecques sur des bouts de parchemin dans sa cellule souterraine, a autrefois été un jeune pêcheur de Galilée qui, laissant tomber ses filets, a suivi plein d’espoir, Jésus pour devenir pêcheur d’hommes. Voyez ce vénérable exilé qui, à la lueur de la bougie, fixe de ses yeux fatigués un manuscrit qui s’allonge. Il a été près de Jésus sur le Mont de la Transfiguration, et plus tard, ivre de puissance, a revendiqué le poste de secrétaire d’Etat quand Jésus aurait instauré son royaume à Jérusalem. Dans sa cellule souterraine, épuisé, effondré de fatigue sur la table taillée grossièrement, ce visionnaire a autrefois contemplé une croix de bois où était clouée la dépouille de son maître. Dénué d’espoir et de forces, dépassé par les événements, Jean pressentait que ces rêves allaient s’arrêter là. Son corps meurtri, secoué par les gardes pour affronter une nouvelle journée dans la carrière a autrefois été dans la tombe vide de Jésus et son espérance est alors revenue.
Sans égards, on l’emmène à présent avec les autres hors de la prison. Après le maigre bol de gruau du matin, ses compagnons d’exil et lui sont enchaînés et, escortés de gardes romains, tous escaladent le sentier tortueux et escarpé qui mène aux carrières. La cellule est vide, mais une pile de grossiers parchemins est amassée dans un endroit secret ou sous le sommier de paille. Ces pages seront un jour exportées secrètement ; des chrétiens volontaires recopieront ce que Jean a écrit et transmettront ainsi la révélation de Jésus-Christ aux églises d’Asie. En provenance de ces églises, l’Apocalypse de Jean fera le tour du monde, jusqu’à vous et moi.
La polémique grandira ! On convoquera de grands rassemblements ecclésiastiques pour justifier la place de l’Apocalypse dans la liste grandissante des écrits sacrés de la chrétienté. Cette vision est-elle inspirée ? Fait-elle autorité ? Est-elle digne de confiance ? Comment doit-elle être interprétée ? Les uns se lèveront pour vouer la vision de Jean aux flammes de l’enfer, les autres pour la défendre. Mais quand la poussière viendra, les textes de Jean, rédigés dans sa demeure humide de Patmos, trouveront leur place dans le canon, c’est-à-dire dans les écrits reconnus de l’Ecriture. En fait, on les considèrera à jamais comme un message non limité par le temps et l’espace, indépendant de la langue ou de la culture, une parole « inspirée de Dieu… utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l’homme (ou la femme) de Dieu soit accompli(e) et propre à toute bonne œuvre ».
Quelle ironie dans l’ardeur des débats ! Ironie plus grande encore des voix du ciel prévoyant la polémique pendant leur échange avec Jean sur l’île de Patmos. A deux reprises, à la fin de l’Apocalypse, Jean relate que la voix lui dit : « Ecris, car ces paroles sont certaines et véritables », et de nouveau, « l’ange me dit : Ces paroles sont certaines et véritables ; et le Seigneur, le Dieu des esprits des prophètes, a envoyé son ange pour montrer à ses serviteurs les choses qui doivent arriver bientôt ».
C’est une chose d’accorder du crédit à ces paroles « certaines et véritables », mais c’en est une autre de saisir leur sens profond. La beauté de certaines métaphores de l’Apocalypse me laisse sans voix et tout à fait perplexe quant à leur sens exact ! Je n’ai pas entendu moins d’une centaine d’explications différentes pour un seul symbole particulièrement difficile du vocabulaire de Jean – j’ajouterai qu’aucune ne me semble satisfaisante. Loin de nous la tentation de négliger le livre de l’Apocalypse ou de ne plus chercher à le comprendre. Il est probable que nous ne le comprenions pas dans son intégralité, mais cela ne veut pas dire que nous sommes incapables d’en rien comprendre.
Pour comprendre Jean et l’Apocalypse, il faut considérer quelques éléments importants de la vie de cet homme remarquable.
D’abord, Jean est un spécialiste de l’Apocalypse. En d’autres termes, il a rédigé son livre dans un langage poétique, spécifique au style apocalyptique. Jean, en spécialiste averti, s’est servi de sa vive imagination et de symbolisme pour parler du jugement de Dieu et de la fin du monde. Les Juifs des temps bibliques écrivaient souvent dans un style apocalyptique. On trouve ce langage apocalyptique dans certains passages de l’Ancien Testament (entre autres dans des extraits de Daniel et Ezékiel).
L’inconvénient est que ce style d’écriture, aux images et aux symboles saisissants, nous est totalement étranger. Vraisemblablement, les premiers lecteurs de Jean comprenaient sans peine le sens de ses symboles, et distinguaient aisément les symboles des expressions littérales. Nous devons aujourd’hui étudier sérieusement les passages obscurs du message pour en saisir l’essence (nombreuses sont les citations de l’Ancien Testament) et certains resteront sans doute à jamais jaloux de leur secret.
