Baptisé et rempli de l’Esprit

Chapitre II

La promesse de l’Esprit

« L’Esprit n’était pas encore (donné) parce que Jésus avait pas encore été glorifié. » (Jn. 7. 39)

Dans l’Ancien Testament

L’ère de l’Esprit sera inaugurée par la venue du Messie, c’est-à-dire de l’Oint sur lequel l’Esprit reposera (Es. 11.1-2 ; 42.1 ; 59.21 ; 61.1). Elle sera caractérisée par l’effusion de l’Esprit « sur toute chair » (Joë. 2. 28-29 ; cf. Es. 32.15).1 « Je mettrai mon Esprit en vous » (Ez. 11.19 ; 36.26 ; 37. 14). Donc a) les Juifs ne seront plus les seuls bénéficiaires de l’Esprit de Dieu, b) l’œuvre de cet Esprit sera intérieure, c) il transformera le cœur et la vie des croyants (Jé. 31.33 ; Ez. 36.27).

1 Dans l’Ancien Testament, « l’Esprit est normalement réservé à certains êtres choisis en vue de diriger le peuple ; cependant, sa présence en eux s’avère comme une présence sporadique. » P. Reymond : Le Saint-Esprit (150), p. 31. Voir R. Pache : La Personne et l’œuvre du Saint-Esprit (133), II, 1 : Le Saint-Esprit dans l’Ancien Testament.

Dans les évangiles

Les mentions de l’Esprit dans les évangiles sont relativement rares — comparativement aux Actes et aux épîtres. Ce fait étonnant est un excellent témoignage à leur historicité et un démenti flagrant à la théorie moderne qui en fait le reflet des préoccupations de l’Eglise primitive. En effet, comme le dit M. Green : « Nous savons que l’Eglise primitive était sursaturée de l’expérience de l’Esprit et le silence relatif des évangiles à ce sujet nous prouve manifestement que nous pouvons faire entièrement confiance à leur vérité historique puisque leurs auteurs n’ont pas transposé les conditions de leur situation (après la résurrection) dans les jours du ministère terrestre de Jésus. »2 « La raison de ce silence, poursuit-il, est évidente ; l’Esprit était lié à la personne de Jésus. » Par conséquent, il ne pouvait être répandu avant que le Messie eût achevé sa mission et qu’il fût remonté au ciel.

2 I believe in the Holy Spirit (72), p. 48.

Relevons, dans les évangiles, toutes les mentions de l’Esprit qui se rapportent aux disciples :

A. DANS LES ÉVANGILES SYNOPTIQUES

1. La prophétie de Jean-Baptiste qui résume en une phrase l’œuvre du Messie : « Il vous baptisera dans le Saint-Esprit » (Mt. 3.11 et parallèles). Nous l’étudierons au chapitre V.

2. « Quand on vous livrera (aux tribunaux). ce que vous aurez à dire vous sera donné à l’heure même ; ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous » (Mt. 10.20 ; Mc. 13.11 ; Lu. 12.12).

3. « Faites de toutes les nations des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » (Mt. 28.19).

4. « Combien plus le Père céleste donnera-t-il de l’Esprit-Saint à ceux qui le lui demandent » (Lu. 11.13).

Faut-il donc prier pour recevoir le Saint-Esprit ? Certains interprètes disent que cette recommandation ne s’adressait qu’aux disciples avant la Pentecôte, d’autres appliquent cette prière aux inconvertis qui demandent la venue initiale de l’Esprit dans leur cœur. Ces explications ne sont guère satisfaisantes : si Luc nous a conservé cette parole, c’est qu’elle est aussi pour nous. D’autre part, Jésus évoque ici les relations de Père à enfants, il est donc plus normal d’appliquer cette promesse à des enfants de Dieu.

F.F. Bruce fait observer qu’il n’y a pas d’article défini devant Saint-Esprit, « ce qui fait penser qu’il ne s’agit pas de la personne du Saint-Esprit, mais de ses dons ». Cette explication est d’autant plus probable que, dans le passage parallèle de Mt. 7.11, Jésus dit : « Combien plus votre Père céleste donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui le lui demandent. » Les bonnes choses sont les dons du Saint-Esprit, et l’ordre de les demander est valable encore aujourd’hui, aussi bien qu’au moment où ces paroles furent prononcées (cf. 1 Co. 12.31 ; 14.1 ; Ja. 1.5ss.). D’ailleurs, l’un de nos plus anciens manuscrits — le Papyrus 45 — porte : « un bon don » à la place de « Saint-Esprit » dans Lu. 11.13. »3

3 F.F. Bruce : Answers to questions (29), p. 53.

En demandant à Dieu une plus grande mesure de son Esprit, nous sommes assurés de recevoir toutes les « bonnes choses » que le Père a préparées pour nous.

B. DANS L’ÉVANGILE DE JEAN

C’est dans l’évangile de Jean que nous trouvons les promesses les plus nombreuses et les plus précises au sujet du Saint-Esprit.

