Le responsable : qualifications et fonctions

CHAPITRE 3

QUALIFICATIONS MORALES DU RESPONSABLE CHRÉTIEN

Quelle est la différence entre des qualifications spirituelles et des qualifications morales ?

Toute classification est plus ou moins arbitraire. Où passe la frontière entre qualifications morales et qualifications spirituelles ? Notre caractère et notre comportement découlent de notre vie spirituelle, de notre marche avec le Seigneur. On peut, pour mieux saisir les choses, distinguer entre la vie intérieure, cachée, que seul le Seigneur voit, que nous seuls pouvons juger (notre amour du Seigneur, notre attachement à Dieu, notre foi, notre bonne conscience, etc.) et les manifestations extérieures de cette vie, c.-à-d. ce que les autres peuvent voir et ressentir.

Si quelqu’un est rempli de l’Esprit, cela doit se manifester par des fruits de l’Esprit et une marche selon l’Esprit. Les 9 aspects du fruit de l’Esprit énumérés dans Galates 5.22-23 ne peuvent rester longtemps cachés (comme le peuvent notre amour du Seigneur, notre bonne conscience ou notre vigilance).

Paul dit aussi aux Galates : « Si nous vivons par l’Esprit, marchons aussi selon l’Esprit » (5.25, « Puisque l’Esprit est la source de notre vie, laissons-le aussi diriger notre conduite » BS). Une marche, une conduite sont encore plus visibles que des fruits. Elles peuvent même servir de critères pour le choix des responsables. C’est du moins ainsi que Paul les utilise dans les trois listes de qualifications qu’il donne dans les épîtres à Timothée et à Tite.

Nous examinerons d’abord les implications du fruit de l’Esprit sur la vie et le comportement d’un responsable, puis les qualifications morales (ou personnelles) relatives à la « marche » d’un responsable d’Église.

Le fruit de l’Esprit

Dans le texte de Galates 5.22-23, on a souvent attiré l’attention sur le singulier : le fruit de l’Esprit. Le seul fruit de l’Esprit est l’amour, les autres aspects énumérés ne sont que des manifestations diverses de cet amour. On l’a aussi comparé à une grappe de raisin qui constitue un fruit et forme un tout, mais dans lequel on peut cependant distinguer chaque baie. Si nous détaillons les 9 qualités énumérées, nous constatons qu’elles sont toutes orientées vers les relations des uns avec les autres. C’est d’ailleurs dans ce contexte que Paul les cite. La prétention à la liberté de certains Galates ne doit pas les amener à se laisser aller aux tendances de leur nature pécheresse dans leurs relations mutuelles. « Au contraire, par amour, mettez-vous au service les uns des autres. Car la Loi se trouve accomplie tout entière par l’obéissance à cette seule parole : Aime ton prochain comme toi-même » (vv. 13-14). Puis l’apôtre oppose ce que produisent les tendances de la nature pécheresse (où tout ce qui gâte les relations mutuelles occupe la majeure partie: haines, querelles, jalousie, accès de colère, rivalités, dissensions, divisions, envie) et le fruit de l’Esprit orienté, lui aussi, principalement vers des relations saines avec les autres.

1. Le fruit de l’Esprit, c’est l’amour

Aimer c’est « penser à », c’est valoriser l’autre, s’occuper de lui. Nous avons un bon commentaire de ce qu’est l’amour dans Romains 12.9-21 : celui qui aime ne sait pas mentir, il est plein d’affection pour les autres, il les estime et les fait passer avant lui-même, il est bon serviteur, il se sent solidaire des besoins de ceux qui appartiennent à Dieu, toujours prêt à pratiquer l’hospitalité, il demande à Dieu de faire du bien à ceux qui le persécutent, partage la joie de ceux qui sont dans la joie et les larmes de ceux qui pleurent ; il a une égale considération pour les uns et les autres, sans viser à ce qui est trop haut; au contraire, il se laisse attirer par ce qui est humble, sans se prendre pour un sage. Il s’efforce de vivre en paix avec tous les hommes en ne se laissant jamais dominer par le mal mais en le surmontant par le bien.

L’apôtre Paul rappelle aux Thessaloniciens avec quel amour « paternel et maternel » il leur a annoncé l’Evangile : « Pendant que nous étions parmi vous, nous avons été pleins de tendresse. Comme une mère qui prend soin des enfants qu’elle nourrit, ainsi dans notre vive affection pour vous, nous aurions voulu non seulement vous annoncer l’Evangile de Dieu, mais encore donner notre vie pour vous, tant vous nous étiez devenus chers… Vous savez de quelle manière nous avons agi à l’égard de chacun de vous : comme un père le fait pour ses enfants, nous n’avons cessé de vous inviter, de vous encourager… » (1 Thessaloniciens 2.7-8, 12).

Et si ce commentaire ne nous suffit pas, nous pourrons toujours relire 1 Corinthiens 13 dans la perspective de nos relations entre responsables et avec les autres membres de l’Église.

Une forme de l’amour est l’amitié. Les Proverbes chantent surtout l’amour sous cette forme : « Un véritable ami aime en tout temps et, quand survient l’adversité, il se révèle un frère » (17.17). « L’huile odorante et les parfums mettent le cœur en joie ; mais la douceur de l’amitié vaut mieux que les conseils qu’on se donne à soi-même (ou : réconforte le cœur). Ne délaisse pas ton ami, ni l’ami de ton père. Quand le malheur frappe à la porte, tu n’auras pas besoin de quérir l’aide de ta parenté ; un ami près de toi vaut mieux qu’un frère éloigné » (27.9-10). « Un véritable ami est plus attaché qu’un frère » (18.24). Quelqu’un qui n’a pas d’ami ne fera pas un bon leader. L’idéal, c’est que les différents responsables ne soient pas seulement collaborateurs, mais amis les uns des autres.

Question : En relisant Romains 12.9-21, 1 Corinthiens 13 et les versets cités des Proverbes, sur quels points aurais-je à « progresser » dans l’amour des autres ?

2. La joie

L’esprit joyeux est l’une des marques d’un bon leader. Un chef qui rayonne la joie entraîne les autres par son enthousiasme et son dynamisme, il crée un climat d’obéissance joyeuse.

La joie est le secret de la victoire sur les ennemis : « Si vous ne servez pas l’Éternel votre Dieu avec la joie et le bonheur au cœur au sein de l’abondance en toutes choses, vous serez asservis aux ennemis que l’Eternel enverra contre vous » (Deutéronome 28.47-48). « La joie de l’Éternel sera votre force » (Néhémie 8.10). La joie profonde que produit en nous l’Esprit donne au chrétien cette vertu si appréciée chez un chef : l’égalité d’humeur.

