Ministères dans l’Église

CHAPITRE IV

DES MINISTÈRES POUR TOUS

1. Sous l’ancienne alliance

Sous l’ancienne alliance, les prêtres et les lévites étaient chargés de tout ce qui concernait le culte. Dieu ne les a pas laissés s’organiser suivant leur fantaisie ou leur inspiration du moment. Il a demandé à Moïse et à Aaron de faire le recensement des lévites (Nombres 3), puis des familles de lévites auxquelles étaient affectés certains services précis : « Tu dénombreras, depuis l’âge de 30 ans et au-dessus jusqu’à l’âge de 50 ans tous ceux qui sont propres à exercer quelque fonction dans la tente de la Rencontre » (Nombres 4.3 ; 23.29-30). Après cela, Dieu attribue à chacun une responsabilité précise : « Vous remettrez nominativement tous les objets qu’ils ont la charge de garder » (v. 31-32).

Pour chaque service est nommé un responsable sous la direction duquel se fera le travail. « On les dénombra sur l’ordre de l’Eternel par l’intermédiaire de Moïse en indiquant à chacun son service et sa charge : on les dénombra comme l’Eternel l’avait commandé à Moïse » (4.49). Ce précédent nous engage à faire de même pour les sacrificateurs et les lévites de la nouvelle alliance.

2. Mobilisation totale

Les efforts d’« évangélisation totale » en Amérique latine ont démontré que l’accroissement d’une Eglise était directement proportionnel à sa faculté de mobiliser l’ensemble de ses membres. Telle était la vision de l’Eglise primitive pour tous les aspects de la vie d’Eglise, pas seulement pour l’évangélisation.

L’épanouissement et les progrès d’une Eglise dépendent de l’engagement de tous ses membres dans les différents secteurs d’activité de sa vie, chacun servant conformément au don reçu. C’était la perspective que le Saint-Esprit avait inspirée à l’apôtre Paul : « C’est en restant dans la dépendance de la Tête que l’ensemble du corps… forme une structure harmonieuse — à condition que chaque organe remplisse son office suivant la fonction qui lui a été assignée et selon les forces et capacités qui lui ont été données pour suffire à ses besoins. De cette manière, tous les membres contribuent ensemble, dans un esprit d’amour, à la croissance organique du corps qui s’élève comme un édifice » (Ephésiens 4.16, P. V.).

Le principe biblique n’est ni la concentration de tous les services sur un ou quelques hommes, ni le volontariat de tous (« n’importe qui peut faire n’importe quel travail ») ; c’est l’engagement de chaque membre conformément aux dons reçus de Dieu. La tâche première des responsables d’une Eglise est donc de prier pour que Dieu les guide dans la détection des dons qu’il a confiés aux différents membres de leur Eglise et pour qu’il rende chacun disponible pour accomplir les services correspondant à ses dons. Ensuite, ils auront à consacrer une part importante de leur temps au développement des dons en « accompagnant » ceux qu’ils mettent au travail.

3. Se libérer des fausses hiérarchies de valeurs

Le premier obstacle à surmonter est certainement la distinction entre ministères « spirituels » et services pratiques ou matériels — une distinction qui relève plus du platonisme que de la Bible. Nous avons déjà noté, à propos des charismes que la Bible ne distinguait pas entre des dons naturels et surnaturels, ordinaires et extraordinaires, passagers et permanents, orientés vers les choses matérielles ou spirituelles (A.K. 82 DS, p. 129-130). Elle mêle les dons d’aide, de libéralité, de miséricorde aux dons de prophétie, de miracles et de guérison. La valeur d’un don se mesure à son utilité dans le Corps. Les dons les meilleurs sont ceux par lesquels nous pouvons démontrer le mieux notre amour pour les autres (1 Corinthiens 12.31). S’il devait y avoir un ordre de grandeur, ce seraient les dons les moins estimés qui seraient à mettre au premier rang (12.24).

C’est la raison qui nous pousse à commencer notre examen des ministères dans l’Eglise par les services qui, jusqu’à présent, ont été plutôt méprisés. Dans Luc 16.9-12, le Seigneur nous apprend que la fidélité dans les « moindres choses » et les « richesses injustes » lui sert de critère pour nous confier ou non les « grandes choses » et les « richesses véritables ». Nous avons à suivre la même règle dans l’organisation des ministères dans l’Eglise. Nous pourrions répéter ici ce que nous avons dit dans Dons pour le service au sujet de la disponibilité et de l’activité (p. 128-132). Dans un corps, chaque organe, chaque glande, chaque muscle, remplit une fonction indispensable à la santé de l’ensemble. Dans l’Eglise, chaque service, si insignifiant qu’il paraisse, contribue à une marche harmonieuse de l’ensemble et à une croissance régulière de la communauté.

