L’archéologie confirme la Bible

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Abraham, Ur, Ebla et Hammourabi

Ur-en-Chaldée

Le monde d’Abraham durant la première moitié du 2e millénaire av. J.-C. était en pleine mutation ; des peuples divers circulaient en Mésopotamie : les Sumériens, les Sémites akkadiens, les Amoréens, les Araméens, les Hourrites (ou Horiens ?) et les Hittites. On a retrouvé en Palestine de nombreux textes de malédiction égyptiens provenant des Amoréens installés au nord-est de la Galilée.

Les habitants d’Ur méprisaient les nomades amorites qui arrivaient de la Syrie. C’étaient des gens « qui ne donnaient pas une sépulture décente à leurs morts ». Mais peu à peu, les envahisseurs parvinrent à renverser la souveraineté d’Ur sur la Babylonie. Ils s’installèrent dans les villes et adoptèrent les mœurs des sédentaires. Le roi de Babylone Hammourabi était peut-être d’origine amorite, ainsi qu’Abraham et sa famille. Il rédigea son célèbre code vers 1792 à 1750 av. J.-C. en codifiant des lois plus anciennes.1

La ville d’Ur avait une brillante civilisation. On y a découvert de nombreuses tablettes, des vases d’or, des maisons à étages bordant les rues, un système de tout-à-l’égout, des rues commerçantes et un grand temple à étages.

1 Hammourabi : voir une représentation de sa stèle dans Des pierres qui parlent p. 81, dans Images du monde biblique p. 36.

Le Dr Woolley a mis au jour l’intérieur de la ville d’Ur-en-Chaldée. Il y a trouvé des maisons aux murs faits de briques cuites datant du temps d’Abraham, recouvertes de plâtre et peintes en blanc sur toute leur étendue. Elles avaient deux étages et comptaient douze pièces ou plus, groupées autour d’une cour centrale pavée. Les rues de la ville étaient très étroites et les murs de part et d’autre dépourvus de fenêtres ; les maisons prenaient air et lumière du côté de leur cour. L’escalier qui menait à l’étage supérieur était fait de briques plutôt que de bois ; le cabinet de toilette se trouvait sous cet escalier. Dans chaque maison, il y avait aussi une chapelle familiale pour le culte, dans laquelle se trouvait un autel en brique avec une petite niche pour les images d’argile ou téraphim. Sous le plancher de la chapelle, dans un tombeau voûté, les membres de la famille étaient inhumés.

Par les tablettes cunéiformes trouvées dans les tombeaux, nous savons quelle éducation recevaient les enfants d’Ur. On leur apprenait l’histoire, des hymnes et des mathématiques ; on a même trouvé des méthodes pour l’extraction des racines carrées et des racines cubiques. Cet arrière-plan nous fait comprendre le sacrifice que Dieu exigea d’Abram lorsqu’il lui demanda d’abandonner la vie confortable d’Ur pour reprendre la vie nomade méprisée (cf. Hébreux 11.8-10).

Dans d’autres villes de la Babylonie, on a découvert des tablettes qui exposaient le théorème de Pythagore 1200 ans avant Pythagore. Cela nous prouve qu’Abraham et Sara étaient capables non seulement de lire et d’écrire, mais qu’ils ont été obligés dans leur enfance de faire toutes sortes d’exercices mathématiques. Le nom d’Abram devait être assez courant à Ur, puisqu’il se lit plusieurs fois sur des tablettes cunéiformes contenant des contrats de son temps.

Parmi les ornements trouvés dans les tombes royales d’Ur, on a découvert un bélier retenu à un buisson. « Etait-il le symbole de quelque cérémonie rituelle qui devint une réalité dans le sacrifice d’Abraham », demande Sir Charles Marston (La Bible a dit vrai p. 138).

