L’école critique prétend que les premiers récits de la Bible ne sont que des reprises des traditions mésopotamiennes.
Après avoir analysé en détail les différentes traditions du Moyen Orient, l’archéologue Kenneth Kitchen conclut : « Il semble donc que les premiers récits de la Genèse ne soient ni des compilations tardives, ni la légende mésopotamienne expurgée. Il est presque certain que ces récits et leurs proches cousins mésopotamiens constituent des témoignages parallèles mais largement indépendants des traditions anciennes que les populations sumériennes, akkadiennes et sémitiques occidentales qui composaient la Mésopotamie, avaient en commun depuis des âges très reculés et jusqu’au début du 2e millénaire av. J.-C… Ces peuples croyaient fermement en une création d’origine divine, en un châtiment divin manifesté sous forme d’un déluge exceptionnel ayant constitué un lointain événement historique, distinct des inondations ordinaires, courantes en Mésopotamie » (K. A. Kitchen Traces d’un monde p. 50).
« Les récits de Genèse 1-11 ont des parallèles dans beaucoup de peuples du Proche Orient ancien ; on trouve partout la séquence suivante : création du monde et de l’humanité, rupture entre l’humanité et la divinité, déluge et recommencement » (Id. p. 34).
Beaucoup d’historiens critiques ont fait dériver le récit biblique des récits babyloniens de la création. Aujourd’hui, cette idée est complètement abandonnée par les spécialistes de l’assyriologie, car il y a trop de divergences importantes entre les deux récits.
La comparaison du récit biblique avec les récits babyloniens montre la nette supériorité du premier chapitre de la Genèse sur tous ces mythes. Dans le plus célèbre d’entre eux, le récit Enumah Elish, la création des hommes est due au fait que les dieux ne voulaient plus préparer leurs repas ni nettoyer leurs temples.
Suivant la thèse évolutionniste, les hommes auraient commencé par être polythéistes ; c’est peu à peu qu’ils auraient évolué vers le monothéisme. Or, l’archéologie et l’anthropologie ont prouvé que le monothéisme était la religion primitive de l’humanité, en particulier dans les religions sumériennes et sémitiques. Le polythéisme s’est installé après un déclin (Stephan Langdon). Toutes les religions primitives croyaient en une vie future. C’est ce que prouve par exemple le prisme cunéiforme (dans l’Ashmolean Museum d’Oxford) écrit vers 2050 av. J.-C.
En Egypte, sous Amenhotep III (Amenophis en grec, env. 1411-1375) eut lieu un réveil du monothéisme primitif sous l’influence de la reine Thyi et de la femme d’Akhenaton : Nefertiti.1
1 Akhenaton (Amenophis IV env. 1375 à 1354 av. J.-C.) fut le vrai monothéiste qui ne reconnaissait que Aton, le disque solaire. Il a imposé le monothéisme à toute l’Egypte. Son fils Toutankhamon a rétabli les dieux anciens.
Que faut-il penser de ces histoires de géants qui auraient peuplé la terre ?
Comme preuve de l’existence de « géants » aux forces surhumaines, M. Renneteau cite un certain nombre de témoignages archéologiques émanant par exemple d’El Eladrillado au Chili où le sol est couvert de plus de 200 blocs de pierre rectangulaires, à la surface parfaitement polie. Ils ont 4 à 5 m de haut et 6 à 9 mètres de long. 233 d’entre eux sont disposés pour former ce qui semble être un amphithéâtre. En Bolivie, sur un plateau de près de 4000 mètres d’altitude se trouve une vaste cité antique dont les murs sont faits d’énormes blocs de grès pesant une centaine de tonnes, surmontés d’autres blocs de 60 tonnes. Tous ces blocs sont parfaitement polis et ajustés par des crampons de cuivre. La « porte du soleil » est taillée dans un bloc de 10 tonnes. Le grand menhir de Carnac, brisé en 4 fragments, a pesé primitivement 340 tonnes. D’autres mégalithes de Bretagne ont été cassés en l’an 1000 de notre ère pour lutter contre les cultes païens célébrés à cet endroit. Le plus grand d’entre eux pèse 35 tonnes. On leur attribue un âge de 3000 à 4500 ans. Ils dateraient donc d’avant le déluge. Il faut ajouter à ces exemples les géants de pierre de l’Ile de Pâques qui mesurent jusqu’à 12 m de haut et pèsent plus de 80 tonnes. Personne n’a jamais pu expliquer comment ces énormes monolithes ont pu être transportés de la seule carrière de l’île, à plusieurs kilomètres de là, jusqu’à leur emplacement actuel. (D’après Ombres dans la Bible 1 p. 24-28).