Les exemples bibliques (de Barnabas, de Philippe et d’autres) nous montrent que, dans le Corps de Christ, règne une grande souplesse : une activité peut servir de test de capacité pour des responsabilités plus grandes — tout en étant utile par elle-même.

En cherchant des activités pour tous les membres de notre communauté nous aurons donc à viser deux objectifs en même temps : répondre à un besoin réel de l’assemblée et prévoir des responsables pour des fonctions vitales dans le Corps. Les services suggérés ci-dessous doivent être envisagés sous ce double point de vue.

4. Chercher et recruter des collaborateurs

Dans beaucoup d’Eglises, on entend fréquemment le refrain : Nous n’avons personne pour faire le travail. C’est certainement vrai. Mais c’est un état qui n’a pas besoin de durer, car chaque membre est un collaborateur potentiel qui doit être sélectionné et formé pour pouvoir apporter une contribution efficace à la vie du corps.

Dans certaines Eglises, le pasteur est seul à devoir tout faire, dans d’autres il est secondé par de nombreux collaborateurs. Hasard ? Injustice ? Certes, non. « Qui cherche trouve » a dit le Seigneur. Chercher implique une volonté, un effort et du temps consacré. Dans une petite Eglise, le groupe des anciens devrait régulièrement consacrer une partie de ses activités au recrutement de nouveaux collaborateurs pour les différents secteurs d’activité. Dans des Eglises plus grandes, un comité spécial comprenant un ancien et un diacre devrait avoir comme tâche de rechercher et de recruter ces collaborateurs.

Leur premier travail serait de prier pour que Dieu les guide dans le choix des collaborateurs et des tâches à leur confier. Puis ils chercheront à connaître suffisamment tous les membres de l’Eglise pour pouvoir discerner leurs aptitudes et leurs dons spirituels. Les questionnaires comme ceux que nous donnerons ci-dessous devraient être complétés par des entretiens personnels faisant mieux apparaître les expériences passées, les goûts et les projets du futur collaborateur. La deuxième tâche de ce comité serait d’établir et de tenir constamment à jour une liste des activités à pourvoir (en tenant aussi compte des besoins futurs de l’assemblée, prévus éventuellement par le comité de prospective).

Troisième tâche : recruter les personnes qualifiées pour un travail donné. Dans beaucoup d’Eglises actuelles, on demande des volontaires pour les tâches qui se présentent. Dans l’Eglise primitive, on faisait appel à ceux dont on avait discerné les dons (Actes 6.3 ; 11.25 ; 15.40 ; 16.1-3 ; 2 Corinthiens 8.19). Généralement, peu de volontaires qualifiés s’offrent d’eux-mêmes, car ils ont peur que cette activité leur prenne trop de temps. C’est pourquoi, il faut que des personnes accréditées par l’Eglise se chargent de ce travail de recrutement.

Kilinski et Wofford (74, p. 56s) recommandent de donner à cette étape toute son importance : ne pas minimiser le travail (« Cela ne vous prendra pas beaucoup de temps », « Il n’y a pas grand-chose à faire », « Nous n’avons personne, faites-le jusqu’à ce que nous ayons trouvé quelqu’un »), demander d’en faire un sujet de réflexion et de prière, ne pas liquider la chose entre deux portes ni demander une réponse immédiate, fixer un rendez-vous pour en parler en détail, donner des informations précises sur le travail et convenir d’une date pour la réponse.

Quatrième tâche : formation auprès de ceux qui accomplissent ce travail actuellement. Pour cette formation, on pourra s’inspirer des principes régissant les stages des différents corps de métiers : alternance de théorie et de pratique, entretiens, questions, évaluations…

5. Quelques ministères pour tous

Pour les aider à découvrir leurs dons, certaines Eglises distribuent un questionnaire aux nouveaux membres pour s’enquérir de leurs goûts, de leurs aptitudes et des services qu’ils seraient prêts à rendre. On peut le redistribuer périodiquement : les possibilités et les disponibilités varient d’une année à l’autre. Sur cette liste d’offres de collaboration pourraient figurer d’abord des services très simples pour lesquels il suffit d’être disponible. Chacun pourra y découvrir une tâche contribuant à « l’utilité commune », même s’il ne pense pas être doué pour des services dits spirituels (messages, études bibliques).

