L’archéologie confirme la Bible

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Au temps de l’exode

Avant l’Exode

La date de l’exode

La date de l’exode est une date à problèmes, car les indices bibliques et certaines découvertes archéologiques paraissent actuellement contradictoires. L’une des dates proposées, au 15e siècle av. J.-C. est appelée la chronologie « longue » ; l’autre, au 13e siècle av. J.-C. la chronologie « courte ». Le Nouveau Dictionnaire Biblique (Ed. Emmaüs) propose, en deux colonnes, côte à côte, les détails des deux propositions de dates les plus plausibles puis, dans une série de notes, les explications des points difficiles (p. 463-469, voir surtout la conclusion p. 469 et ci-dessous le paragraphe « Date de l’exode »).

Le pharaon de l’oppression

« Un nouveau roi qui n’avait pas connu Joseph … » (Exode 1.8). Etait-ce Ramsès II ? Même s’il l’avait connu, il ne pouvait que le mépriser car il avait été un Asiate et il était au service du régime honni des Hyksos. Ahmosis est souvent identifié avec « le pharaon qui n’a pas connu Joseph ». D’après la chronologie « longue », c’est celui qui a expulsé les Hyksos et fondé la 18e dynastie.

Si l’exode a eu lieu en 1447 (chronologie « longue »), le « pharaon de l’oppression » était Thoutmosis III. Il est connu dans l’histoire par son attitude hostile envers les étrangers (contrairement aux Hyksos). Son fils Aménophis II serait alors le pharaon de l’exode. Il a fait de grandes campagnes jusqu’en Syrie. Sa réponse à Moïse (Exode 5.2) correspond à l’image que les hiéroglyphes nous en donnent. D’après les documents de l’époque, chaque ouvrier devait fabriquer 50 briques par jour.1

1 Egypte : briques cuites au soleil : voir Images du monde biblique p. 31, Des pierres qui parlent p.75.

Pendant les 40 années qu’Israël passa dans le désert, Thoutmosis IV poursuivit une politique de conquête et d’asservissement de la Palestine et de la Syrie. Il réduisit à ce point la force combative du pays de Canaan que ses habitants dépendirent bientôt du pouvoir de l’Egypte. L’Eternel avait promis : « Je sèmerai la panique devant vous. Je mettrai en déroute tous les peuples chez lesquels vous entrerez et je ferai s’enfuir tous vos ennemis devant vous. J’enverrai devant vous les frelons pour chasser les Héviens, les Cananéens et les Hittites. Cependant, je ne les chasserai pas en une seule année, pour que les terres ne soient pas abandonnées et que les bêtes sauvages ne s’y multiplient pas à vos dépens. C’est petit à petit que je les déposséderai en votre faveur » (Exode 23.27-30). Deutéronome 7.20 fait aussi allusion à ces insectes : « L’Eternel enverra contre eux les frelons pour faire périr les rescapés qui se seraient cachés pour t’échapper ». Josué 24.12 dit également : « J’ai envoyé devant vous les frelons qui ont chassé les Phéréziens, les Cananéens, les Hittites, les Guirgasiens, les Héviens et les Yébousiens comme je l’avais fait pour les deux rois des Amoréens. Ainsi ce ne sont ni vos épées ni vos arcs qui vous ont donné la victoire ». Nous nous rappelons que le frelon était le symbole de Thoutmosis III et de ses successeurs.

La mort du fils aîné d’Amenhotep II lors des plaies d’Egypte a été confirmée par une inscription sur la base du Sphinx de Gizeh. Lorsqu’on a dégagé les sables qui l’entouraient, on a trouvé une inscription mentionnant que Thoutmosis IV s’était endormi au pied du Sphinx ; dans un rêve, le Sphinx lui apparut et lui révéla qu’un jour il serait roi d’Egypte et qu’il devrait dégager le sable à ses pieds ; c’est donc qu’il n’était pas l’héritier légitime destiné à être roi — et que celui-ci allait périr — avant d’accéder au trône.