1. Dans l’entretien avec Nicodème

« Si un homme ne naît d’eau et d’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu… ce qui est né de l’Esprit est esprit. il en est ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit » (Jn. 3.5, 6, 8). Jésus faisait certainement allusion, pour ce « docteur d’Israël », aux prophéties de l’Ancien Testament qui associaient l’eau (qui parle de purification) et l’Esprit (qui prédit le renouvellement intérieur). Il pensait sans doute plus spécialement à Ez. 36.25-27 : « Je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés ; je vous purifierai de toutes vos souillures et de toutes vos idoles. Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau. Je mettrai mon esprit en vous. »4

4 Voir R. Doulière : Naître d’eau et d’Esprit ICHTHUS No 19 (1.72), pp. 25-28.

L’Esprit joue donc le rôle essentiel dans la nouvelle naissance.

2. L’Esprit n’était pas encore

« Le dernier jour, le grand jour de la fête (des Tabernacles), Jésus se tenant debout (alors qu’il enseignait généralement assis) s’écria : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive. Celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive couleront de son sein, comme dit l’Ecriture » (Jn. 7.37-38).

Au cours de cette fête, tout le peuple descendait chaque jour à la source de Siloé où le prêtre remplissait une cruche d’or. Après être remonté au Temple, il montait sur l’autel des holocaustes et répandait l’eau au son des trompettes et au milieu des acclamations joyeuses. Tout le peuple chantait : « Vous puiserez de l’eau avec joie aux sources du salut » (Es. 12.3). Le rite devait rappeler à ceux qui, pendant cette fête, se souvenaient de la traversée du désert, les rochers dont Dieu avait fait jaillir de l’eau (Ex. 17.1-7 ; Nb. 20.1-13). C’est à ce rite et ce rappel que Jésus raccroche, sans doute, son appel solennel ; comme il est le vrai temple (Jn. 2.19), le vrai serpent d’airain (3.14), la vraie manne (6.32), la vraie nuée lumineuse (8.12)…, il est aussi le vrai rocher frappé qui étanche la soif de ceux qui traversent le désert de ce monde. Il est l’accomplissement de tous ces signes. Jésus combine l’image de l’eau qui désaltère le voyageur assoiffé à celle d’un fleuve qui répand la vie dans une terre aride. A quel texte le Seigneur faisait-il allusion en ajoutant : « comme dit l’Ecriture » ? Les prophètes emploient souvent cette image : « Des eaux jailliront dans le désert, et des ruisseaux dans la solitude. La terre desséchée se changera en sources d’eau. Tu seras comme un jardin arrosé, comme une source dont les eaux ne tarissent pas » (Es. 35.6-7 ; 58.11 ; cf. Jé. 31.12).

L’explication de Jean (« il dit cela de l’Esprit ») nous fait pencher vers Es. 44.3 : « Je répandrai des eaux sur le sol altéré et des ruisseaux sur la terre desséchée  je répandrai mon esprit sur ta race et mes bénédictions sur tes rejetons. »

La prophétie d’Esaïe est au futur. Elle le reste dans la bouche de Jésus puisque son appel concerne le temps qui suivra son ministère terrestre, « car l’Esprit n’était pas encore (donné) parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié » (v. 39).

Nous remarquons : a) Esaïe emploie la même expression que Joël 2.28 cité par Pierre le jour de la Pentecôte : « Je répandrai mon esprit ». Cette constatation jointe à la remarque de Jean (v. 39) nous fait situer l’accomplissement de la promesse de Jésus à la Pentecôte.

b) La seule condition posée par Jésus à ceux qui désirent « recevoir l’Esprit » est de croire en lui (v. 38).

c) J. Stott fait remarquer que tous les verbes sont au présent : Celui qui reste assoiffé, qu’il vienne constamment à moi, qu’il boive (et continue de boire). Celui qui continue de croire en moi. « Le chrétien est, sur le plan spirituel, un buveur invétéré (un dipsomane) : toujours assoiffé, toujours en train de boire. »5 Il ne s’agit donc pas uniquement de la réception initiale de l’Esprit, mais de la marche constante par l’Esprit.

5 Baptism and Fullness (178), pp. 53-54.

d) L’eau bue devient « fleuves d’eau vive ». La plénitude de l’Esprit découle du même acte de foi que sa réception. Cette plénitude est destinée, d’après les prophéties de l’Ancien Testament citées par Jésus, à se répandre en bénédictions sur les autres. Comme nous le voyons dans les Actes, la plénitude de l’Esprit mène à l’évangélisation.

3. Le Paraclet

« Je prierai le Père et il vous donnera un autre Consolateur » (Jn. 14.16). Jésus appelle le Saint-Esprit « un paraclet ». Ce mot signifie littéralement « celui qui est appelé auprès de quelqu’un ». Il a la même étymologie que advocatus, avocat, terme par lequel le mot paraclet est généralement traduit dans 1 Jn. 2.1. On peut appeler quelqu’un pour nous défendre, nous aider, nous soutenir, nous conseiller ; il peut nous consoler, nous reprendre, nous exhorter. Le verbe parakaléô qui correspond au substantif paraklétos est habituellement traduit par exhorter ou encourager. Le mot « consolateur » n’évoque donc qu’un des aspects divers du paraclet.

Le Saint-Esprit est un autre paraclet, non pas différent (hétéros) de Jésus, mais de la même essence (allos), du même genre que lui.

