Le sacerdoce de tous les croyants n’implique pas l’identité de leurs fonctions. Dans notre corps, certains organes sont plus importants que d’autres : ce sont ceux qui permettent à tous les autres d’accomplir leur fonction spécifique : le cœur qui apporte à tous le sang porteur de vie, les poumons et les reins qui purifient ce sang, la rate qui le fabrique, le cerveau qui coordonne la plupart des fonctions, etc… La survie n’est pas possible sans ces organes. Ainsi en est-il dans le Corps de Christ : certains ministères ont un rôle plus important que d’autres car ils préparent tous les autres à leur service et le coordonnent.
Luther qui a remis en lumière la doctrine du sacerdoce universel en a clairement défini les limites : « Quoique nous soyons tous prêtres, dit-il, nous ne pouvons et ne devons pas tous prêcher, enseigner ou gouverner. Il faut sélectionner certains de la multitude et les choisir pour leur confier un tel ministère… et s’il ne peut ou ne veut plus prêcher, il rentre de nouveau dans le rang » (W.A., 41, 210).
Déjà au cours de la vie de Jésus, nous voyons des ministères particuliers confiés à certains disciples : Jésus en a choisi 70 pour les envoyer deux par deux prêcher et chasser les démons (Luc 10.1s.), il a sélectionné les douze et, parmi eux, Pierre, Jacques et Jean occupaient une place à part. Dans ses paraboles et son enseignement, il a parlé de vignerons, de pêcheurs, d’ouvriers et de serviteurs par opposition à d’autres classes d’hommes. Il a confié à ses disciples les charges de définir ce qui est interdit et ce qui est permis à un chrétien (voir Matthieu 16.19 note dans P. V., Matthieu 18.18) et d’accorder ou de refuser le par don des péchés (Jean 20.23). Avant de remonter auprès de son Père, il a rétabli Pierre dans le ministère particulier de berger en lui demandant de paître ses agneaux et ses brebis (Jean 21.16-17).
Le récit des Actes et les épîtres nous fournissent de nombreuses preuves de l’existence de ministères particuliers dans l’Eglise primitive : les douze occupent une place à part (cf. Actes 1.15-26), ils font nommer les « sept » pour servir aux tables (6.1-6).
Pierre a joué un rôle particulièrement important dans l’Eglise primitive. Jésus lui avait dit qu’il lui remettait les clés du royaume des cieux et, effectivement, c’est lui qui a ouvert la porte du salut aux Juifs (Actes 2), aux Samaritains (Actes 8) et aux païens (Actes 10). Par la suite, il apparaît comme l’un des personnages-clés de l’Eglise primitive (Actes 15 ; Galates 2.7-9, 11s.). Après son ministère dans l’Eglise de Jérusalem, il parcourt les régions de la Diaspora juive avec sa femme (1 Corinthiens 9.5) pour annoncer à ses compatriotes le salut en Jésus (cf. 1 Pierre 1.1 ; 5.1, 13).
Paul est appelé à son ministère par le Seigneur (Galates 1.1 ; 1 Timothée 1.12-16 ; Romains 1.1). Il établit des anciens dans chaque Eglise (Actes 14.23). Il s’adjoint des aides : Timothée, Tite, Luc, Marc, Silas. Dans ses lettres, il mentionne, à différentes reprises, des personnes qui ont des responsabilités particulières dans les Eglises.
Dans l’épître aux Galates (6.6), il parle de « ceux qui enseignent (katèchoumenas) ».
Dans la première épître aux Thessaloniciens, écrite peu de temps après leur conversion, il définit par trois participes ceux qui ont un rôle spécial dans la communauté : « ceux qui travaillent (kopiôntas) parmi vous, qui vous dirigent (proistamenoïs) dans le Seigneur et qui vous avertissent (nouthetountas) » (5.12).
Dans 1 Corinthiens 3-4, il consacre un passage important aux minitères particuliers dans l’Eglise, prenant son exemple et celui d’Apollos comme serviteurs (hyperétaï) de Christ, et économes (oïkonomoï) des mystères de Dieu (4.1) ouvriers avec (sunergoï) Dieu (3.9), qui ont pour tâche de planter et d’arroser ou, pour employer une autre image, de poser les fondations d’une maison et bâtir dessus. Leurs dons et leurs devoirs sont différents (3.5-11), mais ils sont « un » (3.8).
