« Aie soin de faire tout d’après le modèle qui t’a été montré… » (Hébr. 8.5.)
Lorsque Moïse construisit le Tabernacle au désert, Dieu lui avait dit de le faire exactement suivant le modèle révélé sur la montagne. (Ex. 25.9, 40 ; 26.30 ; 27.8 ; Hébr. 8. 5). Et Moïse obéit à l’Eternel.
Lorsque Jésus-Christ commença à bâtir son Eglise, Il avait aussi son plan. Il n’a certainement pas pu envisager de construire au hasard, d’autant plus qu’Il était l’architecte par excellence. Ce plan Il l’a communiqué aux constructeurs, c’est-à-dire aux apôtres, soit par son enseignement oral, soit après son départ, par les directives transmises par le Saint-Esprit (Jn. 16.13 ; Act. 13.2 ; 15.28) et que les apôtres ont fidèlement suivies. Les églises que nous discernons à travers les écrits des apôtres (Actes et épîtres) sont donc des églises construites selon le plan de Dieu, des églises qui correspondent à son idée, à sa volonté. Les groupements religieux nés de l’évolution historique de ces églises primitives vers un type différent, ne pourront plus prétendre à cette conformité au plan de Dieu. L’idée que l’Eglise devrait évoluer au cours des siècles sous la conduite du Saint-Esprit est inconnue des apôtres. Elle n’a d’ailleurs été introduite dans l’Eglise catholique qu’au début du XIXe siècle par J.A. Moehler1 ; au contraire, les apôtres parlent de « la foi transmise aux saints une fois pour toutes » (Jd. 3) et demandent aux chrétiens de ne « pas aller au-delà de ce qui est écrit » (1 Cor. 4.6).
1 L’Eglise catholique — comme la plupart des grandes églises — repose sur l’axiome hégélien que tout ce qui est, devait être. E. Brunner critique très pertinemment ce principe de « tolérance historique » en disant que « si tout ce qui est historique est accepté sans critique simplement parce que c’était et que c’est devenu, nous n’aboutissons qu’à des contradictions. Alors il nous faut approuver à la fois l’Eglise catholique et le protestantisme, à la fois l’Ancien régime et la Révolution, en même temps la foi et le nihilisme, il faut dire en même temps à tout oui et non. » Dogmatik III, p. 78.
Par Moïse Dieu avait fait dire à son peuple de l’Ancienne Alliance : « Vous observerez et vous mettrez en pratique toutes les choses que je vous ordonne telles que je vous les prescris ; vous n’y ajouterez rien et vous n’en retrancherez rien » (Dt. 4.2 ; 12.32). Dans le livre des Proverbes il est écrit : « N’ajoute rien à ses paroles de peur qu’il ne te reprenne et que tu ne sois trouvé menteur » (Pv. 30.6). « J’ai reconnu, dit l’Ecclésiaste, que tout ce que Dieu fait durera toujours, qu’il n’y a rien à y ajouter et rien à en retrancher » (Eccl. 3.14). Cela ne serait-il plus vrai au temps de la Nouvelle Alliance ? Cette Ecriture sainte « inspirée de Dieu et utile pour enseigner, persuader, reprendre et former à la justice afin que l’homme de Dieu se trouve pourvu de tout et propre à toute bonne œuvre » (2 Tim. 3.16-17, trad. Maredsous) ne serait-elle plus suffisante en passant du plan individuel au plan collectif, de celui de « l’homme de Dieu » à celui de l’« Eglise du Dieu vivant » ? Le Seigneur n’avait-il pas promis aux apôtres que l’Esprit Saint les conduirait dans « toute la vérité » (Jn. 16.13).
