Baptisé et rempli de l’Esprit

Chapitre IV

Avez-vous reçu le Saint-Esprit quand vous avez cru ?

« Si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, il ne lui appartient pas. » (Rom. 8.9.)

UNE QUESTION IMPORTANTE

Deux opinions s’affrontent au sujet de la réception du Saint-Esprit : pour les uns, on le reçoit automatiquement au moment de la conversion ou nouvelle naissance : pour les autres, « on peut ne pas le recevoir quand on croit ».1

1 M. Harper : Une puissance pour le Corps de Christ (82), p. 4.

Beaucoup de chrétiens prétendent que la venue du Saint-Esprit ne saurait passer inaperçue. Il y a des « signes », disent-ils, qui nous permettent de savoir si nous l’avons reçu : vagues de joie et de paix, besoin de louer Dieu, plénitude intérieure qui déborde en un langage inhabituel… N’ayant expérimenté aucune de ces manifestations sensibles, bien des chrétiens sont perplexes et se demandent : Ai-je reçu le Saint-Esprit ?

Cette question est très importante. En effet, de la réception du Saint-Esprit dépend :

1. notre appartenance à Christ : « Si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, il ne lui appartient pas » (Ro. 8.9).

2. notre nouvelle naissance : « Si un homme ne naît d’eau et d’Esprit, il ne peut entrer dans le Royaume de Dieu… ce qui est né de l’Esprit est esprit » (Jn. 3.5-6 ; cf. Tite 3.5-6). « Nous vivons par l’Esprit » (Gal. 5.25).

3. notre assurance du salut : « Vous avez reçu un esprit d’adoption, par lequel nous crions Abba ! Père ! L’Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu » (Ro. 8.15-16 ; cf. Gal. 4.4-6).

4. notre connaissance de Dieu et de ses dons : « Personne ne connaît les choses de Dieu, si ce n’est l’Esprit de Dieu. Or nous, nous n’avons pas reçu l’esprit du monde, mais l’Esprit de Dieu afin que nous connaissions les choses que Dieu nous a données par sa grâce » (1 Co. 2.11-12). Or, la vie éternelle dépend de cette connaissance (Jn. 17. 3).

5. notre vie de prière et notre adoration : « L’Esprit nous aide dans notre faiblesse, car nous ne savons pas ce qu’il nous convient de demander dans nos prières. Mais l’Esprit lui-même intercède… » (Ro. 8.26). « Nous avons accès auprès du Père dans un même Esprit » (Eph. 2.18). « Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité » (Jn. 4.24). « Faisons par l’Esprit toutes sortes de prières et de supplications » (Ep. 6.18).

6. notre victoire sur le péché : « Si, par l’Esprit, vous faites mourir les actions du corps, vous vivrez » (Ro. 8.13).

7. notre marche chrétienne : « Tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu, sont fils de Dieu » (Ro. 8.14). « Si nous vivons par l’Esprit, marchons aussi selon l’Esprit » (Ga. 5.25). L’Esprit seul peut produire dans nos vies « le fruit de l’Esprit » (Gal. 5.22-23 ; Col. 1.8).

8. notre appartenance au Corps de Christ : « Nous avons tous, en effet, été baptisés dans un seul Esprit pour former un seul Corps » (1 Co. 12.13). « Il y a un seul corps et un seul Esprit » (Eph. 4.4).

9. l’efficacité de notre témoignage : « Lorsque le Saint-Esprit surviendra sur vous, vous recevrez une puissance et vous serez mes témoins » (Ac. 1.8).

10. notre résurrection future : « Si l’Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Christ d’entre les morts rendra aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous » (Ro. 8.11 ; cf. 2 Co. 1.22 ; 5.4-5).

Ainsi, tout ce qui constitue notre vie chrétienne est donc produit par le Saint-Esprit en nous. Si nous n’avons pas reçu cet Esprit, nous sommes dans la mort spirituelle, nous n’avons aucune relation vivante avec Dieu, aucune promesse pour l’avenir. Nous sommes « étrangers aux alliances de la promesse, sans espérance et sans Dieu dans le monde » (Eph. 2.12).

C’est pourquoi il est de la plus haute importance de savoir, avec certitude, si nous avons reçu le Saint-Esprit.

Seule la Parole de Dieu peut nous répondre.

QU’EST-CE QUE RECEVOIR LE SAINT-ESPRIT ?

1. Dans les évangiles et les Actes

Nous ne retiendrons pour l’instant, des écrits historiques, que trois versets :

1. Une remarque de l’apôtre Jean à propos d’une parole de Jésus : « Il dit cela de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui » (Jn. 7.39).

2. Une parole de Jésus : « Le Père vous donnera un autre Consolateur… l’Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir… mais il sera en vous » (Jn. 14.17). Le monde, dans le sens où Jésus l’emploie ici, est constitué par ceux qui ne croient pas en lui (v. Jn. 16.8 ; 17.6, 9, 14, 23, 25).

3. La promesse générale transmise par Pierre le jour de la Pentecôte à tous ses auditeurs : « Repentez-vous et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ pour le pardon de vos péchés et vous recevrez le don du Saint-Esprit » (Ac. 2.38).2

2 « Dans tous les passages importants sur l’Esprit dans les Actes (1.4 ; 2.33, 38 ; 8.20 ; 10.45), le Saint-Esprit est appelé promesse ou don. Il n’est jamais acquis ou obtenu, c’est toujours un présent » (Bruner (30), p. 157).

2. Dans les épîtres

Quels sont, dans les épîtres, les passages où le verbe recevoir (lambanô) est associé au Saint-Esprit ?

Ro. 8.15-16 : « Vous avez reçu un Esprit d’adoption par lequel nous crions : Abba, Père. L’Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. »

1 Cor. 2.12 : « Or nous, nous n’avons pas reçu l’esprit du monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu » — « nous », c’est « ceux qui ont été sanctifiés en Jésus-Christ, appelés à être saints, et tous ceux qui invoquent en quelque lieu que ce soit, le nom de notre Seigneur Jésus-Christ » (1.2), qui ont été « lavés, sanctifiés, justifiés au nom du Seigneur Jésus-Christ et par l’Esprit de notre Dieu » (6.11).

2 Cor. 11.4 : « Si vous recevez un autre esprit que celui que vous avez reçu. vous le supportez bien » (l’apôtre fait allusion au même fait que dans le passage précédent :: cette réception est commune à tous les Corinthiens).