Un bon leader est un optimiste. « Le pessimiste voit une difficulté dans chaque possibilité. L’optimiste voit une possibilité dans chaque difficulté » (O. Sanders, 72 p. 50). A.E. Norrish, un missionnaire aux Indes disait : « Vous ne mènerez jamais les autres bien loin sans la joie de l’Éternel et son corollaire : le sens de l’humour ».

En effet, une des formes de la joie est l’humour. C’est aussi l’une des caractéristiques d’une âme de chef : dans les moments difficiles, il sait détendre l’atmosphère par un brin d’humour. Spurgeon, le grand prédicateur londonien du 19e siècle, devait une grande part de son succès à l’humour dont il émaillait ses sermons. A ceux qui le lui reprochaient, il répondait que c’était certainement un péché moins grave de faire sourire les auditeurs ou même de les faire rire que de les endormir pendant une demi-heure.

Question : Qu’est-ce qui tarit habituellement la source de la joie en moi et m’empêche d’être « toujours joyeux » () ?

3. La paix

« Dieu attache un grand prix à un esprit doux et paisible » (1 Pierre 3.4 ; pas seulement chez les épouses !). «Le règne de Dieu consiste… à nous donner la paix et la joie » (Romains 14.17). Celui qui connaît cette paix dans son cœur fera aussi partie de ceux qui « répandent autour d’eux la paix » (Matthieu 5.9) – à la place des tensions et des énervements.

Question : Quelle est mon attitude intérieure habituelle : un « esprit doux et paisible » ? Comment résonne en moi cette expression ? Comment les autres perçoivent-ils mon influence ?

4. La patience

Le mot grec makrothymia se traduisait autrefois par « longanimité ». Bénéficiaire de la longue patience de Dieu à son égard (Romains 2.4 ; 2 Pierre 3.15), le croyant en use également dans ses relations avec les autres (Ephésiens 4.2 ; Colossiens 1.11). Un chef doit être capable de supporter longtemps des gens difficiles. Paul demande à Timothée : « Proclame la Parole, insiste, que l’occasion soit favorable ou non, convaincs, réprimande, encourage, avec une patience inlassable » (2 Timothée 4.2). « Pensez au cultivateur, dit Jacques : il attend les précieuses récoltes de sa terre. Il prend patience à leur égard, jusqu’à ce que tombent les pluies de l’automne et du printemps. Vous aussi, prenez patience, soyez pleins de courage » (Jacques 5.7-8). Chrysostome appelait la patience la reine des vertus. W. Barclay nous fait remarquer que « le mot (grec) ne signifie jamais que l’on s’assoit en se croisant les bras et en supportant simplement les circonstances. C’est plutôt l’endurance victorieuse, la constance virile sous l’épreuve ».

Un proverbe allemand dit : « Les moulins de Dieu tournent lentement ». Il faut souvent beaucoup de temps — donc de patience — pour voir progresser l’œuvre de Dieu dans les cœurs de ceux qui nous sont confiés.

Question : Si j’avais à me situer sur cette ligne de la patience où est-ce que je me placerais ?

__/______/________ /_______/________ /__________/______

jamais | rarement | quelquefois | souvent | le plus souvent | toujours patient

___________/______________/___________/_______

dans les circonstances faciles | devant d’autres | avec mes proches

5. L’amabilité

Ce mot est aussi traduit par bonté, gentillesse, bon caractère. « Ce qui attire dans un homme, c’est sa bonté » (Proverbes 19.22). Le fruit de l’Esprit est différent de la gentillesse naturelle, surtout par le fait qu’il persiste même s’il n’y a pas de réponse de la part de ceux à qui l’on témoigne de la bonté. Un bon chef sait rester aimable avec ceux qui le provoquent pour tester sa patience.

Question : Si notre meilleur ami avait à faire une liste de nos qualités, laquelle mettrait-il en premier ? L’amabilité figurerait-elle dans cette liste ?

6. La bonté

D’après le dictionnaire, être bon, c’est « avoir les qualités de son espèce ». Une poire est bonne si elle est douce, un citron est bon s’il est acide. Le chrétien est bon s’il est animé de bonnes dispositions à l’égard des autres, comme l’était le Christ lui-même. Ce mot est traduit dans certaines Bibles par bienveillance, qui signifie étymologiquement : vouloir du bien. C’est cette disposition profonde à l’égard de nos semblables qui constitue en fait la motivation du service chrétien d’un responsable : il veut le bien des perdus comme des chrétiens. C’est ce qui le pousse à l’évangélisation et au service de ses frères.

Question : « Je veux bien être bon, mais pas bonne poire ». Où se situe la limite entre les deux dans certaines situations concrètes que j’ai à vivre ?

7. La fidélité

Un responsable est un gérant, un intendant dans le service de Dieu. Dans l’antiquité, l’intendant était un esclave comme les autres, préposé à la surveillance des travaux et à la distribution des rations aux autres esclaves. Les qualités principales que l’on attendait de lui étaient qu’il soit « fidèle et sensé » (Luc 12.42). « En fin de compte, dit aussi Paul, que demande-t-on à des intendants ? Qu’ils accomplissent fidèlement la tâche qui leur a été confiée » (1 Corinthiens 4.2), c.-à-d. qu’ils soient dignes de confiance (Hébreux 3.5).

Jésus a posé le principe : « Si quelqu’un est fidèle dans les petites choses, on peut aussi lui faire confiance pour ce qui est important. Mais celui qui n’est pas fidèle dans les petites choses ne l’est pas non plus pour ce qui est important » (Luc 16.10). Avant de confier le gouvernement de plusieurs villes à certains de ses serviteurs, l’homme de famille noble de la parabole des mines a testé leur fidélité en confiant à chacun une pièce d’or à faire valoir durant son absence. A celui qui lui a rapporté dix pièces, il dit : « C’est bien, tu es un bon serviteur. Tu t’es montré fidèle dans une petite affaire. Je te nomme gouverneur de dix villes » (Luc 19.17). « Le maître ne complimente pas son serviteur pour son succès, mais pour sa fidélité » (K. Prior, 93 p. 60).

On a dit que la fidélité n’est pas une petite chose, mais elle consiste en petites choses. Paul Deitenbeck cite comme exemples de cette fidélité : ne pas oublier un anniversaire, une visite promise, se tenir au temps convenu pour les rendez-vous, ne pas garder un livre d’autrui, prier quand on a promis d’intercéder, répondre au courrier, avoir de l’ordre dans ses affaires… (61 p.21).

