Ministères dans l’Église

CHAPITRE III

LES MINISTÈRES SOUS L’ANCIENNE ET SOUS LA NOUVELLE ALLIANCE

1. Sous l’ancienne alliance

Par le premier péché, Adam et Eve ont rompu la communion avec Dieu. Alors Dieu lui-même a officié comme prêtre. Il a sacrifié des animaux et a couvert nos premiers parents de leurs peaux. Cette image de la rédemption (le péché couvert par le sang grâce à un acte personnel de Dieu) fut transmise à leurs descendants. Les gens devaient apporter des sacrifices à l’autel lorsqu’ils voulaient s’approcher de Dieu. Or, dans toutes les religions du monde, il faut un prêtre pour offrir les sacrifices.

A l’époque patriarcale, le père de famille était aussi prêtre de la famille. Abraham (Genèse 22.13) et Job (1.5) offrent eux-mêmes des sacrifices. Plus tard, Dieu institue les descendants d’Aaron comme prêtres pour tout Israël. Personne d’autre n’avait dès lors le droit d’exercer des fonctions sacerdotales (Nombres 3.10).

La traduction grecque de l’Ancien Testament, la Septante, désigne les fonctions rituelles du prêtre par le terme de leitourgia (qui a donné notre mot liturgie), le prêtre qui officiait était le leitourgos. Ces termes étaient également utilisés dans le contexte grec pour désigner la fonction de ceux qui officiaient dans les communautés religieuses. Ils étaient tout naturellement « prédestinés », comme le dit Schweizer (46, p. 19), pour désigner le ministère sous la nouvelle alliance. Or, ces mots manquent presque totalement dans le Nouveau Testament.

Dieu avait annoncé à son peuple que, s’il gardait son alliance et s’il obéissait, il serait pour lui un royaume de sacrificateurs, une nation sainte (Exode 19.6). Il prévoyait donc le jour où tous les membres du peuple auraient une fonction sacerdotale et une vie sanctifiée. Mais la loi fut incapable de réaliser l’un et l’autre. Israël n’a pas écouté la voix de son Seigneur, il a « violé l’alliance ». Aussi Dieu promet-il de contracter une « nouvelle alliance » avec son peuple, où son Esprit en eux leur permettrait de suivre ses ordonnances, d’observer et de pratiquer ses lois (Jérémie 31.33 ; Esaïe 61.6).

En plus des prêtres, il y avait sous l’ancienne alliance des prophètes et des rois. Les prophètes transmettaient les messages de Dieu aux hommes et le roi assurait des relations vivables entre les membres du peuple élu. Tous ces médiateurs étaient nécessaires parce que le Saint-Esprit n’était pas accordé à tous les membres du peuple de Dieu : il revêtait seulement temporairement certains hommes choisis pour une tâche particulière.

2. Le ministère de Jésus

Par la venue de Jésus-Christ, tout a changé : il fut le seul médiateur entre les hommes et Dieu, entre Dieu et les hommes, comme entre les hommes qui ont accepté sa seigneurie (1 Timothée 2.5 ; Jean 14.6).

a) Médiateur entre les hommes et Dieu :

Il fut le souverain sacrificateur parfait « saint, séparé des pécheurs et élevé au-dessus des cieux » (Hébreux 7.26). Pour expier nos péchés, « il a offert un sacrifice une fois pour toutes, quand il s’est offert lui-même » (7.27). « Ainsi par une seule offrande, il a rendu parfaits pour toujours ceux qui sont purifiés du péché » (10.14). Il n’est donc plus besoin d’autres sacrifices (10.18) ni de sacrificateurs sous la nouvelle alliance.

b) Médiateur entre les hommes qui acceptent sa seigneurie :

L’épître aux Hébreux rappelle la promesse faite au Messie sous l’ancienne alliance : « Tu seras sacrificateur pour toujours selon l’ordre dans la tradition de Melchisédek » (5.6). Cette parole du Psaume 110 (le texte de l’Ancien Testament le plus souvent cité dans le Nouveau) nous apprend une vérité importante au sujet du Messie : Melchisédek est le seul personnage de l’Ancien Testament qui fut à la fois sacrificateur et roi, les deux offices dans lesquels on était institué par une onction, mais qui ne pouvaient être cumulés par un seul homme (cf. 1 Samuel 13.9-14), parce que l’office de Roi-Sacrificateur était réservé à l’Oint par excellence, c’est-à-dire au Messie, Fils de David. Jésus fut reconnu comme Roi par ses disciples (Jean 1.49), par la foule de Jérusalem (Matthieu 21.5 ; Jean 12.13) et même par ses ennemis (Matthieu 27.29 ; Marc 15.26 ; Luc 23.37 ; Jean 19.14). Il s’est appliqué le titre de Roi dans les paraboles (Matthieu 18.23 ; 22.2 ; 23.34). A la question de Pilate : « Tu es donc roi ? », il a répondu clairement :  Tu le dis : je suis roi » (Jean 18.37). Prêtre selon la tradition de Melchisédek, nous dit l’épître aux Hébreux, signifie que Jésus est « roi de justice » et « roi de paix » (7.1-2). L’Apocalypse lui donne les titres de « Roi des nations », « Roi des rois et Seigneur des seigneurs » (15.3 ; 17.14 ; 19.16).