En explorant les chambres funéraires d’Ur, Sir Leonard Wooley a découvert un aspect très sinistre des coutumes de cette ville : avec le souverain étaient enterrés tous ses serviteurs, ses soldats, ses servantes : six hommes et soixante-huit femmes alignés en rangées. On suppose qu’ils ont été empoisonnés pour pouvoir servir le roi dans l’autre monde ; des ânes et des bœufs attelés à des chars étaient enterrés avec eux.2

2 Voir une reproduction d’une chèvre ornée d’or et d’argent, de lapis-lazuli et de coquillages trouvée dans les trésors d’Ur, dans A. Millard Trésors des temps bibliques et Des pierres qui parlent p. 45. Sur la même page, la photo d’une lyre ornée d’une tête de taureau en or et d’une mosaïque. Voir le plan d’une maison d’Ur p. 51, du temple p. 52, Voir une reproduction d’une coiffure de feuilles et de fleurs d’or ayant appartenu à la reine d’Ur, dans Le monde de la Bible (Sator-EBV) p. 35, voir une représentation d’une ziggourat dans Bible et archéologie p. 39. Plan d’une maison d’Ur, voir une représentation dans Bible et archéologie p. 41.

Abraham — Sara - Agar

Les histoires d’Abraham ont été classées parmi les sagas qui se sont transmises oralement et enrichies de siècle en siècle. L’archéologie a apporté à ces théories des démentis flagrants. « D’après les documents retrouvés, les patriarches, qui portent des noms tout à fait réels et humains, que l’on retrouve sur les documents de l’époque3, se déplacent entre des lieux précis bien définis : Ur, Harân, Damas, Sichem, l’Egypte, Shour, Hébron/Mamré, le Néguev, Guérar, etc., et non dans quelque vague pays imaginaire ».

3 « Presque tous les noms des patriarches ont leurs équivalents les plus proches au début du 2e millénaire av. J.-C. » ( Kitchen Traces d’un monde p. 100).

Les noms bibliques de Nahor, Abram, Jacob, Laban, Benjamin… Ont tous été retrouvés à Mari ou à Harân. Cela ne veut évidemment pas dire qu’ils se réfèrent aux personnages dont il est question dans la Bible, mais que ces noms étaient communs en Mésopotamie à l’époque où la Genèse situe l’histoire des patriarches.4

4 Voyages des patriarches : voir une représentation d’un chariot dans Images du monde biblique p. 17.

Nous trouvons trois sortes de récits dans les documents de l’époque : les autobiographies, les légendes historiques et les histoires à caractère général et fictif. « Nous devons constater que, par leur contenu et leur genre, les récits patriarcaux des chapitres 11 à 50 de la Genèse sont totalement différents de la troisième catégorie des récits du Proche-Orient ancien, celle des fictions fantaisistes.

« Les découvertes d’Ebla ont montré que la Liste Royale assyrienne, qui date environ de l’an 1000 av. J.-C. et des époques plus tardives, présente cependant avec une exactitude parfaite le nom et la fonction de Tudiya, le plus ancien roi assyrien connu, qui régna vers 2300 av. J.-C. Cet exemple montre qu’une tradition a été fidèlement transmise sur plus de treize siècles, un laps de temps trois fois plus long que les quatre siècles qui séparent la Genèse de l’Exode… Ainsi, indépendamment des théories sur les patriarches hébreux, le phénomène de la transmission des traditions familiales pendant plusieurs siècles est fermement attesté dans le monde sémitique occidental du 2e millénaire av. J.-C. » (K.A. Kitchen Traces d’un monde p. 93-98).

Abraham en Palestine

Les travaux des archéologues ont montré que la période du Bronze Moyen II, qui correspond au temps où Abraham était en Palestine, était l’une des plus prospères, mais le nombre de fortifications trouvées de ce temps-là prouve aussi que c’était une vie d’insécurité. Aussi Abraham avait-il à sa disposition 300 hommes pour le garder et pour récupérer Loth (Genèse 14.14). Plus tard, Esaü ira à la rencontre de Jacob avec 400 hommes (Genèse 33) et celui-ci se plaindra d’avoir trop peu d’hommes pour assurer sa sécurité (Genèse 34.30).