D’après la chronologie « courte », Ramsès donna son nom (Pi-Ramsès-Méri-Amon) à l’ancienne capitale des Hyksos, Avaris, (Exode 1.11). Les archéologues cherchèrent longtemps cette ville, de tertre en tertre. En 1929, le professeur Pierre Montet, de la faculté de Strasbourg, entreprit des fouilles près d’un village de pêcheurs nommé San situé à 50 km au sud-ouest de Port-Saïd. Les fouilles qui durèrent trois ans mirent au jour de nombreux vestiges : statues, sphinx, stèles et beaucoup de silos à grain et d’entrepôts. Il n’y avait pas de doute : c’était l’ancienne capitale de Ramsès II.

Le célèbre archéologue américain W.E.F. Albright dit au sujet de cette époque : « Dans l’état actuel de nos connaissances de la topographie de la partie orientale du delta, les précisions données par la Bible au sujet du début de l’exode (Exode 12.37 ; 13.20) sont absolument exactes, géographiquement parlant. Nos connaissances de la topographie et de l’archéologie nous fournissent un grand nombre de preuves du caractère historique du livre de l’Exode. Il faut que nous nous mettions dans la tête que l’attitude de scepticisme que certains prennent vis-à-vis des anciennes traditions historiques d’Israël n’est plus justifiée. Même la date du départ, au sujet de laquelle on a si longtemps ergoté, peut être à présent fixée avec des risques d’erreur mini- mes… En la plaçant vers 1290 av. J.-C., nous ne pouvons guère nous tromper, car les premières années du règne de Ramsès II furent surtout occupées par les constructions entreprises dans la ville à laquelle le roi donna son nom »2

2 Cité par W. Keller dans La Bible arrachée aux sables p. 97.

Les travaux des Hébreux en Egypte

Pendant les 18e et 19e dynasties, l’Egypte a laissé des traces de la confection de briques pour les constructions des pharaons. Dans une caverne de la région du delta du Nil, là où vivaient les Hébreux, l’Anglais Newberry découvrit en 1890 des peintures représentant des silhouettes étrangères en train de fabriquer des briques. Les personnages portent des costumes différents de ceux des Egyptiens qui les surveillent, leur peau est blanche et leur profil très accusé. L’inscription qui accompagne ces dessins dit que ce sont des « habitants des sables » c.-à-d. des Sémites. Leur chef s’appelait Abichaï, un nom que nous retrouvons dans 1 Samuel 26.6. Il porte une sorte de toge aux rayures multicolores, comme celle que Jacob avait donnée à son fils Joseph et qui excita la jalousie de ses frères. L’un des hommes du groupe joue sur une lyre à huit cordes (cf. Psaume 6 et 12).

L’Exode nous apprend qu’en Egypte, les Hébreux étaient obligés de confectionner des briques avec l’argile déposée par les crues du Nil. Pour ce faire, ils devaient prélever le limon, le mélanger à de l’eau pour former une boue consistante, y introduire de la paille pour augmenter la résistance des briques qu’ils devaient modeler et sécher au soleil. Normalement, chaque équipe de quatre hommes devait fournir 3000 briques par jour. Après que Moïse eut demandé au pharaon de permettre au peuple de sacrifier au désert, les chefs de corvée informèrent les Hébreux qu’on ne leur fournirait plus de paille, qu’ils devaient se la procurer eux-mêmes sans que la production imposée soit diminuée (Exode 5.11).

Le dessin d’une peinture tombale de Thèbes (1450 av. J.-C. de la 18e dynastie) montre les différentes étapes de la fabrication des briques: 1. L’eau est tirée d’une mare. 2. De la boue est mixée avec de l’eau. 3. La boue est chargée sur les épaules d’un homme qui va la porter à ceux qui moulent les briques. 4. Les briques sont moulées et disposées en rangées sur le sol pour le séchage. 5. Un esclave construit un mur. 6. Un inspecteur surveille les ouvriers un bâton en mains. 7. Les briques sont séchées et transportées à l’aide d’un balancier. 8. L’ouvrier revient avec son balancier vide.

« Sur les murs de la tombe de Rekhmiré, vizir de Thoutmosis II, on peut voir un groupe d’hommes d’origines diverses occupés à divers stades de la fabrication des briques ; certains puisent de l’eau dans une mare avec des jarres, d’autres la mélangent à la terre pour en faire de la boue, d’autres encore alignent des rangées de briques superposées à l’aide d’un moule à briques creux et rectangulaire, ou transportent les briques séchées sur le site de la construction. Les surveillants égyptiens, armés d’une mince baguette, surveillent le travailé » (P. Lawrence Atlas de l’histoire biblique p. 32).