Dans 1 Corinthiens 12, Paul souligne à la fois le rôle de chaque membre du Corps (v. 7), même du plus faible (v. 24) et celui des ministères particuliers que Dieu a établis (v. 27-28) et qui ne sont pas l’apanage de tous (v. 29-30). Les trois ministères les plus importants pour le Corps sont mis en tête de liste et classés par ordre de priorité : premièrement des apôtres, deuxièmement des prophètes, troisièmement des docteurs. Parmi les dons énumérés au v. 28, notons aussi celui de gouverner (kubernèsis = pilote). Dans Actes 16.15-18, Paul recommande ceux qui sont les prémices, les premiers fruits de l’Asie (aparchè) « qui se dévouent au service des saints » (ce qui laisse supposer que les premiers convertis avaient souvent une responsabilité particulière dans les Eglises fondées). Il demande aux Corinthiens de se soumettre à de tels hommes « ainsi qu’à tous ceux qui prennent part à l’œuvre et qui travaillent » (v. 16).
Dans sa deuxième lettre aux Corinthiens, l’apôtre développe encore davantage sa conception du ministère de la nouvelle alliance, supérieur à celui de l’ancienne (3.1-6, 10). En être chargé est un effet de la miséricorde de Dieu (4.1) qui envoie (5.18) et devant qui le serviteur reste responsable (4.2). On ne peut l’exercer que par la puissance de Dieu (4.6-8), pour la gloire de Dieu et le bien de l’Eglise (4.15).
Dans la liste de Romains 12.7-8, nous trouvons « celui qui préside » (proistamenos). Dans la même épître est mentionnée une sœur « diacre » (diakonos) » de lEglise de Cenchrées qui a « aidé » (prostatis) beaucoup de personnes, dont l’apôtre (16.1-2).
Dans les épîtres de la captivité sont mentionnés des « évêques et des diacres » (Philippiens 1.1), des pasteurs-docteurs (Ephésiens 4.11), le « ministère » (diakonia) d’Archippe qu’il a reçu du Seigneur (Colossiens 4.17), l’apôtre s’adresse à un « fidèle collègue » et lui demande d’aider deux sœurs qui avaient de la peine à s’entendre (Philippiens 4.3) ; (c’est l’un des seuls endroits de ses lettres aux Eglises qui ne s’adressent pas à l’ensemble de la communauté).
Dans ces lettres, nous trouvons également différentes images soulignant des aspects variés du ministère des serviteurs de Dieu : ils sont « économes ou gérants des mystères de Dieu » (1 Corinthiens 4.1-2), « ambassadeurs de Christ » (2 Corinthiens 5.19-20), architectes (1 Corinthiens 3.10), ouvriers avec Dieu (1 Corinthiens 3.9 ; Matthieu 20.1), soldats de Jésus-Christ (2 Timothée 2.3 ; cf. … Philippiens 2.25 ; A. Vinet, 42, p. 14-15).
Ceux qui exerçaient ces ministères étaient clairement reconnus comme tels dans les Eglises : lorsque Paul appelle les anciens d’Ephèse à Milet, on savait fort bien qui envoyer (Actes 20.17), lorsqu’il recommande aux Thessaloniciens ceux qui travaillent parmi eux et qui les dirigent, on savait de qui il voulait parler (1 Thessaloniciens 5.12-13 ; cf. Hébreux 13.7, 17, 24). « Ils étaient là, connus et reconnus avec des devoirs, des droits et une autorité pour diriger la maison de Dieu pour son bien et pour la gloire de Dieu en elle » (G.H. Lang, 59, p. 88).
Le problème de la relation entre les charismes et les ministères (ou charges) dans l’Eglise a fait l’objet de nombreuses hypothèses et études théologiques. Nous n’entrerons pas ici dans ce débat1, nous contentant de relever les indications du N.T. et d’émettre quelques hypothèses pratiques.