« Je ne vous laisserai pas orphelins. Je viendrai à vous » (Jn. 14.18). « Rien de ce qui constitue la personnalité du Saint-Esprit incarnée en Jésus ne sera perdu lorsque les disciples l’expérimenteront comme le Paraclet. Jean piétine toutes les règles de la langue grecque lorsqu’il emploie un pronom masculin pour parler de l’Esprit (neutre en grec) » (M. Green).6 Le Saint-Esprit reprend le rôle de Jésus auprès des disciples. C’est un « autre Jésus » envoyé pour le « remplacer parmi les disciples et faire pour eux ce que leur Maître a fait pour eux sur la terre. Plus que cela : il les équipe pour leur mission, exactement comme il a équipé Jésus pour la sienne ».7

6 I believe in the Holy Spirit (72), p. 43.

7 I believe in the Holy Spirit (72), p. 45.

Il sera reçu comme Jésus l’a été : « Comme le monde a refusé d’accepter Jésus, ainsi il refusera d’accepter le Paraclet (1.10, 11 ; 14.7). Comme Jésus a rendu témoignage au milieu de l’hostilité des hommes auxquels il disait la vérité (7.7), ainsi en sera-t-il de l’Esprit » (16.8).8

8 Id. Ibidem.

« Afin qu’il demeure éternellement avec vous, l’Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir… il demeure auprès de vous, et il sera en vous » Jn. 14.16, 17). Comme le fait remarquer F. Horton, les trois prépositions employées ici (meth’humôn : au milieu de vous — par humin : auprès de vous — en humin : en vous) résument les étapes successives du rapprochement de Dieu d’avec son peuple.9 Au milieu de caractérise la relation de Dieu avec son peuple sous l’ancienne alliance. Par Jésus, Dieu était présent auprès des siens ; dans l’ère de l’Esprit, encore future au moment où Jésus en parle, l’Esprit viendra habiter en eux.

9 La promesse de l’Esprit (92), p. 5.

Voilà pourquoi Jésus dit à ses disciples qu’il leur est avantageux qu’il s’en aille ; « car si je ne m’en vais pas, le Consolateur ne viendra pas vers vous : mais si je m’en vais, je vous l’enverrai » (Jn. 16.7). La venue de l’Esprit est donc liée au départ de Jésus. Jésus ne donnera pas le Saint-Esprit à ses disciples avant l’Ascension, il le leur enverra lorsqu’il aura été élevé dans la gloire (v. Ac. 2.33).

4. Le ministère du Saint-Esprit auprès des disciples

En plus des fonctions contenues dans le nom Paraclet, l’Esprit-Saint sera pour les disciples :

a) « l’Esprit de vérité » (14.17 ; 15.26 ; 16.13). Il les « conduira dans toute la vérité (ou : vers la vérité tout entière) » (16.13). Jésus était la vérité (14.16). En partant de cette terre, la vérité ne redevient pas inaccessible : elle revient sous la forme de l’Esprit promis.

Jésus précise son rôle : Il « vous enseignera toutes choses et vous rappellera ce que je vous ai dit » (14.26). Cette promesse concernait donc, en premier lieu, les apôtres qui ont communiqué les vérités que l’Esprit leur a révélées (1 Co. 2.13) aux Eglises qu’ils ont fondées. Les livres du Nouveau Testament sont, pour nous, les dépositaires de la vérité — celle qui s’était incarnée dans le Fils et qui a été communiquée par le Saint-Esprit aux apôtres. Une expérience authentiquement inspirée par le Saint-Esprit ne saurait donc conduire à un mépris de la vérité révélée dans les Ecritures ou à des contradictions avec elle.10 L’Esprit-Saint ne se contredit jamais.

10 Dans Signs of the Apostles (36) « An Examination of the New Pentecostalism », W.J. Chantry se plaint de ce que, dans le mouvement charismatique, les révélations en langues, les prophéties, les rêves, les visions relèguent la Bible au second plan et la remplacent dans bien des cas (p. 27). La communication « immédiate » des messages divins fait paraître bien mortes des paroles vieilles de dix-neuf siècles et plus. « Un aperçu général des réunions « charismatiques » révèle une bien piètre estime de la Parole de Dieu. Les paroles des prophètes du XXe siècle ravissent davantage les participants de ces réunions que les paroles du Christ et de ses apôtres consignées dans les Ecritures. C’est le message en langues qui les fait palpiter et leur donne la conviction que Dieu leur a parlé dans leur réunion. Au fur et à mesure que les « dons » augmentent, l’explication de la Parole de Dieu diminue. Les réunions sont remplies de « partage d’expériences », mais on n’y fait qu’occasionnellement allusion à la sainte Parole de Dieu. Beaucoup de ceux qui ont été entraînés dans ce mouvement font preuve d’une méconnaissance regrettable des éléments rudimentaires de la foi, parce qu’ils négligent la Parole. Ils vivent d’expériences visibles et émotionnelles, mais non de vérité » (p. 28). Ces fruits amers ne sont pas nécessaires et, dans beaucoup de groupes charismatiques, la Parole de Dieu redécouverte tient une place bien plus grande que les messages en langues. Cependant, le danger est réel.