En lisant dans Genèse 16.2 que Sara « dit à Abram : – Tu vois que l’Eternel m’a empêchée d’avoir des enfants. Va donc vers ma servante : peut-être aurai-je un fils par son intermédiaire », nous sommes scandalisés. En consultant les textes juridiques de l’époque, nous apprenons que c’était l’une des manières d’assurer l’héritage dans une famille. En effet, l’épouse pouvait procurer une esclave à son mari ; d’après les textes de Nuzi, elle exerçait tous les droits sur l’enfant né de cette union. Nous retrouvons la même démarche dans Genèse 30.1-4. La loi d’’Hammourabi N° 163 confirmait ce droit. Avant de recourir à cette pratique, Abraham voulait avoir recours à une autre pratique courante : l’adoption d’un esclave comme fils (Genèse 15.2-3). D’après les documents de Nuzi et des textes de l’Ancien Empire babylonien, lorsqu’un homme n’avait pas de fils, il pouvait légalement adopter un jeune homme qui devenait son héritier. Souvent celui qui était ainsi adopté était un serviteur attaché depuis de longues années à la famille, donc quelqu’un qui avait donné des preuves de sa fiabilité et de son attachement aux intérêts de la maison de son maître.

Nuzi

On a découvert plus de 4000 tablettes à Nuzi en Mésopotamie, datant d’une période antérieure à celle des patriarches.5 Beaucoup de ces textes se rapportent à des contrats d’adoption (comme celle qu’Abraham envisageait). Celui qui était adopté s’engageait à aider ses parents adoptifs lorsqu’ils seraient vieux et à leur assurer une sépulture décente. D’après les textes de Nuzi, celui qui avait été adopté perdait ses droits lorsque le couple avait un fils.

5 Nuzi : voir une représentation des tablettes dans Bible et archéologie p. 47.

Les tablettes de Nuzi spécifient qu’une femme avait l’obligation de donner une postérité à son mari. Si elle ne pouvait pas lui en donner elle-même, elle devait le faire par l’intermédiaire d’une servante. Celle-ci jouait le même rôle qu’une mère porteuse à qui l’on implanterait aujourd’hui un ovule fécondé.

Dans un ancien contrat de mariage assyrien, il est dit : « Laqipum a pris en mariage Hatala, la fille d’Enisru. Laqipum ne prendra pas d’autre femme (en mariage) dans le pays, mais dans la cité (d’Assour), il peut prendre (en mariage) une prêtresse. Si dans les deux années après le mariage, elle ne lui a pas donné d’enfant, elle peut acheter une esclave, et plus tard, après que cette esclave aura donné un enfant à son mari, elle peut la vendre quand bon lui semblera ».

Dans un texte néo-assyrien, on trouve : « Si Subetu n’est pas enceinte et ne donne pas naissance à un enfant, elle peut prendre une servante comme substitut pour elle. Par elle, Subetu donnera naissance à des fils qui seront les siens. Si elle aime sa servante, elle peut la garder. Si elle la hait, elle peut la vendre ».6

6 Textes cités par V.P. Hamilton Genesis I p. 444.

Les trois premiers textes datent du 2e millénaire, le dernier du 1 millénaire av. J.-C. Tous témoignent d’une pratique s’étendant sur deux millénaires au cas où la femme légitime serait stérile.

Les contrats de mariage babyloniens mentionnent aussi la pratique de donner une esclave en dot au mari, comme dans Genèse 24.59 et 61 ; si l’épouse légitime était stérile, il pouvait avoir des enfants par cette esclave. Nous trouvons cette coutume dans le récit de Jacob : Laban a donné à chacune de ses filles une esclave en guise de dot. Elles s’en sont servies pour avoir des enfants en les donnant à leur mari. Laban a aussi exigé de Jacob qu’il ne prenne pas d’autre femme que ses filles (Genèse 31.50-54). On retrouve cette clause dans les textes des tablettes de Nuzi ainsi que dans des contrats de mariage babyloniens et perses.

