Le responsable : qualifications et fonctions

CHAPITRE 2

QUALIFICATIONS SPIRITUELLES DU RESPONSABLE CHRÉTIEN

« Il est très important que nous apprenions à conduire le peuple de Dieu dans Ses voies, avec Sa force et Sa sagesse» dit Chua Wee Hian, ancien secrétaire général de l’International Fellowship of Christian Students (Groupes bibliques universitaires internationaux). Or, pour cela, les qualifications spirituelles du leader sont essentielles, car « il existe un contraste frappant entre le leadership selon le monde et le leadership spirituel » (87 pp. 10, 14).

Quelles sont les qualifications spirituelles qui se dégagent des divers textes du Nouveau Testament se rapportant aux chrétiens et tout spécialement aux responsables ?

1. Aimer le Seigneur

Avant de confier un ministère à Pierre après sa chute, Jésus lui a posé une seule question: « M’aimes-tu ? » (Jean 21.15-18).

Augustin a dit — peut-être un peu imprudemment : « Aime et fais ce que tu voudras ». Si nous pensons à tout ce que l’on met sous ce mot amour aujourd’hui, on ne peut guère s’en tenir à cette formule. S’il avait parlé d’aimer Dieu et avait défini cet amour comme le fait la Bible, sa formule aurait été tout à fait juste. L’amour de Dieu est, en effet, la première condition d’un service efficace dans le royaume de Dieu. Cet amour s’exprime par le désir de faire toutes choses de manière à plaire au Seigneur. Jésus pouvait dire : « Je fais toujours ce qui lui est agréable (au Père) » (Jean 8.29) et l’apôtre Paul y fait écho en écrivant aux Corinthiens : « Nous nous efforçons de lui être agréables » (2 Corinthiens 5.9).

« S’il existe des hommes auxquels nous donnons le titre de ‘pasteurs’, ils ne portent authentiquement ce nom que dans la mesure où ils sont les instruments transparents du Christ, seul vrai pasteur » (Ph. Rolland, 93 p. 17).

Questions : Pierre de Benoit répétait souvent : « Aimer, c’est penser à ». Si j’aime quelqu’un, je pense souvent à lui — ou à elle. Quand est-ce que je pense à Dieu, à Jésus et au Saint-Esprit ? Dans mon recueillement personnel seulement ou tout au long de la journée ? Quand j’ai besoin d’aide (« Dieu : service de dépannage»), quand je suis dans la joie (louange, actions de grâces spontanées), à tout moment ? Le Seigneur me pose cette question à moi aussi : « M’aimes-tu ? ». Je peux m’arrêter au milieu de cette lecture et prendre le temps de lui exprimer mon amour.

2. L’attachement à Dieu

Tel est le sens du mot piété que nous trouvons dans les anciennes traductions de nos Bibles. L’attachement implique la persévérance dans la relation. Jésus l’a illustré par l’image du cep et des sarments : « Demeurez en moi, et moi je demeurerai en vous. Un sarment ne saurait porter du fruit tout seul, sans demeurer attaché au cep. Il en est de même pour vous : si vous ne demeurez pas en moi, Vous ne pouvez porter aucun fruit. Je suis le cep de la vigne, vous en êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, portera du fruit en abondance, car sans moi, vous ne pouvez rien faire » (Jean 15.4-5).

L’attachement à Dieu se manifeste par l’esprit de prière, à l’imitation de Jésus. Il priait lors de son baptême (Luc 3.21), il passa toute une nuit en prière avant de choisir ses apôtres (Luc 6.12-13), avant de poser une question cruciale à ses disciples (Luc 9.18), lors de sa transfiguration (9.29). Il priait pour chacun des siens afin qu’ils soient gardés au moment de la tentation (22.32). Il a lutté en prière dans le jardin de Gethsémané (22.44) et, jusque sur la croix, il a prié pour ses ennemis (23.46).

Cet attachement à Dieu se cultive aussi par la prière persévérante : « Priez sans cesse » (1 Thessaloniciens 5.17) c.-à-d. utilisez tous les moments libres pour renouveler votre communion avec Dieu. « Que la prière soutienne votre persévérance » (Colossiens 4.2).

Un responsable qui néglige la prière ne mènera pas bien loin ceux qui lui sont confiés. L’attachement à Dieu s’exprime par l’importance que nous attachons à la vie de prière. « Si nous sommes honnêtes, nous devons confesser que la prière ne nous vient pas facilement. Nous trouvons bien plus stimulant de courir de ci, de là à faire des choses, affairés avec le travail que Dieu nous a confié. Au moins, nous pouvons mesurer alors ce que nous avons fait — et pas fait. Nous trouvons des excuses sans nombre pour ne pas prier. Il y a cent et une choses qui requièrent notre attention. Une journée de 24 heures n’est tout simplement pas assez longue pour arriver au bout de notre tâche. Tant de gens réclament notre attention ! Et nous nous sentons bien lorsque nous servons les autres et que nous courons d’une réunion à l’autre. Mais nous négligeons le point le plus important de notre vie : du temps passé avec Dieu dans l’adoration et la prière. J’ai mis beaucoup de temps à réaliser que ce que je suis importe bien plus à Dieu que ce que je fais. Ma relation avec lui doit primer mon service pour lui » (Chua Wee Hian, 87 p. 94).

Pour illustrer son propos, Chua Wee Hian cite l’expérience d’un veuf qui mettait toute sa joie dans l’entretien qu’il avait avec sa fille, le soir, en revenant de son travail. Six semaines avant Noël, elle décida de lui tricoter un pullover. Immédiatement après souper, elle se retira donc dans sa chambre pour continuer son tricot. Le soir de Noël, elle frappa à la porte de la chambre de son père et le trouva tout en larmes. « Pourquoi pleures-tu ? — Ta présence m’a tellement manqué au cours de ces semaines ! » «Pour lui, la présence de sa fille signifiait plus que son présent » (p. 96).