« La pratique pentecôtiste nie, en fait, la pleine suffisance de l’Ecriture » (p. 30). Chantry rappelle que c’est par l’abandon de l’autorité souveraine des Ecritures que l’Eglise romaine a été conduite à élever au même rang que la révélation biblique les visions des saints et les décrets de papes. De fait, les milieux « catholiques pentecôtistes » insistent sur l’infaillibilité pontificale, la médiation de la Vierge, l’Eglise catholique romaine seule Eglise authentique (voir James W.L. Hills : The new Charismatics 1973, Eternity, 3.1973.) D’autres prétendent que, depuis qu’ils ont reçu le « baptême du Saint-Esprit », leur dévotion à la Vierge est plus vive, des messages en langues exaltent Marie. On est en droit de se demander si ce sont là des manifestations de « l’Esprit de vérité ».

b) « L’Esprit-Saint » (14.26). C’est le nom le plus courant de l’Esprit. C’est aussi tout un programme. « Puisque celui qui vous a appelés est saint, vous aussi soyez saints, car je suis saint » (1 Pi. 1.15-16). La Sanctification est le but de la rédemption (Ep. 1.4 ; 5.27 ; Col. 1.22 ; Hé. 13.12), elle est la volonté de Dieu pour son peuple (1 Th. 4.3, 7 ; Hé. 12.14). Etre sanctifié, c’est être transformé pour devenir de plus en plus semblable à Jésus-Christ (Ro. 8.29 ; Ep. 5.1-2 ; Phil. 2.5 ; 1 Pi. 2.21 ; 1 Jn. 2.6). Or « nous sommes transformés en cette même image, de gloire en gloire, comme par l’Esprit du Seigneur » (2 Co. 3.18).

Le Seigneur habite en nous par son Esprit, « pour que la justice de la loi fût accomplie en nous » (Ro. 8.4). « Vous vivez selon l’Esprit, si l’Esprit de Dieu habite en vous» (v. 9). « Si, par l’Esprit, vous faites mourir les actions du corps, vous vivrez » (v. 13). Ce même Esprit produit en nous les « fruits de l’Esprit : l’amour, la joie, la paix… » (Gal. 5.22-23). Cette sanctification par l’Esprit est une œuvre de longue haleine, maïs elle reste constamment l’objectif n° 1 du Seigneur pour ses enfants.

Si donc un baptême spirituel ne conduit pas à une sanctification plus grande, si même il abaisse les exigences morales et rend plus perméable aux tentations de « la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la vie » (1 Jn. 2.16), ce « baptême » ne vient certainement pas de l’Esprit-Saint.11

11 Des observateurs ont noté une corrélation entre des expériences émotionnelles appelées « baptême du Saint-Esprit » et une recrudescence de désordres moraux dans certains milieux de type pentecôtiste ou néo-pentecôtiste, en particulier un nombre impressionnant de relations sexuelles irrégulières (voir H. Dallmeyer : Die Zungenbewegung (45), p. 75.)

Beaucoup de gens semblent davantage préoccupés par leur bonheur que par leur sainteté. Ils recherchent avant tout des expériences exaltantes et joyeuses, mais comme le note Chantry, les premiers fruits d’une nouvelle expérience du Saint-Esprit sont plutôt la tristesse d’avoir péché, les pleurs et les regrets (Ez. 36.31 ; Za. 12.10). Là où ces fruits manquent, on peut se demander si c’est bien l’Esprit-Saint qui est à l’œuvre.12

12 Voir Chantry (36), p. 22.

c) Une puissance pour rendre témoignage. « Quand sera venu le Consolateur que je vous enverrai de la part du Père, l’Esprit de vérité qui vient du Père, il rendra témoignage de moi, et vous aussi, vous rendrez témoignage » (Jn. 15.26-27). « J’enverrai sur vous ce que mon Père à promis ; mais vous, restez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez revêtus de la puissance d’En-Haut » (Luc 24.49). « Vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit survenant sur vous (ou : quand le Saint-Esprit surviendra) et vous serez mes témoins. » (Ac. 1.8).

Avec le Saint-Esprit, les disciples recevront aussi la puissance pour rendre témoignage à Christ. Jusqu’à présent, ils étaient timides et peureux (Jn. 20.19), ils gardaient, dans leur for intérieur, un fond d’incrédulité (Mc. 16.14 ; Luc 24.25, 38). Le Saint-Esprit les transformera en témoins pleins de foi et de hardiesse (Ac. 3.12-16 ; 4.8-13 ; 5.29-32…). Cette puissance pour le témoignage est, de même, donnée immédiatement à la conversion à ceux qui sont régénérés après la Pentecôte (Ac. 9.20 ; 1 Th. 1.8-10). Nulle part, dans les épîtres, les apôtres n’exhortent les chrétiens à rechercher cette puissance pour le témoignage : du moment qu’ils ont le Saint-Esprit, ils ont aussi la puissance, il leur suffit de le croire et de la laisser agir (1 Pi. 3.15).

Beaucoup de chrétiens ressemblent à ces gens qui attendent l’arrivée du courant électrique pour faire marcher leurs machines. « Le courant, leur dit l’ingénieur, mais il y a longtemps qu’il est là, il vous suffit de tourner le bouton. » Manque d’information ou de foi ? La présence du courant ne se manifeste pas nécessairement par des effets extraordinaires, mais par de la lumière et du travail après qu’on ait tourné le bouton. Il en est de même de la puissance du Saint-Esprit : nous nous en apercevons si, dans un acte de foi, nous comptons sur elle dans les occasions qui se présentent à nous.