Plus tard, Sara elle-même eut un fils. Isaac prit alors la place d’Ismaël, mais normalement, d’après les coutumes du pays, Sara n’aurait pas dû chasser Agar et son fils. Toutefois, d’après le Code d’’Hammourabi (loi 171), si une esclave avait donné un fils à son maître, elle ne pouvait pas rester dans la maison ; elle et son fils devaient être affranchis et devaient quitter le foyer. Abraham était d’abord opposé à ce départ, mais par obéissance à une révélation (Genèse 21.12), il y consentit.

«Plusieurs coutumes en usage chez les patriarches ne trouvent aucun écho à l’époque de la monarchie juive, et guère plus dans les lois de Moïse (Exode-Deutéronome). Par contre, elles s’apparentent bien aux listes de lois et aux usages de la Mésopotamie du début du 2e millénaire» (K. A. Kitchen Traces d’un monde p. 101). La théorie d’une rétro-projection de coutumes postérieures ne saurait donc s’appliquer à ces textes.

Les différents documents de l’époque permettent « d’établir dans le domaine de la législation que les récits patriarcaux correspondent directement et sans problème, dans ce domaine, avec les documents concernant les coutumes qui dominent pendant la première moitié du 2e millénaire av. J.-C. (K. A. Kitchen /d. p. 104).

Sara : sœur d’Abraham ?

Dans Genèse 12.13, Abraham dit que Sara est sa sœur. Etait-ce un mensonge ? Dans les textes de Nuzi, il est question d’une pratique des classes supérieures de la société hourrienne qui permettait à une femme d’être adoptée par son mari comme sa sœur ; en outre, une femme donnée en mariage par son frère (comme dans le cas de Rébecca donnée à Isaac par Laban) devenait légalement la sœur de son mari. Puisque Abram avait passé une partie de sa vie à Harân (une ville hourrienne), il a peut-être été soumis à cette coutume. De plus, il était le demi-frère de Sara.

Achat de la caverne de Makpéla

Le récit de la transaction d’Abraham avec les « fils de Heth » pour l’achat de la caverne de Macpéla correspond parfaitement aux mœurs orientales. Selon la coutume, les vendeurs ont d’abord proposé de donner la caverne gratuitement. Abraham savait que tel le voulait l’habitude ; normalement, il devait proposer un cadeau d’une valeur supérieure. En fait, il a payé un prix fort pour cette caverne. D’après le Code d’Hammourabi (1792-1750 av. J.-C.), un ouvrier gagnait 6 à 8 sicles (pièces d’argent) par an. Quatre cents sicles d’argent était une somme exorbitante pour une caverne, mais Abraham n’avait pas le choix : il lui fallait enterrer Sara en un endroit décent. En fait, ce sera sa première propriété dans la Terre promise.

Déplacements d’Abraham

De grandes routes commerciales sillonnaient toute la Mésopotamie, allant jusqu’en Egypte, en Assyrie et en Anatolie.7 Des marchands égyptiens venaient vendre leurs produits dans cette contrée riche. Beaucoup de marchandises égyptiennes ont été retrouvées lors des fouilles dans les tombeaux datés de 2000 à 1500. C’est par ces routes qu’Abraham se rendit avec sa famille en Egypte. La plupart des localités mentionnées dans les récits d’Abraham ont été identifiées et leurs ruines ont été fouillées. Toutes étaient habitées au temps d’Abraham: Béthel (Genèse 12.8 ; 28.19 ; 35.1, 15), Sichem (Genèse 12.6 ; 33.18 ; 34.2), Salem (Jérusalem : Genèse 14.18), Mamré (Genèse 13.18 ; 14.13 ; 18.1), Guérar (Genèse 20.1 ; 26.6), Beer-Chéba (Genèse 21.14, 33 ; 22.19 ; 26.33). Les fouilles ont prouvé que ces villes existaient bien au temps d’Abraham.

7 Anciennes routes commerciales ; voir une carte dans Panorama du monde biblique p. 20-21.

Le sédentarisme partiel des patriarches est très facilement comparable avec les données de Mari, au début du 2e millénaire av. J.-C. Les grands voyages des patriarches correspondent bien à ce que nous savons de la 1ère moitié du 2e millénaire.