Un homme fiable est aussi un homme de parole — même si le respect d’une promesse doit être désavantageux. Les diacres doivent « inspirer le respect » en étant « des hommes de parole » (1 Timothée 3.8 : «&nbs;éloignés de la duplicité » traduit Segond). Paul a employé le mot dilogos qui signifie littéralement : qui a deux langues ou deux paroles, présentant les choses tantôt d’une manière, tantôt d’une autre, suivant les interlocuteurs. Un responsable ne doit pas rentrer dans cette catégorie de gens qui « n’ont pas de colonne vertébrale » et parlent pour plaire aux autres.

Enfin, un homme fiable est quelqu’un qui sait garder les confidences. Celui qui veut pratiquer la relation d’aide doit être digne de la confiance que lui témoignent les personnes qui passent par la difficulté et lui font part de leurs problèmes personnels.

Questions : Dans quel domaine ma fidélité envers le Seigneur et les autres devrait-elle faire des progrès ? Sur quelles « petites choses » ai-je tendance à passer trop rapidement et lesquelles devrais-je prendre plus au sérieux (repasser les exemples cités) ?

8. La douceur

Le plus grand conducteur d’hommes de tous les temps, Moïse, était « un homme très patient (humble, doux), plus que tout autre homme sur la terre » (Nombres 12.3). Il ne l’était pas naturellement (il ne l’était certainement pas quand il a tué l’Égyptien). Il l’est devenu à l’école de Dieu. Saul de Tarse n’était certes pas non plus un homme doux de nature ; avant sa conversion, il traînait hommes et femmes devant les tribunaux pour les faire condamner. Mais quelques années plus tard, il a pu écrire aux Thessaloniciens : « Nous avons été pleins de douceur (ou « pleins de tendresse ») parmi vous » (1 Thessaloniciens 2.7).

Il se réfère à l’exemple d’une mère qui prend soin de ses enfants. La Septante utilise le même mot dans Deutéronome 22.6 pour l’oiseau qui étend ses ailes sur ses petits afin de les maintenir au chaud. S’il n’avait pas appris la douceur à l’école du Christ, il n’aurait pas pu demander aux autres : « Que votre douceur soit connue de tous les hommes& » (Philippiens 4.5). « Revêtez-vous… de douceur » (Colossiens 3.12).

La douceur n’est ni une disposition naturelle de ceux qui ont une âme de chef ni une qualité que l’on associe normalement à l’idée de chef. C’est aussi en cela qu’un responsable chrétien se distingue d’un chef humain.

L’un des problèmes de tout chef est la colère. Il y a tant de causes possibles d’une « juste colère » : les négligences, le travail mal fait, les erreurs, les incompréhensions… Mais « ce n’est pas par la colère qu’un homme accomplit ce qui est juste aux yeux de Dieu » (Jacques 1.20). Les sages d’autrefois avaient déjà reconnu que « celui qui se met facilement en colère commet des sottises. L’homme réfléchi supporte beaucoup » (Proverbes 14.17 d’après la Septante). « Ne te lie pas d’amitié avec un homme qui se met facilement en colère, et ne fréquente pas celui qui s’emporte pour un rien, de peur d’acquérir le même comportement et de mettre ta vie en péril » (22.24-25). « L’homme prompt à la colère provoque des querelles, et celui qui s’emporte facilement commet beaucoup de péchés » (29.22). C’est pourquoi le responsable a bien besoin de la dernière composante du fruit de l’Esprit : la maîtrise de soi.

Questions : Si je demandais à mon conjoint ou à mes enfants de faire la liste de mes qualités dont il a été question plus haut, y feraient-ils figurer la douceur ? Qu’est-ce qui m’incite le plus souvent à « sortir de mes gonds » ? Comment pourrais-je y résister la prochaine fois ?

9. La maîtrise de soi

« Mieux vaut savoir se dominer que de conquérir des villes » (Proverbes 16.32). « Celui qui garde son sang-froid est intelligent » (17.27). « L’homme avisé sait ravaler un affront » (12.16). « Celui qui ne sait pas se dominer est comme une ville démantelée qui n’a plus de remparts » (25.28). « La raison de l’homme lui fait maîtriser sa colère, et sa gloire, c’est de passer par-dessus l’offense » (19.11) : des versets à méditer par tout responsable.

Être maître de soi, c’est savoir se discipliner. Les mots disciple et discipline dérivent de la même racine. « Un leader, dit Oswald Sanders, c’est quelqu’un qui s’est d’abord volontairement soumis et qui a appris à obéir à une discipline imposée du dehors, mais qui, par la suite, s’impose à lui-même, de l’intérieur, une discipline bien plus rigoureuse. Ceux qui se rebellent contre l’autorité et qui se moquent de l’autodiscipline se qualifient rarement pour un leadership d’un ordre supérieur. Ils renâclent devant les rigueurs et les sacrifices qu’il exige et rejettent les disciplines divines qu’il implique. » Et l’ancien directeur général d’une mission ajoute : « Beaucoup de ceux qui quittent un travail missionnaire le font, non parce qu’ils ne sont pas suffisamment qualifiés, mais parce qu’il y a de vastes aires de leurs vies qui n’ont jamais été soumises au contrôle du Saint-Esprit » (O. Sanders, 72 p. 44).

La maîtrise de soi implique aussi la maîtrise de ses paroles. « On ne peut confier des responsabilités dans l’œuvre du Seigneur à des personnes qui ne sont pas capables de tenir leur langue en bride, dit W. Nee. Comment pouvez-vous ne pas trahir un secret si vous n’avez pas appris à maîtriser votre langue ? En réalité, plus nous nous efforçons de veiller sur nos paroles, plus nous nous rendons compte de la difficulté d’être exacts dans tout ce que nous disons. Le contrôle de soi doit être pratiqué jusqu’à ce qu’il devienne une seconde nature en nous. » (75 pp. 50-52).

Si Galates 5.25 nous présente cette maîtrise de soi comme une résultante de l’action de l’Esprit en nous, 2 Pierre 1.6 nous dit de faire tous nos efforts pour joindre à notre foi la maîtrise de soi. Elle est donc, comme beaucoup d’autres vertus spirituelles, à la fois don et conquête. « Un homme intelligent maîtrise sa colère ». Moïse n’a pas toujours su garder la maîtrise de lui-même en face de l’incrédulité et des récriminations du peuple d’Israël. « La foule rebelle qui avait éprouvé sa patience tant de fois dans le passé maugréait à cause du manque d’eau. Pris de colère, Moïse désobéit à Dieu.Au lieu de parler simplement au rocher qui devait leur donner de l’eau, comme Dieu le lui avait demandé, il le frappa. Ce jour-là, Moïse frappa le rocher avec la même colère que le jour où il tua l’Égyptien. La colère est souvent la manifestation d’un sentiment d’incompétence » (K. Prior, 93 p. 27).