On sait par les documents de l’époque que l’on introduisait dans l’argile destinée aux briques de la paille et de la balle de céréales, car on savait par expérience que cela donnait des briques de meilleure qualité. Le papyrus Anastasi de Memphis fait allusion à des travailleurs « faisant leur nombre quotidien de briques » ; ailleurs, il déclare : « Il n’y avait personne pour faire les briques et pas de paille dans les environs ». « A partir de l’an 5 de Ramsès II (vers 1286-1275 av. J.-C. de la 19e dynastie), les comptes concernant les briques sont enregistrés sur un rouleau de cuir qui se trouve actuellement au musée du Louvre. On y lit entre autres que quarante ‘chefs d’entreprise’ devaient atteindre un rendement de 2000 briques chacun (c.-à-d. 80000 briques en tout). A l’ouest de Thèbes, on accordait aux ouvriers des jours de congé pour toutes sortes de raisons, y compris pour ‘faire des offrandes à leur dieu’ ; de la même façon Moïse demanda pour son peuple un ‘congé’ afin d’aller adorer dans le désert (Exode 5.1). On a aussi l’exemple, sous le règne de Ramsès II, d’enrôlement forcé de groupes de non-Egyptiens pour travailler sur les chantiers de construction » (K. A. Kitchen Traces d’un monde p. 116).

« Dans l’Egypte impériale des 14e et 13e siècles av. J.-C., la construction, à travers toute l’Egypte et la Nubie, des énormes monuments imaginés par les pharaons, nécessitait un déploiement considérable de main-d’œuvre. Les rois de la 18° dynastie avaient expulsé le gouvernement étranger des Hyksos, réunifié l’Egypte et établi un empire au nord, en Syrie-Palestine, et très loin au sud, jusqu’en Nubie, le long de la Vallée du Nil… Ramsès II (de la 19e dynastie) fut l’un des pharaons les plus remarquables de tous les temps. L’un de ses premiers actes fut de proclamer la fondation d’une nouvelle capitale, Pi-Ramsès, le ‘domaine de Ramsès’, tout autour du palais de son père, au nord d’Avaris. C’est peut-être cette ‘résidence du Delta’ des rois ramessides qui est désignée sous le nom de Ra’amsès dans le livre de l’’Exode (1.11)» (K.A. Kitchen Traces d’un monde p. 114).

Moïse

Hatshepsout

D’après certains auteurs, ce fut la princesse Hatshepsout qui a sauvé Moïse des eaux et fut par la suite sa protectrice. Elle fut associée au gouvernement par son père Thoutmosis Ier et devint la réelle souveraine pendant 16 ans sous Thoutmosis II puis Thoutmosis III. Elle mourut en 1485 av. J.-C.

Il peut être tentant d’identifier la princesse qui a sauvé Moïse avec l’une des plus célèbres : Hatshepsout, mais rien, ni dans la Bible, ni dans l’histoire, n’appuie cette identification. En fait, à la cour égyptienne, il y avait toujours beaucoup de princesses (puisque le pharaon avait beaucoup de femmes et de concubines).

Thoutmosis Ier n’avait pas de fils qui aurait pu devenir son successeur légitime. C’est pourquoi il a marié le fils qu’il avait eu d’une concubine avec sa fille Hatshepsout, qui était en fait sa demi-sœur. Ce fils pouvait donc gouverner sous le nom de Thoutmosis II. Lui non plus n’avait pas de fils et maria le fils qu’il avait eu d’une concubine avec la fille de sa femme Hatshepsout. Aussi longtemps que ce fils, nommé Thoutmosis III, était mineur, Hatshepsout exerça la régence. Elle continua à régner lorsque son gendre fut devenu majeur. C’est durant ce temps que Moïse grandit. Lorsque Thoutmosis fut finalement capable de prendre le gouvernement en main, il avait développé une telle haine de sa belle-mère qu’il a détruit toutes ses statues et fait éliminer au ciseau toutes les inscriptions qui portaient son nom. Cela explique pourquoi il a aussi poursuivi tous les Hébreux de sa haine et que nous ne trouvons aucune mention d’eux dans les monuments égyptiens.