Pour ses déplacements, Abraham se servait d’ânes et de chameaux (Genèse 12.16 ; 24.10, 19, 22, 31, 35, 46, 61, 64 ; 37.25). La présence de chameaux domestiqués a été contestée pour cette époque, mais des fouilles archéologiques ont prouvé que cette domestication était connue bien plus tôt en Arabie du Nord et en Syrie. On a, par exemple, trouvé des ossements de chameaux dans les ruines d’une maison de Mari datant de 2400 av. J.-C. Un chameau est mentionné parmi les animaux domestiques dans une tablette du 18e siècle av. J.-C. trouvée à Alalakh.

« La plupart des archéologues taxent souvent d’anachronismes, et rejettent par conséquent, les références aux chameaux qui apparaissent dans les récits des patriarches parce que le chameau ne fut domestiqué qu’à partir du 12e siècle av. J.-C. Il est vrai que les références aux chameaux sont rares avant le 12e siècle, mais cette rareté n’a rien de surprenant. Le chameau n’était pas un animal urbain ; on le gardait à l’extérieur des villes et des villages pour l’utiliser surtout au désert. Il n’en existe pas moins quelques preuves de leur présence ». Et Lawrence dresse une carte de 16 témoignages allant de la Mésopotamie en Egypte en passant par la Syrie et la Palestine, prouvant par des dessins, des ossements, des représentations sur des poteries, des sceaux cylindriques ou des sculptures, que l’on connaissait des chameaux apprivoisés à ces endroits au 2e millénaire av. J.-C. (Atlas de l’histoire biblique p. 26).

Mari

L’aventure de Mari débuta un jour de l’été 1933 où plusieurs Arabes vinrent trouver le lieutenant Cabane, chef du détachement français d’Abou-Kemal, la France ayant reçu le mandat d’administrer la Syrie. L’interprète expliqua à l’officier que ces gens avaient découvert un « mort de pierre » en voulant creuser sur une colline proche. Le soir, l’officier se rendit en voiture jusqu’au Tell Hariri où il fut conduit au sommet de la colline où se trouvait l’objet. Bien qu’il ne fût pas archéologue, il comprit vite que cette statue était très ancienne et que cette découverte pouvait être importante. Le lendemain la statue fut transportée par les soldats à Abou-Kemal où leur chef fit un rapport au directeur des Antiquités à Beyrouth et au musée d’Alep.

Pendant plusieurs mois, il ne se passa rien. Fin novembre, un télégramme annonça la venue du professeur André Parrot, archéologue déjà célèbre, accompagné d’un état-major de savants, d’architectes et de dessinateurs. Le 9 décembre, les travaux commencèrent sur le Tell Hariri par des mesures et des photographies. Le 23 janvier suivant, on mit au jour une jolie statuette portant un texte gravé sur l’épaule droite : « Je suis Langi-Mari, roi de Mari ».

Depuis longtemps, on connaissait Mari par des inscriptions babyloniennes et assyriennes, mais on ne savait pas où cette « dixième ville fondée après le déluge » se trouvait.

Au cours des travaux, on dégagea un temple d’Ishtar, la déesse de la fécondité, et les statues de ses adorateurs, puis le palais du roi avec ses 260 salles et cours, dans lesquelles on trouva 13000 tablettes, le tout datant du 3e millénaire avant Jésus-Christ. Les archives du palais comprenaient 23600 documents (plus que ceux du roi d’Assyrie à Ninive).

On y découvrit ce que l’on appela plus tard le palais de Zimri-Lim qui régna sur Mari jusqu’à sa défaite devant Hammourabi de Babylone. Ce palais avait 200 pièces et appartements (salles du trône, d’audience, de classe, salles de bain, magasins, temples, archives avec 15000 tablettes + 10000 ailleurs).

Comme Mari fut détruite par Hammourabi vers la fin du 18e siècle av. J.-C., les restes de cette ville trouvés par André Parrot au cours d’une quinzaine de sessions de fouilles (entre 1933 et 1939 et après la guerre 1939-1945) sont donc contemporains des patriarches. Les tablettes de Nuzi (16e siècle av. J.-C.) jettent aussi de la lumière sur les conditions de vie de la même période.