1 Le développement le plus récent et le plus complet de la question est certainement la thèse de doctorat d’U. Brockhaus (72) qui fait l’historique des différentes propositions théologiques (p. 7-94) avant d’analyser les données du Nouveau Testament (p. 95-239). Pour la réfutation de la thèse récente de E. Käsemann que le ministère charismatique excluait toute autre forme de ministère organisé Essays on N.T. Themes, p. 63-94) voir R.Y.K. Fung « Charismatic versus Organised Ministry ? » Evang. Quarterly, 1980/4, p. 195-206.
1. Dans les premières Eglises et dans les documents les plus anciens du christianisme, nous rencontrons des organismes de direction : des apôtres et des anciens dans l’Eglise de Jérusalem, des anciens dans les Eglises de la Galatie (Actes 14.23), même dans de jeunes communautés, il y a « ceux qui dirigent » (1 Thessaloniciens 5.12) c’est-à-dire des conducteurs (Hébreux 13.7, 17, 24)2. Ces fonctions ont, depuis le début, certaines caractéristiques : durée, autorité, titre, légitimation, position spéciale de ceux qui les exercent (Brockhaus, 72, p. 237).
2 « A Thessalonique nous trouvons peu de mois après la fondation de l’Eglise (vers l’an 50) des fonctions de direction durables qui donnent à ceux qui les exercent une position spéciale facilement reconnaissable » (1 Thessaloniciens 5.12 ; U. Brockhaus, 72, p. 224).
2. Dans les listes de charismes, il est question des dons de présider et de gouverner (Romains 12.8 ; 1 Corinthiens 12.28). L’un de ces passages est introduit par une réflexion de l’apôtre qui met les charismes et les ministères sur le même plan (1 Corinthiens 12.4). Les reconstructions hypothétiques distinguant une « phase de direction charismatique » d’une autre phase ultérieure, où l’Eglise aurait été dirigée par des ministères institutionnels est donc fantaisiste même si elle a rallié presque l’unanimité des théologiens (Brockhaus, 72, pp. 45, 59, 70, 89, 238).
3. « Quand un charisme est effectivement mis au service de l’Eglise, sous la direction du Saint-Esprit, il devient un ministère (diaconia)... Dans son principe, un ministère est libreé ; il ne dépend que de l’appel du Seigneur. Il peut donc s’exercer en dehors de toute fonction officielle. Mais quand l’Eglise, afin de s’en assurer les services, en a confié l’exercice, au milieu d’elle, à un homme chez lequel elle a reconnu la réalité d’un charisme, alors le ministère devient une charge conférée d’ordinaire par une élection et, dans certains cas, consacrée par l’imposition des mains » (Jean Barnaud, 46, p. 318, cf. H. d’Espine, 44, p. 22).
« Le don est l’indice de la volonté du chef ; la charge est la marque de la reconnaissance du don par le Corps. C’est le don qui donne au ministère son influence ; la charge lui confère l’autorité » (F. Godet, 46, p. 37). « Les hommes, doivent être nommés à des positions de ministère et de responsabilité non sur la base de leur popularité ou de leur disponibilité, mais sur la base de leurs dons spirituels » (Kilinski-Wofford, 74, p. 54).
La procédure normale semble donc être la suivante :
3 La distinction entre ministère et charge, si elle est pratique pour concrétiser nos pensées, n’a cependant aucun fondement biblique. Dans tous les passages de nos Bibles dans lesquels apparaît le mot charge avec ce sens de « responsabilité confiée par l’Eglise », aucun mot grec correspondant ne figure dans l’original. Dans Actes 1.20 : « Qu’un autre prenne sa charge » (de Judas) nous trouvons le mot (épiskopèn : sa surveillance ; dans 1 Corinthiens 9.17 et Colossiens 1.25, c’est oikonomia (la gérance), mais elle est confiée par Dieu à l’apôtre ; dans 1 Timothée 3.1 (« la charge d’évêque »), il n’y a aucun mot dans l’original. Il nous faut donc être prudents et ne pas trop construire sur un fondement… inexistant.
Cette procédure a prévalu à plusieurs époques et dans différentes branches de l’Eglise. A certains moments de l’histoire, on a assisté à une résurgence de la valorisation des dons et de la direction de l’Eglise par des laïcs. Au cours de cette dernière décennie, l’idée a fait son chemin dans les Eglises historiques, surtout grâce au mouvement charismatique et à la multiplication des « Eglises de maison ».
