Nietzsche disait : « Celui qui a un but pour lequel il vit peut presque tout supporter » ; et celui qui reconnaît un sens à sa souffrance la porte avec plus de courage et peut même la transformer en bénédiction. Un médecin déclarait : « Certainement que le plus dur que l’on puisse attendre d’un homme, c’est non seulement de souffrir, mais encore de trouver un sens à sa souffrance, un sens qui soit plus élevé et plus positif parce qu’il ne peut être acquis qu’en luttant et en tenant ferme. Mais si le malade fait cela, des forces intérieures et de nouvelles possibilités de vie insoupçonnées croissent en lui et, fréquemment, ôtent à sa maladie son dard pénible originel et son visage destructeur. Il prendra alors conscience qu’être un malade incurable ne signifie pas être coupé de toute manifestation productive de la vie. Combien d’œuvres immortelles dans l’art, dans la musique ou la poésie, ont été créées par des hommes atteints d’une maladie incurable qui ont réalisé malgré elle la vocation de leur vie, parce qu’ils ne se sont pas livrés sans résistance à la maladie. Ainsi Dostoïevski, atteint d’épilepsie, n’a pas seulement écrit des romans parmi les plus significatifs, mais il a encore exercé sur son entourage une profonde influence sur le plan humain. Ou bien Beethoven, sourd et atteint de maladie chronique, a créé ses dernières et ses plus belles compositions » (Joachim Bodamer).8
8 8 Arzt u. Patient Freiburg, Herder (Herder Bücherei n° 113) p. 76s.
C’est l’expérience qu’a faite en notre temps un homme qui fut atteint, dans la fleur de l’âge, d’une paralysie irréversible. A 45 ans, il raconte : « En 1956, une grave polio myélite est tombée sur moi comme un coup de tonnerre d’un ciel bleu. J’avais alors 26 ans et je me trouvais à la fin de mes études. En tant que jeune homme, j’avais à assumer le fait que, ma vie durant, je serai toujours paralysé. J’ai dû enterrer beaucoup de projets, de désirs et d’attentes. Je ne savais pas comment ma vie continuerait. Je me retrouvais par terre et me sentais comme un arbre scié : détaché de la vie, abattu, plus bon à rien, un fardeau pour les autres.
« ‘Ma grâce te suffit’. Cette parole fut une révélation pour moi. Elle m’a donné la force pour une nouvelle vie. Par elle, mon existence a pris une nouvelle direction : il me fallait voir un sens à ma maladie et penser que Dieu m’avait conduit sur ce chemin.
« C’est la vocation d’un malade d’avoir du temps pour les autres – du temps d’horloge et du temps dans son cœur – et de les écouter. Parce que beaucoup sont faibles, nous devons être forts. Parce que personne n’a plus le temps, nous devons en trouver. Parce que beaucoup ne voient plus de sens à leur vie, nous sommes appelés à leur montrer, en vivant, que la vie a un sens.
« J’ai expérimenté des centaines de fois combien j’ai été enrichi par des personnes que j’ai essayé en toute simplicité de rencontrer avec bonté. Etre là pour d’autres : en 19 années d’existence, couché là, j’avais besoin d’apprendre cela d’une manière toute nouvelle et je veux le faire ma vie durant » (Cité H. Krömler, 76 p. 115-116).
Ce qui ôte à la souffrance son dard venimeux, c’est qu’«à la lumière de la souveraineté de Dieu et de sa compassion, même et surtout à l’heure où l’épreuve serait inexplicable, le chrétien reste assuré que cette souffrance n’est pas vaine et qu’elle s’inscrit dans un dessein qui n’est pas dénué de sens, même s’il échappe momentané ment à sa compréhension » (M. Ray, s.d. p. 53). Car il faut bien le reconnaître : « Les extrémités du mal doivent avoir un sens pour la foi chrétienne, mais il ne nous est pas toujours donné ici-bas de savoir lequel et de pouvoir l’expliquer » (M. Nédoncelle, Préface à C.S. Lewis, 50 p. 19).