La maîtrise de soi implique de plus la maîtrise de son corps, à laquelle W. Nee consacre tout un chapitre. « Frères et sœurs, dit-il, si vous n’êtes pas encore devenus maîtres de votre corps, il vaudrait mieux marquer un temps d’arrêt dans votre service et vous efforcer d’acquérir cette maîtrise avant d’essayer d’exercer une autorité dans un domaine plus important… Si d’ordinaire, dans la vie quotidienne, le corps d’un serviteur de Dieu n’a jamais été appelé à connaître son maître, comment pourrait-on s’attendre à ce qu’il réponde aux demandes extraordinaires auxquelles il devra parfois faire face pour la cause de l’œuvre ? Ce n’est que si vous affirmez avec fermeté votre autorité qu’il vous obéira au moment voulu. S’il a acquis l’habitude d’obéir dans la vie de chaque jour, vous pourrez compter sur sa fidélité dans des circonstances qui demanderont un effort exceptionnel » (pp. 69-70). W. Nee évoque la maîtrise de notre besoin de sommeil, du manger et du boire, du confort et du désir sexuel. « Nous devons apprendre à dire ‘non’ aux exigences de notre corps pour les intérêts du Seigneur et renforcer notre ‘non’ par des mesures suffisamment énergiques qui prouveront que les rênes sont entre nos mains. Le Seigneur est le Créateur du corps et il l’a créé avec certains besoins qui sont parfaitement légitimes ; mais il l’a créé pour qu’il soit notre serviteur et non pas notre maître, et nous ne pouvons pas glorifier Dieu tant que ce point ne sera pas acquis » (pp. 75-76).

Question : Dans quel domaine ai-je à développer la maîtrise de moi-même (1 Corinthiens 9.27 ; Jacques 3.5 ; Ephésiens 5.16) ?

La marche selon l’Esprit

Parmi la liste des qualifications pour le ministère de responsable ou d’assistant (1 Timothée 3 et Tite 1), nous trouvons 6 conditions formulées de manière négative, 6 formulées de manière positive, 5 qui se rapportent aux relations avec les autres, 3 qui concernent sa vie familiale et une qui les résume toutes. Certaines de ces qualifications se recoupent avec celles que nous avons examinées dans le chapitre 2 ou au début de ce chapitre. Nous nous contenterons de les énumérer pour donner le tableau complet de ce que Paul attend d’un responsable et de renvoyer à ce qui a été dit plus haut.

Ce qu’un responsable ne doit pas être

1. Pas adonné au vin (aux excès de vin).

Le danger pour le responsable venait du fait qu’en faisant des visites aux membres de l’Église, il pouvait se voir offrir souvent du vin. En acceptant, non seulement, il pouvait y prendre goût, mais encore il encourageait les chrétiens faibles sur ce plan à boire. On pourrait étendre cette condition à d’autres excès (manger, tabac, café. ) c.-à-d. à tout ce qui asservit et ne laisse pas libre pour le service. Paul a fixé les règles pour tous ces adiaphora : « Tout est permis, mais tout n’est pas utile, tout n’aide pas à grandir dans la foi, je ne me laisserai asservir par quoi que ce soit » (1 Corinthiens 6.12 ; 10.23) et « il est bon de s’abstenir de tout ce qui peut entraîner la chute de ton frère » (Romains 14.21).

2. Ami de l’argent (aphylarguros)

Jésus a dit : « Si quelqu’un est fidèle dans les petites choses, on peut aussi lui faire confiance pour ce qui est important » (Luc 16.10). Quelles sont les « petites choses » dans Luc 16 ? Jésus le précise immédiatement : « Si vous n’avez pas été fidèles dans la gestion des richesses injustes, qui vous confiera les richesses véritables ? » (v. 11). Dans son livre Le vrai serviteur de Dieu, W. Nee consacre 20 pages à « Fidèle dans les questions d’argent ». Il rap- pelle l’histoire de Balaam (Nombres 22.1-35) qui « était incontestablement un prophète, mais il permit à l’influence subtile de l’argent d’affecter son ministère et de le conduire dans des voies d’égarement. Le serviteur du Seigneur qui n’a pas tranché la question de l’argent tombera forcément sous l’empire de Mammon… Balaam dissimula habilement sa séparation intérieure d’avec Dieu sous une prétendue recherche de la volonté de Dieu (Nombres 22.8) » (75 pp. 87, 89). Jude, en parlant des faux prophètes, dit qu’ils « sont tombés par amour du gain dans l’égarement de Balaam » (v. 11).

L’apôtre Paul a donné l’exemple du parfait désintéressement. Après avoir posé le principe général : « Le Seigneur a ordonné que ceux qui annoncent la Bonne Nouvelle vivent de cette annonce de la Bonne Nouvelle », il dit qu’il a renoncé à ce droit : « Mais moi, je n’ai fait valoir aucun de ces droits… En quoi consiste mon salaire ? Dans la satisfaction de pouvoir annoncer gratuitement la Bonne Nouvelle que je proclame en renonçant volontairement aux droits que me confère ma qualité de prédicateur de la Bonne Nouvelle » (1 Corinthiens 9.14-15, 18).

Les responsables ont souvent à gérer des sommes importantes, ils doivent donc être d’une honnêteté à toute épreuve et parfaitement désintéressés. Dans ses conseils aux anciens, l’apôtre Pierre insiste aussi sur le désintéressement nécessaire à un conducteur : « Veillez sur le troupeau que Dieu vous a confié, non par devoir, mais de plein gré. Faites-le non pour un profit matériel, mais par dévouement » (1 Pierre 5.2). Segond traduit : « non pour un gain sordide », d’autres mettent même : « un gain honteux ». Sans doute que « Pierre n’avait pas oublié le pouvoir corrupteur de la convoitise sur son compagnon Judas et il voulait que ses collègues anciens soient entièrement libres de l’avarice. Dans son service ou ses décisions, le leader n’est pas influencé par des considérations de gains financiers ou autres. Lorsque les gens voient qu’il est vraiment désintéressé, ses paroles auront plus de poids » (O. Sanders, 72 p. 40).