Mais combien de chrétiens authentiquement nés de nouveau ne donnent guère, par leur vie et leur ministère, la démonstration de la puissance du Saint-Esprit. Ils ont saisi, par la foi, le salut et le pardon des péchés, mais ils en sont restés là. Or, les promesses de la Parole ont une portée infiniment plus grande. Elles veulent entraîner le nouveau-né dans une découverte progressive des charismes équipant pour un service efficace.

5. Le ministère du Saint-Esprit envers le monde

« Quand il sera venu, il convaincra le monde en ce qui concerne le péché, la justice et le jugement » (16.8).

Il convaincra : « Ce mot signifie essentiellement : démontrer la vérité à quelqu’un, de manière à lui faire voir que c’est une vérité, afin qu’il soit persuadé, qu’il admette son erreur et qu’il accepte les conséquences nouvelles qui découleront de son acceptation de la vérité » (W. Barclay)13 « Il s’agit d’un terme juridique dont le sens est : apporter des témoignages évidents qui entraînent la preuve de la faute » (J. O. Sanders).14

13 The promise of the Spirit (5), p. 30.

14 The Holy Spirit and His Gifts (160), p. 40.

Le monde : Jésus désigne par là l’humanité hostile à Dieu (il haït Dieu, Jésus-Christ et les chrétiens Jn. 15.18 ; 17. 14 ; il ne connaît ni Dieu 17.25, ni Jésus-Christ 1.10). Il ne peut recevoir le Saint-Esprit (14.17), mais l’Esprit peut agir sur lui.

a) « en ce qui concerne le péché, parce qu’ils ne croient pas en moi » (Jn. 16.8-9) : pour le monde, le péché est un acte moralement répréhensible (mensonge, vol, adultère..). Pour le Juif, le péché consistait à violer la Loi. Le péché capital que Dieu reproche à l’homme et dont le Saint-Esprit convainc celui qui le laisse parler, c’est de ne pas croire en Jésus, le Sauveur. Aujourd’hui encore, personne ne sera perdu pour avoir menti, volé ou même tué, mais pour avoir refusé de croire en Jésus comme Sauveur.15

15 « Le péché, le mot est au singulier. De quel péché :? Meurtre :? Adultère :? Vol :? Mensonge :? Lorsqu’un homme commet de tels péchés, sa propre conscience l’accusera, à moins qu’elle ne soit cautérisée. L’Esprit n’a pas besoin de donner de conviction spéciale pour cela. Pour le monde, le péché est un acte extérieur. La définition de Christ diffère radicalement de celle de la société ou même des formules théologiques habituelles. Il va droit au cœur du péché et affirme que la première mission du Paraclet est de convaincre l’homme irrégénéré que le seul péché pour lequel quelqu’un puisse être damné, est le fait de ne pas croire en Lui :» (J.D. Sanders (160). p. 41.)

L’incrédulité des hommes à l’égard du Fils de Dieu a trouvé son expression ultime dans la crucifixion de Jésus. C’est pourquoi le Saint-Esprit se sert si souvent de la prédication de la croix pour nous convaincre de péché. « L’Esprit montre le Christ en croix et dit aux athées que nous sommes : regardez et voyez ce que vous faites de Dieu quand il tombe entre vos mains » (A. Greiner).16

16 « L’Esprit Saint dans le Nouveau Testament » in Le mystère de l’Esprit Saint (74), p. 57.

b) en ce qui concerne la justice, parce que je m’en vais au Père. Jésus fait ici allusion à son ascension. Elle démontrera clairement que Jésus était le Fils de Dieu, qu’il était sans péché, qu’il avait donc été condamné injustement. Lorsqu’il fut crucifié et qu’il mourut, la justice était apparemment du côté des Juifs et des Romains qui l’avaient jugé. Sa résurrection a renversé la situation.

L’ascension manifestera publiquement que Jésus avait été juste aux yeux de Dieu. Le jour de la Pentecôte, par la bouche de l’apôtre Pierre, le Saint-Esprit rend témoignage à la justice de Jésus-Christ : « Jésus de Nazareth, cet homme à qui Dieu à rendu témoignage devant vous par les miracles, les prodiges et les signes qu’il a opérés par lui au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes ; cet homme… vous l’avez crucifié. Dieu l’a ressuscité » (Ac. 2.22-24), « C’est ce Jésus que Dieu a ressuscité ; nous en sommes tous témoins. Elevé à la droite de Dieu, il a reçu du Père le Saint-Esprit qui avait été promis… :;» (2.32-33). « Que toute la maison d’Israël sache donc avec certitude que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié » (v. 36), « Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères, a glorifié son serviteur Jésus que vous avez livré et renié devant Pilate… Vous avez renié le Saint et le Juste. Vous avez fait mourir le Prince de la vie, que Dieu a ressuscité des morts » (3.13-15 ; cf. 7.51).

Après avoir convaincu l’incroyant de son péché, le Saint-Esprit le convainc de la justice de Jésus-Christ qui, de juste qu’il était, devint injuste pour nous : sur la croix, il a porté nos injustices pour nous donner, en échange, sa justice. Cette justice est « imputée » par Dieu (Ro. 3.21-22 ; voir 10.3-4).

c) en ce qui concerne le jugement parce que le prince de ce monde est déjà jugé.

