Les Israélites campaient à Chittim à une douzaine de kilomètres du Jourdain et à la hauteur de Jéricho (cf. Nombres 25.1 ; 33.49 ; Josué 3.1) qui se trouvait aussi à une douzaine de kilomètres du fleuve. Le site était idéal entre deux wadis issus des collines à l’ouest du Jourdain (appelées aujourd’hui Wadi Kufrein et Wadi Hisban).
Pourquoi Josué envoie-t-il des explorateurs alors que Dieu lui a promis la victoire ?
« L’usage de l’intelligence n’est pas interdit à celui qui a la foi. Les deux hommes vont se rendre compte de ce que Dieu a déjà fait, il verront que sa promesse se réalisera aussi sans participation de l’homme » (M. Holland Josua p. 35).
« La promesse d’aide divine n’exclut pas la responsabilité humaine. A travers tout le livre de Josué, l’action humaine est complémentaire de l’intervention divine. Josué envoie des espions avant chaque bataille importante (cf. 7.2) » (D.H. Madvig EBC III p. 259).
« Explorer le pays avant de lancer l’attaque ne signifiait pas que l’on doutait de Dieu ; c’était une sage stratégie militaire pour connaître la manière de mener la bataille et le cours de celle-ci. Après cela, on en remettait l’issue à Dieu » (I.L. Jensen Joshua p. 35).
Pour le chrétien, il est aussi important de connaître son ennemi et les tactiques de Satan, de savoir comment il utilise nos convoitises, l’orgueil, la désobéissance, le doute, le découragement et la négligence pour nous pré parer à la défaite.3
3 Voir, par exemple : C.S. Lewis Tactique du diable.
Josué envoya secrètement deux hommes explorer la ville et sa région, probablement pour éviter les difficultés suscitées par l’envoi des espions depuis Qadech-Barnéa quarante ans plus tôt (Nombres 13-14). Il ne fallait pas non plus que les Cananéens aient vent de l’intention d’Israël d’envahir leur pays.
Jéricho était une ville fortifiée très ancienne (des fouilles archéologiques révèlent une occupation constante depuis le 7e millénaire avant J.-C). Alimentée par des sources et entourée de fortes murailles, elle aurait pu soutenir un long siège et détenait une position stratégique à l’entrée du Pays promis (voir Nombres 22.1 ; 26.3, 63 ; 31.12 ; Deutéronome 32.49 ; 34.1-3). Elle commandait l’entrée dans le pays de Canaan. Depuis des siècles, l’oasis de Jéricho avait fourni de l’eau aux habitants de la région. En effet, les archéologues ont trouvé qu’elle était habitée et fortifiée depuis 7000 av. J.-C.
La ville est située à 9,5 km au nord de la mer Morte, à 8 km à l’ouest du Jourdain, 259 m en dessous du niveau de la mer. C’est le point le plus bas de la Palestine. Elle a pu être habitée grâce à une source qui débite 4500 litres d’eau à la seconde ; autour d’elle est née une oasis. Deux villes anciennes se trouvent à proximité : Tell es-Sultan vers la source, à 2,5 km du centre de la ville actuelle et Tulul Abu El-Alaig fondée au temps du Nouveau Testament, à 1,5 km de Jéricho. La ville fera partie du territoire de la tribu de Juda qui la possédait encore au 5e siècle av. J.-C. Après cela, le roi moabite a conquis l’agglomération bédouine. Au temps d’Achab, Hiel reconstruira la ville au prix de ses deux fils (1 Rois 16.34), conformément à la malédiction prononcée par Josué (Josué 6.26).
Les espions réussirent à pénétrer dans la ville et entrèrent dans la maison d’une « femme publique » qui, contrairement à son appellation moderne (« maison close ») fut la seule maison ouverte à n’importe qui et où ils pouvaient aussi passer la nuit. Ils choisirent sans doute aussi cette maison parce qu’elle était située sur la muraille cernant la ville (2.15) d’où ils pourraient s’échapper si besoin était. C’est certainement Dieu qui les a guidés dans le choix de cette maison, car il savait qu’il y avait là une femme préparée à l’acceptation du salut.