3. Pas coléreux (orgilos) c.-à-d. maître de lui-même.

4. Pas batailleur (plèktès).

Cela peut s’appliquer aussi aux controverses théologiques. Celui qui aime les joutes oratoires (ou épistolaires) pour combattre d’autres opinions et d’autres chrétiens négligera souvent son travail prioritaire. Notons qu’il ne faut pas confondre des opinions parfaitement légitimes dans le cadre de la foi chrétienne avec la « foi transmise une fois pour toutes » pour laquelle il faut combattre (Jude 3). « Le leader chrétien ne combat pas les autres lorsqu’ils errent, il essaie de se réconcilier avec ceux qui ont d’autres opinions que lui » (T. Engström, 81 p. 49).

5. Pas double (dilogos)

Nous l’avons déjà signalé plus haut.

6. Pas égocentrique (authadè)

Un homme centré sur lui-même, cherchant son propre épanouissement personnel dans le service n’aura pas la disponibilité nécessaire pour porter les fardeaux des autres et se donner tout entier à sa tâche (cf. 1 Corinthiens 13.5 ; Philippiens 2.4). 1 Pierre 5.2-3 ajoute : pas autoritaire, ou : dominateur.

Ce que le responsable doit être

1. Sérieux (semnos)

Le mot semnos comporte l’idée de dignité, inspirant le respect, « recommandable à tous égards » (2 Corinthiens 6.4).

2. Sobre (néphalios)

Néphalios signifie littéralement : pas mélangé au vin, mais implique certainement davantage (puisque Paul précise dans le même texte que le responsable ne doit pas être adonné au vin). Le P. Spiq le définit comme « modéré par rapport à toute exaltation, toute ivresse de pensée ou d’imagination » et Thayer : « inaccessible à toute influence grisante », donc qui garde sa pensée lucide et son sang-froid en toute situation. Cette clarté de pensée est difficile à conserver en notre temps où tant d’influences s’exercent sur notre vie psychique. La faculté de penser lucidement peut aussi être obnubilée par l’image ou par les sons qui peuvent créer un état second comparable à l’ivresse alcoolique. On conçoit difficilement qu’un responsable puisse garder sa pensée claire en regardant un film chaque soir à la télé ou en écoutant du hard rock à longueur de journée.

Fait aussi partie de la sobriété intellectuelle la réserve dans l’évaluation des nouveaux courants de pensée et des nouveaux mouvements. Un enthousiasme passionné pour chaque nouveauté n’est pas un bon critère de stabilité pour un responsable. Il risque d’entraîner les autres dans un mouvement qui se révélera dangereux par la suite. 1 Thessaloniciens 5.8 fait le lien entre la sobriété et la foi, l’amour et l’espérance. Un responsable a besoin d’une foi sobre qui ne confond pas croire avec voir ou sentir, d’un amour sobre, non sentimental ou superficiel, et d’une espérance sobre qui ne confond pas le « déjà » avec le « pas encore ».

3. Modéré, pondéré (sophrôn)

Le mot sophrôn est, d’après Blaiklock, l’un des mots grecs les plus difficiles à traduire. Il exprime l’idéal grec de l’équilibre qui évite tous les extrêmes, équilibre de la pensée et de toutes les vertus : un courage aussi éloigné de la témérité que de la couardise, une pureté morale loin de l’impureté et de la pruderie, une piété ni rationaliste ni mystique. Celui qui est sophrôn est prudent, il ne se hâte pas dans ses jugements, il a un esprit sain. « Le mot sophrôn implique un esprit sain, discret, chaste, le contrôle sur les désirs sensuels. Aux temps bibliques, celui qui possédait cette qualité était considéré comme étant maître de soi. Spirituellement, dans une personne de cette sorte, le Christ règne souverainement » (T. Engström, 81 p. 48). Dans Romains 12.3, l’ambition que l’apôtre présente à tout croyant est qu’il se forme un jugement équilibré et juste sur lui-même, aussi bien positif que négatif : « Ne surestimez pas vos capacités, n’aspirezpas à ce qui dépasse vos possibilités ou qui déborde votre vocation. Acceptez vos limites, celles que vous tracent les dons particuliers qui vous ont été départis en vertu de votre foi » (Parole vivante).

Pour le choix des diacres dans Actes 6, les apôtres avaient posé comme condition qu’ils soient aussi « pleins de sagesse ». La sagesse, telle qu’elle est décrite dans les livres sapientiaux de l’Ancien Testament, implique cette sobriété, cette modération et cet équilibre.1

1 Voir L’art de vivre selon Dieu (Ed. Emmaüs) pp. 27-35.

4. Ami du bien (philagathon)

Peut aussi se traduire par : ami des gens qui sont bons (« Qui se ressemble s’assemble »). Le bien, c’est ce qui est utile, salutaire, agréable.

5. Juste (dikaiôn)

Il s’agit ici, non de la justice devant Dieu, mais d’une justice pratique, qui donne à chacun ce qui lui revient. On peut aussi y voir quelqu’un qui a des jugements justes, qui n’est pas partial, ne favorisant pas certains : un responsable ne doit pas faire « acception de personnes ».

6. Maître de soi (egkratès)

Nous retrouvons dans la liste des qualifications du responsable ce 9e aspect du fruit de l’Esprit.

Ce qu’il doit être dans ses relations avec les autres

A côté des qualifications spirituelles et morales personnelles, le responsable doit aussi posséder un certain nombre de qualités apparaissant dans ses relations avec les autres. Il doit être :

1. Conciliant (épieikès)

Il doit savoir céder lorsque des questions personnelles ou secondaires seules sont en jeu, redresser « avec douceur » les contradicteurs (2 Timothée 2.24-25).

2. Pacifique (amachos)

Le terme apparaît dans les deux listes de Timothée et de Tite ainsi que dans Tite 3.1-2. « Heureux les artisans de paix », disait Jésus (Matthieu 5.9) et Paul précise : « Autant qu’il dépend vous, soyez en paix avec tous les hommes » (Romains 12.18) et « Recherchez ce qui contribue à la paix et à l’édification » (Romains 14.19). « Il n’est pas convenable qu’un serviteur de Dieu ait des querelles (il s’agit de querelles théologiques dans le contexte). Qu’il se montre au contraire aimable envers tout le monde, capable… de supporter les contrariétés » (2 Timothée 2.24). « Si vous êtes animés d’un esprit querelleur, dit Jacques, il n’y a vraiment pas lieu de vous vanter ; ce serait un défi à la vérité » (Jacques 3.14).

