L’archéologie confirme la Bible

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Jacob et Laban, les Hyksos, Joseph

Jacob et Laban

Pourquoi Rachel a-t-elle volé les téraphim de son père ?

Lorsque Laban s’est aperçu que son gendre était parti avec ses filles, son plus grand souci était la récupération de ses téraphim. Pourquoi ? Une tablette de Nuzi nous apprend que ces divinités domestiques étaient des sortes de certificat de propriété du chef de famille ; elles permettaient d’attester le droit à tout le domaine familial. Rachel n’avait pas oublié que son mari avait dû travailler gratuitement pendant sept ans pour l’obtenir comme femme. Comme elle savait que ses frères feraient valoir leurs droits sur l’héritage familial, elle a pris ces téraphim pour assurer l’héritage à Jacob. Selon la loi de Nuzi, il suffisait, à la mort de Laban, que Jacob se présente devant un juge avec un témoin et produise ces dieux domestiques pour que l’héritage lui soit attribué. A quoi cela lui servirait-il puisqu’il partait définitivement du pays de Laban ? Rachel devait se dire : Sait-on jamais ? Plus tard, Jacob et sa famille enterrèrent ces « dieux étrangers » sous un chêne près de Sichem (Genèse 35.4).

Laban avait-il raison d’accuser Jacob ?

Dans Genèse 31.38-39, Laban accuse Jacob d’avoir agi envers lui d’une manière contraire aux us et coutumes d’alors. Mais d’après les lois pastorales de la Mésopotamie, les bergers avaient le droit de prendre, dans les troupeaux qu’ils paissaient, ce dont ils avaient besoin pour leur nourriture. Si une bête se perdait sans que le berger soit en faute, il n’avait pas besoin de la restituer. Cette loi était aussi valable lorsqu’un mouton était dévoré par un lion ou frappé par la foudre. « A supposer que dans un troupeau un attouchement divin (foudre) ait eu lieu, ou qu’un lion ait assassiné, alors le berger devra prêter un serment de purification devant un dieu, et le propriétaire du troupeau ne doit pas lui compter le dommage intervenu » (Code d’Hammourabi § 267). Donc, dans ce cas précis, Jacob n’était pas en tort.

Les Hyksos

Les Hyksos formaient autrefois un groupe vivant dans l’Asie de l’ouest, ils arrivèrent à l’est du delta du Nil au cours de la seconde période intermédiaire.

Au 17e siècle av. J.-C. l’Egypte passait par un affaiblissement de son pouvoir par suite de divers troubles dans le pays. Elle devint la proie d’envahisseurs éventuels. Vers 1650 av. J-C., profitant de la faiblesse du pouvoir égyptien, les Hyksos s’emparent du Nord-Est du pays et choisissent comme capitale la ville d’Avaris qu’ils fortifient et arment solidement. De là, ils partent à la conquête de la moitié nord du pays (avec une arme inconnue des Egyptiens : le char tiré par des chevaux), sans rencontrer de grande résistance. Ils chassèrent les dirigeants de la 13e dynastie qui siégeaient à Memphis, et régnèrent sur la Basse et la Moyenne-Egypte durant près d’un siècle. Thèbes devint vassale des Hyksos qui formèrent la 15e et la 16e dynastie d’Egypte (entre -1674 et -1748) – pendant lesquelles se situe l’histoire de Joseph. Les Hyksos gouvernèrent le nord du pays pendant une centaine d’années. Les relations avec les pharaons de Thèbes furent généralement pacifiques. Elles changèrent du tout au tout avec l’arrivée sur le trône de Thèbes de Kamôsis, fils d’Antef VII, qui prit le pouvoir à Thèbes en 1555. A la tête d’une armée, il entreprend la reconquête de l’Egypte et reprend le contrôle de Memphis ainsi que celui des pistes caravanières qui assurent les communications entre le Nord et la Nubie. Mais il échoue devant Avaris. Avec sa mort s’éteint la 17e dynastie. Ahmosis, son successeur et frère, chassera les Hyksos hors d’Egypte et fondera la prestigieuse 18e dynastie.

« L’histoire de Joseph et de ses frères trouve à la cour d’Avaris, sous le gouvernement des rois Hyksos, son cadre exact » (Pierre Montet).

Comme les Hyksos étaient des sémites, ils ont accueilli favorablement la famille de Joseph. Les Hébreux (au sens large du mot) faisaient partie des Hyksos. Dans les listes des serviteurs des maisons égyptiennes de ce temps-là, beaucoup portent des noms sémites. Après l’expulsion des Hyksos, leurs successeurs firent disparaître toutes les traces qu’ils avaient laissées dans le pays. On comprend aussi que les Hébreux qui avaient bénéficié de leur faveur aient eu à subir les mauvais traitements des pharaons de la 18e dynastie et des Egyptiens de vieille souche. Comme, de plus, ils étaient des bergers, ils étaient considérés comme « abominables » (Genèse 43.32 ; 46.34) par eux.