Dans les listes de 1 Timothée 3 et Tite 1, il est souvent question d’être consacré, attaché à la saine parole, saint. Tous ces termes sont plus ou moins synonymes d’« attaché à Dieu ». La persévérance occupe une grande place dans la révélation du Nouveau Testament : dans la parabole du semeur, ceux qui portent du fruit ce sont « ceux qui, ayant entendu la parole avec un coeur honnête et bon, la retiennent et portent du fruit avec persévérance » (Luc 8.15). C’est « avec une entière persévérance » qu’il faut veiller à sa vie de prière (Ephésiens 6.18 ; cf. Hébreux 6.12 ; 10.36 ; 12.1).

L’attachement à Dieu implique aussi l’obéissance à ses commandements. « Ma nourriture, disait Jésus, est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’achever son œuvre » (Jean 4.34 cf. 6.38). Jusque dans le jardin de Gethsémané, il priait : « Que les choses se passent, non pas comme moi, je le veux, mais comme toi, tu le veux » (Matthieu 26.39). Et l’apôtre Paul pouvait dire également que sa seule ambition était « de plaire au Seigneur » (2 Corinthiens 5.9).

Questions : Quand est-ce que je manifeste concrètement mon attachement à Dieu ? Comment mon attitude intérieure se traduit-elle extérieurement dans mon comportement ? En relisant ce chapitre, sur quel point concentrer mon attention dans ces prochains jours ?

3. La foi – confiance

Les hommes choisis pour un service particulier dans Actes 6 devaient être « pleins de foi ». Paul exhorte Timothée à combattre le bon combat «avec foi » (1 Timothée 1.19) c.-à-d. avec une entière confiance en Dieu. Il ne s’agit pas, dans ces cas, de la foi initiale de la vie chrétienne, celle par laquelle nous saisissons le salut en Christ, mais d’un exercice constant de cette foi « sans laquelle il est impossible d’être agréable à Dieu » (Hébreux 11.6).

On pourrait ajouter deux autres qualités essentielles à un chef : la foi, c.-à-d. la confiance en soi et la confiance dans les autres. Confiance en soi ne signifie ni orgueil ni présomption. Nous restons jusqu’à la fin de notre vie conscients de nos lacunes et de nos limitations, mais nous nous confions aussi dans la Parole de Dieu qui nous dit que chacun de nous a reçu de Dieu un don pour l’utilité commune : donc nous avons reçu un don particulier que nous pouvons mettre au service des autres.

« Les plus grands leaders ont toujours eu foi dans leur capacité de conduire les autres… Le dirigeant doit pouvoir compter sur lui-même, sur ses connaissances, sur son don de discernement et sa motivation… La manière dont il voit les autres reflète celle dont il se voit lui-même » (T. Engstrôm, 81 p. 85). Chacun de nous est unique, avec sa personnalité et ses dons. « La notion biblique des dons spirituels est un souffle d’air frais en un temps qui voudrait réduire tous les hommes à des rouages remplaçables dans la machinerie de la production » (Id. p. 86). Chacun des « héros de la foi » énumérés dans la Bible était conscient que Dieu l’avait choisi pour une mission particulière. K. Gangel dit que beaucoup de gens ne réalisent rien de valable parce qu’ils ont une trop pauvre estime d’eux-mêmes. Chacun des candidats-responsables devrait se poser des questions telles que : « Comment est-ce que je vois ma vie ? Qu’est-ce que je pense que Dieu désire faire de moi ? Quelles sont mes valeurs ? Quels sont mes dons spirituels ? Quels sont mes buts de vie ? Qu’est-ce que Dieu devrait changer dans ma vie pour que je puisse réaliser ces objectifs ? » (76 p. 122). « L’image de soi est la clé de la personnalité et du comportement » (T. Engstrôm, 81 p. 93).

D’autre part, sans faire confiance à nos collaborateurs, nous n’en tirerons rien. Il ne s’agit pas d’une confiance naïve et aveugle, mais d’une présomption favorable qui attend de l’autre le meilleur de lui-même. « Le leader doit avoir foi pour parvenir d’un point A vers le point B. Pour l’accomplir, il a besoin, avant tout d’avoir foi dans ses collaborateurs. Il doit être capable de faire confiance à ses gens et de croire qu’ils désirent être guidés. S’il croit cela, il sera mieux qualifié pour puiser dans les ressources du désir humain. De cela découlera l’espoir, le sens (de son action) et la croissance. Sans foi dans les autres, il n’y aura que futilité et pessimisme » (T. Engström, 81 p. 84).

La confiance dans les autres s’exprime, par exemple, par le fait que nous leur déléguons des tâches qui dépassent un peu les compétences actuelles. « L’une des pires choses que vous puissiez faire à un être humain, dit Max De Pree, c’est de lui donner un travail facile. Dans un nouveau contexte, le travail que nous demandons aux gens de faire doit avoir un contenu suffisamment significatif (pour donner de la satisfaction) » (97 p. 5).

Questions : Dans quelle circonstance précise, ai-je fait confiance à Dieu en misant tout sur Lui ? Quelles en ont été les conséquences ?

Je me remémore une situation où je me suis basé sur la confiance en moi, en une personne, en un groupe. Comment puis-je développer cette qualité ?

4. La bonne conscience

Dans la même exhortation considérée ci-dessus, l’apôtre Paul engage Timothée à combattre le bon combat « avec bonne conscience », cette conscience, « dont certains se sont écartés au point que leur foi a fait naufrage ».

Il est important pour un dirigeant d’être libre de séquelles du passé, au lieu de les traîner après soi pendant des années : des péchés non confessés, non réparés devant les hommes, qui pèsent sur la conscience et bloquent la vie spirituelle. On insiste beaucoup ces dernières années sur la « guérison intérieure » : se savoir pardonné et avoir pardonné, ne pas garder de rancunes ni de problèmes non résolus. Etre guéri des blessures de sa vie passée. Sinon, le service risque de devenir une fuite devant son passé, devant soi-même ou sa famille, une compensation aux échecs de sa vie professionnelle, familiale ou sentimentale. Aux deux impératifs d’Éric Berne, « Je suis OK, tu es OK », on peut en ajouter un troisième : « Dieu est OK ». Celui qui est réconcilié avec lui-même et avec les autres, et qui vit dans une relation limpide avec Dieu, est libre pour le service.

