Après ce premier appel, Abram partit d’Our – en emmenant son père et sa famille. Il s’agissait d’une migration d’un clan familial sur 1000 km depuis Our sur l’Euphrate jusqu’à Harân en Syrie mésopotamienne. Les deux villes étaient des centres de culte lunaire, pratiqué sans doute par les ancêtres d’Abraham (voir Josué 24.2). C’est la raison pour laquelle Dieu avait demandé à toute la famille de quitter Our.
Les deux familles ont certainement emprunté la route commerciale le long de l’Euphrate, en passant par l’étroit désert du nord de la Syrie, et en suivant la vallée de l’Oronte qui débouche au sud de Canaan. C’était une route infestée de bandes de pillards belliqueux.1
1 Dans ces déplacements, il est question de chameaux (Genèse 12.16 ; 24.10). Certains critiques prétendent qu’ils n’ont été domestiqués que plusieurs siècles plus tard. Il est vrai qu’ils ne sont pas cités dans des textes, mais ils apparaissent dans l’iconographie dès le 3e millénaire. De plus, les fouilles de Mari (déc. 1961) ont mis au jour, dans la ville, des ossements de chameaux et une jarre ornée d’un bestiaire dans lequel on reconnaît nettement le chameau. Du moment que l’on trouve leur trace en pleine ville, c’est qu’ils étaient domestiqués.
Harân était l’endroit où les caravanes quittaient la plaine de l’Euphrate pour s’enfoncer dans le désert.
D’après Actes 7.3, Dieu avait appelé Abram à quitter « son pays et sa parenté ». Il a quitté son pays d’Our et ses amis, mais pas sa parenté – qui est partie avec lui et s’est arrêtée à Harân sans aller jusqu’au pays que Dieu avait promis à Abram. Ils sont restés quinze ans à mi-chemin. Harân est au bord du désert qu’il fallait traverser pour parvenir au pays « où coule le lait et le miel ».2 Il a fallu que Dieu coupe les liens avec la parenté par la mort de Térah. Alors, il a appelé Abram une seconde fois (Genèse 12.1).
2 Voir dans EDB l’entrée Genèse 12.4 : Cette ville de Harân a-t-elle laissé des traces dans l’Histoire ?
« Il est très important de veiller au choix des personnes que nous prenons avec nous dans notre pèlerinage. Nous pouvons prendre un bon départ d’Our, mais si nous prenons Térah avec nous, nous n’irons pas loin » (F.B. Meyer). Cette loi est valable pour le mariage comme pour les associations d’affaires.
Térah, comme ses compatriotes, adorait « d’autres dieux ». Donc, Abram ne fut pas élevé dans un foyer où l’on révérait l’Eternel. Il a fallu que Dieu lui-même implante la vraie foi dans son cœur.
« Le voyage de Térah rapporté en Genèse 11.31 était le résultat d’une révélation faite par le ‘Dieu de gloire’ à Abram, mais il ne semble pas que Térah ait jamais reçu de semblable révélation de la part de Dieu. Il nous est plutôt présenté comme une entrave, car ce n’est qu’après sa mort qu’Abram atteignit le pays de Canaan – sa destination fixée par Dieu lui-même » (C.H. Mackintosh Notes sur la Genèse, p. 9). «énbsp;Plus tard, l’histoire de Laban illustrera le même principe ».
Abram va de Our à Harân. C’était une première étape. Il a emmené son père (contrairement à l’ordre divin) ; est-ce lui qui a refusé d’aller plus loin ? Dieu n’abandonne pas la partie. Il attend que les conditions pour une nouvelle étape se donnent d’elles-mêmes. Ce fut le cas lors de la mort de Térah. Dieu fait entendre son appel une deuxième fois. Il agit aussi avec nous selon sa grâce et non selon ce que nous aurions mérité. Par des pas de foi progressifs, Abraham sera préparé à l’épreuve du Morija. Ces étapes passent par des séparations : d’abord d’avec son père, puis d’avec Lot. Dieu est aussi parfois obligé de couper des relations qui nous empêchent de progresser et nous avons l’impression d’être de plus en plus isolés (par rapport à des liens du monde). La parole de Nietzsche se vérifie : « Seul celui qui change reste parent avec nous » – à condition de changer dans le même sens ! En regardant notre chemin des dernières années de vie chrétienne, nous avons souvent l’impression que des amitiés qui nous étaient chères autrefois se sont distendues pour être remplacées par d’autres plus précieuses. Dieu compense largement ce que nous lâchons par obéissance à sa parole.
Après la mort de Térah, Abram obéit à l’ordre de Dieu (Genèse 12.1). « Dieu appelle Abram et Abram lui répond. Dieu a trouvé Abram, Abram a trouvé Dieu ! Le grand miracle de la rencontre s’est produit. Maintenant, quelque chose de nouveau a commencé. Le projet de salut de Dieu peut alors prendre forme à partir de la fragilité de cette rencontre » (Roland Benz, Abraham partenaire de Dieu Lausanne P.B.U. 1982, p. 6). Dieu a trouvé un partenaire qui se fie à sa parole : il peut le bénir.
Lorsqu’on a quitté son pays, tout n’est pas encore gagné. Israël a quitté l’Egypte (symbole du monde), mais a dû passer par le désert avant d’entrer en Canaan. Ce fut pour le peuple une épreuve quotidienne : s’attendre jour après jour aux dons de Dieu. Bien rapidement, les gens se sont mis à regretter leur ancienne condition (« les oignons et les pots de viande d’Egypte ») en idéalisant la vie d’esclavage qu’ils avaient connue. Dès que nous sommes fatigués de la vie de foi, nous jetons nos regards en arrière vers ce que nous avons quitté.