Le message n’en est pas pour autant dépassé aujourd’hui, bien au contraire ! Si nous prenons la peine d’explorer les trésors de l’Apocalypse, la récompense sera grande. Ne pensez pas que le langage direct de Jean soit un obstacle à une bonne compréhension – considérez-le plutôt comme le moyen dont il se servit pour peindre dans des coloris éclatants la fresque du plan de Dieu quant à l’avenir.
En bon spécialiste, Jean a concentré ses réflexions sur un thème accablant : la fin de l’histoire de notre humanité et l’aube glorieuse de l’âge messianique. Ainsi, ce message reste à jamais synonyme d’avertissement et d’espoir : annonce du jugement qui vient et attente de l’inévitable triomphe de Christ sur Satan et de l’avènement de son royaume éternel.
Nous avons besoin de ce message aujourd’hui : de savoir que le péché ne restera pas impuni, que Dieu exercera son jugement, et qu’il y a une espérance pour le futur, si nous sommes en Christ. Dans une terrible scène de violence du film de Francis Coppola, Apocalypse now, un messager erre sur la ligne du front, regardant la débâcle, il demande : « Qui commande ici ? » Personne ne lui répond. Beaucoup aujourd’hui, considérant la débâcle et le mal en action dans notre monde, se demandent vaguement si quelqu’un est aux commandes de l’univers. Le message de Jean dans l’Apocalypse apporte une réponse claire : Oui, c’est Dieu ! Aucune raison de désespérer car Dieu, dans sa fidélité, tiendra ses promesses de salut et de vie nouvelle en Christ. Ma prière, tandis que nous abordons ensemble le message de Dieu révélé dans l’Apocalypse est qu’il vous persuade de la réalité de son jugement proche et place dans votre cœur un nouvel espoir en Christ.
Ensuite, Jean était aussi prophète. Les spécialistes de l’Apocalypse, déçus par le présent, avaient toujours les regards portés vers l’avenir. Les prophètes, eux, offraient souvent une alternative d’espoir pour le présent – espoir du retard éventuel du jugement de Dieu si les hommes se repentaient et se tournaient vers lui dans la foi et l’obéissance. Les prophètes ne proposaient pas une solution de facilité face à toutes les difficultés comme si, dès que l’on mettait sa confiance en Dieu, tous les problèmes s’évanouissaient. Au contraire, pareils à Winston Churchill, debout au milieu des ruines de Londres bombardée, les prophètes annonçaient : « sang, sueur et larmes » à ceux qui voudraient suivre Dieu. Pas facile de servir Dieu, de combattre le mal dans un monde ténébreux et pécheur, mais les prophètes savaient bien que Dieu remporterait la victoire finale et que son peuple la partagerait.
Jean, le prophète, appelait donc sa génération et la nôtre à la repentance, à la foi et à l’action. Il savait que, malgré tous leurs efforts, les hommes ne construiraient jamais le royaume de Dieu sur la terre. Seul Dieu en est capable, et un jour, il le fera quand le Christ reviendra. Il savait aussi que le jugement de Dieu sur ce monde serait retardé si nous nous repentions et regardions à Christ.
Ce vieil homme énergique de l’île de Patmos, choisi par Dieu pour recevoir et annoncer son message particulier était en fait spécialiste de l’apocalypse et de la prophétie. Pourquoi pas des deux ? A cause de son éducation juive et par les passages de l’Ancien Testament, il avait entendu parler du jugement dernier et du règne prochain du Messie. Il avait aussi écouté l’appel des prophètes, Amos, Esaïe, Jérémie et les autres, qui encourageaient les hommes à revenir vers Dieu de toutes leurs forces. Puis vint un jour important de sa destinée : Jean, sensible à l’appel de Jésus-Christ, avait répondu en le suivant. En Jésus, il découvrait l’unité des messages apocalyptique et prophétique. En lui, la proclamation apocalyptique du jugement prochain et de la victoire finale s’alliait à la proclamation prophétique de repentance et d’obéissance à Dieu, face au monde mauvais. « Vous aurez des tribulations dans le monde », dit Jésus à ses disciples, « mais prenez courage, j’ai vaincu le monde ».
Nous avons encore besoin d’entendre le message du prophète Jean, non seulement pour le futur mais aussi pour le présent, il est nécessaire d’entendre également son appel à la repentance, son défi à vivre pour Dieu, à prendre position pour la pureté, la justice, la droiture, quoi que fassent les autres.
Enfin, Jean était aussi évangéliste. Son désir n’était pas de transmettre un message stérile, incapable de transformer les vies. Il s’intéressait à tous, prenait à cœur leurs problèmes quotidiens dans leur désir d’être fidèles à Dieu. Il se souciait des tensions et des persécutions subies par beaucoup à cause de leur foi. Il s’intéressait à tous les hommes car il savait que Dieu les a aimés et a envoyé son Fils mourir pour eux.