A sa fonction royale se rattache l’office de médiateur entre les hommes, celui qui était jusque-là dévolu aux juges, chefs et maîtres à tous les degrés. C’est la raison pour laquelle Jésus a défini un style nouveau de relations entre les hommes qui l’acceptent pour Maître, en abolissant les titres de maître, père et chef par lesquels les hommes fondent leur autorité : « Il n’y a qu’un seul Maître, et vous êtes tous frères… un seul est votre chef: le Christ » (Matthieu 23.8-10). Il est le souverain pasteur (1 Pierre 5.4) « le grand berger des brebis » (Hébreux 13.20 ; Jean 10.11), l’évêque (ou le gardien) de vos âmes » (1 Pierre 2.25).

c) Médiateur entre Dieu et les hommes :

Porte-parole de Dieu : Jésus fut aussi le vrai prophète prédit par Moïse (Deutéronome 18.15), il fut la Parole de Dieu faite chair (Jean 1.14), annonçant seulement ce que le Père lui donnait de proclamer (12.49-50 ; 14.24), « p;un prophète puissant en actes et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple » (Luc 24.19). Il fut reconnu comme tel par la Samaritaine (Jean 4.19) et par le peuple d’Israël (7.40).

A ce ministère de prophète (= porte-parole de Dieu) se rattachent d’autres fonctions qui lui sont attribuées dans le Nouveau Testament : « il est l’apôtre… de notre foi » (Hébreux 3.1). Ce terme est synonyme du mot missionnaire. Comme on l’a dit : Dieu n’avait qu’un Fils et il en a fait un missionnaire. Il fut l’envoyé divin (Jean 7.28) qui accomplit parfaitement la mission que le Père lui avait confiée (Jean 14.31).

Il fut le grand « docteur venu de Dieu » (Jean 3:2). Ce titre (didaskalos) lui est appliqué maintes fois (Matthieu 8.19 ; Marc 4.38 ; 5.35...). Il l’a affirmé lui-même : « Vous m’appelez Maître (didaskalos) et Seigneur ; vous dites bien car je le suis » (Jean 13.13). «&bsp;Vous n’avez qu’un seul Maître » (didaskalos) (Matthieu 23.8).

Il fut l’évangéliste par excellence « venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Luc 19.10), tenaillé par la compassion pour les foules perdues (Matthieu 9.36) comme pour les individus en marge du salut (Jean 1.47 ; 4.7-26 ; 5.5-9 ; 9.1-38 ; 18.37…), le témoin fidèle et véritable (Jean 18.37 ; 1 Timothée 6.13 ; Apocalypse 1.5 ; 3.14).

A ce triple office du Messie s’en rattache un quatrième souligné déjà dans les prophéties de l’Ancien Testament  celui de Serviteur de l’Eternel dont nous avons déjà parlé dans le premier chapitre.

Jésus a donc rassemblé toutes les fonctions dans sa personne: il fut le sacrificateur parfait qui a réalisé dans l’offrande de sa personne sur la croix toutes les prédictions et toutes les préfigurations relatives aux sacrifices de l’ancienne alliance. Il est le Roi des rois qui régnera à jamais. Il a proclamé la Parole définitive de Dieu aux hommes (cf. Jude 3), il fut le serviteur par excellence.

Il a monopolisé tous les ministères et toutes les fonctions dans le peuple de Dieu de la nouvelle alliance. Ainsi tout ministère chrétien n’est que la continuation du ministère de Jésus-Christ à travers les membres de son Eglise. Christ est la source et l’auteur de tout ministère dans l’Eglise : « Il a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes… » (Ephésiens 4.11). Paul parle du ministère qu’il a «&nbs;reçu du Seigneur Jésus » (Actes 20.24), de « ce que Christ a fait par » lui (Romains 15.8).

3. Le ministère sous la nouvelle alliance

Ancienne et nouvelle alliance

La distinction entre ancienne et nouvelle alliance n’est pas une subtilité de théologiens. C’est la Parole de Dieu elle-même qui la fait. Jérémie a prophétisé que Dieu conclurait « une alliance nouvelle avec la maison d’Israël et la maison de Juda » (31.31). « En disant : une alliance novelle, il a déclaré la première ancienne » (Hébeux 8.13).

Caractéristiques de la nouvelle alliance

D’après le texte de Jérémie 31, les caractéristiques de la nouvelle alliance seront :

  1. une loi intérieure écrite dans les cœurs (v. 33b)
  2. une communion intime entre le peuple et Dieu (v. 33c)
  3. une connaissance intuitive de Dieu en chaque membre du nouveau peuple (v. 34a)
  4. fondée sur le pardon des péchés (v. 34b).

Chacune de ces quatre caractéristiques de la nouvelle alliance correspond à un aspect de la fonction sacerdotale :

  1. enseigner la loi
  2. rétablir la communion entre le peuple et Dieu
  3. donner la connaissance de Dieu
  4. obtenir le pardon des péchés (par les sacrifices).

Donc sous la nouvelle alliance, le sacrificateur n’aura plus de raison d’être.

a) Plus de prêtres

Le Nouveau Testament utilise le mot hiereus (prêtre) :

  1. pour Jésus-Christ
  2. pour les prêtres juifs
  3. pour tous les croyants (1 Pierre 2.9 ; Apocalypse 1.6 ; 5.10 ; 20.6).1

1 Le mot français prêtre provient d’une déformation du mot presbyteros (ancien) qui a donné pres(by)tre, puis prestre. Dans certaines traductions catholiques, il traduit le mot presbyteros, ce qui est en contradiction avec le sens du mot grec, car les auteurs du Nouveau Testament ont soigneusement évité cette confusion.

Jésus-Christ est, en fait, le seul prêtre de la nouvelle alliance. Après être remonté au ciel, il a envoyé son Esprit à ses disciples. Le don du Saint-Esprit a inauguré la nouvelle alliance. En même temps, il a constitué l’Eglise. Puisque tous les membres de son Corps ont reçu l’Esprit de Jésus-Christ, ils sont donc, eux aussi maintenant, prêtres, prophètes et rois et n’ont plus besoin d’un prêtre comme intermédiaire entre Dieu et eux& : « Il y a un seul Dieu et un seul médiateur entre Dieu et les hommes : Jésus-Christ » (1 Timothée 2.5).