Jusqu’à présent, le prince de ce monde ne s’est attaqué qu’à des coupables et, dans une certaine mesure, les griefs portés contre eux par « l’accusateur de nos frères » (Apoc. 12.10 ; cf. Za. 3.1) étaient justifiés. En attentant à la vie du Saint et du Juste, il à, en fait, prononcé son propre jugement : à cause de ce meurtre sans excuse, il est définitivement destitué comme « prince de ce monde ». La victoire appartient à Jésus-Christ. Bien que ces événements ne soient encore que futurs, Jésus les voit déjà accomplis, parce que la machinerie infernale qui aboutira à sa crucifixion est irrévocablement en marche.

Le Saint-Esprit rend témoignage à la seigneurie de Christ et à sa victoire sur l’Adversaire (1 Co. 12.3). « L’Esprit montre le Ressuscité et sa victoire sur les puissances mauvaises, et il nous dit : voyez ici la défaite que Dieu a infligée au prince des ténèbres et participez à cette victoire par la foi que je vous donne » (A. Greiner).17

17 Op cit. (74), p. 57.

Ce rôle du Saint-Esprit dans l’évangélisation des incroyants est capital et irremplaçable. Lui seul « peut éclairer, convaincre et opérer ce changement d’avis bouleversant qu’est la repentance ; ne confondons donc pas les rôles. N’essayons pas de nous arroger son travail, de vouloir convaincre nos interlocuteurs. Gare au danger des techniques psychologiques de persuasion ! A lui de convaincre ; à nous de déclarer la Bonne Nouvelle, de témoigner dans un esprit d’humilité, de dépendance, de prière, en comptant sur Lui pour rendre fructueux nos pauvres balbutiements » (F. Horton).18

18 Op. cit. (92), p. 12.

Ces différentes opérations du Saint-Esprit dans le cœur des incroyants préparent leur baptême spirituel : cette triple conviction les rend prêts à mourir avec Christ.

6. Il me glorifiera

« Il me glorifiera, parce qu’il prendra de ce qui est à moi, et vous l’annoncera » (16.14).

Par cette parole, Jésus réfute d’avance toute glorification de l’Esprit aux dépens de Jésus. Tout au long de l’histoire de l’Eglise, des hommes ont proclamé l’avènement d’une ère de l’Esprit après celle du Père et celle du Fils. Ce règne de l’Esprit s’est, hélas, le plus souvent avéré être celui de la chair. Car l’Esprit ne veut pas régner, il veut faire régner Christ. Il ne désire pas être glorifié, mais glorifier Jésus. Aussi le critère de l’inspiration de l’Esprit n’est-il pas à chercher dans la proclamation d’une suprématie de l’Esprit, mais dans la confession : « :Jésus est le Seigneur » (1 Cor. 12.3). L’Esprit ne veut pas donner un enseignement autonome, supérieur à celui de Jésus- Christ, il ne veut que rappeler ce que Jésus a dit (15.26).

« L’un des meilleurs critères que nous puissions appliquer à toute prétention au sujet du Saint-Esprit et à tout enseignement à son sujet — de quelque côté qu’il vienne — est le suivant : est-ce qu’il glorifie Christ ? » (Jn. 15.26 ; 16.13 ss.). (M. Green).22

22 I believe in the Holy Spirit (12), p. 53.

7. Quand viendra le Saint-Esprit ?

Lorsque Jésus parle du Saint-Esprit, il le fait toujours au futur : « le Père donnera le Saint-Esprit. il sera en vous… quand sera venu le Consolateur que je vous enverrai, il rendra témoignage… il convaincra… il vous conduira… il vous annoncera… »

Même après sa résurrection, et jusqu’à son ascension, il demande aux disciples d’attendre la venue de l’Esprit : « Voici, j’enverrai sur vous ce que mon Père à promis » (Luc 24.48). « Vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit survenant sur vous » (Ac. 1.8).

Une seule parole semble faire exception : dans Jn. 20.19-23, Jésus « souffle sur les disciples et leur dit : Recevez le Saint-Esprit ». Comment interpréter ce texte qui paraît contredire toutes les autres affirmations de Jésus renvoyant la venue de l’Esprit sur les disciples au jour de la Pentecôte ?

Pour déblayer le terrain, faisons quelques constatations préliminaires :

a) Il ne peut pas s’agir de la venue de l’Esprit comme Consolateur, Esprit de vérité, de sainteté. bref, de cette venue de l’Esprit de Christ en nous sans laquelle nous ne lui appartenons pas (Ro. 8.9), puisque Jésus a lié cette venue à son départ de cette terre : « si je ne m’en vais pas, le Consolateur ne viendra pas vers vous » (Jn. 16.7).

b) Ailleurs, nous l’avons vu, Jean lie la venue de l’Esprit à la glorification de Jésus : « l’Esprit n’était pas encore car Jésus n’avait pas encore été glorifié » (7.39).

Quand Jésus a-t-il été glorifié ? Le mot « glorifié » semble se rapporter tantôt à la mort de Christ (Jn. 12.33ss. ; 13.31), tantôt à l’ascension (17.5) ou à la Pentecôte (12.16 ; cf. 14.26). Il en est de même de : « être élevé » (3.14 ; 8.28 ; 12.32, 34) qui désigne tour à tour la croix et l’ascension, de : « l’heure » (2.4 ; 7.30 ; 8.20 ; 12.23, 27 ; 13.1 ; 17.1) ou de : « mon temps » (7.6, 8). Toutes ces expressions concernent l’acte rédempteur envisagé dans son entité. La rédemption constitue un tout indivisible comprenant la croix, la résurrection, l’ascension et l’effusion de l’Esprit — comme le couronnement d’un roi ne se limite pas au moment où la couronne est posée sur sa tête, mais comprend toute une série de cérémonies. Si donc on dit « après le couronnement », ce n’est pas après l’acte central, mais après l’ensemble des manifestations qui l’accompagnent.