Questions : Dans quel domaine suis-je le plus vulnérable ? Si je laisse parler ma conscience, me reproche-t-elle des péchés actuels ou des fautes non confessées, non réparées du passé ? Est-ce que j’ai quelque chose à me faire pardonner ?

5. L’amour de la Parole de Dieu

Jésus a posé deux conditions à l’exaucement de nos prières : « Si vous demeurez en moi et si mes paroles demeurent en vous » (Jean 15.7). Un « bon serviteur » doit être « nourri des bonnes paroles de la foi et du bon enseignement » (1 Timothée 4.6). Jésus, bien qu’il n’ait pas eu, comme nous, une Bible à sa disposition, connaissait l’Ancien Testament presque par cœur. On a noté que, sur 1800 versets qui reproduisent ses paroles, 180 contiennent des citations de l’Ancien Testament ou des allusions à son contenu.

Quatre aspects de la familiarité avec la Parole de Dieu sont à relever : a) Aimer la Parole (relire le Psaume 119 à ce sujet). b) Méditer la Parole (c.-à-d. réfléchir à ce qu’elle signifie pour nous). c) Connaître la Parole à fond (par une lecture cursive et une étude approfondie). d) Être imprégné de la Parole pour qu’elle se présente spontanément à notre mémoire dans diverses situations où nous avons besoin de son conseil. Tout cela implique du temps passé avec elle pour qu’elle « habite en nous dans toute sa richesse » et nous « inspire une vraie sagesse » (Colossiens 3.16).

Elle seule a le pouvoir de régénérer (1 Pierre 1.23) — non pas notre habileté dialectique, nos dons et nos techniques d’évangélisation. Nous grandirons spirituellement dans la mesure où nous nous nourrirons des « bonnes paroles de la foi ». Quelle confiance aurions-nous dans le pain d’un boulanger si nous savions qu’il n’en mange pas lui-même ?

Tous les prédicateurs efficaces ont consacré beaucoup de temps à l’étude de la Parole de Dieu. Celui qui aime la Parole saura aussi transmettre cet amour aux autres. Or, « notre première responsabilité (comme leaders) est d’encourager les chrétiens à lire la Bible pour eux-mêmes et de leur enseigner comment la lire » (Chua Wee Hian, 87 p. 39).

Presque tous les conducteurs spirituels ont aussi été de grands lecteurs d’autres ouvrages. Wesley a consacré à la lecture des centaines d’heures de voyage à cheval. Il avait toujours un livre de science, d’histoire ou de médecine dans la poche de sa selle. C’est ainsi qu’il a assimilé des milliers de volumes. Il demandait aux jeunes pasteurs méthodistes soit de consacrer du temps à la lecture, soit de quitter le ministère. O. Sanders dit : « Celui qui veut croître spirituellement et intellectuellement sera constamment plongé dans ses livres » (72 p. 95).

— Mais où trouver du temps pour lire ? « A une époque où les gens ont plus de loisirs que jamais auparavant dans l’histoire, beaucoup prétendent ne pas trouver le temps de lire. Cette excuse n’est jamais valable pour un leader spirituel» (Id. Ibid.). Il a besoin de lire pour stimuler sa vie spirituelle et intellectuelle, pour augmenter ses connaissances et les tenir à jour, surtout à une époque comme la nôtre où tout change si rapidement. La lecture le maintient en dialogue constant avec les grands penseurs de tous les temps.

Il choisira toujours une lecture d’un niveau intellectuel légèrement supérieur à sa compréhension actuelle afin de stimuler sa matière grise. A force d’exercice, il parviendra à assimiler des ouvrages ardus, même à des moments où d’autres ne sont plus capables que de regarder la télévision. Mieux vaut lire trois fois un livre difficile que d’avaler des centaines de pages qui n’apportent aucun profit spirituel ni intellectuel. La première lecture sera cursive et rapide pour avoir une vue d’ensemble de la pensée de l’auteur. La deuxième sera lente et méditative, le crayon en main pour souligner et annoter. Après quelque temps, la troisième lecture permettra de noter dans un carnet, ou sur des feuilles volantes, les idées, les illustrations, les développements à retenir. Parfois, un résumé succinct de tout le livre aidera à y retrouver plus tard les pensées que l’on voudrait utiliser pour un message ou une étude. « La méditation de la Parole de Dieu s’appuie sur la foi en l’inspiration des Ecritures et s’épanouit en prière » (Ph. Rolland, 93 p. 99).

Questions : quelle proportion de mon temps de loisir est consacrée chaque jour, chaque semaine, à la lecture, la méditation et l’étude de la Parole de Dieu ? Parmi mes autres lectures, quelles sont celles qui m’aideront à être un meilleur responsable et à mieux accomplir ma tâche ? Lesquelles choisir pour mes prochaines vacances ?

6. La stabilité doctrinale

« Pour toi, écrit Paul à Timothée, reste attaché à tout ce que tu as appris et reçu avec une entière conviction. Tu sais de qui tu l’as appris » (2 Timothée 3.14). Les assistants doivent « garder la vérité révélée dans la foi » (1 Timothée 3.9). Le responsable d’ Église doit être « fidèlement attaché à la parole certaine, qui est conforme à ce qui lui a été enseigné » (Tite 1.9).

Ceux qui sont « ballottés comme des barques par les vagues et emportés çà et là par le vent de toutes sortes d’enseignements, à la merci d’hommes habiles à entraîner les autres dans l’erreur » (Ephésiens 4.14) ne sont pas faits pour assumer une responsabilité dans l’Église. L’apôtre Jean nous prévient aussi que « celui qui ne reste pas attaché à l’enseignement qui concerne le Christ, mais s’en écarte, n’a pas de communion avec Dieu. Celui qui reste attaché à cet enseignement est uni au Père comme au Fils » (2 Jean 9).

Les chrétiens qui s’emballent pour chaque nouveauté ne devraient pas se voir confier la responsabilité de conduire d’autres croyants, car ils risquent de les égarer dans des voies sans issue. S’ils sont eux-mêmes suffisamment fondés, ils se dégageront peut-être de ces impasses — lorsqu’une autre nouveauté apparaîtra sur le marché théologique — mais il n’est pas dit que ceux qui les auront suivis en réchapperont aussi facilement.