Gal. 3.2 : «Est-ce par les œuvres de la loi que vous avez reçu l’Esprit ou par la prédication de la foi » ?

v. 14 : « Christ est devenu malédiction pour nous, afin que nous reçussions par la foi l’Esprit qui avait été promis. »

Ces passages sont les seuls de tout le Nouveau Testament (à part Jn. 20.22 ; Ac. 2.33 ; 8.15, 17, 19 ; 10.47 ; 19.2 qui se rapportent à des circonstances particulières que nous examinerons plus loin), qui parlent de recevoir le Saint-Esprit. Dans tous ces passages, la réception de l’Esprit est liée au fait de sortir du « monde », à la repentance et surtout à la foi, à l’adoption comme enfants de Dieu. Elle est le privilège de tous ceux qui ont été « lavés par le sang de Christ ».

3. Le don du Saint-Esprit

Dans d’autres passages, avec d’autres mots, les apôtres disent que « Dieu a donné le Saint-Esprit à ceux qui lui obéissent » (Ac. 5.32). Or, « c’est ici son commandement : que nous croyions au nom de son Fils Jésus-Christ et que nous nous aimions les uns les autres » (1 Jn. 3.23 ; cf. Jn. 6.29). Il s’agit de « l’obéissance de la foi » (Ro. 1.5).

L’apôtre Paul dit qu’« étant justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ » et que « l’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné » (Ro. 5.1, 5). « Parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils, lequel crie : Abba ! Père ! » (Gal. 4.6). « En lui, après avoir entendu la Parole de la vérité, l’Evangile de votre salut, en lui vous avez cru et vous avez été scellés du Saint-Esprit qui avait été promis » (Eph. 1.13 ; cf. Jn. 1.12). « Dieu vous a aussi donné son Saint-Esprit » (1 Th. 4.8 ; voir aussi Tite 3.6).

D’après toutes ces déclarations, nous recevons le Saint-Esprit dès que nous croyons en Jésus-Christ et que nous devenons enfants de Dieu. Il n’est pas possible d’appartenir à Christ sans avoir reçu son Esprit (Ro. 8.9). Nulle part, dans les épîtres, nous ne sommes exhortés à demander le Saint-Esprit. Partout, la possession de l’Esprit est supposée acquise chez tous les chrétiens nés de nouveau. L’attente de l’Esprit faisait partie des étapes transitoires dans la réalisation de l’histoire du salut.

A la question que Paul a posée aux disciples de Jean à Ephèse : « Avez-vous reçu le Saint-Esprit quand vous avez cru ? », chaque croyant peut donc répondre joyeusement : oui — par la grâce de Dieu.

4. Par la foi

La présence de l’Esprit en nous n’est pas une affaire d’expérience ou de sensation, mais de foi. On peut ignorer cette présence. L’apôtre Paul a demandé aux Corinthiens : « Ne savez-vous pas que l’Esprit de Dieu habite en vous ? » (1 Cor. 3.16). « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous ? » (1 Cor. 6.19). Pourtant ils avaient tous été baptisés du Saint-Esprit (12.13). Si un signe visible avait accompagné cette venue de l’Esprit, auraient- ils pu ignorer sa présence en eux ?

Comme nous avons accepté par la foi que Jésus-Christ est mort pour nous et que, par conséquent, nos péchés sont pardonnés, il nous faut accepter, par la même foi, qu’il nous a donné son Saint-Esprit, « car nous marchons par la foi et non par la vue » (2 Cor. 5.7). Il ne nous reste qu’à le remercier pour son don, à nous réjouir de cette présence et à « marcher selon l’Esprit », en sorte que nous soyons « remplis de toute la plénitude de Dieu » (Eph. 3.19).

5. Recevoir la personne du Saint-Esprit

Quand nous parlons de « recevoir le Saint-Esprit », il nous faut toujours nous souvenir que le Saint-Esprit n’est ni un objet, ni une puissance, mais une personne, la troisième personne de la Trinité.3

3 Voir dans R. Pache : La personne et l’œuvre du Saint-Esprit (133) le chapitre 1 sur « La personnalité du Saint-Esprit » où l’auteur démontre que, d’après le N.T., le Saint-Esprit agit comme une personne, possède les attributs essentiels de la personnalité, est traité comme une personne.

Jésus avait promis qu’il viendrait demeurer dans le croyant avec son Père (Jn. 6.56 ; 14.13-17, 20 ; 15.4 ; 17.26). Cette habitation se fera, bien entendu, par l’Esprit.

L’apôtre Paul confirme cette promesse : « L’Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous » (Ro. 8.11), « vous êtes une habitation de Dieu en Esprit » (Eph. 2.22), « Jésus-Christ est en vous » (2 Cor. 13.5), « il habite dans vos cœurs par la foi » (Eph. 3.17), « le Saint-Esprit habite en nous » (2 Ti. 1.14).

L’apôtre Jacques dit que « Dieu chérit l’Esprit qu’il fait habiter en nous » (Ja. 4.5).

L’apôtre Jean parle de « l’onction que vous avez reçue » (1 Jn. 2.27), de « la semence de Dieu » (3.9), de Dieu en nous (3.24 ; 4.4, 12), de son Esprit en nous (4.13). Or, « celui qui confessera que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui » (4.15).

« :Quiconque croit que Jésus est le Christ, est né de Dieu » (1 Jn. 5.1), il est « enfant de Dieu » (3.1), « fils de Dieu » (Gal. 3.26). Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit vient, à partir de ce moment, habiter dans son cœur (Eph. 3.17), dans son corps (1 Cor. 6.19)4 et son esprit (Ro. 8.16).

4 D. Bennett, l’un des instigateurs du néopentecôtisme, prétend que le baptême du Saint-Esprit est « la minute où vous commencez à permettre à la puissance de Dieu de déborder de votre esprit dans votre âme et votre corps » (The Holy Spirit and you (9), p. 76). C’est pourquoi on le remarque dans le corps par le parler en langues. Mais l’apôtre Paul pense que les Corinthiens, tout en étant baptisés du Saint-Esprit (1 Cor. 12.13) pouvaient ignorer cette présence de l’Esprit dans leur corps (1 Cor. 6.9).