L’histoire du déluge a été classée par l’Ecole critique parmi les légendes primitives. Pourtant, elle était bien connue dans l’antiquité : les fouilles archéologiques ont mis au jour un bon nombre de textes qui s’y rapportent. La liste des rois de Sumer qui date de 2000 av. J.-C. commence avec le déluge. Des documents hittites du milieu du 2e millénaire av. J.-C. trouvés en Asie mineure mentionnent aussi une recension akkadienne du récit de Gilgamesh.2
2 Sumer : prisme des rois sumériens voir une représentation dans Bible et archéologie p. 43. Voir une reproduction d’une tablette babylonienne portant l’épopée de Gilgamesh dans A. Millard Trésors des temps bibliques p. 42. Des pierres qui parlent p. 42 ; voir une représentation d’une tablette rapportant le récit d’Emunah Elish dans Bible et archéologie p. 42, le récit de Gilgamesh p. 45.
Le déluge a laissé des traces dans divers écrits mésopotamiens (sumériens, babyloniens, assyriens), dans les épopées de Gilgamesh, d’Athrahasis et dans le récit de Bérose. Ces différents écrits, malgré leurs différences, se rapportent au même fait raconté par la Bible. D’ailleurs, on trouve des traditions qui en parlent dans le monde entier.
Dans tous les récits mésopotamiens du déluge on trouve les éléments suivants : 1° la (les) divinité(s) décide(nt) de châtier les hommes par un déluge ; 2° on prévient un certain homme et on lui dit de construire un bateau afin de se sauver avec sa famille et les animaux ; 3° un déluge détruit le reste des hommes ; 4° le bateau échoue sur une montagne ; 5° on envoie des oiseaux pour voir s’il existe des terres habitables ; 6° le héros offre un sacrifice à la divinité ; 7° l’humanité se renouvelle sur la terre (d’après K.A. Kitchen Traces d’un monde p. 38, qui ajoute : « Toute possibilité d’emprunt des versions babyloniennes ou sumériennes par le récit hébreu ou vice-versa est à exclure »).
Paul Lawrence compare l’épopée de Gilgamesh au récit de la Genèse. Il relève des différences importantes dans un tableau synoptique (Atlas de l’histoire biblique p. 17). Le bateau de Gilgamesh était un cube qui n’aurait cessé de tourner sur lui-même et, à l’intérieur, les animaux auraient tous été malades, alors que le bateau de Noé avait des proportions de 6 sur 1 qui lui conféraient une très grande stabilité. Le déluge de Gilgamesh n’a duré que 6 jours et 7 nuits. Ut-napishtim envoie d’abord l’oiseau le plus faible (la colombe) alors que Noé commence par envoyer l’oiseau le plus résistant, le corbeau.
Des documents sumériens datant de 2300 av. J.-C. citent cinq villes d’avant le déluge. Toutes les civilisations tracent leur origine dans le Caucase, où se trouve le Mont Ararat sur lequel a échoué l’arche (citations dans le Livre des morts égyptien, Hérodote...). Parmi les tablettes cunéiformes d’Ur-en-Chaldée mises au jour, on en a trouvé une dans laquelle un roi se vante « d’aimer lire les écritures de l’âge d’avant le déluge » (n’auraient-elles pas été détruites ?).
Un cataclysme d’une telle ampleur a dû normalement laisser une trace constatable sur le sol. Deux archéologues, L. Wooley et St. Langdon ont cru l’avoir retrouvée dans une couche stérile de 2,70 m à 3,70 m séparant deux strates remplies de déchets de poteries. Au milieu du 20e siècle, une demi-douzaine de chantiers exploraient les différents sites concernés. Malheureusement, les dates proposées par les archéologues ne concordent pas et les dépôts des différents lieux ont des épaisseurs très variées.