Question : Si je manque de stabilité doctrinale, que pourrai-je faire pour y remédier (étude systématique de la Bible, suivre un cours de formation, réserver un temps dans ma vie pour l’approfondissement de ma foi dans un cours de disciples ou un institut biblique ?

7. La vigilance

Aux responsables d’Ephèse rassemblés à Milet, l’apôtre Paul recommande : « Veillez sur vous-mêmes et sur tout le troupeau de l’Église que le Saint-Esprit a confié à votre garde » (Actes 20.28). Il adresse la même recommandation à Timothée : « Veille sur toi-même et sur ton enseignement » (1 Timothée 4.16).

Pourquoi un responsable d’Église a-t-il particulièrement besoin de se voir rappeler cette exhortation ? Parce qu’il est un être humain, qu’il est chrétien et qu’il est serviteur de Dieu.

a) Nous avons besoin de veiller sur nous-mêmes — avant de veiller sur le troupeau confié ou sur notre enseignement — parce que, comme tous les humains, nous avons en nous certaines tendances et certaines virtualités qui nous poussent au mal. C’est ce que la Parole de Dieu appelle « la chair » (la nature pécheresse) qui est toujours en nous, même après la nouvelle naissance (Romains 8.4-9 ; Galates 5.25). Si nous sommes honnêtes, nous devons avouer avec le vieux poète latin Térence : « Je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ». Toutes les virtualités qui ont fait tomber d’autres chrétiens dans le péché sont aussi en nous ; c’est pourquoi nous avons besoin de veiller afin qu’elles ne se développent pas et n’envahissent pas tout notre subconscient, avant d’influencer nos actes.

Mon beau-père avait un pommier qui m’a souvent parlé sous ce rapport. Dans sa jeunesse, il avait greffé des « pommes de mai » sur un arbre sauvage. Pendant de longues années, cet arbre lui a donné d’excellentes pommes ; aussi il le soignait chaque année et en élaguait toutes les branches inutiles. Puis, se faisant vieux, il a laissé pousser tout ce qui venait, même les surgeons qui jaillissaient d’en-dessous du point de greffe. Aujourd’hui, il y a bien encore quelques branches avec de petites pommes de mai, mais le plus gros de la sève passe dans les rejetons sauvages qui portent une infinité de petites pommes acides et amères : vivante image d’un chrétien qui n’a pas veillé.

Les rosiers non soignés redeviennent églantiers, une nouvelle variété de blé ou de pomme de terre perd peu à peu ses caractères acquis et redevient la plante d’origine. C’est ce que les naturalistes appellent « le retour au type ». Le jardin abandonné sera vite envahi par les mauvaises herbes. « Chassez le naturel et il revient au galop ! ». Comme le bon jardinier, le chrétien a besoin de surveiller son jardin intérieur pour en arracher les mauvaises herbes quand elles sont encore petites.

b) Nous avons besoin de veiller encore plus sur nous-mêmes parce que nous sommes chrétiens et que, par conséquent, nous avons un Adversaire (1 Pierre 5.8). Il n’est guère préoccupé par les non-chrétiens : il sait qu’ils lui appartiennent de toute façon, mais le chrétien lui échappe ; donc il fera tout pour le handicaper et le « dévorer ».

c) Notre état de serviteur de Dieu est une raison supplémentaire de vigilance. L’Adversaire vise en premier lieu les capitaines de l’armée du Seigneur, car il sait que s’il peut faire tomber un serviteur de Dieu dans un péché grossier, il paralysera tout un secteur du combat et causera un grand scandale dans le peuple de Dieu aussi bien que dans le grand public. Puisque les autres ont les regards fixés sur nous, nous devons être des modèles « en paroles, en conduite, en amour, en foi, en pureté » (1 Timothée 4.12 ; cf. Matthieu 5.16 ; Philippiens 2.15-16 ; 2 Pierre 2.12). En mentionnant les choses par lesquelles les apôtres se rendaient recommandables comme serviteurs de Dieu, Paul énumère six caractéristiques intérieures (pureté, connaissance, patience, bonté, Esprit saint, amour sans feinte) avant de mentionner la Parole de vérité (2 Corinthiens 6.6).

Cette vigilance devra s’exercer sur notre « être entier : esprit, âme et corps » afin que nous soyons « irréprochables lors de la venue de Jésus-Christ » (1 Thessaloniciens 5.23).

Questions : Dans quel domaine ai-je le plus à veiller (« Connais-toi toi-même » disait Socrate) ? Quel est mon « talon d’Achille » ? Qu’est-ce qui m’aide à veiller ? Où et quand suis-je le plus en danger ?

8. La maturité

« Quel est le grand problème auquel l’Église d’aujourd’hui est confronté, demande Kenneth Gangel. Est-ce la menace du libéralisme militant ? Non, dit-il, ce qui la trouble, c’est le comportement immature des chrétiens à l’intérieur de l’Église, bien plus que l’hérésie venant de l’extérieur » (76 p. 26).

Paul demande que le responsable ne soit « pas un nouveau converti, de peur qu’il se laisse aveugler par l’orgueil et tombe sous la même condamnation que le diable » (1 Timothée 3.6) c.-à-d. que cette nomination prématurée suscite en lui de l’orgueil et lui fasse encourir une condamnation semblable à celle qui a sanctionné la révolte orgueilleuse du diable. Le mot traduit par « nouveau converti » signifie littéralement « récemment planté ». « C’est une image prise dans la nature. Une plante a besoin de temps pour prendre racine et parvenir à la maturité. Ce processus ne peut pas être compressé. Il faut que la plante enfonce ses racines vers le bas avant de pouvoir porter des fruits en haut. En s’appuyant sur cette image, Bengel dit que les novices ont ‘généralement beaucoup de feuillage. Les nouveaux convertis n’ont pas encore été émondés par la croix’ » (O. Sanders, 72 p. 35).

Dans l’épître aux Ephésiens, Paul oppose aux « enfants ballottés à tout vent de doctrine », l’état d’hommes faits ou adultes (4.13). L’épître aux Hébreux parle aussi d’enfants et de maîtres, l’apôtre Jean de « petits enfants », de « jeunes gens » et de « pères ».