Cette absence du terme hiereus, nous dit R. Banks, est « l’un des traits les plus caractéristiques des écrits de Paul ; un phénomène étrange du point de vue de la pratique religieuse contemporaine. Une communauté religieuse sans prêtre ! » (80, p. 132). « Les seuls prêtres de l’Evangile désignés comme tels dans le Nouveau Testament sont les saints, c’est-à-dire les membres de la communauté chrétienne » (J.B. Lightfoot, The Christian Ministry).

Bernard Sesbouë, professeur à la faculté de théologie jésuite de Lyon le confirme : « Le Nouveau Testament évite de manière constante le vocabulaire sacerdotal pour désigner les ministres de la Nouvelle Alliance. Ce fait massif traduit une intention: Ce ministère est d’une nature toute nouvelle» (M.M., 74, p. 476. Voir aussi P. Lestringant, 59 ; Eglise et Théologie, n° 65, p. 43-66 ; J.D. Burger, 48, p. 165 ; Ph. Menoud, 49, p. 19).

Ce qui est vrai pour le mot hiereus l’est aussi pour tous les autres termes cultuels. Paul, comme les autres auteurs du Nouveau Testament utilisent bien les mots leitourgia, leitourgos, latréia, prophora, etc… mais il les applique à des réalités spirituelles qui n’ont rien à voir avec le culte. Ainsi Paul se dit le leitourgos de Christ en prêchant l’Evangile (Romains 15.16), il appelle leitourgia la collecte qu’il rassemble pour les pauvres de Jérusalem (Romains 15.27 ; 2 Corinthiens 9.12) ainsi que les autres services que l’on peut rendre à des chrétiens (Philippiens 2.25, 30) ou l’office des autorités civiles (Romains 13.6).

b) Plus de distinction entre sacré et profane

A la place des mots cultuels, les auteurs du Nouveau Testament emploient des mots de la langue de tous les jours pour désigner les différents aspects de la vie d’Egliseé : ekklésia : la réunion des citoyens d’une ville, deipnon : le repas de famille, sunerchomai : un rassemblement… « Cela montre de façon évidente, nous dit Banks, que Paul refuse d’entrer dans la dichotomie habituelle sacré-séculier » (80, p. 133). Cette attitude, continue-t-il, était une innovation sans précédent dans le monde juif aussi bien que dans le monde antique grec. Le pharisaïsme et la synagogue étaient bien des organisations laïques mais elles visaient seulement à compléter la vie cultuelle du temple, non pas à la remplacer. Elles réservaient, de plus, un certain rôle aux prêtres parmi eux ; l’un des dix hommes nécessaires pour la fondation d’une synagogue devait être un prêtre, certaines prières et certains actes cultuels lui étaient réservés. L’élément sacerdotal était encore plus prononcé à Qumrân, les sacrificateurs jouant un rôle essentiel dans leur culte, leur administration, leurs repas sacrés et leur discipline. Quant aux cultes à mystères grecs, ils étaient de par leur structure même hiérarchisés et fondés sur la distinction entre profane et sacré : l’initié devenait automatiquement prêtre et commençait son ascension dans la hiérarchie sacerdotale (V. Banks, 80, p. 133-134).

c) Plus de distinction entre officiants et simples membres d’Eglise

Il en est de même des distinctions entre responsables et simples membres, entre saints hommes et gens du commun : Paul les refuse toutes en opposition avec les pratiques juives et païennes contemporaines (Banks, 80, p. 134-139).

Ainsi, la nouvelle alliance abolit toute distinction entre les « officiants » et les membres « ordinaires » de l’Eglise. C’est certainement à dessein que les auteurs du Nouveau Testament ont évité les termes d’archè (directeur, tête ou leader), de timè qui souligne la dignité d’un office ou de telos qui insiste sur son autorité. Jésus avait déjà indiqué que la distinction habituelle entre dirigeants et subordonnés n’aurait plus cours dans le peuple des rachetés.

« Paul rejette toute distinction formelle entre des représentants officiels de l’Eglise et ses membres ordinaires (R. Banks, 80, p. 135). Les mots spécifiques pour désigner ces représentants ou les dirigeants dans d’autres groupements manquent totalement dans ses épîtres. A leur place, il utilise presque uniformément le mot diakonos qui, jusque-là, désignait presque toujours un serviteur de classe inférieure.

d) Plus de distinction entre clergé et laïcs

Le mot clergé vient de kléros = le lot, ce qui est alloué par le sort (ex. : Actes 1.26 : « le sort tomba sur Matthias »). Le mot laïc dérive de laos = le peuple. Le mot laïkos utilisé en Grèce pour les masses sans éducation n’apparaît nulle part dans le Nouveau Testament. Dans la Bible, le kléros, le lot de Dieu, c’est précisément le peuple qui lui est attribué comme sa possession, c’est-à-dire tous les croyants (1 Pierre 2.9) et pas seulement une partie d’entre eux. Ainsi le laos, le peuple de Dieu inclut tous » (R.L. Saucy, 72, p. 128). Donc «tous les membres du clergé sont des laïcs et tous les laïcs sont aussi des clercs dans le sens biblique de ces mots » (A. Cole, 64, p. 40)2 « Les deux mots kléros (clergé) et laos (laïcat) se trouvent dans le Nouveau Testament, nous dit W. Robinson, mais, et c’est étrange, ils désignent les mêmes personnes, non des catégories diverses » (Completing the Reformation. The Doctrine of the Priesthood of ail Believers, Spring Lectures, 1955, Bible College, Lexington, Etats-Unis, p. 17).