La parole de l’évangéliste (Jn. 7.39) ne saurait donc se rapporter à un maillon intermédiaire, elle voit l’étape finale (tout comme 12.16). D’ailleurs, le jour de la Pentecôte, l’apôtre Pierre met l’effusion de l’Esprit en relation avec la glorification de Jésus : « Elevé par la droite de Dieu, il a reçu du Père l’Esprit-Saint qui avait été promis et il l’a répandu, comme vous le voyez et l’entendez » (Ac. 2.33).

c) J. Dunn fait remarquer que le verbe « souffler » est le même que celui que la version des Septante utilise dans Genèse 2.7 pour décrire la création de l’homme et dans Ezéchiel 37.9 pour la revivification des morts. Jean aurait donc suggéré par là que Jésus, auteur de la première création (Jn. 1.3) est aussi l’auteur de la nouvelle re-création de l’homme.23 La résurrection qui vient d’avoir lieu rend cette nouvelle création possible. Elle est le gage et le moyen de la régénération : « Il nous a régénérés… par la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts » dira Pierre (1 Pi. 1.3).

23 J. Dunn : Baptism in the Holy Spirit (51), p. 180.

d) Jean omet l’article devant Esprit-Saint : « Recevez de l’Esprit- Saint ». Faut-il, comme dans Luc 11.13, voir plutôt un don de l’Esprit que la personne du Saint-Esprit ?24 Ce qui semble le confirmer, c’est le verset suivant où Jésus donne à ses disciples le pouvoir de pardonner les péchés ou de les retenir, expression qui est sans doute à rapprocher de « lier et délier », c’est-à-dire de définir ce qui est permis et défendu. Il s’agit là d’un don essentiel à l’exercice du ministère apostolique : définir une fois pour toutes la foi qui sera transmise aux saints de tous les temps (Jud. 3).

24 H. Blocher cite Mgr Cassien qui prétend que « Jean emploie l’article quand il s’agit de la personne : il l’omet quand il a en vue la manifestation, le et les dons. » ICHTHUS No 14 (6.71), p. 30.

Il est donc évident qu’il ne s’agit pas ici de la réception du Saint-Esprit qui correspondrait, dans notre expérience, à la conversion et qu’un « baptême de l’Esprit » devrait compléter plus tard. Jésus accomplit un geste prophétique qui « confirme la promesse sans encore l’accomplir » (H. Blocher).25

25 ICHTHUS No 14, p. 30.

Ces paroles ont certainement aussi une portée prophétique — même si elles sont au présent. Nous pouvons les rapprocher d’autres paroles où Jésus employait le présent ou même le passé pour parler de l’avenir : « Lorsque Judas fut sorti, Jésus dit : Maintenant, le Fils de l’homme a été glorifié et Dieu a été glorifié en lui » (Jn. 13.31). Rien ne s’est encore passé ; mais dès l’instant où Judas quitte le cercle des disciples pour aller trouver les prêtres, la machinerie infernale qui aboutira à la crucifixion du Fils de Dieu s’est mise en route. Jésus voit déjà l’aboutissement : la croix, la résurrection et l’ascension.

D’ailleurs, quelque temps après, Jésus prie : « Père, l’heure est venue ! Glorifie ton Fils. » (Jn. 17.1), ce qui prouve bien que le passé du chap. 13 n’était que prophétique et que la glorification du Fils n’était pas un fait accompli.

Même passé prophétique dans Jn. 16.11 : « Le prince de ce monde est jugé ». Parce qu’il a attenté à la vie du Saint de Dieu, son jugement et sa condamnation sont à ce point certains, que Jésus emploie le passé pour en parler. Les prophètes de l’Ancienne Alliance utilisent constamment le présent, ou même le passé, pour décrire un évément futur, Dans son Apocalypse, Jean agira de même (v. Apoc. 18.2 ; 19.1-2…)

Parfois, les prophètes soulignaient leur parole par des actions prophétiques (v. Jé. 13 ; 19-20). L’institution de la Sainte Cène se situe dans cette perspective. Lorsque Jésus dit : « Ceci est mon corps qui est donné pour vous mon sang qui est répandu pour vous » (Luc 22.19-20), il est encore corporellement présent au milieu d’eux. Pourtant, son sacrifice est si imminent et si certain qu’au lieu du futur, Jésus emploie le présent. « Jésus a l’habitude de voir un nouvel événement imminent comme déjà présent, parce qu’il considère l’ensemble de son itinéraire et de son acte rédempteur comme un tout organique » (A. Brandenburg).26

26 Ich glaube an den Hl. Geist (23), p. 32.

Parfois, le futur est si évident que les traducteurs, presque unanimement, ont renoncé à maintenir le présent de l’original. Par exemple, dans Mt. 26.2, nous lisons en grec : « Après deux jours, la Pâque arrive et le Fils de l’homme est livré », et en français : « sera livré ». « Le présent pour renforcer l’affirmation. Mon immolation est virtuellement réalisée, étant imminente » (R.P. Lavergne).27

27 L’Expression biblique (Vrin, Paris, 1947), p. 74.

L’aoriste impératif labete (recevez) indique une action ponctuelle, accomplie en une fois, mais il n’est pas lié au temps. Cette action peut se situer aussi bien au futur qu’au présent. On pourrait donc, d’aussi bon droit, traduire : « Ceci est mon corps qui sera donné pour vous… mon sang qui sera répandu pour vous », ainsi que : Jésus « souffla sur les disciples et leur dit : Vous recevrez le Saint-Esprit ».