La civilisation matérielle de Mari a étonné les archéologues qui y ont fait des fouilles. Dans les salles de bain, on a retrouvé des baignoires, dans les cuisines, des moules à gâteaux et même du charbon dans les fourneaux. Une des ailes du palais était réservée aux cérémonies religieuses présidées par la déesse-mère qui tenait un vase d’où était censé couler la vie. Les salles d’apparat étaient décorées de fresques dont les couleurs avaient à peine perdu leur éclat — bien qu’elles soient les plus anciennes de la Mésopotamie (plus de mille ans plus vieilles que les célèbres fresques de Ninive et de Khorsabad).

D’après les tablettes déchiffrées à Liège, la prospérité du pays dépendait de son système d’irrigation, des nombreux canaux, des écluses et des digues surveillées constamment par les fonctionnaires du roi. Deux mille ouvriers y travaillaient. Les informations importantes étaient transmises par un système de feux, de la frontière babylonienne jusqu’au cœur de l’actuelle Turquie (sur plus de 500 km).

Après avoir dégagé une bonne partie des anciennes maisons, les archéologues ont dû se réfugier sous leurs tentes car un orage s’annonçait : phénomène assez rare, mais d’autant plus violent. Ils se sont dit que tout leur travail allait être enseveli sous une épaisse couche de boue. En arrivant sur les lieux, tout était nettoyé : les conduites du tout-à-l’égout installées il y a 4000 ans avaient parfaitement fonctionné et évacué l’eau au fur et à mesure.

Mari était situé au cœur des grandes routes caravanières venant des quatre points cardinaux. Les échanges se faisaient entre la Crète et Chypre, d’une part, l’Asie Mineure et la Mésopotamie, d’autre part. Sur les tablettes, on a trouvé des noms familiers aux lecteurs de la Bible : Peleg, Seroug, Nahor, Térah et Harân (cf. Genèse 11.18-26). Les ancêtres d’Abraham, qui avaient été relégués par les auteurs critiques parmi les légendes, surgissent subitement de l’histoire. Nahor, la patrie de Rébecca, l’épouse d’Isaac, n’était pas une invention de l’auteur yahviste de la Genèse, mais bel et bien une ville avec laquelle Mari entretenait des relations commerciales. «&énbsp;Les fouilles de Mari ont fourni des preuves de l’exactitude des précisions que la Bible donne à ce sujet. Les archives du palais de Mari nous rapportent que, vers 1900 av. J.-C., Harân et Nahor étaient des villes florissantes » (W. Keller La Bible arrachée aux sables p. 50).

La vente du droit d’aînesse d’Esaü à Jacob a son parallèle dans le transfert de l’héritage d’un bouquet d’arbres d’un homme à son frère pour trois moutons (rapporté par les tablettes de Nuzi).

Les tablettes d’Alalakh 93 et 94 précisent que « si une femme manque de donner naissance à un enfant pendant sept ans, le mari peut prendre une seconde femme ». Cette question de « sept ans » se retrouve dans l’histoire de Jacob (Genèse 29.18, 27).

Les fouilles continuent à Mari. En 2008, on y a découvert une grande ziggourat et en 2009, une dizaine de statues d’orants, couchées face contre terre au pied de l’escalier pour monter à la ziggourat.

