Marie dans l’Évangile et dans l’Histoire

Marie chez Elisabeth

Ce que l’ange Gabriel a dit à Marie au sujet de sa parente Elisabeth et de sa grossesse miraculeuse lui a donné envie d’aller la voir.

« Peu après, Marie partit pour se rendre en hâte dans une ville de montagne du territoire de Judée. Elle entra chez Zacharie et salua Elisabeth. Au moment où celle-ci entendit la salutation de Marie, elle sentit son enfant remuer en elle. Elle fut remplie du Saint-Esprit et s’écria d’une voix forte : Tu es bénie plus que toutes les femmes et l’enfant que tu portes est béni. Comment ai-je mérité l’honneur que la mère de mon Seigneur vienne me voiré ? Car, vois-tu, au moment même où je t’ai entendu me saluer, mon enfant a bondi de joie au dedans de moi. Tu es heureuse, toi qui as cru à l’accomplissement de ce que le Seigneur t’a annoncé » (Luc 1.39-45).

Elisabeth proclame Marie et son enfant « bénis de Dieu » ; les deux sont unis dans cette bénédiction qui les insère dans le plan de salut de Dieu. Le jour des Rameaux, la foule s’exclamera : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » (Matthieu 21.9), c.-à-d. le Messie qui accomplit le plan de Dieu. Hélas, cet enthousiasme aura la vie brève puisque quelques jours plus tard, la foule (la même ?) criera : « Crucifie ! Crucifie ! » pour Celui qui est venu de la part du Seigneur. En se lamentant sur le sort qui attend Jérusalem, Jésus prédit que ses habitants ne le verront plus jusqu’à ce qu’ils disent : « Béni soit celui qui vient de la part du Seigneur » (Matthieu 23.39). Le mot « béni » avait donc un caractère messianique et eschatologique. Etait-il déjà compris dans la bénédiction d’Elisabeth ? Si ce n’était pas consciemment, le Saint-Esprit lui a certainement inspiré des paroles dont le sens plénier ne se révélera que plus tard.

Comment Marie a-t-elle fait ce déplacement jusqu’en Judée ?

Le trajet de la Galilée jusqu’en Judée impliquait un voyage de trois à cinq jours (de 80 à 120 km suivant l’endroit exact où habitait Élisabeth et que l’on n’a pas pu identifier). C’était une entreprise courageuse et dangereuse pour une jeune fille. On peut supposer qu’elle a dû trouver une caravane de pèlerins qui se rendaient à Jérusalem, sinon sa famille ne l’aurait sans doute pas autorisée à partir.

Au moment de la rencontre, Elisabeth est remplie du Saint-Esprit qui lui donne une révélation prophétique au sujet de l’identité de celle qui vient la voir et sur l’enfant qu’elle porte en elle. Elle reçoit la certitude intuitive qu’elle a devant elle la femme que toutes les générations antérieures attendaient : celle qui donnera naissance au Sauveur de l’humanité, donc une femme bénie par Dieu, « plus que toutes les femmes », car aucune autre n’a eu cet honneur d’être choisie pour être la mère du Seigneur d’Elisabeth, c.-à-d. du Messie.

« Ce n’est pas Marie qui a fait tressaillir l’enfant d’Elisabeth. C’est Jésus en Marie, car depuis que Marie a accepté de voir s’accomplir en elle le bon plaisir de Dieu, l’identification avec le Christ a commencé. Ce n’est plus elle qui vit, mais lui qui vit en elle » (G. Racine Les leçons de Marie p. 52).

Elisabeth, inspirée par le Saint-Esprit, appelle Marie « la mère de mon Seigneur ». Conduite par l’Esprit, elle a interprété la réaction de son enfant à la salutation de Marie comme un hommage à Celui dont il était destiné à être le Précurseur. Se fondant sur les prophéties qui annonçaient la naissance du Messie, elle a compris que c’était lui que sa parente portait en son sein. Lui, c.-à-d. Celui « qui régnera sur Israël et dont l’origine remonte aux temps passés, aux jours anciens (ou : de l’éternité) » (Michée 5.1), « l’enfant » qui « sera appelé Dieu fort, Père à jamais et Prince de la Paix » (Esaïe 9.5), c.-à-d. le Fils de Dieu. Peut-être a-t-elle aussi pensé au Psaume 110 où « l’Eternel dit à mon Seigneur… » donc à une personne divine distincte de l’Eternel. C’est ce que Jésus expliquera aux pharisiens en évoquant précisément ce début du Psaume 110 où David appelle le Messie son « Seigneur » (Matthieu 22.44-45). Elisabeth fait de même : elle appelle Marie « la mère de mon Seigneur », du Messie.

C’est sur ce passage que l’on s’est basé au 5e siècle pour donner à Marie le titre de « Mère de Dieu » (theotokos). Ce n’était d’ailleurs pas tant l’identité de Marie qui était en cause, mais celle du Christ : était-il, dès sa conception, divin et humain, ou bien Marie n’était-elle que la mère de l’homme Jésus auquel le Christ divin s’est joint, soit au moment de la naissance, soit lors de son baptême. Les protagonistes de la formule theotokos voulaient souligner les deux natures du Christ, humaine et divine, en une seule personne : telle était la question en jeu lors du Concile d’Ephèse en 431 et il valait mieux qu’ils remportent la victoire plutôt que leurs adversaires. N’empêche que la formule « Mère de Dieu » était malheureuse et a ouvert la porte à bien des malentendus par la suite, car on n’a plus pensé au Christ visé par elle, mais à Marie qui acquerrait par là une dignité qui ne correspondait plus à l’humble « Servante du Seigneur ». Puis Elisabeth fait un parallèle entre Marie et Zacharie, son mari, qui avait eu une réaction d’incrédulité devant le message de l’ange et a été rendu muet jusqu’à la naissance de leur enfant ; alors que Marie est heureuse, car elle a « cru à l’accomplissement de ce que le Seigneur lui a annoncé ».

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