2 La confirmation de ce point de vue nous vient du théologien catholique Hans Küng : « D’un point de vue théologique, dit-il, le mot « clergé » se réfère au salut eschatologique que Dieu donne à chaque croyant individuel dans la communion de tous les croyants… Il nous faut en conclure que le « lot » (kléros) du Seigneur n’est précisément pas le clergé, mais tout le peuple de Dieu ; et Christ est le « lot », non seulement du clergé, mais de tout le peuple de Dieu. Le mot kléros appartient donc à toute l’Eglise» (cité d’après The Church (Garden City), p. 494).

La venue de Jésus-Christ « a mis fin à la distinction séculaire entre prêtres et laïques. Cette distinction avait sa place dans l’ancienne économie… Maintenir dans la nouvelle alliance cette distinction périmée, ce serait déclarer insuffisant et non valable le sacerdoce de Christ et revenir en arrière dans l’histoire du salut… La seule distinction désormais valable est celle qui sépare d’un côté les croyants… qui sont un sacerdoce royal et un peuple saint ; et de l’autre côté, les incrédules, c’est-à-dire ceux pour lesquels la rédemption qui est en Jésus-Christ n’existe pas encore et auxquels elle doit être annoncée… Les seuls prêtres de l’Evangile désignés comme tels dans le Nouveau Testament sont les saints, c’est-à-dire les membres de la communauté chrétienne » (J.B. Lightfoot, The Christian Ministry).

Donc «maintenir dans la nouvelle alliance la distinction périmée entre prêtres et laïcs, ce serait déclarer insuffisant ou non valable le sacerdoce de Christ et revenir en arrière dans l’histoire du salut » (Ph. Menoud, 49, p. 22-23).

Théoriquement, tout le monde est d’accord pour affirmer que la distinction prêtres-laïcs appartient à l’ancienne alliance. Même du côté catholique, on reconnaît que « le Nouveau Testament ignorait la barrière cléricale entre « prêtres » et « laïcs ». Des couples, des hommes mariés, des femmes étaient engagés au service de l’Evangile ou des communautés » (J. Delorme, M. M., 74). Pourtant, pratiquement, cette distinction entre clergé et laïcs existe aussi bien chez les protestants que chez les catholiques. Dans un article des Informations catholiques internationales (15.4.1982, p. 24), R. Mehl parle d’une opposition entre pasteurs et laïcs que le protestantisme « s’est efforcé de réduire, sans toujours y parvenir pleinement ». Au Synode de l’Eglise réformée de France de 1983, A. Dumas parlait d’une « sacerdotalisation du ministère » proche de la conception catholique du prêtre » (Actualité religieuse, 15.6.83, p. 26).

E. Brunner écrivait : « Le malheur du protestantisme allemand vient de ce que, dès la Réformation, il soit devenu une Eglise de pasteurs. L’Eglise qui avait pourtant découvert le sacerdoce de tous les croyants, n’a jamais réussi à faire de ses laïcs des collaborateurs spontanés et conscients de leurs responsabilités… En gros, elle est restée cléricale, une Eglise de pasteurs » (43, p. 13).

4. Le sacerdoce universel des croyants

L’expression « sacerdoce universel des croyants » ne se trouve pas dans la Bible. Elle a été forgée par Luther qui l’a utilisée pour la première fois en 1520 dans son écrit A la noblesse allemande comme formule polémique contre la conception romaine et sacerdotale du ministère. Elle fut reprise par les autres Réformateurs avec les mêmes connotations.

a) Les fondements bibliques de la doctrine

(1) 1 Pierre 2.4-9

Si nous voulons savoir ce que la Parole de Dieu en dit, nous devrons nous reporter aux passages bibliques sur lesquels Luther s’est appuyé. Le plus explicite d’entre eux est 1 Pierre 2.4-9 : « Approchez-vous de lui, pierre vivante… et vous mêmes, comme des pierres vivantes, édifiez-vous pour former une maison spirituelle, un saint sacerdoce, afin d’offrir des victimes spirituelles agréables à Dieu par Jésus-Christ… Vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis afin que vous annonciez les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière… vous qui, maintenant, êtes le peuple de Dieu… qui avez obtenu miséricorde. »

Plusieurs points sont à retenir de ce passage :

  1. Chaque croyant peut à présent s’approcher directement de Christ, la pierre vivante.
  2. Il est lui-même devenu (par sa nouvelle naissance) une pierre vivante, c’est-à-dire de la même nature que Christ (cf. 2 Pierre 1.4).
  3. Les croyants constituent ensemble la « maison spirituelle » c’est-à-dire le temple de Dieu de la nouvelle alliance.
  4. Ils sont tous exhortés à s’édifier mutuellement.
  5. Ils ont tous part au « saint sacerdoce ». Ils accomplissent donc la vocation du peuple de Dieu (Exode 19.6).
  6. Ils sont exhortés à offrir des victimes spirituelles c’est-à-dire (d’après Psaumes 50.14, 23 ; 107.22 ; 141.2) des prières de louanges et d’action de grâces (cf. Hébreux 13.15) ainsi que des services pratiques pour aider les autres (Hébreux 13.16).
  7. Ils doivent aussi annoncer les vertus de celui qui les a sauvés c’est-à-dire « proclamer les oeuvres magnifiques de Dieu » (F-C.)

Le ministère sacerdotal de tous les croyants concerne donc :

  1. Dieu, par la louange.
  2. L’Eglise et le monde, par le ministère de la parole (édification et évangélisation). Il comprend aussi, comme celui des sacrificateurs de l’ancienne alliance,
  3. l’intercession pour les croyants et pour le monde.

Nous remarquons aussi que ce ne sont pas les croyants isolés mais le peuple en tant que collectivité qui accomplit son ministère sacerdotal. Enfin, c’est dans le même verset (9) qui parle du sacerdoce royal des croyants que nous trouvons le mot laos qui a donné laïc, preuve que, pour Pierre, tous les laïcs sont des prêtres.