Vers 1850 av. J.-C. un chef de clan amorite s’empara de la ville de Mari au nord-ouest de Babylone, et en fit la capitale d’un royaume qui allait contrôler tout le commerce de l’Euphrate entre la Babylonie et la Syrie. Les péages prélevés sur les marchands et les bénéfices de l’artisanat et de l’agriculture permirent aux rois de Mari de construire un immense palais de 260 salles, cours et corridors couvrant une superficie de 2 ha et demi. Les textes cunéiformes trouvés permirent de reconstituer la vie dans cette cité royale. On y apprend aussi que les nomades constituaient toujours un danger pour la ville et les villages environnants. Elle finit par succomber sous l’attaque de Hammourabi vers 1760 av. J.-C.8

8 Voir l’histoire de la re-découverte de Mari dans A. Parrot : Mari, ville perdue… et retrouvée par l’archéologie française ou dans le livre plus récent orné de nombreuses photographies : A. Parrot Mari, capitale fabuleuse Paris, Payot 1974. Voir une reproduction d’une statue d’un roi de Mari dans A. Millard Trésors des temps bibliques et Des pierres qui parlent p. 55, de celle d’une déesse tenant un vase p. 57, de son palais p. 56.

Le témoignage d’Ebla

Ebla a émergé « du voile de sable et de boue qui recouvre l’énorme monticule connu sous le nom de Tell Mardikh, en Syrie du Nord, à 70 km au sud d’Alep… Ce Tell en forme de losange était autrefois une ville possédant quatre portes, plusieurs temples, des quartiers entiers de maisons individuelles groupés autour d’une citadelle surélevée, ‘l’acropole’… A une époque, la population de la ville devait s’élever jusqu’à 260000 habitants. Le site d’Ebla fut fouillé surtout entre 1964 et 1968. En 1974, on trouva dans une pièce située au nord d’une grande tour carrée qui avait appartenu au palais royal 42 tablettes et fragments de tablettes d’argile portant des inscriptions cunéiformes. D’après le type d’écriture, on sait qu’elles datent toutes d’env. 2300 av. J.-C., ce qui signifie en termes bibliques 500 ans avant les patriarches, 1000 ans avant Moïse, 1600 ans avant Esaïe. En 1975, on découvrit une petite salle contenant 1000 tablettes et fragments, dans une autre 14000 autres tablettes et fragments. L’existence de ces documents s’inscrit en faux contre les théories qui prétendent qu’à l’époque d’Abraham on ne savait pas encore écrire ». (K. A. Kitchen Traces d’un monde p. 68).

Dans les tablettes d’Ebla, on a trouvé 32 (ou peut-être 56) vocabulaires bilingues portant des mots en sumérien et leur traduction en éblaïte (c’est-à-dire en ancien cananéen). Une de ces tablettes porte 1000 mots, tous traduits. Ebla nous offre une littérature dans la plus ancienne langue sémitique occidentale connue ainsi qu’en sumérien. Ces recueils de proverbes rivalisent avec ceux de l’Egypte et de Sumer. Dans le domaine religieux on y trouve quelques hymnes adressés aux dieux et des incantations magiques. Ebla semble avoir eu près de 500 dieux.

« Souvent dans des ouvrages d’étude sur l’Ancien Testament, il arrive que l’on trouve des déclarations du type suivant : ‘l’histoire ne connaît pas l’existence de tel personnage’. Si, avant 1975, quelqu’un avait osé déclarer tout haut qu’Ebla avait été le centre d’un vaste empire économique, rival de celui d’Akkad, sous une dynastie de six rois, on lui aurait ri au nez… L’exemple d’Ebla confirme donc qu’il est absurde de rejeter une idée en se fondant sur des bases négatives, d’autant plus que nos connaissances sur l’histoire ancienne du Proche-Orient sont encore hésitantes et incomplètes » (K. A. Kitchen Id. p. 69).

Hammourabi

Hammourabi a régné de 2067 à 2025. Les calculs astronomiques portant sur cette période prouvent l’exactitude des dates fournies par les fouilles de Jéricho comme par la Bible.

Le code de lois d’Hammourabi, trouvé lors de fouilles dans l’ancienne cité de Suse en Perse, fut transporté à Paris et déchiffré par des spécialistes du Musée du Louvre. On constata des ressemblances remarquables de ces lois avec celles qui figurent dans le livre de l’Exode.9

9 P. Tièche compare les lois du code d’Hammourabi avec les lois mosaïques (Bible et archéologie p. 49-76). Il y a, entre les deux autant de différences que de ressemblances. Dans le code d’Hammourabi, il n’y a pratiquement pas de différence entre un esclave et un animal.