3. Sociable (kosmios)

Ce mot a aussi été traduit de façon très variée : modeste, réglé dans sa conduite, respectable, honorable, menant une vie réglée, convenable. Paul l’utilise pour la manière dont une femme doit s’habiller : de manière convenable (1 Timothée 2.9), « avec discrétion et simplicité », c.-à-d. ni négligée ni attirant l’attention sur elle. Jésus utilise le verbe kosmeô pour une maison propre et bien décorée (Matthieu 12.44), pour le beau Temple (Luc 21.5). Gene Getz dit que l’épithète se rapporte à quelqu’un qui vit de manière à honorer l’enseignement de la Bible (Tite 2.9-10 utilise le même mot pour le style de vie, de travail et d’habillement du chrétien) (G. Getz p. 43). Le mot kosmios est de la même famille que kosmos. Le kosmos était le monde ordonné qui est sorti du chaos après l’intervention créatrice de Dieu. « Une vie bien ordonnée est la résultante d’un esprit bien ordonné. La vie d’un leader devrait être ordonnée de manière à refléter la beauté et l’ordre de Dieu » (O. Sanders, 72 p. 31). Kosmios se rapporte à ce qui se voit du dehors : une vie honnête et bien ordonnée. La vie du responsable chrétien « est ainsi parce qu’il est sophôn dans sa vie intérieure » (T. Engström, 81 p.48). Dieu est un Dieu d’ordre ; cela doit se voir dans ses enfants (cf. 1 Corinthiens 10.31-33 : faire tout pour la gloire de Dieu).

Être sociable ne signifie pas « être approuvé par tout le monde » (« Malheur à vous si tous les hommes disent du bien de vous » disait Jésus) – même pas : être approuvé par tous les chrétiens. Un chef doit souvent prendre des décisions impopulaires et savoir endosser la critique, même de la part de ceux qui lui sont les plus proches. « Le lot des leaders, c’est d’être solitaires, dit O. Sanders. Cela vous fend souvent le cœur de prendre des décisions ayant d’importantes conséquences qui affecteront les vies de collaborateurs que l’on aime. Etre mal compris et critiqué par eux, se voir accusé d’agir mû par de mauvais motifs. C’est le sort qu’a connu l’apôtre Paul : ‘Tu sais, écrit-il à Timothée, que tous ceux de la province d’Asie m’ont abandonné’ (2 Timothée 1.15). Le leader doit être un homme qui, bien qu’il accueille toujours volontiers l’amitié et le soutien des autres, a suffisamment de ressources en lui-même pour pouvoir tenir seul, dans l’exercice de ses responsabilités, même en face d’une terrible opposition » (72 pp. 107-108).

4. Il doit recevoir un bon témoignage des non-chrétiens

Au début de l’histoire de l’Église, les chrétiens « obtenaient la faveur de tout le peuple » (Actes 2.47). Cet état n’a pas duré, mais on n’a jamais pu leur reprocher des manquements à la loi civile ou morale. Les diacres d’Actes 6 devaient être « des hommes réputés dignes de confiance » (v. 3). Pierre demande aux chrétiens : « Ayez au milieu des païens une bonne conduite. Ainsi, dans les domaines même où ils vous calomnient en vous accusant de faire le mal, ils verront vos bonnes actions et loueront Dieu le jour où il interviendra dans leur vie » (1 Pierre 2.12). « Dieu veut qu’en faisant le bien vous réduisiez au silence toutes les calomnies portées contre vous par les insensés, les ignorants » (v. 15). Mais « qu’aucun de vous n’ait à endurer une punition parce qu’il aurait tué, volé ou commis quelque autre méfait, ou encore parce qu’il se serait mêlé des affaires d’autrui » (4.15). L’apôtre Paul donne des conseils allant dans le même sens (1 Corinthiens 10.32-33 ; Colossiens 4.5-6 ; 1 Thessaloniciens 4.11-12). Il n’est pas conseillé de confier une responsabilité dans l’Église à quelqu’un qui a fait l’objet d’un scandale public. Il a pu s’en repentir devant Dieu et devant l’Église et être pardonné par les deux, mais le monde extérieur n’a pas les mêmes normes; pour lui, « Qui a bu, boira » et qui a été malhonnête dans une affaire le sera aussi dans une autre. La réputation d’une Église et celle de ses membres sont liées.

5. Il doit être hospitalier

Au 1er siècle, les lieux servant d’hôtels étaient des endroits malfamés. Les chrétiens qui voyageaient étaient donc dépendants des croyants sur place pour être accueillis, et le dirigeant devait donner l’exemple de l’hospitalité.

Ce qu’il doit être dans sa famille

Les listes de 1 Timothée et Tite posent trois conditions relatives à la vie de famille du responsable. Il doit être « mari d’une seule femme », bien diriger sa maison, bien éduquer ses enfants et les tenir dans la soumission.

1. Mari d’une seule femme

Cette condition a été très diversement interprétée.

a) Il doit être marié ;

b) marié une seule fois (mais Romains 7.3 et 1 Corinthiens 7.39 montrent que le remariage après le décès du conjoint est parfaitement légitime).

c) Pas polygame. (Cela est certainement compris dans cet ordre, mais ce n’était sans doute pas le sens que Paul donnait à cette expression car, au 1er siècle, la question de la polygamie était légalement réglée).

d) Pas divorcé et remarié (un cas de plus en plus fréquent aujourd’hui où il est difficile de légiférer sans considérer la situation exacte de ceux qui sont concernés. On peut tout au plus dire qu’il n’est pas conseillé de confier des responsabilités publiques à quelqu’un qui a divorcé en étant déjà chrétien, pour ne pas donner à ceux qui sont tentés par le divorce un alibi trop facile).

e) Mari fidèle (extérieurement et intérieurement). C’est le sens que l’on a trouvé de cette expression sur des épitaphes tombales de l’époque, et celui vers lequel penchent la plupart des commentateurs.

Pour atteindre l’idéal présenté par la Parole de Dieu pour la vie domestique, « un homme doit avoir une femme qui partage pleinement ses aspirations spirituelles et qui est prête à faire les sacrifices nécessaires. Beaucoup d’hommes doués ont été perdus pour une fonction importante et une efficience spirituelle parce que la femme qu’ils avaient choisie ne convenait pas pour cet office » (O. Sanders, 72 p. 35).

La vie de famille du leader est un point névralgique de son ministère. Bien des conducteurs ont dû renoncer à leur travail à cause de tensions dans leur couple. Si la femme n’a pas accepté l’engagement de son mari et ne le soutient pas de ses prières et de son aide, il lui sera très difficile de faire face à toutes les obligations et toutes les pressions de son ministère.