Alan Millard3 dit : « Il ne fait aucun doute que le déluge a été perçu comme un événement catastrophique dont l’histoire humaine a conservé le souvenir durant toute la civilisation babylonienne. De nombreux écrits s’y réfèrent comme à un fait historique… Pourtant nous ne sommes pas sûrs que les dépôts de limon et d’argile découverts en soient une trace » (Des pierres qui parlent p. 39). Peut-être faut-il rechercher les traces du déluge « dans les témoignages géologiques plutôt qu’archéologiques » (P. Lawrence Atlas p. 17).
3 Professeur (maintenant retraité) de langues anciennes du Moyen Orient à l’Université de Liverpool. Auteur de plusieurs ouvrages d’archéologie traduits en français (voir bibliographie).
Plusieurs expéditions au Caucase ont cherché les restes de l’arche de Noé. L’entreprise était hasardeuse car, d’abord, ce nom d’Ararat couvrait une vaste région de l’ancien pays de Ourartou où il existe plusieurs Monts Ararat (« L’Ararat est en fait le nom hébreu du royaume d’Ourartou qui, au 8e siècle av. J.-C. comprenait une grande partie de l’actuelle Turquie orientale » (P. Lawrence Atlas p. 17).
Ensuite, depuis quelques milliers d’années, le bois a eu le temps de pourrir au point qu’il n’en reste plus rien. Les morceaux de bois trouvés sur l’une des montagnes et que l’on prétendait provenir de l’arche se sont avérés au test du carbone C 14 provenir des 7e ou 8e siècle après J.-C.
Quelle fut l’étendue du déluge ? Rendle Short dit à ce sujet : « Dans la Bible — comme dans n’importe quel livre ancien — les mots sont utilisés dans le sens qu’ils avaient à l’époque de la rédaction et non dans celui qu’ils ont aujourd’hui. C’était le monde connu alors qui fut submergé par le déluge, et les animaux connus à cette époque qui ont été préservés. Nous ne croyons pas qu’Abraham a quitté le monde parce que le même mot est employé dans Genèse 12.1 que celui qui est traduit par terre dans le récit de la création. Nous ne pensons pas non plus que ‘tous les rois de la terre’ qui ‘recherchaient la présence de Salomon’ incluaient les souverains du Japon et de l’Australie. Comme lorsqu’il est dit que des hommes ‘de toutes les nations sous le ciel” écoutaient Pierre le jour de la Pentecôte, il est évident que cela signifie : toutes les nations du monde connu alors » (Archaeology Gives Evidence p. 20).
G. Archer fait aussi remarquer que l’hébreu ‘eres’ traduit constamment par « terre » est aussi le mot pour « pays » (par ex. le pays d’Israël, le pays d’Egypte). Pour désigner toute l’étendue de la terre ou le monde dans son ensemble, il y a un autre mot : tebbel. Or, ce mot n’apparaît nulle part dans ce récit. On devrait donc traduire Genèse 6.17c : « tout ce qui est dans le pays mourra », c.-à-d. tout dans toute la région géographique impliquée par le contexte et par la situation donnée.
Un déluge universel, dit Archer, soulève d’énormes problèmes scientifiques : 1° Pour recouvrir les sommets de l’Himalaya, il faudrait huit fois plus d’eau que notre planète n’en contient actuellement. 2° où pourrait-elle s’écouler ? L’atmosphère ne pourrait pas absorber cette énorme quantité de vapeur d’eau. 3° Aucune plante n’aurait pu survivre à une immersion dans l’eau pendant plus d’un an. 4° On trouve dans certaines régions de la terre des preuves qu’elles n’ont pas été submergées (des cendres volcaniques datant d’avant le déluge).
Mais la théorie d’un déluge local soulève autant de difficultés qu’un déluge universel (le mont Ararat où l’arche s’est posée a plus de 5000 m). Ou bien faut-il supposer que ce mont était moins élevé qu’aujourd’hui ?
