Tout Israël attendait la naissance du Messie qui délivrerait le peuple de toutes ses misères et de l’oppression qui pesait sur lui. Dans Jésus raconté par le Juif errant, le personnage mythique du Juif errant dit à son interlocuteur :
« En ce temps-là, on attendait le Messie… Mais comprenez-moi bien : on l’attendait, ce qui s’appelle attendre. Ça n’était pas une de ces phrases, comme aujourd’hui, quand vos rabbins, dans leurs prières, font semblant de l’appeler, en se disant in petto : ‘Qu’est-ce qu’on risque ? Il ne viendra jamais’. Non, c’était autre chose. Tenez, pendant la guerre, dans les tranchées, sous les shrapnells, comment attendiez-vous la paix, Monsieur ? Avec votre peau, hein ? avec votre sang, vos tremblements ? Eh bien ! voilà tout juste comment j’attendais le Messie, il y a dix-neuf cents ans… » (Edmond Fleg).3
3 Jésus raconté par le Juif errant Paris, Ed. Albin Michel, 1953 p. 20.
Comme toutes les jeunes filles juives de l’époque, Marie espérait obtenir le privilège de donner naissance à Celui qui incarnait l’attente de tout son peuple. Cet espoir s’est concrétisé par ses fiançailles avec Joseph, un charpentier du même village, qui avait une ascendance prestigieuse puisqu’il était un lointain descendant du roi David. Comme la plupart des Juifs, il conservait précieusement ses généalogies.4 « Les Evangiles ne disent rien de l’ascendance familiale de Marie. Il est cependant permis de penser qu’elle aussi était de descendance davidique, car Paul dit, dans Actes 13.23 : ‘C’est de la postérité de David que Dieu, selon sa promesse, a suscité à Israël un Sauveur, qui est Jésus’ » (H. Gras Marie servante du Seigneur p. 15).
4 Matthieu et Luc nous en donnent deux versions différentes. L’idée que Luc nous transcrirait la généalogie de Marie a été généralement abandonnée par les spécialistes. Chez les Juifs, dans un mariage normal, tous les enfants étaient réputés être des descendants du père et s’intégraient à sa généalogie.
Normalement, les jeunes gens se fiançaient plus tard que les jeunes filles. La Parole de Dieu leur recommandait d’assurer d’abord leur indépendance financière avant de fonder un foyer.5 Le métier de charpentier était à l’époque plus polyvalent que celui que recouvre ce terme de nos jours. En fait, il s’appliquait à tout ce qui concernait la construction d’une maison : maçonnerie, menuiserie du bâtiment, couverture des toits. Nous dirions aujourd’hui que Joseph était architecte-entrepreneur, les maisons étant beaucoup plus simples que les nôtres. C’était un métier très considéré et assez bien payé. Marie pouvait donc s’estimer heureuse et envisager son avenir positivement. En général, les jeunes filles étaient fiancées entre 12 et 14 ans. Même si elle était un peu plus âgée, Marie était donc une toute jeune fille au moment où le récit biblique évoque son histoire.
5 « Assure ton travail au-dehors, prépare bien tes champs, après cela, tu pourras bâtir ta maison » (Proverbes 24.27).
L’état des fiançailles durait en général une ou deux années pendant lesquelles les fiancés se voyaient peu. Leurs relations étaient étroitement surveillées par les deux familles. La Loi de Moïse et l’opinion publique étaient très sévères pour quiconque devançait l’heure du mariage par des relations plus intimes. Attendre un enfant avant d’être officiellement marié était le déshonneur suprême pour les intéressés comme pour leurs familles ; c’était « une infamie en Israël ».
Marie, jeune fille pieuse et pure, s’est conformée à la loi de son Dieu et c’est en toute vérité qu’elle peut dire à l’ange qui lui annonce la naissance de son enfant : « Comment cela se fera-t-il, puisque je suis vierge ? » (Luc 1.34).
Toute cette vie normale et simple, toutes ces espérances légitimes et belles allaient être bouleversées par l’événement extraodinaire qui donnera à sa vie un cours différent.