La légitimité d’un ministère particulier dans les Eglises et son institution par les apôtres dès le début de la mission chrétienne n’a guère été contestée que par les théologiens libéraux des XIXe et XXe siècles. L’idée que le ministère était primitivement charismatique et que le ministère institutionnel en est une corruption ultérieure et qu’il s’est imposé après une période de conflit avec le premier est un lieu commun de la théologie libérale — réfuté péremptoirement par U. Brockhaus (Charisma und Amt, 72, v. plus loin). E. Käsemann a repris plus récemment l’idée que le ministère de l’Eglise primitive se trouve égale ment et suffisamment décrit dans la doctrine paulinienne des charismes (voir « Ministry and Community in the N.T. » in Essays on N. T. Themes (SCM, London 1964, p. 63-64, 78). Pour lui, l’édification de l’Eglise résulte de l’exercice libre des dons, pas de leur organisation.
J.N. Darby rejoint les mêmes conclusions par un autre chemin. Pour lui, « tout don en exercice est un ministère, un service accompli sous une responsabilité envers Christ… Les fonctions d’anciens, de diacres étaient des charges qu’il ne faut pas confondre avec les dons. L’état de ruine où se trouve aujourd’hui l’assemblée agit plus directement sur l’ordre apparent du côté des charges que sur le ministère même parce que l’homme peut entrer plus facilement dans ces matières par des arrangements extérieurs. Au reste, le Saint-Esprit suffit pour l’Assemblée à cet égard comme pour tout autre besoin pourvu qu’elle prenne la position où le Saint-Esprit la voit. L’amour suffit alors à tout ce que Dieu demande, et fera le meilleur profit de tous les moyens de bénédition que Dieu accorde » (Le Ministère, 02, p. 38, 50-51). L’Eglise ayant apostasié selon lui après la mort des apôtres, toutes les charges insti tuées devenaient caduques, seuls les ministères spontanés reposant sur des dons spirituels sont permanents et peuvent encore s’exercer sporadiquement aujourd’hui.
Cette théorie explique pourquoi dans les assemblées dites darbystes, il n’y a ni ancien, ni diacre officiellement nommé et pourquoi beaucoup d’assemblées de « Frères larges » sont jusqu’à ce jour réticentes devant l’institution de certains ministères bibliques. Pour Darby, le Saint-Esprit confère les ministères, seuls les apôtres ou leurs délégués conféraient des charges. Selon lui, les listes des dons des épîtres ne contiennent aucune allusion à des offices ecclésiastiques.
Or, le mot diakonia contenu dans la liste des dons de Romains 12 désigne ailleurs la charge d’ancien (Colossiens 4.17) et le plus souvent celle de diacre (Philippiens 4.1 ; 1 Timothée 3.8) ; Paul utilise les mêmes mots (présider, gouverner) dans les listes de dons (Romains 12.8 ; 1 Corinthiens 12.28) et dans les devoirs des évêques (1 Timothée 3.4-5 ; 5.17) ; pasteur est un don spirituel (Ephésiens 4.11), mais paître est la fonction des anciens (Actes 20.27 ; 1 Pierre 5.1). Apôtre est le premier don spirituel dans différentes listes, mais Paul et Barnabas ont été mis à part, pour leur ministère apostolique par l’Eglise d’Antioche (Actes 13.1), Paul parle « d’apôtres des Eglises » (1 Corinthiens 8.23).
On ne peut donc pas établir de distinction aussi tranchée entre les dons et les charges, le passage de l’un à l’autre étant très fluide. Nous reviendrons plus en détail sur cette question à propos des dons et des fonctions des anciens.
Le but des ministères particuliers a clairement été défini par l’apôtre Paul dans Ephésiens 4.12. Christ a donné les ministères d’apôtres, de prophètes, d’évangélistes, de pasteurs et docteurs
L’enchaînement de ces trois phrases prépositionnelles a été diversement compris. Certains exégètes y ont vu trois propositions parallèles, comme si le perfectionnement des saints, l’œuvre du ministère et l’édification du Corps de Christ étaient trois buts simultanés du ministère des apôtres, prophètes… ou trois aspects d’une même tâche ; mais le changement de préposition (pros, eis, eis) ne permet pas cette interprétation. D’autres voient le but ultime de leur ministère dans la première ou la troisième proposition, mais c’est oublier le deuxième membre de la phrase et ne pas faire justice au texte.