Par trois fois, l’Apocalypse affirme que Christ a fait de nous des rois et des sacrificateurs pour Dieu son Père (1.6 ; 5.10 ; 20.6).

D’autres passages du Nouveau Testament servent de fondement à la doctrine du sacerdoce universel des croyants. Ce sont, en particulier ceux qui reprennent le vocabulaire sacrificiel de l’ancienne alliance en demandant à tous les chrétiens d’accomplir les fonctions réservées jusque-là aux prêtres.

L’épître aux Hébreux utilise plusieurs fois l’expression : élever à la perfection, aussi bien pour Jésus-Christ (2.10 ; 5.9 ; 7.28) que pour les croyants (10.14). Elle est peut-être la traduction grecque de la formule hébraïque utilisée pour l’investiture dans la fonction sacerdotale : nous avons tous reçu cette investiture, comme notre souverain sacrificateur, Jésus.

(2) En quoi consiste le service des sacrificateurs de la nouvelle alliance ?

1. La première conséquence de notre condition de sacrificateurs est la consécration de notre vie entière à Dieu « comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu » (Romains 12.1). C’est là le culte (latréia) logique découlant de notre rédemption et que tous les sacrificateurs de la nouvelle alliance sont appelés à célébrer. Le sacrificateur s’offre d’abord lui-même à Dieu (cf. 2 Corinthiens 8.5). Sous l’ancienne alliance, le sacrificateur était un homme à part, consacré à l’Eternel. La loi donnait des prescriptions très strictes sur la vie privée des prêtres (Lévitique 10.8s ; 21.7). Puisqu’ils appartenaient à Dieu, ils devaient se garder des souillures du monde. L’apôtre Paul tire la même conclusion du sacrifice que nous sommes appelés à faire à Dieu : « Ne vous conformez pas au siècle présent mais soyez transformés… » (v. 2). Des vies trans formées sont le meilleur atout d’une Eglise.

2. Un sacrifice de louange. Nous avons à présent tous un libre accès au sanctuaire (Hébreux 10.20), là où seuls les sacrificateurs pouvaient entrer, et même au Saint des saints où uniquement le Souverain sacrificateur avait le droit de pénétrer une fois par an. C’est Jésus qui a ouvert pour nous « un chemin nouveau et vivant au travers du voile » (qui s’est déchiré).

« Par lui, offrons sans cesse à Dieu un sacrifice de louange, c’est- à-dire le fruit de lèvres qui confessent son nom » (Hébreux 13.15) : l’offrande des sacrifices était une fonction spécifiquement sacerdotale ; elle est maintenant étendue à tous les croyants. Dans Apocalypse 5.8 et 8.3, le parfum qui monte vers le trône de l’Agneau c’est « la prière des saints », c’est-à-dire de tous les chrétiens.

Ces prières peuvent monter du secret de notre sanctuaire intérieur comme l’encens dans le lieu saint ; notre fonction sacerdotale nous rappelle l’importance de la louange dans notre moment de prière personnelle. La louange a surtout sa place dans la « grande assemblée ». Elle occupait la plus grande partie du culte d’Israël. Elle devrait aussi être la fonction première de tout rassemblement du nouveau peuple de Dieu (v. A. Kuen, 81, p. 10- 20), l’attrait principal des réunions pour tout enfant de Dieu.

3. L’intercession était l’une des fonctions spécifiques des prêtres. Lorsqu’ils se présentaient devant Dieu, ils portaient sur leurs épaules et sur leur cœur les noms des 12 tribus d’Israël (Exode 28.9, 29 ; 39.6-7). A présent, tous les rachetés ont le privilège et le devoir d’intercéder pour tous les hommes (1 Timothée 2.1), spécialement pour les autres croyants et les serviteurs de Dieu (Ephésiens 6.18-19 ; 2 Thessaloniciens 3.1) — soit dans leur prière personnelle, soit dans les réunions de prière de l’assemblée (cf. Actes 12.12).

4. L’annonce de l’Evangile est présentée par l’apôtre Paul comme un service sacerdotal « afin que les païens soient (pour Dieu) comme une offrande agréable, étant sanctifiée par l’Esprit-Saint » (Romains 15.16). Tous les chrétiens sont appelés à être des témoins de Jésus-Christ (Actes 1.8) et à répondre de l’espérance qui est en eux (1 Pierre 3.15). L’une des fonctions des sacrificateurs était l’enseignement (Malachie 2.7). Nous sommes à la fois prêtres et prophètes, portant la parole de vie (Nombres 11.29 ; Actes 2.17 ; 1 Corinthiens 14.31 ; Phililippiens 2.15).

5. L’édification mutuelle est un aspect important du sacerdoce que nous avons à exercer envers nos frères et sœurs. Les sacrifcateurs avaient trois fonctions essentielles : servir Dieu dans le sanctuaire, enseigner la loi au peuple et consulter l’Eternel (au moyen de l’Urim et du Thummim ; Exode 28.30 ; Esdras 2.63 ; Nombres 16.40 ; 18.5 ; 2 Chroniques 15.3 ; Jérémie 18.18 ; Ezéchiel 7.26 ; Michée 3.11). Les croyants, sacrificateurs de la nouvelle alliance, ont hérité ces fonctions. A côté du service de Dieu, ils sont appelés à servir leurs frères par l’enseignement mutuel et l’aide qu’ils peuvent leur apporter dans la recherche de la volonté de Dieu. Les épîtres abondent en recommandations dans ce sens adressées à tous les chrétiens : Exhortez-vous les uns les autres (Colossiens 3.16 ; 1 Thessaloniciens 5.11 ; Hébreux 3.13 ; 10.25…), instruisez-vous (Colossiens 3.16), édifiez-vous (Romains 14.19), portez les fardeaux les uns des autres (Galates 6.2), entretenez-vous par des psaumes, des hymnes, des cantiques spirituels (Ephésiens 5.19), ayez soin les uns des autres (1 Corinthiens 12.24-25)…

Ces exhortations déterminent une forme de culte dont nous n’avons guère l’habitude, où les uns et les autres participent effectivement à l’édification commune selon les dons reçus. En dehors des réunions, les croyants ont aussi de nombreuses occasions d’exercer ces ministères.