Le texte dit que Rahab était une prostituée. Josèphe et d’autres auteurs anciens se réfèrent à elle comme à une « aubergiste » (mais voir Hébreux 11.31 ; Jacques 2.25). En appelant Rahab ainsi, Josèphe ne voulait pas que l’on soupçonne les espions d’être allé chez une prostituée. Dans cette culture, les deux noms étaient synonymes. La maison de Rahab était le seul lieu où des étrangers pouvaient se rendre sans être découverts et où, en même temps, ils pouvaient collecter les informations qu’ils cherchaient (une aubergiste entend ce que ses clients se racontent).
C’est un signe de la grâce de Dieu qu’une telle personne puisse avoir la foi, l’amenant à risquer sa vie pour sauver celle des deux espions, puis à s’identifier avec leur peuple : épouse de Salma, elle deviendra la mère de Booz, un ancêtre de David (par Ruth la Moabite) et du Christ (Matthieu 1.5) ; autant de preuves de la grâce universaliste de Dieu (c’est-à-dire non confinée au peuple élu). Voir Jacques 2.25.
Les espions avaient été conduits vers cette maison, en partie à cause de sa situation sur la muraille (v. 15) favorisant la fuite, en partie parce qu’une auberge (tenue par une femme publique) était le seul endroit où ils pouvaient entrer sans y être invités et sans éveiller trop de soupçons.
Rahab dit : « Je sais que l’Eternel vous a donné ce pays : la terreur s’est emparée de nous et tous les habitants de la région sont pris de panique à cause de vous. Car nous avons entendu que l’Eternel a mis à sec les eaux de la mer des Roseaux devant vous, lorsque vous êtes sortis d’Egypte. Nous avons appris comment vous avez traité les deux rois des Amoréens, Sihôn et Og, qui régnaient de l’autre côté du Jourdain, pour les vouer à l’Eternel, en les exterminant. Depuis que nous avons entendu ces nouvelles, le cœur nous manque, et personne n’a plus le courage de vous tenir tête. En effet, c’est l’Eternel votre Dieu qui est Dieu, en haut dans le ciel et ici-bas sur la terre » (Josué 2.9-11).
Au v. 9, Rahab déclare ce qu’elle croit, et aux v. 10-11, ce que croient ses concitoyens. Elle n’en sait pas plus qu’eux, mais sa réaction est différente. Les Cananéens, après avoir entendu ce que Dieu avait fait pour les Israélites, ont été paralysés par la peur. Rahab en a déduit que le Dieu des Israélites était le vrai Dieu dans le ciel et sur la terre. Elle va donc prendre parti pour lui et son peuple contre son propre peuple. Le passage des émissaires Israélites l’a affermie dans cette foi ; leur comportement a probablement confirmé son respect pour le Dieu d’Israël. Elle est convaincue que Dieu a donné son pays aux Israélites et elle agit en conséquence, trahissant ses concitoyens en faveur de leurs ennemis. C’est là un acte de foi que reconnaît le Nouveau Testament (Jacques 2.25 ; Hébreux 11.31).
Le cantique de Moïse l’avait prévue (Exode 15.15-16). L’accomplissement de cette prophétie a eu lieu à l’époque de Rahab. Ce sont principalement deux événements qui ont donné naissance à cette terreur : 1° Rahab dit : « Nous avons entendu que l’Eternel a mis à sec les eaux de la mer des Roseaux devant vous lorsque vous êtes sortis d’Egypte » (2.10a ; cf. Exode 14.21-25). 2° « Nous avons appris comment vous avez traité les deux rois des Amoréens, Sihôn et Og, qui régnaient de l’autre côté du Jourdain, pour les vouer à l’Eternel, en les exterminant » (2.10b ; cf. Nombres 21.21-35).