Sous le titre « Les tensions dans le mariage », Kenneth Prior considère cette difficulté à la lumière de l’expérience d’Osée. Ce qui a permis à Osée de tenir bon malgré sa situation conjugale catastrophique, ce fut premièrement parce qu’il considéra le choix de son épouse comme placé sous la souveraineté de Dieu. Il est vrai qu’il avait reçu clairement un ordre divin à ce sujet : « Va, épouse une femme qui pratique la prostitution sacrée ». Beaucoup de conducteurs spirituels ne peuvent pas se prévaloir d’une telle directive pour le choix de leur épouse et, s’ils sont honnêtes, ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes et à leur passion incontrôlée par l’Esprit, d’avoir fixé leur choix sur une personne physiquement attirante, certes, mais qui ne promettait guère d’être une aide efficace dans le service de Dieu. D’autres se sont mariés alors qu’ils vivaient encore loin de Dieu et ont choisi leur compagne selon les normes qui les gouvernaient alors. Quoi qu’il en soit, le mariage est fait, et il est à maintenir coûte que coûte. C’est la première priorité, car une séparation ne créerait certainement pas des circonstances plus favorables au ministère. Considérer le choix — quel qu’en aient été les motifs déterminants — comme étant placé sous la souveraineté de Dieu aide à tirer le meilleur parti de la situation difficile dans laquelle on se trouve.

« La question qu’il faut alors affronter est celle-ci : Pourquoi Dieu permet-il ce genre de choses ? C’est sûrement pour nous façonner en vue du ministère qu’il nous destine. Tout chrétien qui passe par des moments difficiles doit se poser cette question : ‘Comment faire pour que cet événement tourne à la gloire de Dieu ? Qu’est-ce que Dieu m’enseigne à travers lui ?’ Et un responsable doit ajouter cette autre question : ‘Comment cela peut-il approfondir mon service pour Dieu ?’ » (K. Prior, 93 p. 86). Les difficultés dans notre propre foyer, avec ceux que nous aimons le plus, nous rendent beaucoup plus sensibles aux problèmes de ceux dont nous avons la responsabilité spirituelle.

La deuxième réponse possible à une telle situation est l’amour et la miséricorde dont nous bénéficions nous-mêmes auprès de Dieu. C’était la réponse de Dieu à l’infidélité du peuple d’Israël au temps d’Osée : celui qu’il avait d’abord appelé « Plus mon peuple », il le nomme : « Fils du Dieu vivant » — par pure grâce. C’était aussi sa réponse à l’infidélité de toute l’humanité enfoncée dans le péché : par pure grâce, il l’a sauvée en donnant son Fils pour racheter ceux qui s’étaient rebellés contre lui. Nous avons à manifester un peu de cet amour et de cette miséricorde envers ceux qui nous rendent la vie difficile ; et nous verrons peut-être aussi les miracles que cette attitude peut produire en eux.

2. Dirigeant bien sa maison

Dans son propre foyer, le responsable doit avoir donné la preuve qu’il sait gérer convenablement un ensemble de personnes. Souvenons-nous que la « maison » antique comprenait, outre la famille, un certain nombre d’esclaves et de serviteurs dont l’administration exigeait des qualités évidentes de direction.2

2 Voir Ministères dans l’Eglise p. 80.

Beaucoup de responsables chrétiens abandonnent leur ministère à cause de problèmes domestiques dans les relations avec leur conjoint ou leurs enfants. « A-t-on jamais fait une statistique, demande K. Gangel, du nombre d’hommes qui ont à quitter leur ministère à cause de déficiences dans leurs relations familiales ? Avoir une femme qui encourage et qui soutient son mari (dans son ministère) est un facteur crucial dans le choix et dans la formation de responsables. Dans une enquête faite par une revue de management d’entreprise, on a essayé de faire une liste des facteurs négatifs qui, chez une femme de responsable, ont été causes de mauvais rendements ou même d’un abandon de la carrière de son mari : penchant à la boisson, instinct de domination, mauvaise information, développement mental insuffisant par rapport à son mari, ressentiments à l’égard de l’entreprise de ce qu’elle lui prenne son mari ou l’oublie elle-même, un intérêt trop marqué pour sa propre carrière ou ses activités personnelles, sociales ou professionnelles, au détriment de celles de son mari. K. Gangel qui cite cette enquête ajoute : « A l’exception du premier de ces facteurs — du moins nous l’espérons — tous les autres peuvent aussi constituer un problème pour le responsable chrétien » (76 p. 132).

3. Eduquant bien ses enfants et les tenant dans la soumission

L’éducation des enfants est aussi un test d’aptitude à la direction d’une Église. Trouver la via aurea entre la non-directivité (Dr Spock ou les « libres enfants de Summerhill ») et la sévérité excessive qui « irrite et décourage » les enfants (Colossiens 3.21) n’est pas évident en notre temps. Celui qui manque de sagesse ou d’autorité dans son propre foyer fera rarement un bon responsable. Faut-il que ses enfants soient tous convertis ? 1. La Parole de Dieu ne l’exige pas ; le mot pista signifie aussi bien fidèle que croyant. Le contexte de 1 Timothée 3.4 fait pencher vers le premier sens puisqu’il est précisé qu’ils ne doivent être « ni accusés de débauche ni rebelles (ou indisciplinés) ». Des enfants peuvent parfaitement répondre à ces conditions sans avoir — encore — accepté personnellement Jésus-Christ comme Sauveur et Seigneur. 2. L’exemple de parents fidèles et justes a, certes, un grand pouvoir sur les enfants, mais ne garantit nullement leur conversion. Chacun d’eux reste libre devant Dieu et devant les tentations. On connaît, hélas, bien des enfants de parents chrétiens irréprochables qui ont « mal tourné ». Cependant, tant que les enfants sont mineurs et logent sous le toit paternel, il est important que le père garde l’autorité sur eux.3

3 Pour la question : « Un responsable doit-il démissionner si un ou plusieurs de ses enfants restent inconvertis ou se conduisent mal ? », voir Ministères dans l’Église pp.107-109.

« Pour Paul, les devoirs des responsables ne se limitent pas à leurs devoirs envers l’Église. Il considère aussi les autres domaines. S’ils n’ont pas réussi là, dit-il, il y a de fortes chances pour qu’ils ne réussissent pas non plus dans l’Église. Les premiers devoirs d’un ancien concernent son foyer : un homme qui n’a pas su instruire correctement les siens, pense Paul, ne sera pas non plus capable d’enseigner l’Église. Le second domaine se rapporte à la responsabilité du dirigeant dans le monde : il doit « jouir d’une bonne réputation parmi ceux qui ne font pas partie de la famille de Dieu » (1 Timothée 3.7). Il doit être respecté dans sa vie de tous les jours au-delà des quatre murs de l’Église. C’est là le test réel. Peu de choses ont causé plus de tort à l’Église au cours de son histoire que des dirigeants qui ont manqué à leurs obligations sociales » (T. Engström, 81 p. 47).