6. La bienfaisance et la libéralité sont mentionnées comme des sacrifices auxquels Dieu prend plaisir (Hébreux 13.16). En remerciant les Philippiens pour leur don matériel, l’apôtre Paul utilise aussi le vocabulaire sacerdotal : c’est « un parfum de bonne odeur, un sacrifice que Dieu accepte et qui lui est agréable » (Philippiens 4.18 , cf. 2 Corinthiens 9.11-14). Ces six aspects de la fonction des sacrificateurs de la nouvelle alliance sont communs à tous les chrétiens. Il faut y ajouter les ministères qui diffèrent de l’un à l’autre suivant les dons reçus.

7. L’exercice des différents dons pour le service fait partie des fonctions des sacrificateurs-lévites de la nouvelle alliance. Dans Romains 12.6-8, Paul exhorte chaque membre à servir les autres avec le don reçu. Ce passage suit immédiatement le rappel de la première fonction des sacrificateurs de la nouvelle alliance : l’offrande de leur corps à Dieu pour qu’il s’en serve comme bon lui semblera.

Les lévites avaient la responsabilité du transport du Tabernacle, plus tard, ils assistaient les prêtres dans le service du sanctuaire, ils étaient chargés des fonctions administratives et judiciaires (scribes, juges), ils veillaient aux portes du Temple et s’occupaient de la musique (chanteurs, instrumentistes ; 1 Chroniques 25.1, 6 ; 26.1 ; 2 Chroniques 19.8-11 ; 30.16-17). Toutes ces fonctions se retrouvent dans l’Eglise. Pour les accomplir, Dieu accorde les dons d’aide, de libéralité, d’habileté manuelle, de miséricorde, de présidence et de direction, de foi et de discernement des esprits, de louange, de prière et de musique (v. A. Kuen, 82 DS, p. 70-81, 96-100…).

Dans le Tabernacle, chaque sacrificateur et chaque lévite avait sa fonction. Nombres 4 et 18 nous donnent un organigramme et une description de fonctions détaillés des différentes familles de lévites, chacune d’elles ayant sa spécialité et ses attributions. Dans l’Eglise, Dieu a aussi prévu une tâche pour chaque membre du Corps. Nous la découvrons lorsque nous avons fait à Dieu le don de nous-mêmes et que nous sommes disponibles pour tout service.

Pour être précis, on peut distinguer le sacerdoce universel du ministère universel : le premier étant ce que tous les chrétiens sont appelés à faire (se consacrer à Dieu, le louer, intercéder, témoigner, s’édifier mutuellement, pratiquer la bienfaisance et la libéralité), le second désignant les services différents qu’ils accomplissent, chacun suivant le don qu’il a reçu pour l’utilité commune (1 Cor. 12.7 ; 1 Pierre 4.10-11).

Certains de ces ministères sont d’une grande importance pour la vie du Corps (comme nos poumons, notre cœur ou notre cerveau). La Parole de Dieu y attache une importance particulière, soulignant les conditions à remplir par ceux qui les exercent. Nous les appellerons « ministères particuliers » et nous leur con sacrerons les chapitres V à XII.

Cette doctrine du « sacerdoce universel des croyants », oubliée dès le IIe siècle, a été théoriquement redécouverte par les Réformateurs. Pratiquement, cependant, elle a trouvé peu d’applications dans les Eglises de la Réforme3 et il faudra attendre le XIXe siècle pour que certains groupes la mettent en pratique dans la vie de leurs assemblées.

3 « Tous les chrétiens appartiennent à l’état ecclésiastique. Nous sommes absolument tous consacrés prêtres par le baptême » (Luther) : An den christl. Adel, W.A., 6, 407, 13). « Les laïcs, prêtres, ducs, évêques et, comme ils disent, les ecclésiastiques et les séculiers ne diffèrent au fond que par la fonction, mais pas par le rang (Stand). Car ils sont tous de l’état spirituel, de vrais prêtres, évêques et papes… Nous sommes tous également prêtres, c’est-à-dire que nous avons tous même pouvoir à la Parole de Dieu et à tous les sacrements » (Ibid.). Mais dans les Eglises protestantes, « pour beaucoup de pasteurs, le sacerdoce universel est suspect. Nous sommes au milieu d’une Eglise de pasteurs, d’une Eglise de théologiens» (W. Ninck, Christliche Gemeinde heute, p. 190). (Voir A. Kuen, 67, p. 272-274. Moulton-Milligan (The Vocabulary of Greek Testament, London Ed., 1963, p. 687) donne « élire en levant la main » comme sens général qu’il signale encore dans un papyrus de l’an 280 au sujet de l’élection d’administrateurs (P. Oxy, IX, 1191). Ordonner est selon lui, un « sens ecclésiastique ultérieur ». Letouzey le confirme dans son Nouveau Testament (1955) : « Le verbe grec employé par Luc devint plus tard le terme technique pour ordonner. » Pirot-Clamer précise que ce sont les Pères grecs qui lui donnèrent ce sens.

b) Responsabilité collective de la vie de l’Eglise

La doctrine du sacerdoce universel trouve une confirmation et une expression dans la manière dont tous les aspects de la vie de l’Eglise sont vus comme étant du ressort de tous les membres de l’Eglise. Cette notion de responsabilité collective est soulignée déjà par les adresses des épîtres : « Toutes les grandes épîtres de Paul sont adressées non aux responsables éventuels de la communauté, mais à l’assemblée tout entière » (Jaubert, 74, p. 16). Et l’on pourrait en dire autant des autres épîtres.4 Une seule exception, mais significative : la lettre aux Philippiens est adressée « à tous les saints qui sont à Philippes avec leurs surveillants et leurs serviteurs » : les responsables sont nommés après l’assemblée et au milieu d’elle. Mais le reste de l’épître est adressé à l’ensemble de l’Eglise — comme s’ils n’existaient pas.