La structure de la phrase indique clairement une succession d’enchaînements aboutissant à un résultat final : l’édification du Corps de Christ ; mais ce ne sont pas les apôtres, prophètes, évangélistes, pasteurs et docteurs qui édifient directement ce Corps, ce sont les saints qui le font en accomplissant l’œuvre de leur ministère, c’est-à-dire les services conformément à leurs dons.
Quelle est alors la tâche de ces ministères particuliers ? D’équiper les saints pour qu’eux soient capables d’accomplir leur ministère dans le Corps. Le mot katartismos signifie préparer, rendre apte au service, complet ou parfait (v. A.K., 81, Pourquoi l’Eglise, p. 67-69). Ceux qui ont un ministère particulier dans l’Eglise sont donc essentiellement des formateurs, chargés d’initier les chrétiens à l’exercice de leurs dons dans un service ou ministère précis dans l’Eglise. Ce que l’apôtre entend par l’édification du Corps de Christ est expliqué par trois autres propositions introduites par des prépositions au v. 13 :
Cela signifie, pour l’Eglise, dépasser l’instabilité infantile (v. 14), professer la vérité dans l’amour (v. 15a), croître à tous égards en Christ (v. 15b) et de lui (16a), entretenir des relations harmonieuses entre les membres (16b). (Voir R.Y.K. Fung, E.Q., 82/3, p. 139-144). Ainsi tout le Corps croîtra « par l’activité qui convient à chaque partie » (Ephésiens 4.16 New English Bible). La condition est « que chaque organe remplisse son office suivant la fonction qui lui a été assignée et selon les forces et capacités qui lui ont été données pour suffire à ses besoins » (P.V.).
Dans ce passage, l’apôtre Paul définit donc clairement le rôle et la fonction de chaque membre du Corps : ceux qui ont été « donnés » comme apôtres, prophètes, évangélistes, pasteurs et docteurs, c’est-à-dire qui assument les « ministères principaux » dans l’Eglise ont pour mission d’équiper les chrétiens en vue de leur ministère.
Certains de ces ministères sont donnés à l’Eglise universelle (apôtres), d’autres sont liés à une Eglise locale (anciens, diacres), pour d’autres, il est difficile de décider s’ils font partie de l’une ou de l’autre (évangélistes, prophètes, docteurs). Suivant la sphère dans laquelle ils travaillent, ils servent une communauté locale précise ou différentes communautés : Jude et Silas étaient deux frères considérés de l’Eglise de Jérusalem qui y exerçaient le ministère de prophètes (Actes 15.22), mais qui feront bénéficier d’autres Eglises de leurs dons (v. 32). Philippe est évangéliste à Césarée (Actes 21.8), Timothée, qui a un ministère plus itinérant est exhorté à faire l’œuvre d’un évangéliste (2 Timothée 4.5). On ne saurait donc faire une distinction trop catégorique (comme W. Nee, 62, p. 73s, par exemple) entre les « ouvriers » et les ministères locaux.
On peut plutôt distinguer entre les ministères de fondation, d’édification, de direction et de service des Eglises. Beaucoup de ces ministères sont nommés aussi dans la littérature post-apostolique.
Les apôtres nommés dans la plupart des écrits du Nouveau Testament et dans tous ceux des Pères apostoliques (voir Dons pour le service, pp. 42-46).
Les évangélistes (Actes, Eph. et II Tim.), associés des apôtres, évangélistes locaux ou itinérants (v. DS, pp. 56-60).
Les prophètes (Actes, épître de Paul, Apoc., Didaché), les porte-parole de Dieu pour édifier, exhorter et consoler les croyants (v. DS, pp. 46-53).
Les docteurs (Actes, Paul, Jacques, Didaché, Barnabas, Hermas) qui exposent aux croyants les vérités éternelles du plan de Dieu (v. DS, pp. 60-65).
Les anciens ou évêques : Nous démontrerons plus loin l’équivalence de ces deux termes empruntés l’un au judaïsme, l’autre au paganisme. Ces ministères apparaissent sous l’une ou l’autre forme dans toute la littérature apostolique et post-apostolique (sauf dans l’épître de Barnabas). Paul, Clément de Rome et Hermas utilisent indifféremment l’un ou l’autre, la Didaché parle seulement d’évêques et de diacres, Polycarpe d’anciens et de diacres. C’est à eux que nous consacrerons l’essentiel de cette étude.