Voici une liste suffisamment détaillée pour donner des idées à ceux qui en manqueraient :

Seriez-vous prêt à participer

Certains services pouvant être encombrés, il sera utile de s’inscrire à plusieurs postes à la fois.

Cette liste n’est pas limitative. Selon les lieux et les moments, elle peut comprendre d’autres services. Parmi les « travaux pratiques » donnés en application d’un séminaire sur la découverte de ses dons particuliers, Larry Richards (81, p. 124) suggère :

La disposition essentielle pour découvrir son ministère dans l’Eglise est la disponibilité. Le livre de l’Exode insiste beaucoup sur cette disposition intérieure qui est fondamentale pour tout service dans l’œuvre de Dieu (35.5, 21-22). Si quelqu’un accomplit fidèlement les tâches qui se présentent, Dieu peut lui révéler le don qu’il lui a déjà accordé, il peut le développer ou lui en accorder d’autres.

A côté de ces tâches plutôt matérielles et pratiques pourraient figurer également un certain nombre de services plus spécifiquement spirituels contribuant au rayonnement de l’Evangile et à la bonne marche des différentes réunions :

Aimeriez-vous vous laisser former en vue de

Seriez-vous prêt

C’est à travers ces services que les anciens et les diacres de l’Eglise pourront apprécier la disponibilité et la compétence des nouveaux membres, leur soif de formation, leur aptitude à collaborer avec d’autres, à se laisser corriger… et qu’ils pourront leur proposer des services plus « spirituels » : introduction et présidence d’une réunion de prière, d’une étude biblique dans un quartier, d’une partie de réunion de toute l’Eglise, d’un culte, d’un message.

Il est important de s’inspirer, pour l’organisation de ces différents services, du conseil donné par Jéthro à Moïse (Exode 18) : dix personnes étaient placées sous la direction d’un responsable qui se trouvait sous celle d’un chef de 50 puis de 100.

L’Eglise du Plein Evangile à Séoul a tiré de l’exemple biblique ci-dessus l’application suivante : la ville est divisée en quartiers. Sur chacun d’eux, l’Eglise établit un responsable de quartier. Chaque quartier est subdivisé en secteurs comprenant 25 à 90 cellules de maison. Les responsables de secteurs ont sous leur direction les chefs de cellules et leurs adjoints. Chaque cellule comprend 8 à 15 foyers.

Les services dans l’assemblée peuvent être structurés de deux manières suivant les dimensions géographiques de l’Eglise : soit par secteur local si les membres sont éloignés les uns des autres, soit, si cela est possible, par genres de service : secrétariat, travaux matériels (entretien des locaux, aide professionnelle), trésorerie, enfance — jeunesse, accueil, aide sociale, évangélisation, mission, littérature. Un diacre pourrait assurer la supervision de chaque secteur. Il serait lui-même sous la responsabilité d’un ancien assurant la liaison avec lui, le conseillant et veillant à l’aspect spirituel des services en question.

6. Différents secteurs d’engagement

Dans Organization and Leadership in the local Church, Kilinski et Wofford (74, p. 57-61) proposent un questionnaire comprenant 10 domaines dans lesquels les capacités du membre d’Eglise sont explorées. Pour chaque proposition de service, il y a deux colonnes : Déjà fait — Intéressé par.

Sur la première page se trouvent les renseignements d’identification du membre (nom, adresse, téléphone, dates de naissance et de baptême, Eglises précédentes, membres de la famille, formation, profession, études bibliques, ministères précédemment accomplis). Puis on demande de quel comité le membre aimerait faire partie : missions, évangélisation, publicité, cultes, propriétés, formation, jeunesse.

Les activités proposées sont réparties entre :

  1. Education : moniteur, conseiller de jeunes, musique, école du dimanche, Flambeaux, camp de jeunes, colonies de vacances.
  2. Secrétariat : travaux de dactylo, classement, expéditions, polycopie, téléphone.
  3. Musique : diriger le chant, chanter dans la chorale, instruments, accompagnement piano (enfants, jeunes, réunions d’Eglise).
  4. Jeunesse : groupes du soir, sports, scoutisme.
  5. Visites : de membres d’Eglise, nouveaux membres, visites d’évangélisation, de malades, de personnes âgées.
  6. Enfants : garderie, surveillance des bébés, éducation spécialisée.
  7. Travaux pratiques : jardinage, menuiserie, électricité, peinture, plomberie, autres.
  8. Groupes : jeunes, personnes seules, jeunes mariés, hommes, dames, classes bibliques dans des foyers, animateur de groupes de discussion.
  9. Services divers : fleurs, décoration, accueil, couture, transports, cuisine.
  10. Publicité : rédaction, édition, affiches, impression, photographie.