Lorsque je reçois une personne, je la reçois tout entière — non pas une partie d’elle aujourd’hui, et une autre partie plus tard. Cette personne vient loger chez moi, mais je peux lui laisser plus ou moins d’emprise sur moi, lui donner un rôle plus ou moins grand dans ma vie et ma maison.

Il en est de même du Saint-Esprit. Au moment de la nouvelle naissance, quand mes péchés sont effacés, plus rien ne s’oppose à l’habitation de Dieu en moi. Il vient demeurer en moi par son Esprit, mais je peux attrister l’Esprit (Eph. 4.30), lui résister (Ac. 7.51) ou l’outrager (Héb. 10.29). Je peux aussi m’ouvrir pleinement à son influence et le laisser diriger toute ma vie pour qu’elle soit « remplie de l’Esprit ».

6. Variété des expressions bibliques

D’après ces différents passages, nous constatons que les auteurs bibliques emploient une très grande variété de termes pour parler de la réception de l’Esprit de Dieu. Tantôt ils l’envisagent du point de vue de Dieu qui donne l’Esprit (Ac. 5.32  8.15, 18 ; Jn. 3.34  14.16  Ro. 5.5  2 Cor. 1.22  5.5  1 Th. 4.8  1 Jn. 4.13), l’envoie (Gal. 4.6), le répand (Ac. 2.17, 18, 33 ; 10.45 ; Tite 3.6), en revêt le croyant (Luc 24.49), le scelle (2 Cor. 1.22 ; Eph. 1.13 ; 4.30), l’oint (1 Jn. 2.27) — tantôt du point de vue du Saint-Esprit qui tombe sur le croyant (Ac. 10.44 ; 11.15), vient habiter en lui (Ro. 8.9, 11 ; 1 Cor. 3.16 ; 6.19), l’abreuver (1 Cor. 12.13), reposer sur lui (1 Pi. 4.14) — tantôt du point de vue de l’homme qui reçoit l’Esprit (Ac. 1.8 ; 2.33, 38…), naît de l’Esprit (Jn. 3.8), a l’Esprit (Ro. 8.23 ; 1 Cor. 7.40).

Dans le prochain chapitre, nous verrons que le baptême de l’Esprit est une expression supplémentaire pour parler de cette venue initiale de l’Esprit en nous.

RÉCEPTION DU SAINT-ESPRIT EN DEUX ÉTAPES ?

Quelques récits des Actes semblent contredire cet enseignement des épîtres en laissant supposer que la réception de l’Esprit se ferait normalement en deux étapes :

  1. l’épisode des Samaritains
  2. l’expérience de Paul
  3. les douze disciples d’Ephèse.

1. La Pentecôte des Samaritains (Ac. 8)

a) L’énigme de Samarie

L’apôtre Jean nous dit qu’au temps de Jésus, « les Juifs n’ont pas de relations avec les Samaritains » (Jn. 4.9). Ces derniers étaient considérés comme des « étrangers » (Luc 17.18). C’étaient, en effet, des descendants de ces colons babyloniens par lesquels l’Assyrien Sargon II, qui avait conquis la Samarie en 723 av. Jésus-Christ, avait remplacé les Juifs déportés (2 Rois 17.24). Ils s’y étaient installés avec leurs croyances et leurs coutumes idolâtres mêlées à quelques éléments de la foi juive (2 Rois 17.25-33). Aussi le nom de « Samaritain » était-il l’une des plus graves injures que l’on pût faire à un Juif (Jn. 8.48). Jésus lui-même n’avait-il pas interdit à ses disciples d’aller dans les villes de Samarie (Mt. 10.5) ? On comprend que l’admission des Samaritains dans la communauté chrétienne n’ait pas pu se faire, comme « en passant », par un simple chrétien de passage en Samarie parce qu’il fuyait la persécution. Il fallait que les Samaritains fussent admis officiellement dans la communion de l’Eglise si on ne voulait pas que le fossé séculaire se perpétuât dans le nouveau peuple de Dieu.

Ces raisons peuvent faire comprendre l’anomalie, unique dans le livre des Actes, du don du Saint-Esprit différé jusqu’à l’arrivée des apôtres de Jérusalem. Il s’agit là d’« un épisode exceptionnel ». « Quand ils eurent cru à Philippe qui leur annonçait la bonne nouvelle du Royaume de Dieu et du nom de Jésus-Christ, hommes et femmes se firent baptiser » (Ac. 8.12). Cependant, le Saint-Esprit « n’était pas encore descendu sur aucun d’eux » (v. 16).

Pourquoi ces deux étapes ?

Luc lui-même semble en avoir conscience. « Le narrateur a lui-même l’impression de raconter un fait exceptionnel et même anormal » (F.J. Leenhardt).5 « En effet, Luc glisse une parenthèse explicative (au v. 16) pour expliquer que les apôtres demandent l’Esprit pour les Samaritains déjà baptisés : il suppose clairement que ses lecteurs seront surpris par cette prière, puisque les baptisés ont habituellement reçu l’Esprit » (H. Blocher).6

5 Le baptême chrétien (113), p. 40 cité par H. Blocher ICHTHUS n° 24.

6 « L’Esprit donné aux Samaritains » dans ICHTHUS n° 24 (juin 1972), p. 9.

b) Essais d’explication

On a essayé de donner différentes explications à l’« énigme de Samarie », comme l’appelle J. Dunn.

1. L’Esprit n’est donné que par l’imposition des mains d’un apôtre.7 C’est la thèse sacramentaliste réfutée par les textes des Actes eux-mêmes : ni l’eunuque éthiopien, ni Paul n’ont reçu une imposition des mains d’un apôtre. Dans la maison de Corneille, l’apôtre est présent, mais le Saint-Esprit tombe sur les assistants sans qu’il leur imposât les mains. « Nulle part la collation de l’Esprit n’est présentée comme un privilège apostolique » (F.J. Leenhardt).8

7 Jean Chrysostome disait que « Philippe baptisait, mais ne donnait pas l’Esprit à ceux qu’il baptisait : il n’en avait pas le pouvoir ; c’était un don réservé aux Douze » (In Acta. Hom. XVIII, n° 3). C’est l’opinion à laquelle se rallie l’Eglise romaine (voir A. Boudou : Actes des apôtres (Verbum Salutis), p. 169).