L. Richards dit : « Les dirigeants sont caractérisés par la maturité, non par leurs dons. Pourquoi la maturité est-elle si importante ? Parce que les dirigeants devront agir parmi le peuple de Dieu et être des exemples par leur service… Les chrétiens ont besoin d’avoir parmi eux des hommes dont les vies sont des modèles incarnés de ce que tous les membres du peuple de Dieu sont appelés à devenir (Hébreux 13.7). »1

1 L. O. Richards – G. Martin A Theology of Personal Ministry Zondervan, Grand Rapids 1981 p. 301.

Dans son livre Le responsable chrétien, Kenneth Prior évoque comme premier danger du leadership (titre anglais du livre : Perils of leadership) l’immaturité. Il prend comme exemple de futur leader Joseph, qui a commencé par être un jeune homme très imbu de lui-même. Son immaturité s’est révélée dans ses relations avec ses frères : il leur a rebattu les oreilles avec ses rêves — dans lesquels il jouait un rôle dominant — au point qu’ils l’on pris en grippe. Pour le guérir de son immaturité, Dieu l’a fait passer par son école et lui a appris durant treize années douloureuses à le mettre, Lui, en premier dans sa vie (Voir Prior, 93 pp. 7-21).

Quels sont les signes de la maturité et de l’immaturité spirituelles ?

Puisqu’il est si important de ne confier des responsabilités qu’à des gens mûrs, nous devons être capables de discerner les signes de la maturité et de l’immaturité. En effet, l’apôtre Paul (1 Corinthiens 3.1-4) et l’auteur de l’épître aux Hébreux (Hébreux 5.11-14) reprennent leurs correspondants parce qu’ils n’ont pas encore atteint ce stade de maturité. Ce faisant, ils nous permettent de noter, dans ces épîtres, un certain nombre de caractéristiques de ceux qui n’ont pas de maturité spirituelle.

(1) Ils ne supportent pas la nourriture solide

Ils en sont encore « au lait » et n’ont « aucune expérience de la parole qui enseigne ce qu’est la vie juste » (Hébreux 5.13). L’auteur nous donne un exemple d’une nourriture un peu plus solide en parlant de la sacrificature royale de Jésus-Christ selon l’ordre de Melchisédec, une nourriture que beaucoup de chrétiens actuels trouvent plutôt indigeste. Les enfants, dit Jean, se réjouissent du pardon de leurs péchés. Bien des chrétiens en restent à ce stade et se sentent le plus à l’aise dans des réunions d’évangélisation pour se réjouir. de ne pas être concernés par le message. « Les adultes, par contre, prennent de la nourriture solide : par la pratique, ils ont exercé leurs facultés à distinguer ce qui est bien de ce qui est mal » (Hébreux 5.14). Paul dit aussi : « Nous enseignons une sagesse aux chrétiens spirituellement adultes » (1 Corinthiens 2.6), mais aux Corinthiens, il n’a pu donner que « du lait et non de la nourriture solide, car vous n’auriez pas pu l’assimiler alors. Et même aujourd’hui, vous êtes encore incapables de la supporter » (1 Corinthiens 3.2).

Cette maturité n’est pas une question d’années de vie chrétienne, puisque les Hébreux auraient dû « depuis longtemps être des maîtres dans les choses de Dieu » (5.12). Si le temps est une condition nécessaire pour parvenir à une certaine maturité, il n’en est pas la condition suffisante.

(2) Ils sont « charnels »

Paul dit aux Corinthiens : « Je n’ai pas pu m’adresser à vous comme à des hommes conduits par l’Esprit. J’ai dû vous parler comme à des hommes charnels (qui suivent leur propre nature)… vous suivez toujours votre nature pécheresse » (1 Corinthiens 3.1, 3). Nous avons des exemples de cette nature charnelle des Corinthiens dans les chapitres 5 et 6 : le corps et ses appétits occupent une grande place dans leurs préoccupations. Certains d’entre eux n’hésitent pas à fréquenter des prostituées. Ils ont entre eux des procès, des disputes, des jalousies (qui sont classées dans Galates 5.20 parmi les œuvres de la chair). Même les articles de foi sont des occasions de discussion entre eux. Ils se divisent en partis opposés adhérant chacun à un leader religieux (« Moi, je suis de Paul ; moi, d’Apollos ; moi, de Céphas; moi du Christ »). Les disputes théologiques ne sont que rarement nécessaires. Beaucoup d’entre elles sont des signes d’immaturité et relèvent davantage du tempérament bagarreur de ceux qui les animent que de la nécessité de défendre « La Vérité de l’Évangile ».

Les Corinthiens et les Hébreux charnels étaient aussi attachés à l’argent (2 Corinthiens 8-9 ; Hébreux 13.5). Ils se vantaient volontiers (1 Corinthiens 4.8-11), en particulier de leurs connaissances (8.1). Si nous voyons dans les « jeunes gens » de 1 Jean 2.14 qui « ont vaincu l’esprit du mal » une étape subséquente de la vie chrétienne par rapport à l’enfance spirituelle, on peut dire que les Corinthiens n’ont pas encore saisi le secret de la victoire sur le péché tel que l’apôtre Paul l’expose dans les ch. 6 à 8 de l’épître aux Romains.

Les signes de la maturité sont, par opposition à ces travers : l’amour de la paix, le désintéressement, l’humilité et la maîtrise de soi.

(3) Ils sont égocentriques

« Tout est permis » disaient les Corinthiens (1 Corinthiens 10.23), parce qu’ils ne pensaient qu’à eux-mêmes et non aux répercussions que leurs actes pouvaient avoir sur les autres. Aux agapes, « chacun s’empresse de manger ses propres provisions » à peine est-il à table, d’autres même s’enivrent (11.21) et lorsque viennent les esclaves et ceux qui ont dû d’abord finir leur journée de travail, il n’y a plus rien à manger. Paul est obligé de leur rappeler que tous les membres de l’Église constituent un seul corps dans lequel chacun doit prendre soin des autres, en particulier des plus faibles (12.12, 22-24). Ceux qui sont spirituellement mûrs sont dépréoccupés d’eux-mêmes et pensent avant tout aux besoins et aux intérêts des autres.