Les pasteurs : terme synonyme des deux premiers. Le nom est utilisé une seule fois (Ephésiens 4.11), Pierre et l’épître aux Hébreux l’appliquent à Christ en des termes qui supposent l’existence de pasteurs dans les Eglises. Le mot revient dans les lettres d’Ignace d’Antioche.
Les conducteurs (hègoumenoï) : terme utilisé dans les Actes (14.12 ; 15.22), dans l’épître aux Hébreux (13.7, 17, 24) et dans celle de Clément de Rome (1.3) ainsi que dans le Pasteur d’Hermas.
Les présidents, ceux qui dirigent (proïstamenos, proïstamenous) : expressions utilisées dans les épîtres de Paul.
Ces différents termes s’appliquent sans doute aux mêmes personnes, suivant les lieux ou les circonstances (comme on utiliserait les expressions chef du gouvernement, chef de l’Etat, président de la République pour parler de la même personne).
Les diacres : terme spécifique aux épîtres de Paul, mais l’office devait exister depuis Actes 6. Il reparaît dans presque toute la littérature patristique (sauf dans l’épître de Barnabas). Nous étudierons plus loin ce que la Bible en dit.
Les diaconesses ne sont nommées que dans Romains 16 (qui porte le masculin diakonos) et probablement dans 1 Timothée. Le mot atteste l’existence de ministères féminins dès les temps apostoliques.
Les veuves : la manière dont Paul en parle dans 1 Timothée 5.9-15 laisse supposer qu’il s’agissait d’une catégorie bien définie de servantes dans l’Eglise : elles étaient inscrites sur un « rôle » (v. 9) si elles satisfaisaient à un certain nombre de conditions d’âge, de moralité et de service chrétien préalable. Cela nous est confirmé par Polycarpe.
Le tableau ci-contre résume ces différentes données. Nous y avons inclus les écrits des premiers Pères apostoliques, non parce que leur autorité serait semblable à celle des livres du Nouveau Testament, mais pour montrer la continuité de ces ministères au-delà de la période néotestamentaire.
Il est évident que là non plus il ne faudrait pas élever des cloisons étanches entre ces différentes catégories : Paul était selon les cas et les moments : apôtre, docteur, prophète ou même diacre (1 Corinthiens 3.5 ; 2 Corinthiens 3.6 ; Ephésiens 3.7…), un ancien peut être à la fois conducteur et prophète, Ephésiens 4.11 implique que le pasteur soit aussi docteur.
La société actuelle traverse actuellement une crise marquée essentiellement par le refus de toute autorité4. Ceux qui n’ont jamais résolu leur « complexe d’Œdipe » cherchent à tuer leur « père » sous quelque forme qu’il se présente : maître, directeur, patron, magistrat, gouvernant… L’Eglise n’échappe pas à ce courant et tous ceux qui occupent quelque place de responsabilité se voient contester leur droit d’intervenir dans la vie d’autrui. Chacun pense savoir ce qu’il doit faire et n’avoir pas besoin d’exhortations ou d’avertissements des anciens et du pasteur. Sous peine d’être considérée comme retardataire, l’Eglise qui veut suivre le modèle biblique se doit d’affirmer le droit et le devoir de l’autorité dans l’Eglise.
4 Voir ICHTHUS N° 67, avril 1977, A. K. : Le Chrétien face à la crise de lautorité.
C’est, bien entendu, Jésus-Christ qui détient l’autorité suprême dans son Corps : il en est le chef. Mais, comme pour les autres fonctions, il délègue l’exercice de son autorité à ceux qui ont été institués dans l’Eglise locale à certaines fonctions directrices : apôtres, conducteurs, anciens, ceux qui « président » et qui « gouvernent ».