Le fait que Hatshepsout ait reconstruit et embelli le temple de Serabit au Sinaï pendant la vie de Moïse peut avoir amené des pèlerinages autorisés des Israélites pendant toute sa vie et même au cours du règne de Thoutmosis III pendant qu’il était occupé par les campagnes en Palestine et en Syrie. Ces pèlerinages pouvaient constituer un précédent pour la demande de Moïse d’aller sacrifier pendant trois jours au désert.

Les plaies d’Egypte

« L’ordre des plaies correspond à celui de désastres analogues dans l’Egypte moderne. Les mots égyptiens et les noms employés dans la Bible font penser que le récit a été écrit par quelqu’un qui a vécu dans le pays et qui le connaissait bien. Aucun scribe du temps d’Esdras, vivant à Babylone ou en Judée, n’aurait pu atteindre à une telle précision dans les détails » (Rendle Short Archaeology Gives Evidence p. 27).

Date de l’exode

La stèle de MernePtah (1213)3 mentionne une victoire de ce pharaon sur Israël. Il s’y vante d’avoir « ravagé Israël ». C’est la première mention extra-biblique d’Israël – qui nous prouve qu’au 13e siècle av. J.-C., le peuple était déjà installé en Canaan.4

3 Voir une reproduction de la stèle de MernePtah dans A. Millard Trésors des temps bibliques et Des pierres qui parlent p. 100 ; Voir une reproduction de l’obélisque dans Le monde de la Bible (Sator-EBV) p. 48.

4 Pour un traitement plus complet de la date de l’exode, voir EDB (Encyclopédie des Difficultés Bibliques) sur Exode 1.8 : A quelle date eut lieu l’exode ? Voir les arguments en faveur d’un exode en 1447 av. J.-C. et en faveur de 1270 av. J.-C. dans P. Lawrence Atlas de l’histoire biblique p. 36-37. Défendent la « chronologie longue » (au 15e siècle) : le Nouveau Dictionnaire Biblique (Emmaüs), l’Introduction à l’Ancien Testament (Archer – Emmaüs). La « chronologie courte » (au 13e siècle) : Thompson L’archéologie à la lumière de la Bible (Ligue pour lect. Bible), le Nouveau Commentaire Biblique (Emmaüs), Kitchen : Traces d’un monde PBU : A. Millard ; Atlas de la Bible (Sator).
P. Lawrence reprend la question au moment de la conquête de Canaan. Sur les différents sites identifiés la présence humaine est davantage attestée vers 1230 qu’en 1400. Donc la première date « semble mieux convenir » mais « tous les éléments susceptibles d’être pris en compte ne concordent pas » (Id. p. 49).

Après la période des Hyksos, il n’y a pas trace de constructions pendant trois cents ans, jusqu’à la 19e dynastie. A Tanis et Qantir, les deux sites possibles de la ville de Ra’amsès, et à Tell el-Maskhutah et Tell el-Retaba, les sites probables de Soukkoth et Pithom, on a retrouvé des monuments des premiers rois de la période des Hyksos, puis de nombreux monuments de Sethi I et surtout de Ramsès II et de ses successeurs. La 18e dynastie n’apparaît nulle part sur ces sites. C’est pourquoi il est probable que les cités de Pithom et de Ramsès destinées « à servir de centres d’approvisionnement» (Exode 1.11) furent construites dans les premières années de la 19e dynastie. Les années d’oppression des Hébreux tomberaient donc dans cette période, et pas antérieurement à 1300 av. J.-C.

La mention d’Israël sur la stèle de Merneptah à Thèbes est suivie de signes indiquant que l’installation du peuple dans le pays n’est pas terminée. Si l’exode est située sous le règne de Ramsès II (env. 1290-1224 av. J.-C.), cela nous fournit la mention d’un contact entre son successeur et les Israélites au début de leur installation en Canaan (D’après Rendle Short Archaeology Gives Evidence p. 26).5

5V G. Archer (Introd. à l’A.T.) argumente en faveur de la date de l’exode au 15e siècle en s’appuyant sur 1 Rois 6.1 ; Juges 11.26 et Actes 13.19-20.