(4) Leur foi est entachée d’erreurs doctrinales

A Corinthe, les chrétiens avaient de fausses notions au sujet de la résurrection (ch. 15), les Hébreux méconnaissaient la place et la fonction actuelle du Christ ; en Galatie et à Colosses, les nouveaux convertis s’étaient laissé gagner par le légalisme. H. Brandenburg classe le légalisme avec l’illuminisme parmi les « maladies d’enfance de la foi ». On veut faire son salut ou, du moins, conserver la faveur de Dieu par toutes sortes d’actes méritants, confondant le diagnostic du péché (la loi nous a été donnée pour reconnaître le péché) avec la thérapie pour le guérir : on croit qu’avec des règles (« Ne prends pas, ne mange pas, ne touche pas », Col 2.21) on pourra se débarrasser du péché.

Notons que le légalisme va souvent de pair avec l’autre maladie d’enfance : l’illuminisme; comme, sur le plan pratique, les visions et les révélations ne résolvent pas la question du péché, on se sent obligé de recourir à des règles très strictes concernant la conduite de la vie et le comportement (vêtements, coiffure, aliments, respect des jours fériés, loisirs et plaisirs.). Les milieux les plus ouverts à une haute spiritualité sont souvent aussi ceux qui sont les plus marqués par le légalisme. Les deux sont des signes d’immaturité. Pour être choisi comme responsable, il faut être fondé et enraciné dans la saine doctrine.

(5) Ils manquent de discernement

« Les adultes… ont exercé leurs facultés à distinguer ce qui est bien de ce qui est mal » (Hébreux 5.14). Les gens immatures jugent d’après les apparences ou les résultats immédiats. Pour eux, est bien ce qui a du succès, qui attire du monde, qui a la faveur du public. « L’homme regarde à ce qui plaît aux yeux » (1 Samuel 16.7). Celui qui a exercé ses facultés de discernement spirituel sait par expérience que tout ce qui brille n’est pas or et qu’il faut juger un arbre à ses fruits — qui, souvent, ne mûrissent pas en quelques jours ou quelques semaines. Aussi sont-ils souvent plus réticents à l’égard de certaines personnes ou de certaines méthodes.

Le discernement spirituel est l’une des qualités les plus importantes pour un responsable d’Église. Sans ce discernement, il risque d’embarquer une bonne partie des membres de sa communauté dans des voies sans issue dont il sera difficile de revenir.

La part que Dieu laisse au discernement personnel augmente pendant la marche. « Dieu traite le leader comme un adulte parvenu à la maturité, laissant de plus en plus de décisions à son discernement spirituel et lui donnant de moins en moins de signes tangibles de sa guidance, moins en tout cas que lorsqu’il était plus jeune dans la foi » (O. Sanders, 72 p. 112). Ce fut, en particulier, l’expérience de Hudson Taylor, le missionnaire pionnier de l’intérieur de la Chine : lorsqu’il était jeune, disait-il, « les indications venaient si clairement, si rapidement », mais plus il avançait, plus Dieu lui laissait « la bride sur le cou », le laissant chercher son chemin par ses ressources personnelles.

(6) Ils sont instables et manquent de persévérance

L’auteur de l’épître aux Hébreux est obligé de dire à ses correspondants : « Il vous faut de la persévérance, afin qu’après avoir accompli la volonté de Dieu, vous obteniez ce qui est promis » (10.36). « Courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée » (12.1). Les Hébreux semblent avoir été des chrétiens issus du judaïsme qui, dès qu’apparaissaient les premières difficultés liées à leur foi nouvelle, étaient tentés de revenir à leur ancienne religion. Ils répondaient aux caractéristiques du deuxième terrain de la parabole du semeur, « celui qui reçoit la semence sur le sol rocailleux » : « Quand il entend la Parole, il l’accepte aussitôt avec joie. Mais il ne la laisse pas prendre racine en lui, car il est inconstant. Que surviennent des difficultés ou la persécution à cause de la Parole, le voilà qui abandonne tout » (Matthieu 13.20-21).

Les gens immatures se lancent aussi volontiers avec enthousiasme dans un nouveau travail pour le Seigneur, mais là encore, dès que surviennent des difficultés ou que les fruits escomptés se font attendre, ils se tournent vers autre chose. La persévérance dans le travail confié est un bon critère de maturité.

(7) Ils ont peur de souffrir

L’auteur de l’épître aux Hébreux rappelle à ses correspondants l’exemple de Jésus « qui a enduré la mort sur la croix… Pensez à celui qui a enduré de la part des hommes pécheurs une telle opposition contre lui. Vous n’avez pas encore résisté jusqu’à la mort dans votre lutte contre le péché… Supportez vos souffrances : elles servent à vous corriger » (12.27).

Le chrétien mûr est capable d’affronter l’opposition et la souffrance pour le Christ, il ne se laisse pas abattre par des obstacles ou des attaques de gens malveillants. Le responsable a souvent besoin de telles dispositions pour persévérer dans son travail.

A ces caractéristiques qui se dégagent de ces deux épîtres dans lesquelles les auteurs reprochent à leurs correspondants leur immaturité, T.W. Engström2 ajoute 8 autres signes distinctifs de l’immaturité :

2 The Making of a Christian Leader Grand Rapids Zondervan 1981 p. 87.

(8) Ils manquent de tact dans le contact avec les gens

Les gens immatures sont si préoccupés d’eux-mêmes qu’ils ne sentent pas ce qui blesse les autres.

(9) Ils critiquent facilement les autres

Celui qui est immature est si persuadé d’avoir seul raison qu’il pense que tous les autres ont tort et font mal — et il ne se prive pas de le dire. « La défense passionnée de la justice et de la vérité conduit parfois à l’excès chez une personne cherchant toujours les erreurs à dénoncer et affichant une attitude de moraliste qui considère tous les problèmes de façon manichéenne » (K. Prior, 93 p. 54).

L’homme mûr a eu le temps et l’occasion de constater qu’un autre mode de vie que le sien et une autre méthode peuvent aussi être valables et mener au but. Il est conscient de la diversité dans le corps du Christ, tolérant sur les points secondaires et large d’esprit.