Jean, l’évangéliste. Le terme « évangéliste » vient du grec et signifie « celui qui annonce de bonnes nouvelles », en l’occurence, la Bonne Nouvelle de l’Evangile. Pour plusieurs, le message de Jean concernant le futur revêtait peut-être un caractère obscur et déprimant. Jean savait cependant que la pire des choses serait d’assurer aux hommes que tout allait très bien, qu’il était inutile de se soucier du mal dans le monde ou du jugement de Dieu. Le message de Jean est en définitive synonyme de bonnes nouvelles : la Bonne Nouvelle du salut en Jésus-Christ.
Notre monde chaotique et troublé a avant tout besoin d’entendre le message de la Bonne Nouvelle : l’Evangile de Jésus-Christ. Le message du livre de Jean met non seulement l’accent sur les événements futurs, mais encore, insiste sur ce qui peut advenir lorsque Jésus-Christ devient Seigneur et Sauveur de nos vies. Le message de Jean est centré sur la personne de Jésus-Christ, Fils de Dieu, qui mourut pour nos péchés et ressuscita des morts afin de nous donner la vie éternelle. Ce que Jean a déclaré à la fin de son évangile aurait pu également s’appliquer aux paroles de l’Apocalypse : « Mais ces choses ont été écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie en son nom ».
Jean, le pasteur. L’Apocalypse était la dernière lettre de l’apôtre aux personnes qu’il connaissait et qu’il aimait le plus. Son épître commençait par sept salutations personnelles adressées à chacun des sept petits groupes de chrétiens éparpillés dans l’Asie Mineure. Relisez ces salutations. Voyez comme Jean connaissait ses amis, combien il les aimait, mais réalisez combien il craignait pour eux, et pour nous.
Il est facile d’imaginer les débuts de la vie en Christ pour ces croyants du premier siècle. J’ai prêché à plus de soixante nations du monde. J’ai vu des milliers de personnes écouter la Bonne Nouvelle de Jésus, de sa vie, sa mort et sa résurrection. J’en ai vu beaucoup littéralement courir pour accepter le Christ comme Sauveur et Seigneur de leur vie. J’ai été témoin de leur enthousiasme, j’ai été réjoui par leur croissance nouvelle et rapide. Ensuite, comme Jean, j’ai vu s’éteindre le premier amour. J’ai vu des hommes et des femmes s’engager sur le chemin de la foi et l’abandonner ensuite peu à peu, cédant de nouveau à l’immoralité, à l’idolâtrie et à l’auto-destruction. J’en ai connu d’autres qui, après avoir accepté le Christ, sont restés fidèles jusqu’à la fin – tout en vivant des moments de sacrifice et de souffrance sur le chemin.
Au souvenir de mes nombreuses années d’évangéliste, je me pose cette question : ai-je donné à la foi chrétienne un caractère de trop grande facilité ? Avant même d’avoir entendu l’expression, j’ai toujours gardé présent à l’esprit ce que Bonhoeffer avait appelé « la grâce à bon marché ». Car c’est « par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. point par les œuvres afin que personne ne se glorifie ». Evidemment, notre salut était le résultat de l’œuvre de Christ en nous, par sa vie, sa mort et sa résurrection, et non le résultat de nos propres actions. Nous pouvons bien sûr lui faire confiance pour achever son œuvre en nous. Dans ma hâte à distribuer le merveilleux don de Dieu, ai-je été sincère quant au prix qu’il a payé lors de son combat avec l’ennemi ? Ai-je été explicite quant au prix que nous devons payer lors de notre combat avec l’ennemi agissant dans nos vies et autour de nous ?
Jean se souciait de son troupeau en transcrivant sa vision du monde actuel (où le mal est roi) et du monde à venir (où Dieu rétablira la justice et la paix). Il parlait de la guerre des mondes, des hommes, des femmes qui luttent et meurent sur le champ de bataille. Au centre de cette vision, il parlait de Jésus, le Seigneur du monde futur, qui est venu sur terre pour sauver l’humanité (de part et d’autre du champ de bataille) et la guider au travers des lignes ennemies pour la reconduire au bercail en toute sécurité.
L’Apocalypse n’est pas un mémoire universitaire destiné à des rencontres de théologiens. Ce n’est pas non plus un poème composé par un génie brillant dans le but de divertir et de distraire. Ce n’est pas le journal d’un vieil homme sénile aux hallucinations déplacées, provoquées par son isolement et sa solitude. L’Apocalypse est la lettre d’un pasteur à sa faible paroisse, un télégramme urgent porteur d’une stratégie savante pour un peuple au combat. Elle reflète dans toute sa réalité l’horreur et le déchirement d’un champ de bataille sanglant, jonché de cadavres. Jean n’a pas peur des mots, de la crainte qu’ils inspirent, mais il expose un plan de victoire – sinon pour chaque combat, du moins pour la guerre.
C’est pourquoi j’écris ce livre. Comme Jean, j’ai entendu l’écho lointain de la cavalerie. J’ai vu les cavaliers du mal poindre à l’horizon de nos vies. Je reste l’évangéliste dont la priorité est de proclamer la vie nouvelle en Christ, et malgré les grandes difficultés qui vont s’abattre sur le monde et sur nous-mêmes, les quatre cavaliers de l’Apocalypse nous apportent un message de mise en garde et de sagesse en prévision des jours sombres.