« Les neuf premiers versets de Genèse 12 constituent un aboutissement des onze chapitres précédents, et aussi le point de départ de l’histoire du salut » (R. Benz, p. 5). « Genèse 12.1-3 constitue la réponse de Dieu à la longue série de fautes commises par l’humanité qui a précédé » (Id., p. 7)
« L’Eternel dit à Abram : – Va, quitte ton pays, ta famille et la maison de ton père pour te rendre dans le pays que je t’indiquerai ». L’ordre de Dieu invite Abram à quitter ce qu’il a de plus cher au monde. Il lui demande ce qu’il a de plus précieux parce qu’il veut faire autour de lui et en lui le vide, le grand vide du désert.1
1 Chouraqui rend Genèse 12.1 par : « Va pour toi, de la terre, de ton enfantement de la maison de ton père vers la terre que je te ferai voir ». La psychanalyste Marie Balmary traduit « plus exactement : ‘va vers toi’ ». Elle donne à cette parole une portée psychologique : « YHWH est celui qui appelle l’homme vers l’homme… un événement d’une portée incalculable pour le devenir conscient de l’humanité » (M. Balmary, Le sacrifice interdit, p. 124). « C’est pour lui-même qu’Abraham est invité à partir » (qui rappelle à Marie Balmary le mot de Nietzsche : « Deviens qui tu es » et la fait traduire littéralement, dans la parabole du fils prodigue : « Alors, venant à lui-même », au lieu de « rentrant en lui-même »).
La psychanalyste trouve dans ce « va vers toi » le secret de la guérison : « Plus le sujet ira vers lui-même, moins il sera malade » (p. 130). Ce n’est pas ce que dit le texte, mais c’est peut-être une piste de réflexion à exploiter ?
« Abraham partit sans savoir où il allait » (Hébreux 11.8). Jésus dira : « Tous ceux qui auront quitté, à cause de moi, leurs maisons, leurs frères ou leurs sœurs, leur père ou leur mère, leurs enfants ou leur terre, recevront cent fois plus et auront part à la vie éternelle » (Matthieu 19.29 ; Marc 10.30).
Dieu accompagne cet ordre d’une promesse de bénédiction.
En appelant Abram, Dieu lui fit une septuple promesse (Genèse 12.2-3) :
« La bénédiction, c’est l’assurance de la protection, une promesse de grâce et le don de la paix » (H. Bräumer, 1. Mose (2), p. 48). La bénédiction que les prêtres devaient prononcer sur le peuple d’Israël contient ces différents éléments: « Que l’Eternel te bénisse et te protège ! Que l’Eternel te regarde avec bonté ! Et qu’il te fasse grâce ! Que l’Eternel veille sur toi et t’accorde la paix ! » (Nombres 6.24-26). Cinq fois la racine du mot bénédiction apparaît dans ce court passage de Gn 12.1-3. La promesse faite à Abraham est inconditionnelle. Ce qu’elle offre ne se mérite pas, elle peut seulement s’accepter. L’Eternel promet encore à Abraham qu’il rendra « son nom grand ». Dans l’AT, le « nom » signifie la personne elle-même. Le nom d’Abraham est entré dans l’histoire avec 7 titres honorifiques :
« L’appel d’Abraham et la promesse de bénédiction divine étaient le début d’un chemin sur lequel Dieu cherchait à renouveler, pour un monde perdu, la bénédiction liée à la création » (J. Goldingay, p. 24).
L’apôtre Paul voit la promesse « tu seras une source de bénédictions pour tous les peuples de la terre » (Genèse 17.18)2 réalisée dans la justification par la foi accessible à tous les peuples. Dans Galates 3.8-9, il dit : « L’Ecriture prévoyait que Dieu déclarerait les non-Juifs justes s’ils avaient la foi. C’est pourquoi elle a annoncé par avance cette bonne nouvelle à Abraham : Tu seras une source de bénédictions pour toutes les nations. Ainsi, tous ceux qui font confiance à Dieu, comme Abraham, ont part à la bénédiction ».