8 Op. cit. (113), p. 39. Cf. Bruner (30), p. 175.

Si l’imposition des mains était nécessaire pour devenir chrétien, remarque malicieusement M. Green, alors, selon le Nouveau Testament lui-même, il existerait vraiment peu de chrétiens.9

9 I believe (72), p. 136.

Ce qui doit donner à réfléchir à ceux qui font de ce récit l’appui principal de leur doctrine de la réception différée du Saint-Esprit, c’est que ce même texte est considéré par les catholiques comme leur « place forte » (Dunn) pour défendre bibliquement le sacrement de la confirmation.

2. « Les Samaritains n’avaient pas la vraie foi avant la venue des apôtres. » C’est la thèse de J. Dunn10 qui compare la foi de tous les Samaritains à celle de Simon (v. 13, 21, 23) trop attachés aux miracles de Philippe (v. 6) qu’ils rapprochaient de ceux du magicien (v. 10). W. de Boor pense que, dans le message de Philippe, l’appel à la repentance faisait défaut. Il souligne, comme Dunn, dans le v. 12 qu’ils crurent « à Philippe » (tô Philippô). « Ils ne croient pas en Jésus. Jésus n’est pas au centre. On ne fait que passer d’un homme à un autre. »11

10 Baptism in the Holy Spirit (51), p. 55.

11 Die Apostelgeschichte (Wuppertaler Studienbibel, Brockhaus 1-970). Dans Die Frage nach dem Hl. Geist (Brockhaus 1974), De Boor dit que puisqu’il s’agissait d’une population mêlée qui avait été séduite et placée pendant des années sous une séduction démoniaque, l’autorité des apôtres devait y être particulièrement soulignée ; pour cette raison, la réception de l’Esprit devait être liée à leur intervention (p. 18).

Il y a là, effectivement, un certain nombre de notations troublantes. Ce n’est sans doute pas sans intention que Luc utilise exactement le même terme (proseichôn) pour caractériser l’attention que les Samaritains prêtaient à Philippe (v. 6) et à Simon (v. 10), et qu’il emploie, seulement ici, l’expression « croire en » avec le nom d’un homme comme objet. « La foi se tourne uniquement vers Philippe (v. 12). Cette utilisation unique de pisteuein (croire) dans les Actes n’est sans doute pas un hasard » (Desaedeleer).12 D’autre part, l’alternance constante entre le cas de Simon et celui des Samaritains et le parallèle entre la foi du magicien et celle de ses compatriotes attachés à Philippe à cause des miracles (cf. Jn. 2.23-25) est assez éloquent.

12 Thèse (47), p. 73.

Mais cette explication seule n’est pas suffisante. Le texte ne souligne pas de déficience dans le message de Philippe, et il se borne à constater que « la Samarie avait reçu la Parole de Dieu » (v. 14).

3. La réception du Saint-Esprit est une étape distincte de la conversion. Les Samaritains sont nés de nouveau par le Saint-Esprit quand ils ont cru. Ils ont « reçu le Saint-Esprit » — ou : « été baptisés du Saint-Esprit » — lorsque les apôtres leur ont imposé les mains. C’est la thèse pentecôtiste à laquelle notre texte fournit l’appui scripturaire auquel on se réfère le plus volontiers. Cependant, le texte dit nettement que « le Saint-Esprit n’était encore descendu sur aucun d’eux » (v. 16). C’est pourquoi les apôtres prièrent « pour qu’ils reçussent le Saint-Esprit » (v. 15) « et ils reçurent le Saint-Esprit » (v. 17). Or, « si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, il ne lui appartient pas » (Ro. 8.9). Peut-on alors dire qu’ils étaient d’authentiques chrétiens, des chrétiens « normaux » avant la venue des apôtres ?

Les défenseurs de la thèse pentecôtiste prétendent que les expressions : « recevoir le Saint-Esprit » (v. 15, 17, 19), « le Saint-Esprit descend sur » (v. 16) et « le don de l’Esprit » (v. 18, 20) sont des « termes techniques » réservés à la seconde réception, c’est-à-dire au « baptême du Saint-Esprit ». Or, ces mêmes expressions sont employées dans Ac. 2.38 ; 10.47 ; Ga. 3.2, 14 pour la venue initiale de l’Esprit dans le cœur des croyants. Nulle part, dans notre récit, Luc ne parle d’une première réception précédant celle qu’il mentionne en liaison avec l’imposition des mains des apôtres.

4. Les dons spirituels sont conférés par l’imposition des mains. La thèse charismatique s’apparente à la précédente : les apôtres auraient imposé les mains pour que les Samaritains reçoivent les dons de l’Esprit — entre autres le parler en langues, puisque Simon vit que le Saint-Esprit était donné par l’imposition des mains des apôtres (v. 18). Or, dit-on, la seule chose qu’il ait pu voir était le signe visible du baptême du Saint-Esprit : le parler en langues.

Le texte ne dit rien d’un parler en langues, alors qu’il le mentionne bien dans le cas de Corneille et des Ephésiens. Simon a vu les apôtres imposer les mains et il a entendu de leur bouche qu’ils le faisaient pour que les Samaritains reçussent le Saint-Esprit, cela suffit à justifier le (v. 18.

Par ailleurs, le texte est formel : avant l’arrivée des apôtres, « le Saint-Esprit n’était encore descendu sur aucun d’eux » (v. 16). Il ne saurait donc être question d’une descente « complémentaire ».

c) Un cas particulier

1. Un tournant important :

Il ne reste qu’une explication : comme le jour de la Pentecôte, nous sommes là en présence d’un poste-frontière entre l’ancienne et la nouvelle alliance. Comme le dit H. Blocher : en règle générale, « dans la nouvelle alliance, celui qui croit en Jésus-Christ reçoit le Saint-Esprit… mais, sommes-nous bien avec le récit d’Actes 8 dans la nouvelle alliance ? Ne serions-nous pas plutôt, ce qui expliquerait l’anomalie, dans le passage d’une « économie » à l’autre ? »13 « L’évangélisation de Samarie est un tournant dans l’histoire de l’Eglise », puisque jusqu’à présent, comme nous l’avons vu, un fossé profond séparait les Juifs des Samaritains.