Sodome et Gomorrhe

La vallée du Jourdain fait partie d’une grande crevasse de la croûte terrestre qui passe par la mer Morte et la mer Rouge. En de nombreux endroits de cette crevasse, on trouve encore des traces d’activité volcanique : du basalte et des laves datant de peu après l’an 2000, c.-à-d. du temps où Sodome et Gomorrhe furent détruites. L’une des hypothèses au sujet de la cause de ces destructions y voit un grand tremblement de terre accompagné d’explosions, de dégagements de gaz naturels et d’un gigantesque incendie.

On a retrouvé un écrit d’un prêtre phénicien qui dit : « La vallée du Sidimus (de Siddim) sombra et devint un lac dégageant sans cesse des vapeurs et dépourvu de poissons, exemple de vengeance et de mort pour le sacrilège ».

En 1928, des fouilles dans la région de Sodome ont mis au jour une couche de sel recouverte de grandes quantités de sulfate. R.T. Boyd pense que sous la ville de Sodome, existait un lac souterrain de pétrole et de gaz qui s’enflamma pour une raison inconnue causant une terrible explosion qui envoya dans l’air au-dessus de la ville du soufre, du pétrole et de l’asphalte enflammés la recouvrant d’une « pluie de soufre enflammé par un feu qui venait du ciel » (Genèse 19.24).10

10 D’après R.T. Boyd Hügel, Gräber, Schätze p. 126.

« Il existe de nombreuses preuves de la présence de bitume, un dérivé du pétrole similaire à l’asphalte, dans le sous-sol d’une région située au sud de la Mer Morte. Cette matière contient aussi un grand pourcentage de soufre. Le géologue Frederick Clapp a émis l’hypothèse que la pression provoquée par un tremblement de terre ait pu projeter du bitume par une fissure de l’écorce terrestre. Il a pu ensuite être enflammé par une étincelle pendant qu’il était vomi des entrailles de la terre, ou par un feu à la surface du sol, avant de retomber sous forme d’une masse incandescente.

« Sodome et Gomorrhe n’ont été découvertes qu’après la formulation de cette théorie par Clapp. Or, cette théorie s’est avérée tout à fait plausible depuis qu’il est apparu que les sites se trouvent exactement sur une faille géologique courant à l’est de la plaine méridionale de la Mer Morte. La Bible elle-même appuie la véracité de ce scénario » (Bryant Wood Internet).

La femme de Loth ne pouvait pas se détacher de ce qu’elle laissait derrière elle ; elle a sans doute traîné en arrière, de sorte que lorsque Loth et ses filles étaient déjà en sécurité à Tsoar, elle se trouvait encore dans le rayon d’action des retombées de feu et de soufre qui la transformèrent en « statue de sel ».

En 1924, Albright a découvert une nécropole datant de 2000 av. J.-C. Près de là, il y avait de solides murailles enserrant un espace de 300 × 100 m. A l’intérieur, une épaisse couche de cendres recouvrait les restes d’une ville entièrement détruite. Dans les environs, quatre autres sites avaient été détruits par le feu et étaient recouverts d’une couche de 1,50 m de cendres. S’agissait-il de l’explosion d’une poche de gaz naturel ? On trouve des gisements de bitume dans toute la région. Mais une telle explosion ne pouvait pas avoir des effets sur un rayon de 100 km.

P. Tièche propose une explosion à haute altitude d’un météorite d’anti-matière comme il y en eut une en Sibérie en 1908, au nord du lac Baïkal, où toute vie fut anéantie sur 8000 km2, tout fut calciné dans un rayon de 15 km ; cette explosion équivalait à celle de 15 mégatonnes de carburant à 8000 m d’altitude.11

11 D’après P. Tièche Bible et archéologie (Ed. Horvath) p. 96.

Les ruines de ces deux villes ont été découvertes au sud-est de la Mer Morte. Les restes forment une couche d’environ 1 mètre d’épaisseur. Les monuments funéraires avaient été détruits par un feu qui a commencé à leur sommet.

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