« La pensée de Jésus me paraît se rapporter à l’avenir. Cette communication préparatoire devra faire comprendre aux disciples, quand le vent de l’Esprit soufflera, que ce vent n’est autre que le souffle personnel de leur invisible Maître » (F. Godet).28

28 Commentaire sur l’évangile de saint Jean (Neuchâtel, 1902), tome III, p. 496.

« Jésus leur donna en quelque sorte les arrhes du vrai don qu’ils ne devaient recevoir pleinement qu’à la Pentecôte » (R. Pache).29

29 La Personne et l’œuvre du Saint-Esprit (133), p. 4.

D’ailleurs, même si Jésus a réellement communiqué à ses disciples « du Saint-Esprit », cela ne signifie pas encore que nous devions, nous aussi, le recevoir en deux étapes. Comme le dit J. Dunn, « la suite chronologique des événements dans la vie des apôtres est unique et ne peut être répétée ». Ils ont vécu la venue unique du Fils de Dieu qui a constitué la ligne de partage des eaux entre l’Ancienne et la Nouvelle Alliance (v. Jn. 1.17). « Les disciples ont traversé cette période transitoire, et leur expérience spirituelle, durant cette période, était toujours limitée à ce qui convenait à chaque étape, à ce qui était possible alors. » Ils ont vécu la venue du Messie, sa mort et sa résurrection, son ascension et l’envoi du Consolateur. A chaque étape, ils ont pénétré dans une expérience plus complète du salut, mais cette expérience était chaque fois limitée à ce que la progression de l’histoire du salut permettait de s’approprier à un moment donné. Avant la résurrection, il ne leur était pas possible de recevoir le souffle re-créateur de Dieu. Avant la Pentecôte, ils ne pouvaient participer à la plénitude de la promesse du Père. « Avec la Pentecôte, la phase transitoire arrive à son terme. L’ancien stade de l’histoire du salut est entièrement dépassé et le nouveau entièrement en vigueur. Par conséquent, l’entrée dans les bénédictions de la nouvelle dispensation est immédiate, alors qu’elle a été graduelle pour les apôtres. Il est donc impossible de considérer l’expérience des apôtres durant cette période comme un modèle éventuel, encore moins comme une norme, pour l’expérience d’aujourd’hui. Une série d’expériences dont l’ordre et la profondeur furent déterminés par une série d’événements uniques qui ne peuvent se répéter (ceux qui ont eu lieu entre Bethléhem et la Pentecôte), ne peut être le modèle de l’expérience normale de la conversion et de la croissance chrétienne après la Pentecôte. Seul si Jésus devait toujours à nouveau vivre, mourir, ressusciter et remonter au ciel, l’expérience des apôtres pourrait être décrite comme normative pour le christianisme ultérieur, puisque cette expérience fut déterminée par leur relation avec le ministère historique de Jésus. Si nous désirons une norme pour le don de l’Esprit, nous ne la trouvons ni dans Jn. 20.22, ni dans Ac. 2.4, mais dans Ac. 2.38 » (J. Dunn.)30

30 Baptism in the Holy Spirit (51), pp. 178-182.

Ainsi, « l’épisode de la chambre haute » n’est pas la venue de l’Esprit. Par ce geste prophétique, Jésus confère à ses disciples l’autorité apostolique et « proclame que la résurrection inaugure la nouvelle création et qu’elle entraînera le don général du Saint-Esprit. A cet égard, c’est une figure anticipatrice » (H. Blocher),31 un « gage de la fête de Pentecôte » (Bengel).

31 ICHTHUS No 14, p. 30.

Conclusions :

Il était indispensable de nous arrêter assez longuement sur ce que le Seigneur a dit du Saint-Esprit. Il est pour nous « la Vérité », cette vérité d’origine céleste, unique, absolue, éternelle. Par conséquent, « lorsqu’il parle, ses affirmations doivent être prises pour normatives, déterminantes. Ce qu’il souligne doit être considéré comme important ; ce à quoi il fait une allusion passagère ou qu’il passe sous silence, le sera moins » (F. Horton).32

32 Op. cit. (92), p. 1.

Les fonctions essentielles du Saint-Esprit sont contenues dans les trois noms que Jésus lui donne : Paraclet, Esprit de vérité et Saint-Esprit. Dans ses discours, Jésus n’a jamais mentionné les manifestations visibles qui accompagneront la venue de l’Esprit : les langues de feu, le bruit d’un vent impétueux, les discours en langues étrangères, le « parler en langues » associé parfois à la venue de l’Esprit. Si ces éléments étaient essentiels et si leur absence signifiait absence du Saint-Esprit, il faudrait conclure que Jésus a oublié l’essentiel.

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