Cet évangile qu’il faut retenir tel que l’apôtre Paul l’a annoncé sous peine d’avoir cru en vain (1 Cor. 15.1-2), ces anathèmes lancés contre quiconque, fût-il ange ou apôtre Paul en personne, annoncerait un autre évangile que celui qui avait été prêché (Gal. 1.7-9) ne concernent-ils que l’aspect individuel du salut ? N’appelons-nous pas l’ensemble des écrits canoniques de la Nouvelle Alliance « Nouveau Testament » ? et avons-nous oublié une des règles les plus élémentaires du droit que nous rappelle l’apôtre Paul : « Frères, quand un testament est établi en bonne forme, bien que fait par un homme, personne ne l’annule ou n’y fait d’adjonction » (Gal. 3.15) ? Nous permettrons-nous cette liberté à l’égard du Testament de Dieu ? Ne craignons-nous pas qu’un jour Jésus nous reprenne comme Il a repris les pharisiens : « Vous abandonnez le commandement de Dieu et vous tenez à la tradition des hommes. Vous rejetez bel et bien le commandement de Dieu pour garder votre tradition » (Mc. 7. 8-9) ? Et tous les beaux systèmes que nous avons échafaudés ne risquent-ils pas de tomber sous le verdict implacable que le Seigneur leur rappelle : « C’est en vain qu’ils me rendent un culte, ils enseignent des doctrines qui ne sont que préceptes humains » (Mt. 15.9 citant Es. 29.13).
Oui, craignons que toutes ces constructions humaines ne tombent un jour sous le jugement de la parole du Maître : « Celui qui me méprise et qui ne reçoit point mes paroles, a pour juge la parole même que j’ai annoncée ; ce sera elle qui le jugera au dernier jour » (Jn. 12.48).
Faudrait-il croire que Dieu n’aurait pas été capable de construire, dès le départ, l’Eglise telle qu’Il la voulait ? Si son idéal avait été le système organisé, hiérarchisé et cléricalisé que nous trouverons sous le nom d’Eglise au bout de quelques siècles, pourquoi ne l’aurait-Il pas mis en place immédiatement ? L’Eglise actuelle correspondrait-elle mieux à la volonté de Dieu et aux besoins des hommes que l’Eglise primitive ? Mais alors il faudrait avouer que les hommes, avec leurs artifices et leur politique, sont plus compétents pour arranger les affaires de Dieu que Dieu lui-même !
D’ailleurs pourquoi aurait-il fallu changer quoi que ce soit au plan initial de Dieu ? Dieu ne change pas. L’homme reste le même devant Lui à travers les siècles et les civilisations différentes : pécheur, privé de la gloire de Dieu (Rom. 3.21), incapable par lui-même de faire le bien et de se sauver.
Le Salut lui est accordé aux mêmes conditions : par la foi qui saisit la justification que lui offre la grâce de Dieu. Les facteurs de progrès dans la vie nouvelle restent les mêmes : la prière, la foi, la communion fraternelle. Tous les éléments essentiels de la vie spirituelle demeurent donc inchangés. Pourquoi l’Eglise aurait-elle dû évoluer ?
L’histoire de vingt siècles de christianisme n’a-t-elle pas prouvé que la formule de l’église primitive était la seule qui convienne à tous les temps et tous les lieux, celle qui s’adapte avec le plus de souplesse aux conditions les plus diverses,2 qui résiste le mieux aux persécutions3 et réserve le maximum de possibilités à l’épanouissement de la vie spirituelle ?
Chaque fois que l’homme s’est cru plus intelligent que Dieu, qu’il a élaboré un système religieux « mieux adapté à la psychologie de l’homme »4, plus conforme à l’esprit de notre temps, au lieu de suivre simplement le modèle néo-testamentaire, son essai s’est soldé, à plus ou moins brève échéance, par un échec dû à une difficulté imprévue.
2 G. H. Lang : The Churches of God, p. 32-35.
3 « Quels que soient les avantages de notre régime d’Eglise actuel, une chose est certaine, c’est qu’il suppose la paix et non la guerre ; devant un assaut massif, j’ose prophétiser qu’il s’écroulerait comme un château de cartes. » Karl Barth : Les Communautés chrétiennes dans la Tourmente (Delachaux 1943), p. 75.
« Nous vivons à une époque de persécution du christianisme (Mt. 24.9). L’Eglise multitudiniste, par sa constitution, est incapable de lui résister parce qu’elle n’a pas de noyau. » W. Ninck : Christl. Gemeinde heute, p. 274-275.
Lorsque, par exemple, les communistes ont étendu leur souveraineté sur les pays slaves de l’Europe centrale, ils ont laissé une liberté relative aux petites églises, s’étant aperçu que, contrairement aux grandes, celles-ci ne leur disputaient ni le pouvoir, ni la grande masse, ni l’argent.