13 Op cit. (note 6), pp. 10-11.

2. Maintenir l’unité de l’Eglise

La Samarie était le premier pas décisif de l’Eglise en dehors du judaïsme. Ce n’était pas un événement fortuit. On ne peut lui comparer que l’admission des païens (ch. 10). La Samarie était à la fois un pont à franchir et une base à occuper. Un pont, car la Samarie représentait le fossé le plus profond : racial et religieux. Une base, car l’Eglise ne se cantonne plus à Jérusalem ou seulement parmi les Juifs, elle devient une mission (F.D. Bruner).14

14 Op cit. (30), p. 175.

Dans le cas présent, certaines preuves spéciales ont pu être nécessaires « pour assurer aux Samaritains, habitués à être méprisés par les gens de Jérusalem comme des outsiders, qu’ils étaient pleinement incorporés dans la nouvelle communauté du peuple de Dieu » (FF. Bruce).15 « L’unité de l’Eglise primitive était en jeu. D’après le récit, Dieu a suspendu le don de l’Esprit à l’intervention des deux grands apôtres de Jérusalem pour garantir l’unité du peuple nouveau, pour empêcher la création d’une communauté samaritaine dissidente » (H. Blocher). Il fallait « établir la continuité avec Jérusalem avant que la Samarie ne devienne le noyau d’une nouvelle expansion » (G.H. Lampe).16

15 The Book of Acts, p. 182.

16 The Seal of the Spirit (109), pp. 70-72.

3. Membres d’un même corps

« Dieu voulait qu’il soit établi sans équivoque possible pour les apôtres, pour les Samaritains méprisés et pour l’Eglise tout entière, présente et future, que, pour lui, aucune barrière n’existait au don de son Esprit. Partout où il y à foi en l’Evangile, le Saint-Esprit est à l’œuvre et, là aussi, Dieu veut accorder le don de son Esprit Pour enseigner ce fait important — l’essence même de l’Evangile — Dieu a retenu son don jusqu’à ce que les apôtres puissent voir de leurs propres yeux et même coopérer de leurs propres mains à la communication du don de Dieu » (F.D. Bruner)17

17 Op cit. (30), p. 176.

Pierre et Jean ont été envoyés chez les Samaritains « pour confirmer leur baptême administré par Philippe, pour les incorporer par un geste de solidarité, l’imposition des mains, dans la communauté de l’Esprit de Pentecôte ; ainsi les convertis samaritains deviendront une sorte d’extension de l’Eglise de Jérusalem » (G.W.H. Lampe).18

18 St. Luke and the Church of Jerusalem (Athlone Press), p. 22.

« Le fait que le Saint-Esprit ne soit pas descendu sur les convertis samaritains avant l’arrivée de Pierre et de Jean apparaît comme le moyen par lequel Dieu a montré à la fois aux chrétiens juifs et aux chrétiens samaritains que, bien qu’ils aient été jusqu’à présent séparés par des haines raciales et religieuses tenaces, ils seraient à présent membres d’un seul corps, du Corps de Christ. Les nouveaux convertis de Samarie ont compris par là qu’ils avaient besoin de l’Eglise-mère de Jérusalem. A leur tour, les conducteurs hésitants de Jérusalem ont été forcés de reconnaître la réalité de la conversion des Samaritains. Une fois de plus (comme lors de la Pentecôte), la situation est tout à fait anormale et une doctrine néo-testamentaire ne saurait être construite sur des incidents isolés qui sortent de la norme » (D. Bridge-D. Phypers).19

19 Spiritual Gifts and the Church (24), pp. 120-121.

« Le caractère schismatique de la religion samaritaine semble expliquer le mieux le retard (du don de l’Esprit). Comme les Samaritains avaient leur propre lieu de culte, rival de celui de Jérusalem, il fallait leur prouver que leur nouvelle foi ne devait pas se constituer en rivale de la nouvelle foi enracinée à Jérusalem. Or, le meilleur moyen pour Dieu de montrer aux croyants samaritains qu’ils faisaient partie de la même foi et du même groupe que les croyants de Jérusalem (et inversement, le meilleur moyen de montrer aux conducteurs de Jérusalem que les Samaritains étaient vraiment sauvés) était de différer le don de l’Esprit jusqu’à ce que Pierre et Jean viennent de Jérusalem à Samarie. Alors, il ne pourrait plus y avoir de doute qu’il s’agissait d’une seule et même foi, et qu’ils faisaient tous ensemble partie du Corps de Christ. Ce retard dans le don de l’Esprit a gardé l’Eglise primitive de devenir une Eglise bicéphale depuis le commencement avec une Eglise-mère à Jérusalem et une autre à Samarie » (Ch. C. Ryrie.)20 M. Green aussi croit que « la réponse est dans le fossé séculaire qui séparait les Juifs des Samaritains. »21 C’est aussi l’avis de J. Stott : « Aucune autre explication de l’histoire des Samaritains n’arrive à l’harmoniser avec l’enseignement général des apôtres et, en même temps, ne la replace dans son contexte historique. »22 On peut rapprocher cet épisode de l’envoi de Barnabas à Antioche pour s’assurer que tout se passe selon les règles.23

20 The Holy Spirit (157), p. 71.

21 I believe (72), p. 138.

22 Baptism and fullness (178), p. 33.

23 Voir Griffith : op. cit. (75), p. 25.

Criswell souligne le fait que c’est à Pierre que la promesse fut donnée d’ouvrir l’accès du Royaume des cieux (Mt. 16.18, 19) ainsi qu’aux autres apôtres (Mt. 18.18). C’est lui que Dieu a choisi (Ac. 15.7). Ici en Samarie, comme à Jérusalem et à Césarée, Dieu tient sa promesse.