L’apôtre revendique cette autorité qu’il tient du Seigneur (1 Corinthiens 4.15 ; 2 Corinthiens 10.8 ; 13.10). Il donne des ordres et n’hésite pas à lancer des anathèmes (1 Corinthiens 7.8, 12 ; 16.22 ; Galates 1.8). Il a écrit à ses délégués d’agir avec autorité dans l’Eglise : « Que personne ne méprise ta jeunesse… ». « Reprends, censure, exhorte… » (1 Timothée 4.12 ; 2 Timothée 4.2). « Dis ces choses, exhorte et reprends avec une pleine autorité. Que personne ne te méprise » (Tite 2.15). Si les conducteurs doivent veiller sur les membres comme devant en rendre compte, ces derniers doivent obéir à leurs conducteurs (Hébreux 13.17). Les anciens doivent paître le troupeau de bon gré, par dévouement, en étant les modèles du troupeau, mais les jeunes sont exhortés à se soumettre aux anciens (1 Pierre 5.5).
L’exercice de l’autorité devient surtout délicat lorsque des membres refusent de se soumettre aux directives de la Parole. Le Seigneur et les apôtres indiquent la procédure à suivre dans ces cas (Matthieu 18.15-18 ; Romains 16.17 ; 1 Corinthiens 5.9-13 ; 2 Thessaloniciens 3.6-15 ; Tite 3.9-11). L’exercice collégial de la discipline dans l’Eglise évite les abus liés à l’esprit dominateur de certains hommes (3 Jean 9-10). La patience et l’amour viennent plus facilement à bout des résistances que la contrainte et l’esprit légaliste. Toutefois, il est des cas où une intervention énergique peut sauver à la fois l’assemblée et le frère qui sème le désordre. Et si ce dernier ne se laissait pas avertir, il faudrait du moins préserver l’Eglise de son influence plutôt que de laisser une situation se dégrader jusqu’au point de non-retour.
C’est peut-être dans l’exercice spirituel de l’autorité — entre l’autoritarisme et le laisser-aller — que l’équilibre est le plus difficile à trouver. Chacun de nous risque de pencher dans le sens où l’incline son tempérament, ses expériences et ses réactions personnelles, et d’être soit trop dur soit trop indulgent. Ceux qui détiennent un ministère d’autorité dans l’Eglise ont besoin de toute la sagesse du Seigneur pour l’exercer à sa gloire.
L. Morris nous donne une formule qui pare à la fois au danger de l’autoritarisme et du manque d’autorité. « Le ministre humain n’est rien de plus qu’un canal ou un instrument, dit-il, mais pour les autres, il est évident que Christ agit par son serviteur. Donc le ministre humain devra être hautement estimé. S’il n’est rien de plus que l’instrument de Christ il est cependant l’instrument de Christ et devra être honoré comme tel. Ses directives doivent être respectées et ses avertissements suivis. Il agit avec l’autorité du Seigneur. Peut-être pouvons-nous suggérer que le ministre devrait se considérer seulement comme serviteur du peuple de Dieu, mais que ce peuple le considère comme berger de son troupeau. La situation devient grave lorsque le ministre se considère comme le chef du troupeau ou lorsque les gens ne voient plus en lui que leur serviteur » (64, p. 77).
L. Richards cite Matthieu 2.25-27 où Jésus parle des chefs des nations pour mettre ses disciples en garde contre ce genre d’autorité.
1. Dans le monde, dit-il, les chefs sont placés au-dessus des administrés. En demandant à ses disciples de refuser d’être appelés maître, père ou directeur (Matthieu 23.9-10), Jésus a voulu les prévenir contre la tentation de se mettre à la place de Dieu qui dirige la vie de chaque chrétien directement.
2. Dans le monde, les chefs commandent et contrôlent le comportement de ceux qui sont placés sous leurs ordres. Ils exigent l’obéissance (fût-ce en maugréant intérieurement) et disposent de sanctions pour l’obtenir. Dans l’Eglise, l’important est la transformation intérieure de la personnalité, non la conformité extérieure à un modèle. Le dirigeant a donc comme premier objectif la relation vivante de chaque membre du Corps avec son chef pour que son Esprit puisse opérer les changements qu’il veut.
3. Dans l’Eglise, les dirigeants exercent surtout leur autorité en étant des modèles et en servant. Le service est aux antipodes du pouvoir. Le serviteur vit lui-même sous l’autorité d’un autre. Il ne dirige pas, il entraîne par son exemple (L. Richards, 81, p. 297-298).