4 Relire dans Dostoïevsky : Les Frères Karamazov : La Légende du Grand Inquisiteur.
Toutes les hérésies et toutes les déviations de l’Eglise sont nées de l’abandon des Ecritures et du modèle d’église qu’elles nous présentent. Clément d’Alexandrie le disait déjà : « On devient hérétique quand on ne se soumet pas aux Ecritures. Il faut nécessairement qu’ils fassent de très gra,des chutes ceux qui abordent de très grandes choses, s’ils ne tiennent pas la règle de vérité qu’ils ont reçue de la Vérité elle-même. » « À mesure que nous avançons dans les siècles, la lumière et la vie commencent à décroître dans l’Eglise. Pourquoi ? Parce que le flambeau de l’Ecriture commence à s’obscurcir et que les lueurs trompeuses des autorités humaines commencent à les remplacer. » (J.H. Merle d’Aubigné.)5
5 L’Autorité des Ecritures, p. 88.
Au XVIe siècle : La Renaissance humaniste du XVIe siècle a exhumé la Bible. La Réforme religieuse est née de la redécouverte de la Parole de Dieu, seule norme de la foi et de l’Eglise. « Sola scriptura » (l’Ecriture seule) fut l’un des principes directeurs de toute la Réformation.
Luther à souvent affirmé cette autorité suprême de la Parole de Dieu.
« Tous les articles de foi sont suffisamment établis dans la sainte Ecriture afin qu’on n’en établisse aucun de plus »6. C’est pourquoi « on ne peut contraindre personne à croire quelque chose si ce n’est par la Sainte Ecriture qui est proprement de droit divin »7.
6 Articles contre l’Ecole de Satan… (Ed. Weimar), 30. II, 424. Cette édition de Weimar, celle à laquelle on se réfère habituellement aujourd’hui, est désignée dans les références par l’abréviation W. A. (Weimarer Ausgabce) suivie du numéro du tome et de la page (quelquefois la ligne est indiquée après le N° de la page). Sauf exceptions (références à l’édition d’Erlangen ou d’Enders) nous nous conformons à cette habitude.
7 Disputat. Acta (avec le Dr Eck), 5 juillet 1519.
L’acte révolutionnaire de Luther a été de placer l’autorité de l’Ecriture au-dessus de celle de l’Eglise. « La Parole de Dieu est incomparablement au-dessus de l’Eglise. » écrivait-il8.
8 De la Captivité babylonienne de l’Eglise (1520), W. A. 6, 560, 33.
En face de Tetzel qui proclamait qu’« il faut enseigner aux chrétiens que l’Eglise maintient, comme articles certains de la vérité catholique, plusieurs points qui ne se trouvent pas dans le recueil de la Sainte Ecriture » (17e thèse contre Luther), Luther affirmait : « Il ne faut en rien se préoccuper des lois humaines, du droit, de l’ancienne origine, des traditions et habitudes : que cela ait été institué par le pape ou l’empereur, le prince ou l’évêque, que la moitié de la terre ou le monde entier l’ait respecté, que cela ait duré un an ou mille ans ! Parce que l’âme humaine est chose éternelle, au-dessus de tout ce qui est temporel, c’est pourquoi elle ne doit être régie et touchée que par la Parole éternelle. Car c’est chose exécrable de gouverner les consciences devant Dieu, par le droit humain ou d’anciennes traditions. C’est pourquoi il faut agir en ces choses suivant l’Ecriture et la Parole de Dieu. »9
9 Schriften zur Neuordnung der Gerneinde>, des Gottesdienstes und der Lehre.
« C’est la Parole de Dieu qui pose les articles de foi, et nul n’a le droit de nous en imposer d’autres, pas mêmes les anges. »10
10 Articles de Smalkalde (1537).
Cette autorité de la Parole de Dieu est autant valable pour les questions d’église que pour celles qui intéressent le salut individuel : « La chrétienté primitive, affirmait Luther, est seule la vraie Eglise. »11 « La vraie Eglise doit être celle qui se tient à la Parole de Dieu. C’est pourquoi vous ne devriez pas nous dire&nnbsp;: Eglise, Eglise, Eglise ! Vous devriez nous convaincre que vous êtes l’Eglise. »12
11 Vom Papsttum zu Rom (1520).
12 Cité par J. Lortz : Die Reformation in Deutschland (Herder Verlag, Freiburg), 4° éd., p. 394.
« On doit contredire pape et conciles pour sauver la Sainte Ecriture. L’Eglise a jugé et condamné les hérétiques par la Parole de Dieu. elle n’est pas maîtresse de la Parole, elle s’est soumise à la Parole de Dieu, afin qu’elle entende Christ seul et fasse la volonté de celui qui l’a envoyée, qu’elle soit une élève de cet homme, de sa Parole et de son enseignement. À cause de cela elle sera maîtresse sur toutes choses, et c’est d’après cette Parole qu’elle a décidé que cette doctrine est juste, telle autre fausse, que celui-ci est un hérétique… »13
13 Sermon sur Jean 6 à 8 (1531), W.A. 33, 365. 21.
Zwingli.