Les vestiges que les Rois-Pasteurs ont laissés de leur occupation consistent en un système particulier de fortifications. Ils protégèrent leurs villes par un rempart en pente ou un glacis avec un fossé qui exposait les assaillants à la grêle des flèches des défenseurs. On a trouvé de semblables systèmes de fortification en Syrie et en Palestine du nord, ce qui prouve que les Hyksos ont pris et conquis la Palestine et la Syrie, ainsi que l’Egypte. C’est de la Syrie et de la Palestine qu’ils ont envahi l’Egypte, et de là qu’ils furent chassés les derniers.

Joseph

Joseph vendu en Egypte

D’après un papyrus acheté par un Américain (Wilbour), publié par sa fille en 1953 et daté de 1740 av. J.-C., c.-à-d. à peu près de l’époque où Joseph fut amené en Egypte, le marché d’esclaves sémitiques était florissant là-bas. Le papyrus dresse une liste de près de cent esclaves « asiatiques » originaires de la Palestine. Leurs noms rappellent des noms bibliques (Ménahem, Aser, Séphora). Le prix de Joseph (20 sicles : Genèse 37.28) correspond au prix moyen payé à l’époque. Par suite de l’inflation, ce prix est monté à 30-40 sicles au premier millénaire et jusqu’à 50 à 100 sicles à l’époque persane. Au temps d’Hammourabi, un sicle représentait plus que le salaire mensuel moyen.

« On connaît bien l’utilisation en Egypte d’esclaves asiatiques, attachés comme personnel aux fonctionnaires, surtout à la fin du Moyen-Empire (1850-1700 av. J.-C.) ; de même, les sémites pouvaient atteindre des postes élevés (et même le trône, avant l’époque Hyksos), comme ce fut le cas pour le chancelier Hur » (K.A. Kitchen Traces d’un monde p. 110).

L’histoire de Joseph

« L’histoire de Joseph concorde avec ce que nous savons de la XIIe dynastie et de celle des Hyksos. Les marchands madianites ou ismaélites (les deux termes sont utilisés dans la Bible) qui l’achetèrent étaient de ces marchands nombreux qui fréquentèrent l’Egypte pendant toute la première moitié du second millénaire avant Jésus-Christ. Les communes cananéennes de Shékém (Sichem) et Dothan qui apparaissent dans les voyages de Joseph (Genèse 38) sont également mentionnées dans d’autres sources. D’autre part, les fouilles effectuées sur ces deux sites ont révélé que ces localités étaient, durant le Bronze moyen, des cités florissantes et prospères. Shékèm est citée dans certains documents égyptiens des 19e et 18e siècles av. J.-C. Il faut noter aussi que dans une grande maison où l’on recense 79 domestiques, plus de moitié est composée d’Asiatiques aux noms sémites tels que Jacob, Issachar, Assèr (d’après un papyrus de 1740 av. J.-C.). Remarquons encore que la somme de 20 sicles contre laquelle Joseph fut échangé (Genèse 37.28) correspond exactement au prix de vente moyen d’un esclave au 18e siècle av. J.-C. Enfin l’on sait que si nombre d’Asiatiques n’étaient en Egypte que d’humbles domestiques, d’autres, dont Joseph, s’étaient hissés à de hautes fonctions » (Atlas du monde Biblique p. 36).

L’auteur de cet Atlas continue en citant le témoignage d’étrangers affamés venus chercher de la nourriture en Egypte (comme les frères de Joseph). On retrouve aussi dans la littérature égyptienne contemporaine des exemples de femmes tentatrices poussées par des désirs sexuels (Papyrus Westcar et d’Orbiney). Les échansons jouaient un grand rôle dans la cour égyptienne (comme celui qui était incarcéré dans la prison de Joseph).

Joseph fut au service de Potiphar, un nom courant en Egypte : Pa-di-pa-Ra = comblé par le dieu Ra. Lorsqu’il fut élevé à la dignité de vice-roi d’Egypte, il reçut les insignes de sa nouvelle fonction : une chaîne d’or (Genèse 41.42). On trouve cette cérémonie représentée dans des peintures et des bas-reliefs égyptiens. Il monta sur « le second char » (v. 43) – ce qui prouve que cela se passait sous les Hyksos, car ce sont eux qui ont importé les chars en Egypte. Leurs rois se servaient de voitures d’apparat – ce qui ne se faisait pas auparavant dans le pays. Joseph parcourut le pays (v. 46). A-t-il fait construire le canal d’irrigation long de 334 km qui amène l’eau du Nil à l’oasis de Fayoum ? Le fait est que ce canal s’appelle Bahr Yousouf, canal de Joseph.

