Etre là où Dieu nous veut ne nous exempte pas d’épreuves et de souffrances. Au contraire, des temps de bénédictions particulières sont souvent suivis d’un temps d’épreuves où notre foi doit s’exercer. Ainsi, la victoire d’Elie au Carmel fut suivie d’une menace contre sa vie et d’une profonde dépression (1 Rois 19.1-4). C’est après son baptême et le témoignage de Dieu à son sujet que Jésus fut conduit par l’Esprit dans le désert pour être tenté par le diable (Marc 1.12-13). De son côté, Abram semble avoir été pris à l’improviste par la famine qui s’est abattue sur le pays.
Il était depuis peu de temps dans le pays de la promesse quand la confirmation extérieure des circonstances lui fit complètement défaut : une famine y survint. L’absence de confirmation extérieure n’est pas une preuve que nous nous sommes trompés sur la volonté de Dieu. Abram semble l’avoir cru et a voulu quitter le pays de la promesse pour se rendre en Egypte. Alors il a commencé à cogiter (ils vont prendre ma femme et me tuer) – au lieu de s’attacher aux promesses reçues : « Tu seras père d’une multitude ». Comment cette promesse pourrait-elle se réaliser s’ils me tuent ? Il aurait aussi dû appliquer la promesse à Saraï : si elle doit devenir la mère du fils de la promesse, je ne peux pas la laisser au pharaon. Dieu peut la protéger. Son comportement en Egypte fut le résultat évident d’un manque de foi.
Ils ne souffraient pas de la famine à Our ou à Harân, mais à présent, dans le pays de la promesse, ils sont soumis à une dure épreuve. « Ne soyez pas surpris si vous rencontrez une famine. Ce n’est pas une preuve de la colère du Père, mais elle est permise pour vous soumettre à l’épreuve – et vous enraciner plus profondément, comme l’ouragan amène l’arbre à plonger ses racines plus profondément dans le sol » (F.B. Meyer).
Des voyageurs ont sans doute raconté à Abram que la nourriture était abondante en Egypte (que les crues du Nil rendaient indépendante du régime des pluies) et, sans consulter Dieu, il a quitté le pays de la promesse pour s’y rendre. La logique a triomphé de la foi et il est passé à côté d’une expérience montrant que Dieu était capable de pourvoir à nos besoins, même en temps de famine.1
1 La faim est une épreuve douloureuse. Je me souviens d’une période de ma vie où toutes les pensées étaient monopolisées par la recherche de nourriture. C’est par la grâce de Dieu que je fus gardé de recourir à des moyens illégitimes. A plusieurs reprises, Dieu est intervenu – et ce fut chaque fois une occasion d’actions de grâce. Ce genre d’expérience nous aide à comprendre ceux pour lesquels la sous-alimentation est une réalité durant toute leur vie et à remercier Dieu pour le « pain quotidien ».
Dieu a certainement permis cette famine pour éprouver la foi d’Abram. Il lui avait promis qu’il s’occuperait de lui dans le pays qu’il avait choisi pour lui. La famine semblait infirmer cette promesse. Abram n’a pas résisté à ce défi, car il est tout de suite parti en Egypte. Esaïe dira plus tard : « Malheur à ceux qui s’en vont en Egypte pour avoir du secours, et qui comptent sur les chevaux, qui mettent leur confiance dans le nombre des chars et dans la grande force des équipages, mais ne regardent pas vers le Saint d’Israël et ne se soucient pas de l’Etemel ! » (Esaïe 31.1).
Si Abram est parti de Harân en 2092 av. J.-C., il a pu arriver en Egypte en 2090 ; à cette époque, la capitale était Héracléopolis à une centaine de kilomètres au sud de Memphis. C’est par là qu’il a dû se diriger, puisque nous lisons qu’il était en contact avec le pharaon.
« Un péché en entraîne souvent un autre. Cela fut le cas pour Abram. Puisqu’il avait omis de faire confiance à Dieu en Canaan, il a commis ensuite un péché plus grave en mentant au sujet de sa femme. Il s’est entendu avec elle pour dire qu’elle était sa sœur et non sa femme. Il est vrai qu’elle était sa demi-sœur (20.12) ; il y avait donc un élément de vérité dans ce qu’il disait. Mais, l’on ne saurait admirer Abraham dans cette circonstance. Ce n’était certainement pas une période où sa foi était forte… S’il craignait ce qui pouvait lui arriver en Egypte, il aurait dû rester en Canaan, que Dieu lui avait assigné, et faire confiance à l’Eterne » (L.S. Wood Genesis, p. 64).
Dans Genèse 12.13, Abraham propose de dire que Saraï est sa sœur. Etait-ce un mensonge ? Dans les textes de Nuzi, il est question d’une pratique des classes supérieures de la société hourrienne qui permettait à une femme d’être adoptée par son mari comme sa sœur; en outre, une femme donnée en mariage par son frère (comme dans le cas de Rébecca donnée à Isaac par Laban) devenait légalement la sœur de son mari. Puisque Abram avait passé une partie de sa vie à Harân (une ville hourrienne), il a peut-être été soumis à cette coutume. De plus, il était le demi-frère de Saraï.