Zwingli, après s’être perdu dans les dédales de la philosophie pendant huit années dit : « A la fin j’en vins — conduit par la Sainte Ecriture et la Parole de Dieu — à me dire : il faut que tu laisses tomber tout cela et que tu apprennes la pensée de Dieu en toute pureté dans sa simple Parole. »14
14 Cité dans O. Farner : Zwinglis Bedeutung für die Gegenwart (1919).
Calvin.
Calvin aussi voulait « qu’on examinât à la règle de l’Ecriture le point dont il est question… toutes les fois l’Ecriture demeurerait en sa prééminence, que le tout fut assujetti à la règle d’icelle… La Parole de Dieu demeure la règle à laquelle sont sujets non seulement les hommes, mais aussi les anges. »15
15 Ecrit sur les Conciles.
« Nous lui soumettons notre jugement et intelligence comme à une chose élevée par-dessus la nécessité d’être jugée. »16
16 Institution, livre 1, c. 6.
« Tout accord qui se fait hors de la Parole de Dieu est une faction d’infidèles et non point consentement de fidèles. »17
17 J. M. Nicole : « Calvin, Homme de la Bible » in Revue de Théol. et d’Action évangélique (oct. 1943), pp. 310-327.
Ce sont ces principes que les confessions de foi de la Réforme ont fixés : « Nous croyons que la Parole qui est contenue dans ces livres a Dieu pour origine, et qu’elle détient son autorité de Dieu seul et non des hommes. Cette parole est la règle de toute vérité et contient tout ce qui est nécessaire au service de Dieu et à notre salut ; il n’est donc pas permis aux hommes, ni même aux anges, d’y rien ajouter, retrancher ou changer. Il en découle que ni l’ancienneté, ni les coutumes, ni le grand nombre, ni la sagesse humaine, ni les jugements, ni les lois, ni les décrets, ni les conciles, ni les visions, ni les miracles ne peuvent être opposés à cette Ecriture sainte, mais qu’au contraire, toutes choses doivent être examinées, réglées et réformées d’après elle. »18
18 Confession de Foi des Eglises réformées de France (1559), art. V.
« Nous rejetons de tout notre cœur tout ce qui ne s’accorde pas à cette règle infaillible. »19
19 Confession de Foi des Pays-Bas, art. VII.
Quant à la Réforme anglicane elle a précisé dans le sixième des « 39 articles de religion » qui constitue la charte de l’Anglicanisme : « La Sainte Ecriture contient tout ce qui est nécessaire au salut, de telle manière que tout ce qui ne s’y lit pas ou qui ne peut être prouvé d’après elle ne saurait être exigé de quiconque, ni imposé comme un article de foi, et il ne saurait être estimé requis et nécessaire au salut. »
Ainsi l’ensemble de la Réforme affirme sa volonté de retourner aux sources de la foi, à la Parole de Dieu, là où l’eau est encore claire et pure. « Le mouvement profond et permanent de la Réformation, c’est le recours, le retour à cette divine autorité. l’autorité souveraine, plénière et infaillible de la Sainte Ecriture. » (P. Courthial.) 20
20 Revue Réformée (1962-3), p. 15.
« Les réformateurs étaient conscients du fait que la forme néo-testamentaire de l’ekklésia était la forme normative de l’Eglise. » (Brunner.)21
21 Dogmatik III, p. 44.
Malheureusement, les successeurs des réformateurs, au lieu de continuer l’œuvre de rénovation commencée, ont souvent cherché, avant tout, à rester fidèles à la pensée de Luther, de Calvin ou de Zwingli, au risque d’oublier que le principe des réformateurs eux-mêmes — primauté de la pensée de Dieu sur celle des hommes — les désavouait.
Près de nous.