4 Les apôtres n’ont fait que prolonger la tradition juive sur ce point. Les lettres s’adresaient généralement « à nos frères juifs qui sont à… » Voir E. Lohmeyer : « Problème paulinischer Theol., Briefliche Grussüberschriften Zeitsch. fur N.T. Wissensch., 1927, p. 158-173.

Nous savons — par des mentions que nous examinerons plus loin — qu’il y avait des responsables dans toutes les Eglises destinataires des épîtres, mais l’apôtre ne leur adresse pas la lettre, il demande même à toute l’assemblée de prendre en charge des fonctions que nous attribuerions aux ministres de l’Eglise. A Rome, ce sont tous les chrétiens qui doivent prendre position face à « ceux qui causent des divisions et des scandales » (Romains 16.17). A Corinthe, l’apôtre reproche à tous les membres de ne pas avoir excommunié l’incestueux (1 Corinthiens 5.2), de tolérer des procès entre frères (6.1) et des désordres au repas du Seigneur (11.17).

En Galatie, ce sont tous ceux qui sont spirituels qui sont appelés à redresser « ceux qui sont surpris en quelque faute » (6.1). L’épître aux Colossiens n’est pas adressée à Archippe qui devrait exhorter les fidèles à tenir ferme contre les assauts de la philosophie pré-gnostique, c’est l’ensemble des chrétiens que l’apôtre exhorte directement. Les Colossiens, au contraire, doivent dire à Archippe : « Prends garde au ministère que tu as reçu dans le Seigneur, afin de le bien remplir » (3.17).

Dans l’épître aux Thessaloniciens, immédiatement après avoir mentionné « ceux qui travaillent parmi vous, qui vous dirigent dans le Seigneur et qui vous exhortent » (5.12), l’apôtre demande à tous d’avertir (ou de reprendre) « ceux qui vivent dans le désordre » (v. 14). Dans sa deuxième lettre, l’apôtre précisera sa pensée à ce sujet, mais continuera à charger toute l‘Eglise de les noter, de les avertir et de rompre toute relation avec eux (3.6-15).

Il en est de même dans les Eglises auxquelles s’adressent les autres épîtres : elles ont des conducteurs (Hébreux 13.7), des anciens (1 Pierre 5.1), mais elles sont exhortées directement à croître, à se sanctifier, à se préserver des erreurs et à s’exhorter mutuellement.

L’instruction, l’exhortation, la vigilance que nous confierions aux serviteurs de l’Eglise est l’affaire de tous envers tous (Colossiens 3.16 ; 1 Thessaloniciens 5.11 ; Hébreux 10.24-25…). C’est la première constatation qui s’impose à nous, appuyée de plusieurs centaines d’exhortations adressées à l’ensemble des fidèles. Ainsi Paul s’adresse à l’ensemble de la commu nauté pour ce qui concerne les questions d’organisation (1 Corinthiens 11.33-34 ; 14.39-40 ; 16.2-3), la discipline (Romains 16.17 ; 1 Corinthiens 5.3-5, 11 ; 6.1-6 ; 16.22 ; Galates 6.1 ; 2 Thessaloniciens 2.14) et la croissance spirituelle de l’Eglise (Romains 15.14 ; 1 Corinthiens 14.31 ; Ephésiens 4.15 ; Philippiens 2.4 ; Colossiens 3.16 ; 1 Thessaloniciens 5.11) (Banks, 80, p. 139-141).

c) Confirmations

« Dans l’Eglise apostolique, la prédication et l’enseignement n’étaient pas confinés à une classe particulière, chaque converti pouvait proclamer l’Evangile aux incroyants, et chaque chrétien qui en avait le don pouvait prier, enseigner, exhorter dans la réunion de l’Eglise » (Philip Schaff, 67, Vol. II, p. 124).

« La fonction de l’Eglise est d’être un milieu dans lequel chaque croyant a l’occasion et la liberté d’être, à sa manière particulière, un ministre de l’Evangile de Jésus-Christ, où il est encouragé à être un prêtre parmi des prêtres, offrant des sacrifices spirituels à Dieu et apportant Dieu aux hommes… Quelque part dans la vie de l’Eglise il doit y avoir une place largement ouverte à un ministère mutuel entre les membres du Corps. Cela est aussi indispensable à la santé et à la croissance de l’Eglise que la prédication et l’enseignement, la prière, le culte ou l’évangélisation… Le sacerdoce des croyants n’est pas un programme supplémentaire qui peut être ajouté au ministère d’un pasteur professionnel. Ce sacerdoce est le ministère biblique de l’Eglise. Si des ecclésiastiques professionnels ont une place, cela ne peut être que s’ils sont eux-mêmes des croyants-sacrificateurs ayant des dons particuliers destinés à ‘équiper le peuple de Dieu pour l’œuvre du ministère’ (Ephésiens 4.12) » (Robert C. Girard, 79, p. 131-132).