On comprend que ces victoires des Israélites aient inspiré la peur aux Cananéens, les voisins immédiats des rois vaincus.
L’immense campement des Israélites à une journée de marche de la ville n’a pas pu échapper aux habitants de Jéricho. Son roi fut informé que deux espions étaient arrivés dans ses murs et qu’ils logeaient dans la maison de Rahab. Il y envoya des émissaires demandant que ces deux hommes lui soient livrés. Rahab admit que deux hommes étaient venus chez elle, mais qu’elle ignorait d’où ils venaient (une prostituée ne doit pas être trop curieuse quant à l’identité de ses clients). Elle dit aux émissaires que ces hommes avaient quitté sa maison au crépuscule avant la clôture des portes de la cité ; puis elle les engagea à les poursuivre sur le chemin qui mène aux gués du Jourdain.
En fait, elle les avait cachés sur son toit plat sous un tas de tiges de lin, prenant de grands risques (si les émissaires avaient fouillé la maison).
Rahab a menti aux émissaires du roi pour prévenir la fouille dans sa maison, la capture des espions et toute suspicion de conspiration d’elle-même avec les Israélites. Ce mensonge était-il justifiable aux yeux de Dieu& ? 1° L’Ancien comme le Nouveau Testament condamne le mensonge (Exode 20.16 ; 23.1 ; Ephésiens 4.25). 2° Si le mensonge était acceptable dans ce cas, l’éthique de situation serait justifiée et il serait difficile d’établir des normes morales valables dans tous les cas. 3° Rahab était une païenne qui avait sans doute pour principe que « la fin justifie les moyens ». Josué et le NT confirment qu’elle avait la foi (Hébreux 11.31 ; Jacques 2.25), mais cette foi était encore très embryonnaire et elle était guidée par l’un des principes fondamentaux de l’Orient : la protection des hôtes passait au-dessus de toute autre considération, de sorte qu’elle amenait souvent des gens à mentir (Genèse 12.13 ; 20.2 ; 26.7 ; 1 Samuel 19.14 ; 27.8-12 ; 29.6-8). 4° Dieu a loué Rahab pour sa foi non pour son mensonge. Ayant reconnu les deux espions comme des messagers du vrai Dieu, elle a agi selon cette foi et fut préservée de la destruction. Elle fut sauvée en dépit de son mensonge, non à cause de lui. 5° Dieu est souverain : il aurait pu protéger les espions même si Rahab avait dit la vérité (cf. Daniel 3.17-18).4
4 D’après P.P. Enns Joshua p. 31.
Après le départ des émissaires, Rahab alla trouver les deux espions et leur dit : « Je sais que l’Eternel vous a donné ce pays », en rappelant les victoires passées des Israélites (2.9-10). Le bouche-à-oreille fonctionnait bien dans ces pays et la maison d’une femme publique (qui devait aussi servir d’auberge) était l’endroit idéal pour l’échange de nouvelles. Résultat : « Depuis que nous avons entendu ces nouvelles, le cœur nous manque, et personne n’a plus le courage de vous tenir tête. En effet, c’est l’Eternel votre Dieu qui est Dieu, en haut dans le ciel et ici-bas sur la terre » (v. 11). Rahab va tirer de ces informations et de la présence de ces deux émissaires une conclusion personnelle : « Maintenant, je vous prie, jurez-moi par le nom de l’Eternel qu’en reconnaissance pour la bonté que je vous ai témoignée, vous aussi vous traiterez ma famille avec la même bonté, et donnez-moi un gage certain que vous laisserez la vie sauve à mon père, à ma mère, à mes frères et sœurs, et à tous les membres de leurs familles, et que vous empêcherez que nous soyons mis à mort » (v. 12-13).