Au XIXe siècle une réaction se dessine : « Ce sont de tristes protestants que les protestants selon Luther, ce sont de tristes protestants que les protestants selon Calvin. Les seuls protestants dignes de ce nom, ce sont les protestants selon la Bible » écrivait le comte A. de Gasparin.22 Les hommes du Réveil veulent revenir au modèle apostolique auquel les conduit la Parole de Dieu.23
22 Les Ecoles du Doute et l’Ecole de la Foi, p. 381.
23 Voir chapitre 16 (B 2) de ce livre.
Au XXe siècle les plus grands théologiens de l’Eglise réaffirment l’autorité souveraine de la Parole de Dieu.24
24 Karl Barth a défini la fonction unique de cette Parole de Dieu, seule norme valable pour l’Eglise (v. Die Schriftge und die Kirche, pp. 7 ss.).
Une Eglise qui n’accepte pas cette autorité ne peut revendiquer le titre d’Eglise chrétienne (p. 17) ; l’unité chrétienne dépend de la reconnaissance de cette autorité (p. 19).
« La signification pratique de l’autorité du témoignage biblique, écrit-il, consiste en cecinbsp;: que la communauté accepte de répondre devant lui, comme devant l’instance suprême, de toute sa vie, de sa discipline et de son culte, de sa confession de foi et de sa doctrine, de sa prédication et de son enseignement, de même que de ses prises de position dans la vie des peuples et des états, qu’elle lui accorde à tout moment sa place comme source et norme de toute conservation et de tout renouvellement. » Karl Barth : Die Schrift und die Kirche (Evang. Verlag. Zollikon, 1947), p. 15.
Emil Brunner, de son côté, affirme avec force le caractère normatif de la communauté primitive pour l’Eglise de tous les temps :
« La communauté chrétienne du Nouveau Testament… est la communauté-type. C’est en elle qu’a été formé le témoignage originel de la Bonne Nouvelle, le Nouveau Testament, qui a fait d’elle, siècle après siècle, la communauté canonique et normative. C’est elle qui juge toute église particulière et tout mouvement, c’est elle aussi qui les justifie toujours à nouveau. » E. Brunner : Eglise et Groupes, p 43.
« L’idée de l’Ekklésia de Paul, que l’historien appelle utopique est cependant ce. qui doit être, pour tous les temps, la norme de la communauté de foi des chrétiens conscients d’avoir leur seul fondement en Jésus-Christ. » E. Brunner : Dogmatik III, p. 64.
Cependant, depuis le XVIe siècle, le mouvement de retour aux sources s’est continué aussi en dehors des églises « officielles ». Par le moyen d’hommes tels que Wesley, Darby, G. Müller, Spurgeon, etc, au travers de mouvements de l’Esprit tels que les Réveils (réveil morave, de Genève et de France, du Pays de Galles…) les contours de l’Eglise primitive reparaissaient de plus en plus clairement. Plus près de nous deux mouvements orientaux ont prouvé l’extraordinaire dynamisme et la vitalité de la formule d’église biblique : après quelques années de ministère, l’évangéliste hindou Bakht Singh25 a vu se former plus de quatre cents églises aux Indes et au Pakistan. En Chine, le « Petit troupeau » né du ministère de Watchman Nece à fait surgir quelque six cents églises du type apostolique et — ce qui est plus important — ce sont ces églises qui ont le mieux résisté à la persécution26. On pourrait encore penser à ces assemblées évangéliques dont plus d’une centaine naissent annuellement dans la catholique Italie ou au mouvement Mykiokai qui a pris au Japon une extension considérable. Son initiateur Kanzo Utchimura a « reconnu dans l’Ekklésia du Nouveau Testament une communauté de croyants foncièrement différente de tout ce qu’il avait appris à connaître dans l’Occident sous le nom d’Eglise… Il aspirait à une communauté chrétienne de croyants qui soit constituée uniquement par la foi en Christ et maintenue par le Saint-Esprit. Il est très significatif que la foi d’Utchimura corresponde exactement à ce que Paul enseignait… Ce mouvement indique clairement la direction que devra prendre l’Eglise protestante dans l’avenir. » (E. Brunner.)27
25 Daniel Smithé : Bakht Singh, un Prophète de Dieu aux Indes (Ed. Mission « Service Amical », 5023 Bieberstein, Suisse, ou « Voix de l’Evangile », 26, r. des Frères, Strasbourg).