« La stabilité émotionnelle peut être mesurée à la manière dont une personne affronte l’anxiété ou le conflit, et par la façon dont elle traite les autres. Chaque être humain connaît des tensions, des frustrations et des conflits avec d’autres humains. Si ce n’est pas le cas, ou bien c’est un malade psychotique ou bien il s’est retiré de la vie courante. Une marque de la maturité de quelqu’un est sa capacité de gérer des conflits (‘Plus le vent est fort, plus le chêne deviendra vigoureux’). Cela implique aussi la capacité d’affronter ce qui peut — et ce qui ne peut pas — être changé. Savoir passer par-dessus des choses qu’on ne peut pas modifier est une preuve de stabilité. La capacité de faire de tels compromis nécessaires avec ce qu’on ne peut pas changer détermine dans une grande mesure le succès de quelqu’un en tant qu’être social » (T. Engström, 81 p. 86).

(10) Ils sont eux-mêmes incapables de supporter la critique

Étant trop peu sûrs d’eux-mêmes, la remise en question d’un aspect de leurs personnalité, de leurs croyances ou de leur façon de faire les déstabiliserait totalement. Comme nous le verrons plus loin, savoir accepter les critiques est un moyen que nous recommande la Bible pour progresser.

« Une des plus grandes épreuves du service chrétien est la critique. Peu de responsables y échappent complètement et certains d’entre eux la subissent même sous des formes très cruelles » (K Prior, 93 p. 137). L’apôtre Paul eut à subir durant tout son ministère les plus violentes critiques. non de la part des païens et des Juifs, mais de la part de ses « enfants spirituels » : des Galates, des Thessaloniciens, des Corinthiens en particulier. En lisant 2 Corinthiens, nous nous rendons compte de combien de choses on l’accusait : d’agir pour des motifs purement humains, d’être timoré de près et hardi de loin, de se vanter de son autorité, de vouloir s’enrichir à leurs dépens… Dans sa réponse, il montre, d’une part, que lui-même n’est que « le moindre de tous les saints », mais que, néanmoins, le Seigneur lui a confié un ministère important et qu’il l’a accompli fidèlement. C’est aussi la réponse que nous pouvons donner à ceux qui nous critiquent.

(11) Ils résistent à tout changement

Ce trait est une conséquence de leur insécurité : si une seule chose change, tout vacille. Ils ne savent pas distinguer entre l’essentiel, qui doit demeurer invariable, et l’accessoire, lié à des temps, des lieux et des circonstances variables.

(12) Ils se mêlent souvent des affaires des autres

Leur insécurité les pousse à exiger que tout le monde fasse comme eux. Si les autres agissent différemment, ils y voient une menace pour eux-mêmes. L’homme mûr sait reconnaître une intention divine dans la diversité des tempéraments et des vocations et il y voit une source de richesse.

(13) Ils accusent volontiers les autres

Si les choses vont mal, ce sont les autres qui en sont responsables. Il leur faut toujours trouver un bouc émissaire. Comme ils ne se mettent pas eux-mêmes en cause, ce sont évidemment les autres les responsables de ce qui arrive. L’homme mûr se demande plutôt comment sortir de la situation.

(14) Ils sont incapables de travailler avec d’autres dans une équipe

Tant qu’ils sont seuls à décider, tout va bien, mais lorsqu’il s’agit de s’intégrer dans un ensemble — où il faut parfois céder et laisser les autres décider — des conflits naissent inévitablement. L’homme mûr a un esprit de corps.

(15) Ils sont incapables d’aider les autres à atteindre leurs objectifs

Leur égocentrisme s’avère incapable de rentrer dans la perspective d’un travail conçu par d’autres, dirigé par eux selon leurs conceptions. L’homme mûr sait valoriser les dons, les vocations et les idées des autres et les aider à trouver leur place dans le corps du Christ.

Avoir fait ses preuves en servant d’autres est l’une des conditions pour pouvoir être employé par Dieu pour un service personnel. Dieu a choisi Josué, le fidèle assistant de Moïse (Exode 33.11) pour prendre la direction du peuple après la mort de ce dernier.

Dans On to maturity (Vers la maturité),3 Arthur Wallis développe différents aspects de la maturité : la maîtrise de la pensée, des émotions, de la langue, la capacité de résister à la colère…

3 Kingsway Publications, Eastbourne 1987.

La maturité spirituelle est certainement l’une des qualités les plus importantes d’un responsable chrétien, car il pourra seulement mener les autres jusqu’au point qu’il a atteint lui-même. Elle se manifeste essentiellement dans les relations avec les autres : avec ceux qui nous sont subordonnés, ceux devant lesquels nous nous sentons responsables et avec nos « pairs ». Chacun devrait avoir ces trois sortes de personnes avec lesquelles il a des relations plus suivies : 1. un Timothée, c.-à-d. quelqu’un qu’il forme comme Paul a formé Timothée, 2. un Barnabas, fils de l’encouragement : quelqu’un avec qui il peut tout partager, et 3. un groupe de pairs dont les différents membres sont responsables les uns envers les autres et se rencontrent périodiquement pour partager leurs joies et leurs fardeaux (T. Engström, 81 p. 207). De plus, chaque responsable chrétien devrait être responsable devant quelqu’un d’autre.

Questions : Par quels aspects de la maturité — ou de l’immaturité — est-ce que je me sens concerné ? Comment, sur ce(s) point(s), pourrais-je progresser vers une plus grande maturité ?

9. La concentration sur le service

Jésus a énoncé cette loi de manière imagée : « Celui qui, au moment où il se met à labourer avec sa charrue, regarde derrière lui, n’est pas prêt pour le Règne de Dieu » (Luc 9.62). A ses disciples, il a expliqué ce que cela voulait dire : « Si quelqu’un veut me suivre, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive. En effet, celui qui est préoccupé de sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera » (Marc 8.34-35).

La responsabilité dans l’œuvre de Dieu exige le renoncement à un certain nombre de choses que d’autres peuvent se permettre :

• Renoncer à ses aises. A l’homme qui venait de dire à Jésus : « Je te suivrai partout où tu iras », Jésus répond : « Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas un endroit à lui où prendre du repos » (Luc 9.58).