La Samarie était une charnière importante dans l’histoire de l’expansion du christianisme. « Nous ne devons jamais oublier que le livre des Actes est le livre des transitions. Il raconte la transition du judaïsme au christianisme, des Juifs aux païens, de la Loi à la grâce, de Jérusalem à Antioche, de la Judée au monde entier. Actes 8 est une étape de cette expérience de transition. »24

24 W.A. Criswell : The Baptism (42), p. 37.

2. La conversion de l’apôtre Paul

L’apôtre Paul, nous dit-on, a rencontré le Seigneur sur la route de Damas ; il n’a reçu le Saint-Esprit que trois jours plus tard par l’imposition des mains d’Ananias. Comme preuves de la conversion accomplie dès le premier jour, on donne deux faits : Paul s’adresse à Jésus comme Seigneur (9.5 ; cf. 1 Co. 12.3) et Ananias l’appelle « frère » (9.17 ; 22.13). Mais le mot « Seigneur » était également un terme de respect devant tout supérieur,25 et le titre de « frère » était usuel entre Juifs.26

25 Voir : Mt. 13.27 ; 21.30 ; 25.11, 20, 22, 24 ; Lu. 13.8 ; 19.16, 18, 20 ; Jn. 20.15 ; Ac. 10.4 ; 16.30 ; J. Dunn op. cit. (51), pp. 73-74. De plus, comme le fait remarquer M. Desaedeleer, « il ne sait pas qu’il s’agit de Jésus qu’il persécute. Comme Paul ignore qui l’appelle, il faut y voir un titre de noblesse plutôt qu’une confession de foi christologique. On jeu comparer la réaction de l’apôtre à celle de Corneille devant l’être angélique qu’il appelle aussi « Seigneur » (Ac. 10.4). Aucun élément ne permet donc d’affirmer que Paul s’est converti sur le chemin de Damas » (Thèse (47), p. 78).

26 On a compté que sur cinquante-sept emplois de ce terme dans les Actes, dix-neuf se rapportent aux relations entre Juifs. Dans la majorité des cas où le terme est utilisé au vocatif (treize sur dix-huit), il signifie : frère juif. L’expression « les frères » pour désigner les chrétiens ne se rencontre essentiellement qu’après Ac. 9.30 (J. Dunn (30), pp. 73-74).

L’expérience de Paul forme une unité. Ce qu’il a vécu sur la route de Damas a été un rappel, une préparation, un éveil à la foi. On ne peut pas en parler comme d’une conversion complète. « Est-ce que l’image d’un homme rendu aveugle, jeûnant trois jours et trois nuits, non pardonné et non baptisé, est pour nous l’image d’un homme né de nouveau par l’Esprit de Dieu ? N’est-ce pas plutôt l’image de quelqu’un qui a été brisé, sur le plan physique et moral, et qui, dans l’agonie, cherche à tâtons des réalités pour remplacer ses illusions brisées ? »27

27 Bridge — Ph : op. cit. (24), p. 121,

Le jour de la Pentecôte, Pierre avait cité ce texte de Joël : « Alors quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé » (Ac. 2.21 ; Joë. 2.32). Paul n’avait pas encore fait l’expérience du salut, il n’était pas encore pardonné avant le troisième jour, sinon Ananias ne lui aurait pas dit : « Et maintenant que tardes-tu ?… sois lavé de tes péchés en invoquant le nom du Seigneur » (22.16). Il a donc été en même temps converti et rempli du Saint-Esprit dans la rue droite à Damas. Son expérience suit les normes habituelles de l’expérience chrétienne après la Pentecôte.

3. Les douze disciples d’Ephèse (Ac. 19.1-17)

a) Des disciples de Jean-Baptiste

Quand Paul arrive pour la deuxième fois à Ephèse (Ac. 18.19-21), il y trouve un groupe d’une douzaine de disciples de Jean-Baptiste. Comme l’a montré Ch. Scobie28, la « secte de Jean-Baptiste » s’était répandue, comme d’autres sectes juives, dans une grande partie du monde antique au cours du Ier siècle. Elle mettait l’accent sur la repentance, le baptême et l’attente de Celui qui devait venir. Le texte ne dit pas que ces disciples se réunissaient avec l’Eglise naissante d’Ephèse (18.26-27) ou qu’ils fréquentaient encore la synagogue (19.8). Peut-être formaient-ils un petit conventicule séparé de tous les autres groupes. Ils ne semblent même pas avoir eu les mêmes connaissances qu’Apollos : « … bien qu’il ne connût que le baptême de Jean, il annonçait et enseignait avec exactitude ce qui concerne Jésus » (18.25). Or, Paul est obligé de préciser, avec eux, que « celui qui venait après » Jean-Baptiste, et que le Précurseur avait annoncé, c’était Jésus. Rien ne permet de supposer qu’ils aient été convertis par Apollos, ou qu’ils aient rencontré Aquilas et Priscille ou quelque autre des « frères » mentionnés dans 18.27. Ephèse, la capitale de l’Asie mineure, comptait plusieurs centaines de milliers d’habitants (le théâtre à lui seul pouvait contenir entre 25 et 50 000 spectateurs) et un petit groupe religieux d’une douzaine de personnes pouvait facilement passer inaperçu. « Ils vivaient pour eux-mêmes, en cercle fermé… Ils étaient restés un groupe de gens en attente » (O. Dibelius)29. « Ils ne peuvent pas avoir vécu dans l’Eglise d’Ephèse, car là Aquilas et Priscille les auraient mieux enseignés » (E. Haenchen).30 « Ces disciples vivaient donc encore dans l’ère d’avant la Pentecôte » (M. Unger).31

28 Ch. Scobie : John the Baptist (SCM 1964).

29 Die werdende Kirche (Furche, Berlin 1941), p 259.

30 Die Apostelgeschichte (Göttingen 1959), p. 491.

31 The Baptism (188), p. 90.

b) « Avez-vous reçu le Saint-Esprit ? »

Pourquoi Paul leur a-t-il demandé : « Avez-vous reçu le Saint-Esprit quand vous avez cru ? » ou mieux, comme le traduit M. Green : « Avez-vous cru et reçu le Saint-Esprit ? »

Certains interprètent cette question ainsi : Paul pensait que l’on pouvait recevoir le Saint-Esprit au moment de la conversion (quand on a cru) ou plus tard. D’anciennes versions portaient même : « depuis que vous avez cru ».32 Une telle interprétation est impossible puisque Paul écrit aux Romains : « Si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, il ne lui appartient pas » (Ro. 8.9) et que, ailleurs aussi, il lie la réception de l’Esprit à la foi (Ro. 5.1, 5 ; Ga. 3.2, 14 ; Ep. 1.13). Il faut donc chercher dans une autre voie.33

32 Lemaistre de Sacy et Lausanne, par exemple. Darby : « après avoir cru ». Dans la plupart des livres d’origine anglo-saxonne, on trouve un développement au sujet de la forme exacte de cette question parce que la « version autorisée » (King James, 1611) portait : « depuis que vous avez cru ». Aucune version récente (sauf la Pléiade), ne reprend cette forme qui a été reconnue fautive. F. F. Bruce, dans son commentaire du texte grec dit que « le participe coïncidant de l’aoriste souligne la simultanéité de l’événement » (The Acts of the Apostles, p. 353). Voir aussi R. J. Knowling (Expositor’s Greek N.T., p. 403) et AT. Robertson (Grammar of the Greek NT. in the Light of Hist. Research, pp. 860 et 1113). « Le participe « en croyant » indique quelque chose qui se passe au même moment que le fait de recevoir… Il est malheureux que beaucoup d’écrits pentecôtistes fondent encore sur cette simple erreur de traduction du grec, leur enseignement d’une expérience en deux étapes. » (M. Green : I believe (72), p. 135.