David Watson, un pasteur anglican écrit : « Toute l’Eglise devrait être équipée pour l’œuvre du ministère (Ephésiens 4.12). C’est un travestissement de la véritable nature de l’Eglise que de penser au ministère seulement en termes de conducteurs théologiquement formés. Tous les saints, ou chrétiens, doivent être impliqués dans l’œeuvre du ministère. Tous sont appelés à servir dans le Corps de Christ. Certes, il y a quelques dons et quelques ministères de spécialistes, mais leur rôle est uniquement d’équiper tous les membres pour un rôle et une tâche définis dans l’Eglise. Aucun n’est un passager ; tous font partie de l’équipage » (78, p. 101). « Toute l’Eglise est engagée dans le ministère de Christ à travers son Corps » (H.S. Bender, 69, p. 135).

5. Ministère de toute la personne

Le ministère universel est un ministère de tous. C’est aussi un service qui englobe toute la personne. Dans le peuple d’Israël, l’office sacerdotal était nettement limité aux fonctions dans le sanctuaire. Dans la nouvelle alliance, c’est un ministère qui englobe toute la vie. Désormais le culte chrétien consiste dans l’offrande du corps du croyant à Dieu (Romains 12.1) afin d’être transformé dans son être intérieur (v. 2). Il s’exprime par l’exercice des divers dons et ministères au service du Corps (v. 3-8), par l’amour fraternel dans ses différentes manifestations (v. 9-21), par une vie nouvelle dans la cité (ch. 13) et par des relations différentes avec les frères et sœurs dans l’Eglise (chap. 14 ; 15:1-7), ainsi que par l’évangélisation afin de présenter à Dieu « les païens comme une offrande agréable étant sanctifiée par l’Esprit-Saint » (15.16).

La réunion de la communauté où s’exercent certains dons et ministères n’est qu’un aspect du culte des rois-sacrificateurs qui englobe toute leur vie. Certains dons et ministères concernent davantage la vie de tous les jours que les réunions (dons d’aide, de libéralité, de miséricorde…). D’autres s’exercent en priorité dans les rencontres de chrétiens (dons de la parole et de la louange). Mais tous ensemble contribuent à « l’édification du Corps » pour que « tout l’édifice bien coodonné s’élève pour être un temple saint dans le Seigneur » (Ephésiens 2.21 ; cf. 4.16).

Dans cette perspective, les dons spirituels constituent l’équipement du sacrificateur de la nouvelle alliance, les ministères sont ses fonctions dans le temple. Par eux, Jésus-Christ continue son office de prêtre-roi-prophète au milieu des siens, car tous les dons ne sont que des reflets et des prolongements des dons de Jésus-Christ — puisqu’ils sont accordés par son Esprit — suivant l’une ou l’autre dominante de ses fonctions : dons de prophète (proclamation), de prêtre (louange, service), de roi (direction, coordination).

Toute hiérarchie entre ces fonctions a été abolie (les dons de direction sont cités vers la fin des listes). L’essentiel est que chacun remplisse à sa place le ministère correspondant à ses dons. Les responsabilités sont différentes, la valeur devant Dieu est la même. « Nous sommes son ouvrage ayant été créés en Jésus-Christ pour de bonnes œuvres que Dieu a préparées d’avance afin que nous les pratiquions » (Ephésiens 2.10). Littéralement, l’apôtre dit que nous sommes son poïèma, le mot qui a donné poème. Si chaque chrétien exerce son don et accomplit les œuvres que Dieu a préparées pour lui, la vie de l’Eglise sera, pour le monde, pour les autorités invisibles et pour Dieu lui-même un poème à sa gloire.

Sur le plan de la vie collective, la doctrine du sacerdoce universel est la caractéristique la plus révolutionnaire de la nouvelle alliance dont la portée n’a guère été saisie durant les siècles qui nous séparent de l’Eglise primitive.

La « chrétienté », c’est-à-dire la période qui va du IVe au XIXe siècle (ou, par endroits, jusqu’au XXe) était caractérisée par l’union de l’Eglise et de l’Etat ainsi que par l’appartenance automatique de tous les habitants des pays christianisés aux Eglises de multitudes. Toute la vie ecclésiale a été régie par les principes de l’ancienne alliance : un clergé professionnel faisait office d’intermédiaires entre Dieu et les hommes, lui seul était habilité à pardonner les péchés et à transmettre les messages de Dieu (pour un laïc, posséder ou lire la Bible, c’était encourir la peine de mort, prêcher un sermon était punissable d’emprisonnement, même dans l’Eglise protestante). Seule une petite minorité, bannie et méprisée, s’efforçait tout au long des siècles, de rester fidèle au modèle d’Eglise du Nouveau Testament, (voir Broadbent : L’Eglise ignorée, ou selon l’ancien titre : Le pèlerinage douloureux de l’Eglise fidèle à travers les âges).

Aujourd’hui, la « chrétienté » est morte. L’Eglise se dégage peu à peu du cadre qui a modelé sa vie durant des siècles. Elle jouit, dans beaucoup de nos pays, d’une liberté qu’elle n’a jamais connue durant toute son histoire. C’est le moment ou jamais de tirer des principes bibliques les applications qu’ils impliquent. Seuls ces principes lui permettront d’affronter dans de bonnes conditions les temps difficiles que la Parole de Dieu nous prédit pour « les derniers jours », et dans lesquels certaines fractions de l’Eglise sont déjà entrées. L’Eglise sous la croix nous apporte le témoignage que là où ces principes du sacerdoce universel des croyants sont appliqués, aucune puissance hostile ne peut juguler l’avance de l’Evangile et la croissance des communautés chrétiennes. L’expérience de l’Eglise chinoise de ces dernières décennies en est la preuve vivante.

« Heureux les temps, disait prophétiquement Vinet, où l’importance du ministère décroîtra parce que tous les chrétiens seront ministres » (42, p. 41). Ces temps sont à notre porte.

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