Si l’on veut accomplir l’œuvre à faire, il faut souvent se lever tôt, se coucher tard, renoncer à la télévision et à d’autres loisirs, savoir voir sans regret ni amertume les autres prendre le temps de vivre, endurer la fatigue physique, nerveuse et morale. Le responsable, plus que d’autres, aura besoin de se souvenir que « vivre c’est choisir ».

• Renoncer à être considéré. Un responsable doit souvent prendre des mesures impopulaires pour le bien des autres. Donc il subira de leur part le rejet. L’apôtre Paul en a fait l’expérience, mais son attitude intérieure n’était pas dépendante de l’opinion d’autrui : « Si je cherchais encore à plaire aux hommes, je ne serais pas serviteur du Christ » (Galates 1.10). Il était prêt à ce qu’en prenant, par amour pour ses enfants spirituels, certaines décisions mal comprises, il soit moins aimé d’eux (2 Corinthiens 12.15).

Jésus a connu l’incompréhension de la part des siens (Matthieu 12.46-47) et de ceux qui tenaient à certaines conventions sociales (Luc 9.59-60). Mais il a refusé l’emprise de sa parenté (Luc 14.26-27) et de l’opinion publique.

• Renoncer à beaucoup de choses intéressantes. Il y a dans la vie beaucoup de bonnes choses parfaitement légitimes qui occupent une part importante du temps de nos concitoyens : la musique, les arts, la culture, les sports, etc. bref, tout ce qui contribue à notre épanouissement personnel. Celui qui veut être responsable doit se concentrer sur sa responsabilité ; il a besoin de temps pour réfléchir, pour se préparer à son service. A moins d’avoir une vocation particulière, il devra même renoncer à certaines activités altruistes louables, mais également « chronophages » : la politique, l’écologie… Jésus aussi y à renoncé parce que cela ne faisait pas partie de ses priorités.

« Tout est permis, mais tout n’est pas utile » pour l’œuvre à accomplir.

« Tout est permis, mais tout n’aide pas à grandir dans la foi » (1 Corinthiens 6.12 ; 10.23).

A cause des renoncements qu’implique la responsabilité dans l’œuvre de Dieu, il est bon de méditer la parabole de Luc 14.28-30 où le Seigneur nous invite à réfléchir et à calculer la dépense avant de nous engager dans la construction d’une tour.

« Le jeune homme qui a le calibre d’un futur leader travaille pendant que les autres perdent leur temps, il étudie pendant que les autres dorment, il prie pendant que les autres jouent… Il s’attaquera aux tâches peu agréables que les autres évitent, ou accomplira les devoirs cachés que les autres méprisent parce qu’ils n’en récoltent pas d’applaudissements et qu’elles ne leur gagnent pas l’estime des autres » (O. Sanders, 72 p. 45).

Cela ne veut pas dire qu’un responsable doive nécessairement être un ascète et se priver de tout ce qui rehausse l’existence, mais c’est une simple question de priorités et de proportions qui se situent autrement que pour un non-responsable.

Question : A quoi ai-je renoncé — devrais-je renoncer — pour mieux servir le Seigneur ?

10. Etre rempli de l’Esprit

Cette condition posée pour les « Sept » choisis par l’Église pour le service des tables (Actes 6.3) implique au fond toutes les autres. Celui qui est rempli de l’Esprit aime le Seigneur, car l’office de l’Esprit est de glorifier Jésus, il est attaché à Dieu et persévère dans la prière, car l’Esprit nous aide à prier ; il persévère aussi dans la foi : c’est l’Esprit lui-même qui suscite cette foi en nous ; il ne fait rien contre sa conscience : l’Esprit le retient ; il aime la Parole inspirée par l’Esprit – qui suscite aussi en lui la vigilance et le fait progresser vers la maturité par les exemples qu’elle présente. Comme c’est l’Esprit de Jésus, il est normal qu’il concentre toute l’énergie disponible sur le service du Maître.

« Un leadership spirituel ne peut être exercé que par des hommes remplis de l’Esprit. D’autres qualifications pour un tel leadership sont souhaitables. Celle-ci est indispensable » (O. Sanders, 72 p. 70).

L’idée contenue dans l’expression « être rempli de » n’est pas celle d’un récipient passif dans lequel on verse quelque chose. Thayer, le célèbre lexicographe de la langue grecque, disait : « Ce qui prend possession de l’esprit, c’est ce qui le remplit ». Ainsi, dans Luc 5.26, les témoins d’un miracle de Jésus furent « remplis de crainte » et, dans Jean 16.6, Jésus dit à ses disciples : « A cause de ce que je vous ai dit, la tristesse vous a remplis ». La crainte ou la tristesse a dominé ces personnes au point de bannir tout autre sentiment. C’est ainsi que le Saint-Esprit veut nous remplir.

Le seul passage des épîtres qui parle de la plénitude de l’Esprit (Ephésiens 5.18-21) en donne quatre résultantes : 1. celui qui est rempli de l’Esprit aime s’entretenir avec les frères et sœurs et chanter « des psaumes, des hymnes et des cantiques inspirés par l’Esprit » ; 2. il aime louer le Seigneur ; 3. il remercie « à tout moment et pour toute chose Dieu le Père au nom du Seigneur Jésus-Christ » et 4. il se soumet aux autres par respect pour le Christ.

Un bon responsable sera donc quelqu’un qui aime parler aux autres et participer à la vie cultuelle de son Église ; ce n’est ni un misanthrope ni quelqu’un qui s’isole volontairement. Le chant et les louanges nous parlent de joie, d’un esprit positif. Le troisième point nous décrit un chrétien rempli de l’Esprit comme un homme reconnaissant et un homme de prière. Le dernier point nous rappelle l’importance de la capacité de se soumettre aux autres. En cherchant des critères pour l’aptitude aux responsabilités dans l’Église, on pourrait aussi tenir compte de ceux que la Parole de Dieu nous donne là.

Questions : Qu’évoque pour moi l’expression : être rempli de l’Esprit ? Y a-t-il quelque chose qui remplit toutes les cases vides de mon existence et qui empêche le Saint-Esprit de me remplir ?

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