33 « Si Paul avait voulu parler d’une deuxième expérience ici, sa question serait très mal posée, et, dans sa forme, contredirait totalement son enseignement sur la réception de l’Esprit à la conversion (cf. Gal. 3.2 ; Tit. 3.5) » (M. Desaedeleer) Thèse (47), p. 87.

Dans ses épîtres, Paul parle des fruits et des dons de l’Esprit (Ga. 5.22-23 ; 1 Co. 12 ; Ro. 5.1-5). Est-ce que, manifestement, ni les uns ni les autres n’apparaissent dans la vie de ces croyants ? A-t-il rencontré des hommes qui ne reflétaient ni amour réciproque, ni joie, ni paix, ni patience… ? N’a-t-il trouvé dans leur communauté aucune manifestation d’un des charismes qu’il avait l’habitude de voir animer la vie des Eglises ?

D’autre part, l’Esprit conduit les croyants à former un seul corps (Ga. 3.27-28 ; Ep. 4.3-4). Pourquoi ce groupe restait-il en marge des autres frères d’Ephèse ? Dans les récits de conversions qui précèdent, Luc note ces fruits de la vie nouvelle : la joie (16.34, cf. 1 Th. 1.6), l’amour des frères et le désir de communion (16.15, 33-34 ; 17.5). Paul a certainement dû constater quelque situation anormale. « Ces disciples semblaient n’avoir aucune des marques de l’habitation de l’Esprit en eux » (M. Green).34 Du moment qu’il ne voyait aucun des effets ordinaires de l’action du Saint-Esprit, il était en droit de se demander s’ils avaient reçu ce Saint-Esprit.

34 Op. cit. (72), p. 135.

c) Le Saint-Esprit ? Connais pas.

Comme le dit Dunn, Paul n’allait pas de ci de là en demandant aux chrétiens s’ils avaient reçu le Saint-Esprit.35 Au contraire, « cette question suppose que, quand on a cru, on a aussi reçu le Saint-Esprit et l’apôtre s’étonne de n’en pas trouver les effets dans leurs entretiens » (L. Bonnet).36

35 Op. cit. (51), p. 86.

36 N.T expliqué (Lausanne, 1885), T. II, p. 447.

Les disciples lui répondent : « Nous n’avons pas même entendu dire qu’il y ait un Saint-Esprit (que le Saint-Esprit existait). » C’étaient donc de mauvais disciples de Jean, très imparfaitement instruits de l’enseignement de leur maître. Sinon, ils auraient dû savoir que Jean-Baptiste avait prophétisé la venue de Celui qui baptiserait du Saint-Esprit. A moins d’opter ici pour la variante du texte occidental des Actes : « Nous n’avons même pas entendu dire que des gens étaient en train de recevoir le Saint-Esprit ». Ce qu’ils auraient ignoré, dans ce cas, c’était que la prophétie de leur maître était réalisée et que des hommes et des femmes étaient en train de recevoir ce baptême du Saint-Esprit.

Quoi qu’il en soit, devant cette réponse, Paul est étonné. Des baptisés qui ignorent tout du Saint-Esprit ? Pourtant le baptême chrétien se fait au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, Il n’est que l’expression visible du baptême du Saint-Esprit. Comment est-ce possible ? C’est pourquoi il leur demande : « De quel baptême avez-vous donc été baptisés ? » Cette question est significative. Elle implique : a) l’existence de différents baptêmes (Paul commençait-il à identifier ses interlocuteurs ?), b) le fait qu’un baptisé devrait normalement avoir le Saint-Esprit, c) s’il ne l’a pas, il ne faut pas chercher à combler la lacune par un enseignement « supérieur » ou une autre cérémonie, mais revenir, comme Paul, au commencement de la vie chrétienne.

Comme le fait remarquer Bruner, Paul ne leur demande pas quel (faux) enseignement ils ont reçu, qui leur a imposé les mains, il ne leur parle pas d’une « seconde bénédiction » qui serait à rechercher après l’expérience initiale, ni des conditions pour la recevoir. Il revient à ce qui marque normalement l’entrée dans la vie chrétienne, le baptême : quand on a cru, quand on a été baptisé, on a aussi reçu le Saint-Esprit.

d) De Jean-Baptiste à Jésus

A la question de Paul, les disciples éphésiens répondent : « du baptême de Jean ». Tout s’éclaire. Ces croyants qui s’étaient présentés — ou que l’on avait présentés à Paul — comme des « baptisés », n’étaient pas du tout des chrétiens, c’étaient des disciples de Jean, comme Jean et André avant leur rencontre avec Jésus (Jn. 1.35 ss.). Ils ont peut-être cru en Celui dont Jean annonçait la venue, comme les disciples croyaient en Jésus pendant qu’ils étaient avec lui — et pourtant au même moment où Jésus relève, par exemple, la foi de Pierre, il parle de sa conversion au futur (Luc 22.32). Ils étaient, en somme, dans la situation des disciples avant la Pentecôte, puisqu’ils n’avaient pas encore le Saint-Esprit.