26 W. Nee : The normal christian Church life, International Students Washington (DC 1962).
27 E. Brunner : « Die christliche Nicht-Kirche-Bewegung in Japan » in Evang. Theologie (1949), pp. 147-155 et K. Utchimura : Wie ich Christ wurde (Stuttgart : Gundert 1923).
Au fur et à mesure que le christianisme se dégage de la chrétienté28, un désir de plus en plus intense de retrouver l’Eglise selon la volonté de Dieu, se fait jour parmi les enfants de Dieu de partout. Dans tous les pays, des chrétiens soupirent après une Eglise libérée des servitudes que des siècles d’errements lui ont imposées ; des communautés sans nom naissent hors des frontières confessionnelles et dénominationnelles, portées par la seule ambition de réaliser la volonté divine sur ce plan du rassemblement des croyants.
28 La chrétienté est ce système politico-religieux né des efforts des empereurs Constantin et Théodose au IVe siècle, qui a dominé l’Europe durant tout le Moyen Age et s’est prolongé jusque dans les temps actuels. Le fondement de la chrétienté est l’union de l’Eglise et de l’Etat, une de ses caractéristiques essentielles, le fait que tous les habitants des pays christianisés sont « chrétiens ». Voir à ce sujet G. Millon : Combats pour l’Eglise, p. 51, (Ed. Millon, rue Vauban, Mulhouse 68).
A l’intérieur même de beaucoup d’assemblées et d’églises historiques on sent un besoin nouveau de retrouver la pensée de Dieu. Derrière les montagnes de traditions humaines qui se sont interposées entre l’Eglise voulue de Dieu et les institutions portant aujourd’hui le nom d’Eglises, le chrétien voudrait retrouver la Pensée divine qui a présidé à la fondation du Corps de Christ. Il n’y parviendra qu’en écartant résolument tout ce qui vient de la Tradition et qui est contraire à ce que nous apprend la Parole de Dieu29.
29 V. P. Courthial : Autorité de l’Ecriture Sainte et Ministère de l’Eglise » in Revue réformée N° 58 (19642), pp. 26-37.
F. Gonin : « Parole de Dieu et Ecriture sainte » in Alliance évangélique (oct. 1964), pp. 6 ss.
R. Pache : L’Inspiration et l’Autorité des Ecritures (Ed. Emmaüs, 1966).
A. Lamorte : La Parole éternelle (Ed. La Voix de l’Evangile, Marseille), 42 pp.
A. Lamorte : La nature de l’inspiration des Ecritures (Ed. Ecole Biblique Beatenberg), brochure.
R. Haldane : Dieu a parlé (4e éd. La Voix de l’Evangile, 1965).
S. M. Coder : Il est écrit. Cours en 12 leçons sur l’inspiration de la Bible (Ed. Emmaüs) 111 pp.
A. Saphir : Christ et les Ecritures (La Voix de l’Evangile, 1966).
W. Graham Scroggie : Is the Bible the word of God (Moody Press, No 159).
E. E. Lott : The miracle Book (Moody Press, No 263).
G. M. Day : The Wonder of the Word (Moody Press, No 34).
G. Millon : Cours d’introduction générale aux Ecritures, 90 pp. ; La foi et l’Ecriture, 34 pp. (51, rue Vauban, 68 Mulhouse).
F. F. Bruce : The New Testament Documents. Are they reliable ? (Inter-Varsity Fellowship, London), 5e éd. 1963, 127 pp.
Ad. Monod : L’inspiration de la Bible prouvée par ses œuvres (Ed. La Cause), s.d., 97 pp.
Guide du lecteur de la Bible (Ed. Rose France J, Lambotte, 1952). Dans le vol. I voir chap. II : De l’authenticité et de l’autorité de la Bible (pp. 39-60).
F. Schacffer : Néo-modernisme ou christianisme (Ed. Maison de la Bible).
S. de Dietrich : Le Renouveau biblique (Delachaux-Niestlé, 1945), 300 pp. v. Introd. : Retour à la Bible ; ch. II : L’Inspiration.
W. H. Guiton : L’AT. et la Critique ; Le N.T. et la Critique (Vauvert, 1929).
Dr G. Bergmann : Alarm um die Bibel (Gladbeck, 1963) 2e éd., 128 pp.
L’Eglise et la Parole de Dieu : voir Bibliographie dans Valeske : Votum ecclesiae II, pp. 5455 (68 titres).