Ainsi chacun aura la joie d’être un organe utile dans le Corps et de contribuer pour une part, si petite soit-elle, à la vie de la communauté. S’il est fidèle dans l’accomplissement de sa tâche il peut être certain que Dieu en prend note et que son travail « ne sera pas vain dans le Seigneur » (1 Corinthiens 15.58). Un jour, peut-être, après avoir pris humblement l’une des dernières places, il entendra le Seigneur lui dire : « Mon ami, monte plus haut » (Luc 14.10) et se verra confier des responsabilités plus importantes. De toute manière, « ceux qui accomplissent fidèlement leur service s’acquièrent un rang honorable et une grande assurance dans la foi en Jésus-Christ » (1 Timothée 3.13).

7. Les visites

Parmi les ministères pour tous, les visites occupent une place privilégiée. Voici, à titre d’exemple, un projet d’organisation des visites aux membres, élaboré par une Eglise évangélique.

« Notre Eglise est en constante croissance, et nous devons remercier le Seigneur d’ajouter mois après mois de nouveaux frères en Christ. Notre responsabilité est d’autant plus grande et pour y faire face, nous proposons un programme de visites aux membres qui devrait permettre de visiter officiellement une ou deux fois par année chaque membre de notre communauté.

Pour arriver au but que nous nous proposons d’atteindre, il est nécessaire de s’organiser et de mobiliser les anciens, les diacres ainsi que les personnes ayant le don de visiteurs et qui auront été sollicitées par les anciens.

Nous pensons qu’il est juste que nous nous occupions davantage de notre grande famille afin que chacun trouve sa place et son ministère avec l’aide des responsables nommés ci-dessus.

Nous récapitulons ci-après les différents types de visites :

  1. Visite d’accueil pour toute personne faisant la demande d’intégration au sein de la communauté.
  2. Visite fraternelle auprès des personnes faisant partie de la communauté pour un partage, un échange et un moment de communion.
  3. Visite aux malades ou accidentés, faite le plus tôt possible, dès que la visite est permise. La communauté est informée le dimanche suivant afin qu’elle prie en faveur de la personne alitée ou accidentée.
  4. Visites aux personnes seules, veuves, veufs, personnes endeuillées.
  5. Visites des rétrogrades, dépressifs, personnes en révolte.
  6. Visites aux personnes en difficultés momentanées (matérielles, chômage, etc.)
  7. Visites aux jeunes mamans (maternité, aide à domicile). »

Les visites peuvent se faire, suivant les cas et les possibilités, individuellement ou par équipes de deux. En tenant compte des absences durant les vacances et de la présence possible de plusieurs membres dans un même foyer, il faudrait que l’effectif de l’équipe des visiteurs corresponde environ à 1/10 du nombre des personnes à visiter et que chacun s’engage à faire, seul ou à deux, deux visites par mois pour que chaque personne reçoive au moins une visite par an.

Exemple : Dans une Eglise comptant 100 personnes à visiter, si 10 personnes font 2 visites en équipe de deux durant 10 mois, les besoins sont couverts au cours de l’année. Les visites individuelles compenseront celles qui n’auront pas pu se faire deux fois par mois et celles qui exigent plusieurs retours successifs auprès des mêmes personnes.

« La répartition des visites peut se faire à partir d’un fichier, d’une liste mise à jour et sous le contrôle permanent d’une équipe de responsables dont le pasteur fait obligatoirement partie. Une « fiche de visite » pourrait être remplie après chaque visite par le ou les visiteurs. Elle porterait la date de la visite, son objet, les livres ou cassettes prêtés ou remis, les besoins exprimés, les souhaits ou demandes formulés ainsi que les noms des visiteurs. Ces visites permettent également de découvrir les besoins ou les dons qui pourraient être mis en valeur dans l’Eglise.

La distribution des noms des personnes à visiter se ferait au moyen des « fiches de visite » sur lesquelles figurent le nom, l’adresse, le numéro de téléphone et les indications utiles pour entrer en matière. Ces fiches pourront être distribuées tous les 3 mois par exemple, lors d’un échange entre responsables et visiteurs pour tirer les enseignements et les partager afin d’aider au maximum les visiteurs. Ce ministère est pris en charge par un ou plusieurs anciens secondés par les diacres » (R. Schmid).

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