Ce n’est que sous la domination des Hyksos qu’un « coureur de sable » (un bédouin) pouvait accéder à un tel poste. Parmi les noms des fonctionnaires d’alors, on trouve un certain nombre de noms sémitiques. Sur des scarabées de ce temps-là, on a même déchiffré de façon certaine le nom de «Jacob-her». L’égyptologue américain Henry Breasted écrit à ce sujet : « Il n’est pas impossible d’envisager qu’un chef des tribus de Joseph ait pris pour un temps le pouvoir durant ces périodes sombres pour la vallée du Nil. Un tel événement s’assortirait étonnamment avec l’infiltration des tribus israélites en Egypte qui, de toute façon, a dû se produire vers cette époque ».1

1 Cité par W. Keller La Bible arrachée aux sables p. 84.

Joseph put faire venir sa famille, car telle était la politique des Hyksos à l’époque.2 Des documents de la même époque attestent que des bédouins des pays environnants étaient autorisés à venir en Egypte pour s’y procurer de la nourriture (cf. Genèse 42-44). On a retrouvé un papyrus sur lequel un fonctionnaire du service de contrôle de la frontière fait le rapport suivant : « Nous avons autorisé le passage des tribus bédouines d’Edom par le fort de Menephta à Zeku vers les marais de la ville de Per-Atum… pour les garder en vie, eux et leurs troupeaux ». La ville de Per-Atum est la Pitom de la Bible dans le pays de Gochên qui devint plus tard l’une des places assignées aux Israélites pendant leur séjour forcé en Egypte (Exode 1.11).

2 Voir la reproduction d’une peinture représentant un groupe d’étrangers arrivant en Egypte dans A. Millard Trésors des temps bibliques et Des pierres qui parlent p. 58.

Dans Genèse 41.18, le pharaon rêve de sept vaches grasses, puis de sept vaches maigres. En Egypte, le taureau consacré à Osiris symbolisait le Nil. Il était toujours entouré de sept vaches. Peut-être que le pharaon avait vu dans un temple une représentation des sept vaches sacrées qui se sont représentées à lui dans son rêve la nuit suivante. La manière dont Joseph fut investi de l’autorité (en recevant l’anneau du pharaon et un collier autour du cou, promené sur un char après le pharaon) correspond aussi à l’investiture d’un vizir égyptien représentée sur un tableau du 13e siècle av. J.-C. Dans Genèse 41.42, le pharaon a donné son anneau-signe à Joseph. Il s’agissait sans doute d’un scarabée comme ceux qu’on a trouvés à Lakich.

Lorsque Joseph fut amené devant le pharaon pour interpréter le songe royal, il dit : « J’ai été enlevé du pays des Hébreux » (Genèse 40.15). Comment Canaan pouvait-il être appelé le pays des Hébreux ? Ce n’est pas du fait que Jacob et ses fils y résidaient. Cela fait supposer qu’il y avait d’autres Hébreux au pays de Canaan et que la race dominante n’était pas les Cananéens mais les Hébreux qui, comme les Arabes, étaient des Sémites.

Famine de 7 ans

En 1889, on découvrit en Egypte sur l’île de Sehel, au niveau de la première cataracte, un rocher portant une inscription de l’époque Ptolémaïque qui témoigne d’une famine sous le roi Djéser (le constructeur de la pyramide de Sakkara, de la 3e dynastie). Le pharaon se plaint que le Nil n’avait pas débordé et apporté son limon fertilisant pendant sept années. Les entrepôts de céréales étaient vides. Cette stèle montre que des famines d’une telle durée n’étaient pas exceptionnelles dans ce pays. D’autres mentions de famines sont rapportées sur des inscriptions (inventoriées par l’égyptologue Vandier).

Adoption des fils de Joseph par Jacob

Dans Genèse 48.5, Jacob adopte Ephraïm et Manassé, les fils de Joseph nés en Egypte, comme ses propres enfants. Cette déclaration de Jacob peut être comparée à une loi du Code d’Hammourabi (§ 170) : « Si, au cours de sa vie, un père a dit à des enfants qu’une esclave lui a engendrés : ‘Mes enfants’ (litt. : ‘mes fils’) et les a mis sur le même plan que les enfants de sa première épouse… (alors ces paroles auront force de loi) ». Ici, il ne s’agit pas d’un père reconnaissant des enfants nés d’une esclave, mais d’un grand-père reconnaissant ses petits-enfants comme s’ils étaient ses propres enfants. Ils seront donc des chefs de tribus comme les autres fils de Jacob.

Pourquoi Joseph a-t-il fait embaumer son père ?

On peut répondre que c’était la tradition en Egypte de faire momifier les personnages importants. Une autre raison était peut-être le fait que Joseph voulait que le corps de son père soit transporté en Canaan pour y être enterré. Or, le voyage serait long et, dans les conditions ordinaires, le corps n’aurait pas résisté à la putréfaction. La méthode de momification utilisée en Egypte permettait la conservation du corps pendant des siècles. En effet, on le vidait de tous les organes internes et on le traitait avec de la soude, de sorte qu’à la fin des « quarante jours » que durait le processus (Genèse 50.2-3), il ne restait que la peau et les os, ce qui permit à Joseph d’entreprendre le long voyage jusqu’à la caverne de Makpéla (50.4-13).

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