Le contexte de l’exode

Si Moïse quitta l’Egypte vers 1480, au temps où la princesse Hatshepsout dominait le pays et s’il a été le favori de la princesse, il n’avait pas à espérer de grâce de Thoutmosis III.

La mer des Roseaux

L’AT parle de la « mer des Roseaux » (Josué 2.10), le NT de la « mer Rouge » (Actes 7.36 ; Hébreux 11.29). Or, il n’y a pas de roseaux sur les bords de la mer Rouge. Il est difficile de reconstituer l’itinéraire du peuple, car le creusement du canal de Suez a complètement transformé le paysage ; le passage de « la mer » a peut-être eu lieu sur l’emplacement actuel de ce canal.

La poursuite des Israélites par les Egyptiens (Exode 14)

F. Michaeli (qui ne saurait être accusé de fondamentalisme) dit que « des historiens ont vu dans ce récit une légende sans fondement historique et ont souligné le caractère invraisemblable du récit : la colonne de fumée et de feu, l’eau formant une muraille à droite et à gauche des Israélites qui traversent à pied sec, les roues des chars égyptiens enlevées ou bloquées par Dieu lui-même, la disparition de toute l’armée du Pharaon, etc. Cette opinion n’est plus guère suivie aujourd’hui. Même ceux qui voient dans le récit un développement de la tradition dans le sens d’une amplification surnaturelle, ne contestent pas la réalité d’un événement historique qui s’est produit, alors qu’ils renoncent à le reconstituer réellement. La foi d’Israël repose sur le souvenir réel d’une délivrance qui ne peut pas avoir été fictive. Que les textes écrits ne puissent plus nous donner toutes les indications exactes que nous souhaiterions avoir, n’empêche pas de penser qu’un événement exceptionnel s’est produit dans lequel les anciens Hébreux ont vu l’intervention puissante et libératrice de la main de YHWH.

« On fait valoir parfois que si les faits s’étaient déroulés comme le raconte le livre de l’Exode, un tel événement (surtout l’engloutissement de l’armée du Pharaon dans la mer) aurait laissé des traces dans l’histoire de l’ancienne Egypte. Or, aucun document égyptien ne mentionne cette défaite et ne confirme l’histoire biblique. Mais cet argument a beaucoup moins de portée qu’on ne lui en donne parfois. D’abord parce que des événements assez comparables se sont produits sur les frontières du pays et sont attestés par des documents archéologiques. Un papyrus égyptien du XIIIe siècle avant J.-C. prouve que des troupes de nomades venant d’Asie passaient la frontière égyptienne à l’est du delta du Nil, et étaient tolérées par les autorités du pays. Ces mouvements de va-et-vient n’étaient donc pas rares et ne pouvaient surprendre. Ensuite, l’événement si important pour les Hébreux à cause de sa signification religieuse et théologique ne correspondait sans doute qu’à un incident mineur pour les Egyptiens. Une défaite militaire ne pouvait être que partielle sans donner lieu à des rapports qui auraient été conservés dans les archives royales, comme l’étaient les victoires retentissantes. On ne peut guère s’étonner du silence des textes égyptiens. Nous ne devons pas attendre un rapport de cet événement dans les annales égyptiennes, pas plus que nous n’attendrions une description de la semaine de la Passion dans les annales de César. Pour César, c’était sans importance » (Exode p. 123-124).

De plus, les annales égyptiennes consignées sur les stèles et les monuments ne mentionnent que les victoires des armées égyptiennes, jamais leurs défaites déshonorantes.

Michaeli conclut donc que « l’authenticité de l’événement ne peut guère être mise en doute ».

Les Israélites au désert

Une piste chamelière mène de la région du Nil aux montagnes du Sinaï. Au début du voyage, nous dit la Bible, les Israélites marchèrent trois jours sans trouver d’eau. Des nomades peuvent bien parcourir une soixantaine de kilomètres (trois jours pour une colonne composée de troupeaux) sans trouver de point d’eau, car ils emportent toujours de l’eau dans des outres en peau de chèvre.