Le pharaon fit preuve d’un sens moral dont Abram ne l’avait pas cru capable, à la honte de celui-ci : il refusait de s’emparer de la femme d’autrui et renvoya Abram en lui laissant en troupeaux le prix qu’il avait payé pour Saraï.2
2 Pourquoi Dieu a-t-il puni le pharaon, alors qu’Abram et Saraï lui avaient menti ? Voir entrée EDB I sur Genèse 12.10-20. Comment se fait-il que, par trois fois (cf. 20.2-3 ; 26.6-11), un patriarche ait fait passer sa femme pour sa sœur auprès d’un souverain étranger ? Voir entrée EDB I sur Genèse 12.11-16. Les craintes d’Abram étaient-elles vraiment fondées ? Voir entrée EDB I sur Genèse 12.11-12.
« Dieu ne laissa personne les persécuter ; pour les protéger, il punit des rois. ‘Ne maltraitez pas ceux qui me sont consacrés et ne faites pas de mal à ceux qui sont mes prophètes’ » (Psaume 105.14-15). « Une nous traite pas selon le mal que nous avons commis, il ne nous punit pas comme le méritent nos fautes » (103.10).
Dans cet épisode, Abram est « l’homme de peu de foi » (O. Funcke). Ce récit est le témoignage de l’entière véracité des écrits bibliques, puisqu’ils ne taisent pas les fautes de leurs héros – ce qui fortifie notre confiance en eux.
En l’expulsant d’Egypte, le pharaon aida Abram à retrouver le chemin conforme au plan de Dieu : il partit en direction du Néguev et se rendit à Béthel, « c’est-à-dire à l’endroit où était l’autel qu’il avait précédemment érigé, et il y pria l’Eternel » (13.4). C’était certainement une prière de repentance, d’humiliation, et en même temps de reconnaissance.
« Ce récit a pour but de nous éclairer sur le motif de l’appel divin : la promesse d’une postérité et d’un pays n’est pas liée à la vertu d’Abram, mais à la seule initiative de Dieu. L’élection relève de la grâce de Dieu, de son projet de salut… Dieu agit dans la réalité du péché humain pour accomplir son plan de salut » (R. Benz, p. 11-12).
Abram ramena avec lui Loth – dont le cœur était resté en Egypte – et Agar, l’esclave égyptienne, qui sera pour lui la source de difficultés qui se perpétuent encore parmi les descendants d’Abram.
Après l’Egypte, Abram revient à Béthel. « C’est une leçon importante pour nous : si nous avons pris un mauvais chemin – par ignorance ou volontairement – si nous avons essayé de faire l’œuvre de Dieu à notre manière, si nous avons cru savoir mieux que lui, et si nous sommes descendus en Egypte, alors nous sommes obligés de retourner là où nous avons rompu notre communion avec Dieu, où nous l’avons connu et où nous avons été réellement en communion avec lui, où nous l’avons appelé par son nom, où nous avons eu confiance en lui, et où nous l’avons adoré. Nous devons revenir à notre autel : à la croix où les péchés ont été expiés une fois pour toutes » (D. Jackman, p. 42). Cela implique se repentir, confesser son péché et recevoir le pardon et la purification qui découlent de la croix. A Béthel, Dieu a restauré Abram.
Les nombreuses richesses qu’Abram a ramenées d’Egypte seront une autre source de difficultés. En effet, les pâturages du pays où lui et Loth s’établirent ne suffisaient pas à leurs deux troupeaux, de sorte qu’il y avait constamment des disputes entre leurs bergers.
« Toute l’Ecriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, réfuter, redresser et apprendre à mener une vie conforme à la volonté de Dieu » (2 Timothée 3.16). Si elle nous présente certains faux chemins qu’ont embrayé les hommes de foi du passé, c’est pour nous avertir de ne pas nous égarer comme eux. La Parole de Dieu ne jette pas le voile du silence sur les faux pas des héros de la foi. Elle nous montre que c’étaient des hommes faillibles – comme nous. Nous n’avons pas à les idéaliser là où l’Ecriture ne le fait pas, mais à imiter leur foi (non leurs faux pas).
La descente d’Abram en Egypte fut clairement une faute. Devant la difficulté qui se présentait à eux (par la famine), il aurait dû dire à Saraï : « Dieu sait pourquoi il nous fait passer par cette épreuve. Nous voulons nous agenouiller ensemble et lui demander de nous protéger ». Au lieu de cela, il a imaginé un moyen humain pour s’en sortir. Mais dès qu’il l’a envisagé s’est présenté à lui une autre difficulté : la beauté de sa femme (12.11). Pour une femme, la beauté est plutôt vue comme un avantage (qui peut devenir un piège !). Pour Abram, c’était un danger potentiel – dans son idée. Il imagine un schéma de difficultés résultant de cette circonstance : « Quand les Egyptiens te verront, ils se diront : ‘C’est sa femme.’ Ils me tueront et te laisseront en vie ». Et Dieu dans tout cela ? Abram a-t-il pensé aux promesses qu’il lui avait données et qui allaient être annulées si ses appréhensions se réalisaient ? On a l’impression que Dieu était complètement absent de ses pensées à ce moment-là. Lorsque les enfants de Dieu quittent le droit chemin, Dieu se sert parfois de païens pour leur rappeler leurs devoirs – comme ce fut le cas pour Abram qui a dû se laisser redresser par le pharaon. Humiliant !