Là-dessus, « Paul ne leur donne pas un enseignement plus élevé ou plus complet ; il revient au commencement, à l’essence même de l’évangile » (J. Stott)37 : il leur parle de Jésus, celui qui devait venir après Jean-Baptiste, il les baptise du baptême chrétien et leur impose les mains : alors seulement, « le Saint-Esprit vint sur eux », leur accordant des preuves indéniables de sa venue : « ils parlaient en langues et prophétisaient. »

37 Baptism and Fullness (178), p. 35.

Le fait que Paul les ait re-baptisés suffirait à lui seul à prouver qu’auparavant, au moment de leur baptême précédent, ils n’avaient pas été, à son avis, de vrais croyants.

e) La conversion des disciples d’Ephèse

Le cas de ces douze hommes ne saurait donc être invoqué à l’appui d’une « seconde bénédiction » qui serait accordée aux chrétiens par l’imposition des mains, et par laquelle ils recevraient la plénitude du Saint-Esprit ainsi que des manifestations charismatiques. Car « ces disciples n’étaient absolument pas des chrétiens : ils n’avaient ni entendu parler de Jésus, ni cru en lui, ni été baptisés au nom de Jésus, ils ne savaient rien du Saint-Esprit » (M. Green).38 Ils ne peuvent donc « certainement pas être pris comme modèles du croyant normal d’aujourd’hui » (J. Stott).39

38 I believe (72), p. 135 cf. Stott (178), p. 36.

39 The Baptism (177), p. 12.

Puisque ces hommes n’étaient pas de vrais chrétiens avant leur rencontre avec Paul, ils n’avaient encore jamais reçu de « première bénédiction », ni d’acompte du Saint-Esprit : ce qui nous est raconté ici est leur conversion, leur nouvelle naissance ou leur baptême du Saint-Esprit, c’est-à-dire leur entrée dans le Royaume de Dieu.40

40 « Dans Ac. 19, le Saint-Esprit n’avait pas fait de « première entrée », il n’était pas encore venu du tout (v. 2). Il n’y a pas de seconde expérience du Saint-Esprit dans Ac. 19. » (F.D. Bruner, op. cit. (30), p. 213.)

Il se peut, comme le pense Hull, que Luc mentionne l’imposition des mains ici et dans Ac. 8 en relation avec la réception de l’Esprit parce que, selon lui, c’étaient des cas exceptionnels.

CONCLUSIONS

Ainsi, même le livre des Actes, seul témoin biblique invoqué en faveur de la théorie de la réception différée — ou en deux étapes — du Saint-Esprit, s’avère contre cette théorie. Des trois seuls récits cités pour appuyer la théorie, deux se révèlent indubitablement être des récits de conversions accompagnées de la réception immédiate de l’Esprit. Dans un seul cas, celui des Samaritains, l’explication ne ressort pas du texte biblique. Celle que nous avons donnée paraît la plus plausible. N’empêche qu’elle aussi relève du domaine de l’interprétation, et nul n’a besoin de l’accepter comme parole d’évangile.

Cependant, comme le fait remarquer M. Green, « quelle que soit l’interprétation que vous choisirez, elle vous laissera des problèmes (irrésolus) ».41 Car, à supposer qu’Ac. 8 soit la norme, comment expliquer tous les autres récits des Actes où n’apparaît jamais de délai entre la conversion et la réception de l’Esprit ? Les trois mille de la Pentecôte (2.41), tous ceux qui ont cru dans les premiers jours de l’Eglise (4.4) et qui ont manifesté dans leur vie le fruit de l’Esprit : l’amour (4.32-35), l’eunuque éthiopien en qui l’Esprit se manifeste par la joie (8.36, 39), les gens de la maison de Corneille où il est clairement précisé que le Saint-Esprit tomba sur eux au moment où ils entendirent parler du pardon des péchés (10.43-44), les convertis d’Antioche de Pisidie (13.43, 48) auxquels Luc rend expressément le témoignage qu’ils « étaient remplis de joie et du Saint-Esprit » (13.52), les croyants de Thessalonique (17.4) dont Paul dira qu’ils ont reçu la Parole « avec la joie du Saint-Esprit » (1 Th. 1.6), ceux de Corinthe (18.4, 8) auxquels l’apôtre écrira : « Vous avez été comblés de toutes les richesses de la Parole et de la connaissance, le témoignage de Christ ayant été solidement établi parmi vous, de sorte qu’il ne vous manque aucun don » (1 Co. 1.7), et dont nous savons qu’ils ont tous été baptisés de l’Esprit (12.13) : jamais nous ne lisons aucune mention d’une réception de l’Esprit après la conversion, d’une attente, d’une prière ou d’une imposition des mains pour recevoir l’Esprit. Sans compter les nombreux autres récits de conversions (4.4 ; 5.14 ; 6.7 ; 9.42 ; 11.21 ; 13.12 ; 14.1, 21 ; 16.14,34 ; 17.11, 12, 34…) où manque systématiquement la formule habituelle des comptes rendus de réunions pentecôtistes ou charismatiques : tant de personnes qui se sont converties, tant qui ont été baptisées du Saint-Esprit ou : ont reçu l’effusion de l’Esprit.

41 I believe (72), p. 136.

Comment expliquer surtout l’enseignement si clair et unanime des épîtres qui lie toujours la réception de l’Esprit à la foi, la justification, l’adoption comme enfant de Dieu, au pardon des péchés c’est-à-dire aux éléments initiaux de la vie chrétienne et qui exclut formellement la possibilité d’appartenir à Christ sans avoir son Esprit ?

Faire d’une interprétation — parmi une dizaine — d’un récit — parmi des dizaines — la norme d’un enseignement, ne correspond guère aux lois d’une saine interprétation biblique. C’est se condamner à une base scripturaire plus que fragile. Aussi ne faut-il pas s’étonner s’il à fallu attendre le XXe siècle pour découvrir cette doctrine. En effet, au cours de toute l’histoire du christianisme, aucun docteur de l’Eglise, aucun réformateur, aucun théologien luthérien, réformé, anglican, piétiste ou évangélique n’a défendu cette théorie d’une réception différée du Saint-Esprit. Nous pouvons donc, à bon droit, la récuser comme une innovation récente. « C’est pourquoi gardez soigneusement dans vos cœurs l’enseignement que vous avez reçu dès le début. Si ce que vous aves entendu dès l’origine demeure en vous, vous resterez aussi en communion avec le Fils et avec le Père, et vous serez au bénéfice de la promesse que Jésus lui-même nous a faite : vous aurez la vie éternelle. Voilà ce que je tenais à vous écrire pour vous mettre en garde contre ceux qui essaient de vous égarer. Rappelez-vous que vous avez reçu (du Seigneur) la marque (de l’Esprit) qui demeure en vous » (1 Jn. 2.24-27 ; cf. 1 Co. 15.1-2 ; Ga. 1.9 ; Col. 1.23 ; 2 Ti. 1.13 ; 3.14).

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