2 L’une des manières par lesquelles Abraham est un moyen de bénédiction pour les générations futures, c’est en leur transmettant la révélation que Dieu lui a donnée. Pour être des hommes et des femmes de prière, il nous faut cultiver journellement l’amitié avec Dieu. Cela prend du temps pour partager avec lui ce qui est dans notre cœur et apprendre ce qu’il porte dans son cœur pour nous. Comme il a développé cette relation personnelle avec Abraham, il veut la développer avec nous – pour que d’autres en bénéficient.
Dans les 11 premiers chapitres de la Genèse, nous assistons à la diffusion du péché à partir du jardin d’Eden. Cinq fois, Dieu prononce une malédiction sur le péché. A partir du chapitre 12, Dieu va commencer un processus de re-création d’un peuple en prononçant cinq bénédictions sur Abraham : « Je ferai de toi l’ancêtre d’une grande nation ; je te bénirai, je ferai de toi un homme important et tu deviendras une source de bénédiction pour d’autres. Je bénirai ceux qui te béniront et je maudirai ceux qui t’outrageront. Tous les peuples de la terre seront bénis à travers toi » (Genèse 12.2-3).
Telle est la vision de Dieu pour le peuple d’Israël et pour toute l’humanité. C’est une expression de son amour pour un monde coupable et rebelle : d’Abraham, la bénédiction devait s’étendre à tout le peuple d’Israël et, à travers son descendant, Jésus-Christ, à l’Eglise, et à travers elle, à toutes les nations.
Lorsque l’ange a annoncé à Marie la naissance d’un fils, il a dit que Dieu allait accomplir par lui la promesse faite à Abraham (Luc 1.55).
Son cousin Zacharie l’a bien compris ainsi : « Loué soit le Seigneur, le Dieu du peuple d’Israël, car il a pris soin de son peuple et il l’a délivré. Pour nous, il a fait naître parmi les descendants du roi David, son serviteur, un Libérateur plein de force. Il vient d’accomplir la promesse qu’il avait faite depuis les premiers temps par la voix de ses saints prophètes qu’il nous délivrerait de tous nos ennemis, et du pouvoir de ceux qui nous haïssent. Il manifeste sa bonté à l’égard de nos pères et il agit conformément à son alliance sainte. Il accomplit pour nous le serment qu’il a fait à notre ancêtre, Abraham, de nous accorder la faveur, après nous avoir délivrés de tous nos ennemis, de le servir sans crainte en étant saints et justes en sa présence tous les jours de la vie » (Luc 2.68-75).
Lorsque le vieillard Siméon, qui avait attendu pendant toute sa vie la venue du Messie, a tenu le petit enfant dans ses bras, il a dit : « il est la lumière pour éclairer les nations, il sera la gloire d’Israël ton peuple » (Luc 2.32).
Après l’Ascension de Jésus, Pierre a expliqué aux Juifs rassemblés dans le Temple : « Vous êtes les héritiers de ces prophètes, les bénéficiaires de l’alliance que Dieu a conclue avec nos ancêtres lorsqu’il a promis à Abraham : Toutes les familles de la terre seront bénies à travers ta descendance » (Actes 3.25).
Abraham n’est pas devenu le « père des croyants » d’un jour à l’autre. Dieu a dû l’éduquer pas à pas, « de foi en foi » (Romains 1.17). « Par la foi, Abraham a obéi à l’appel de Dieu qui lui ordonnait de partir pour un pays qu’il devait recevoir plus tard en héritage. Il est parti sans savoir où il allait. Par la foi, il a séjourné en étranger dans le pays qui lui avait été promis, vivant sous des tentes, de même qu’Isaac et Jacob qui sont héritiers avec lui de la même promesse » (Hébreux 11.8-9). Au départ par la foi a succédé le séjour par la foi en étranger, vivant sous des tentes (alors qu’il avait quitté une ville aux maisons confortables !). « Car il attendait la cité aux fondements inébranlables dont Dieu lui-même est l’architecte et le constructeur » (v. 10) – qu’il ne devait jamais voir ! Tout son parcours humain était une école de foi – comme notre parcours de vie : nous ne verrons « la cité aux fondements inébranlables » que le jour où nos yeux plongeront au-delà du voile, c.-à-d. après la mort.