Partout en Mésopotamie, on a trouvé de nombreuses tours appelées ziggourat. Celle d’Ur a plus de 60 m de long sur 45 m de large. Sa hauteur primitive est inconnue (puisque l’érosion l’a beaucoup diminuée). Elle était construite avec des briques cuites au four assemblées par du bitume. Le mot ziggourat signifie : colline du ciel, ce qui rappelle l’expression biblique d’une tour qui atteigne le ciel. Un document babylonien rapporte que le dieu Mardouk a ordonné de construire un temple dont les fondations soient solides et dont la pointe atteigne le ciel. Comme le sommet de la ziggourat était couvert d’un temple appelé « le ciel », on peut aussi comprendre le document babylonien comme signifiant que la tour devait se terminer par un temple.
Le roi Our-Nammou de la 3e dynastie d’Ur (2044-2007 av. J.-C.) a reçu de son dieu l’ordre d’ériger une ziggourat. La scène est représentée sur une stèle de 3 m de haut et d’1 m 50 de large. Sur le haut de la stèle, le roi se tient dans une attitude de prière. Au-dessus de sa tête, on voit le symbole du dieu lunaire Nanna. A sa droite, on discerne des figures d’anges portant des vases d’où découlent des fleuves de vie.
Une tablette trouvée au même endroit que la stèle rapporte que « l’érection de cette tour a rempli les dieux de colère. En une nuit, ils ont renversé ce que les hommes avaient construit et les empêchèrent de continuer. C’est pourquoi, ils furent dispersés hors du pays et leur langue fut étrangère ».4
4 Cité par RT. Boyd Hügel, Gräber, Schätze p. 111.
On trouve, dans ces traditions, des échos lointains du récit biblique. L’archéologue André Parrot a consacré tout un volume des Cahiers d’Archéologie biblique à La tour de Babel (1954). Il y fait part des constatations décevantes faites par ceux qui ont fouillé le site. « L’emplacement a été retrouvé très exactement au lieu appelé aujourd’hui es-Sachn, mais les constatations furent désolantes. La ziggourat était plus qu’en ruines. Xerxès en avait naguère entrepris la démolition (478 av. J.-C.). Pour la reconstruire, Alexandre le Grand avait ordonné d’en évacuer d’abord les décombres, tâche gigantesque, commencée mais non achevée. Les Arabes, considérant qu’il y avait là un stock inespéré, y étaient venus puiser au cours des siècles, d’excellentes briques cuites, pour leurs propres constructions. Lorsque Koldewey arriva en 1899, le mal était irréparable. Il n’avait plus devant lui qu’une carrière dont il réussit pourtant à tirer une architecture.
«La ziggourat de Babylone avait reçu le nom de E-temen an-ki (= maison du fondement du ciel et de la terre). Dressée dans un gigantesque téménos de forme sensiblement rectangulaire (456 m × 412 m pour les plus grandes dimensions), elle n’a pu être retrouvée qu’en plan. Sur une fondation carrée (chaque face mesure un peu plus de 91 mètres), elle était faite d’un noyau de brique crues (c’est-à-dire séchées au soleil) dans un solide coffrage en briques cuites de 15 mètres d’épaisseur ».
D’après la tablette de l’Esagil et les écrits d’Hérodote, la ziggourat se dressait à plus de 81 m au-dessus de la cour, c’est-à-dire qu’elle dominait de sa masse puissante les terrasses de Babylone la Grande. Aujourd’hui, il n’y a plus qu’un grand trou plein d’eau (rempli par des infiltrations de l’Euphrate tout proche). Comment ne pas réentendre la parole prophétique : « A cause de la colère de l’Eternel, elle ne sera plus habitée. Elle ne sera plus qu’une solitude » (Jérémie 50.13) ?
On ne peut se faire une image de la ziggourat de Babel qu’avec les restes de ziggourats de la région (Uruk, Borsippa, Dur-Kurigalzu) où l’on montait à la tour par un triple escalier.
Des tablettes sumériennes rapportent qu’autrefois tous les peuples parlaient la même langue. Alors le dieu Enki sema la confusion parmi les hommes. Les Babyloniens racontent que les dieux détruisirent une tour sacrée « puis dispersèrent les hommes et rendirent leur langage étrange ».5
5 Babel : voir Images du monde biblique p. 12.