En résumé: irréprochable

Le mot anegklètos résume l’ensemble de ces qualités. Il se trouve soit au début soit à la fin des listes de conditions posées aux responsables et à leurs assistants. Ce mot ne doit pas être pris dans son sens absolu d’irréprochable devant Dieu — car alors, on ne nommera jamais de responsable. Il signifie plutôt que, sur les différents point énumérés, on n’ait pas de reproche positif à faire au candidat-responsable. Il est mis en relation avec le stage probatoire auquel on soumettait les diacres («&nsbsp;qu’on les éprouve d’abord ») ainsi que les dirigeants (« eux aussi »). S’il s’est avéré qu’un chrétien manque d’honnêteté foncière ou de droiture, qu’il a un penchant pour la boisson ou l’argent, si sa situation familiale n’est pas limpide, il n’est pas question de le choisir comme responsable.

« Il est intéressant, note K. Gangel à la fin de sa revue des différentes qualifications exigées d’un leader dans le monde des affaires, que les com- posantes bibliques (d’un responsable) sont aussi les éléments d’un style de leadership tels qu’ils ressortent de la littérature psycho-sociale émanant des milieux professionnels du management » (76 p. 134).

Qualifications « professionnelles »

Pour chacun des dirigeants d’une Église (« évêques »), l’apôtre Paul indique trois qualifications propres à son ministère : il doit être capable d’enseigner, d’exhorter et de réfuter les contradicteurs. Ces trois conditions impliquent, de nos jours, une formation acquise soit personnellement (avec des livres et les différents moyens actuels) soit dans une institution spécialisée.4

4 Voir Ministères dans l’Église pp.103-104 et A. Kuen Se former.

John Mott appliquait les critères suivants lorsqu’il voulait sélectionner des chefs pour ses mouvements d’étudiants : 1. Fait-il bien les petites choses ? 2. A-t-il appris le sens des priorités ? 3. Comment occupe-t-il ses loisirs ? 4. Est-il intensément occupé de ce qu’il fait ? 5. A-t-il appris à tirer partie des petits moments ? 6. A-t-il la capacité de croître ? 7. Comment fait-il face aux découragements ? 8. Comment aborde-t-il les situations impossibles ? 9. Quels sont ses points les plus faibles ?5

5 B. Matthews John R. Mott p. 346.

Oswald Sanders consacre tout un chapitre de Spiritual Leadership aux critères que peut s’appliquer celui qui « aspire » à devenir un leader :

« Avez-vous rompu avec une mauvaise habitude ? Pour conduire d’autres, il faut être maître de soi.

Savez-vous vous dominer quand les choses vont mal ? Le chef qui perd le contrôle de lui-même dans des circonstances difficiles perd à la fois le respect des autres et son influence sur eux. Il doit rester calme dans les crises et avoir du ressort dans l’adversité et les déceptions.

Savez-vous penser de manière indépendante ? Alors qu’il utilise pleinement la pensée d’autrui, le chef ne peut pas se permettre de laisser les autres réfléchir à sa place ou prendre des décisions pour lui.

Pouvez-vous manier objectivement les critiques qui vous sont faites et rester inflexible devant elles ? Les changez-vous en bien ? L’homme humble peut tirer un profit de critiques mesquines ou même malveillantes.

Savez-vous utiliser les déceptions de manière créative ?

Vous assurez-vous facilement la coopération des autres et gagnez-vous leur respect et leur confiance ?

Possédez-vous la capacité d’assurer la discipline sans recourir à des démonstrations d’autorité ? Le vrai leadership est une qualité interne de l’es- prit et n’a pas besoin de démonstrations extérieures de force.

Faites-vous partie des « artisans de paix » ? Une fonction importante d’un chef est la conciliation, c.-à-d. la capacité de découvrir un terrain commun entre des points de vue opposés et d’amener les deux parties à l’accepter.

Vous confie-t-on des situations difficiles et délicates ?

Savez-vous amener des gens à faire volontiers certaines choses que, normalement, ils ne souhaiteraient pas faire ?

Êtes-vous capable d’accepter que les autres s’opposent à votre point de vue ou à votre décision sans le considérer comme un affront personnel et de réagir ainsi ? Des chefs doivent s’attendre à de l’opposition sans être offensés par elle.

Trouvez-vous facile de vous faire des amis et de les garder ? Le cercle de vos amis loyaux est un indice de la qualité et de l’étendue de votre leadership.

Êtes-vous indûment dépendant des éloges ou de l’approbation des autres ? Êtes-vous capable de maintenir votre direction face à la désapprobation ou même si d’autres perdent temporairement leur confiance en vous ?

Êtes-vous à l’aise en présence de vos supérieurs ou d’étrangers ?

Vos subordonnés sont-ils à l’aise en votre présence ? Un chef devrait donner l’impression d’une compréhension et d’une amitié pleines de sympathie qui mettent les autres à l’aise.

Êtes-vous réellement intéressé par autrui ? Par des gens de tous genres et de toutes races ? Ou bien entretenez-vous des ‘considérations de personnes’ ? Nourrissez-vous un racisme secret ? Un être asocial ne fera pas un bon chef.

Avez-vous du tact ? Savez-vous anticiper l’effet possible d’une déclaration avant de la faire ?

Possédez-vous une volonté forte et ferme ? Si un chef est vacillant, il ne gardera pas longtemps sa place.

Nourrissez-vous des ressentiments ou pardonnez-vous aisément les torts qui vous sont faits ?

Êtes-vous raisonnablement optimiste ? Le pessimisme n’est pas un avantage pour un leader.

Êtes-vous pris d’une passion maîtresse analogue à celle de Paul qui disait : « Je fais une chose ». Une telle motivation unique concentre toutes les énergies et les facultés d’une personne sur l’objectif choisi.

Aimez-vous les responsabilités ? » (72 pp. 27-28).

Beaucoup de ces qualifications sont ce que nous pourrions appeler des « qualifications humaines », qu’un chef chrétien doit partager avec tous ses frères et sœurs humains qui aspirent à une position de leader. Ces qualifications sont nombreuses et importantes. C’est pourquoi nous leur consacrerons un chapitre spécial.

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