Les deux hommes lui promettent la sécurité à trois conditions : 1° Elle devra attacher un cordon rouge à sa fenêtre pour identifier sa maison aux yeux des soldats Israélites lors de l’invasion de la ville. Ce cordon a été vu par les Pères de l’Eglise comme une préfiguration de l’œuvre du Christ. 2° Elle devait rassembler ses parents, ses frères et ses sœurs dans sa maison. Celui qui la quitterait encourrait la mort (v. 19). 3° Elle devait garder secrète la mission des espions (v. 14, 20). Rahab accepta ces conditions (v. 21). Elle a donc mis sa foi en action. Cette foi lui a aussi fait renoncer à sa vie passée. Jos 6.25 dit qu’elle a habité parmi les Israélites « jusqu’à ce jour ». Cela n’était possible qu’en renonçant à son « métier » (Lévitique 20.10-18). Elle a épousé un Israélite du nom de Salmon (1 Chroniques 2.11 ; Ruth 4.20-21) et fut la mère de Booz, le mari de Ruth, qui fut l’une des ancêtres du roi David et du Messie. Elle entra donc dans la généalogie de Jésus (Matthieu 1.5-6, comme Tamar, Ruth et Bath-Chéba). On peut répéter à leur sujet : « Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Romains 5.20).
Les deux espions suivirent le conseil de Rahab : « elle les fit partir et ils s’en allèrent. Aussitôt, elle attacha le cordon rouge à sa fenêtre. Les deux hommes gagnèrent les collines et s’y tinrent cachés pendant trois jours, jusqu’à ce que la patrouille lancée à leur poursuite soit de retour ; elle avait battu toute la région le long de la route sans les trouver » (2.21-22). Les collines dans lesquelles les explorateurs se sont cachés étaient des falaises calcaires dans lesquelles abondent des cavernes. C’est dans ces grottes que les moines de Qumrân cacheront plus tard leurs précieux manuscrits qui seront découverts au 20e siècle.
Rahab représente les non-Juifs qui partagent par la foi, avec l’ancien peuple de Dieu, la jouissance des promesses divines. « Depuis que nous avons entendu ces nouvelles, le cœur nous manque, et personne n’a plus le courage de vous tenir tête. En effet, c’est l’Eternel votre Dieu qui est Dieu, en haut dans le ciel et ici-bas sur la terre » (2.11). « Comme son peuple, elle est remplie de crainte, mais tandis que celui-ci avait perdu tout courage, cette crainte, pour elle, était le commencement de la sagesse, car elle est la crainte de l’Eternel. La crainte la fait regarder à Dieu. Immédiatement, elle acquiert une certitude (‘je sais’, v. 9), c’est que ce Dieu est un Dieu de grâce pour son peuple. Elle cherchera donc sa ressource en ce Dieu qui est la ressource des siens Elle se dit : pour que Dieu me soit favorable, il faut que je sois avec ce peuple » (H.R. Josué p. 15). C’est pourquoi elle reçoit et protège les émissaires de ce peuple, « car ils sont pour elle le moyen employé par Dieu qui la fera échapper au jugement futur ». Donc, elle s’identifie avec l’Israël de Dieu. Le cordon écarlate lui suffit comme gage et comme sauvegarde. « Comme le sang de l’agneau pascal, mis sur la porte de la maison, éloignait le jugement de l’ange exterminateur, ainsi le cordon écarlate, suspendu à la fenêtre d’une maison qui ‘était sur la muraille’, va garantir la maison et tous ceux qui s’y trouvent, quand la muraille elle-même s’écroulera au bruit des trompettes de l’Eternel» (Id. p. 16).
Rahab témoigne de ce qu’elle a cru en accrochant immédiatement le cordon à sa fenêtre. Cela a fait partie pour elle des « œuvres de la foi » (Jacques 2.25), fruits de sa foi, mais sans lesquels sa foi aurait été morte.
De retour au camp, « ils vinrent trouver Josué et lui racontèrent tout ce qu’ils avaient constaté. » Contrairement aux espions envoyés par Moïse quarante ans plus tôt, ils firent un rapport positif : « Certainement l’Eternel nous livre tout le pays, lui dirent-ils, car déjà toute la population de la région est prise de panique à cause de nous » (v. 24).