Pourquoi Moïse n’a-t-il pas pris la route la plus directe, le long de la mer, pour se rendre en Canaan ? Tout d’abord à cause de l’ordre de Dieu (Exode 3.19), ensuite, il savait que des postes-frontière fortifiés étaient installés tout le long de cette route. Si les Hébreux avaient passé par là, des sentinelles auraient vite donné l’alarme et les fuyards auraient été repoussés par des tireurs d’élite et des chars d’assaut. Comme Moïse connaissait les lieux, il prit un autre chemin, obliquant vers le sud où il n’y avait plus de fortifications.

Le premier point d’eau que les Hébreux découvrirent fut la source appelée aujourd’hui Aïn Havarah dont l’eau est « amère », c.-à-d. salée et sulfureuse. A 20 km plus au sud se trouve l’oasis de Wadi Gharandel, riche en palmiers et en sources, que la Bible appelle Elim.

Après avoir quitté Elim, « les Israélites arrivèrent au désert de Sin, qui s’étend entre Elim et le Sinaï » (Exode 16.1). Répondant à leurs plaintes, l’Eternel leur fournit tous les jours de la manne (Exode 16.4-5). Puis se produisit le miracle des cailles. C’était le printemps, l’époque où les passereaux quittent l’Afrique torride pour se rendre en Europe. L’une de leurs routes passe par la mer Rouge et la Méditerranée orientale. Souvent, les oiseaux, fatigués de leur voyage, se posent sur les rives de la mer Rouge pour reprendre des forces avant de franchir les montagnes qui les séparent de la Méditerranée. Encore de nos jours, les bédouins attrapent souvent des cailles à la main au printemps et en automne.

Quant à la manne, on n’en connaît pas la nature. L’une des hypothèses est d’y voir une sécrétion du tamaris se produisant à la suite de la piqûre d’une cochenille spéciale de la presqu’île du Sinaï. En 1483, le doyen Breitenbach de Mayence, qui avait fait un pèlerinage au Sinaï, écrivit : « Dans toutes les vallées autour du Sinaï, on trouve encore de la manne céleste que les moines et les Arabes récoltent et vendent aux pèlerins et aux étrangers. Ce pain céleste tombe le matin comme la rosée ou le givre et s’accroche aux brins d’herbe, aux pierres et aux branches des arbres. Il est doux comme du miel et colle aux dents quand on le mange ».

En 1923, les Allemands organisèrent une véritable recherche de la manne. Deux botanistes y participèrent. Ils confirmèrent le rapport de Breitenbach et rapportèrent des photographies de la manne. Suivant les années, les bédouins ramassent tous les matins entre un kilo et un kilo et demi par homme : une ration largement suffisante pour l’alimentation d’un adulte.6

6 D’après W. Keller La Bible arrachée aux sables p. 105-106.

Pendant les quarante ans qu’il a passés au désert, Moïse était en relation avec les Qéniens. Il a épousé une femme qénienne, fille d’un prêtre de Madian. Le mot qénien signifie forgeron. Or, la région au sud de la mer Rouge est riche en minerais de fer et de cuivre (Deutéronome 8.9) exploités depuis très tôt. Les « mines du roi Salomon » se trouvent dans cette région. Ce sera là que Moïse fera fabriquer le « serpent de bronze » (Nombres 21.9). C’est sans doute aussi de là que provenaient les épées et les poignards qu’Israël a utilisés contre ses ennemis (Exode 17.13 ; Nombres 21.24 ; Deutéronome 13.15 ; 20.13).

Rephidim

« Toute l’assemblée des Israélites s’éloigna étape par étape du désert de Sin selon les directives de l’Eternel. Ils campèrent à Rephidim où ils ne trouvèrent pas d’eau à boire… Les Amalécites vinrent attaquer Israël à Rephidim » (Exode 17.1, 8).

Rephidim est l’actuelle oasis de Feiran, « la perle du Sinaï ». C’est la seule oasis au sud du massif montagneux et l’on comprend que les Amalécites aient voulu en garder le monopole. D’où la lutte qui s’engagea entre Israël et eux (Exode 17.8-13).

Le peuple assoiffé ne trouva pas d’eau à boire. Sur ordre de l’Eternel, Moïse frappa le rocher et l’eau en jaillit. En 1930, des soldats britanniques étaient en train de creuser dans le sable au pied d’une paroi rocheuse. Leur sergent, agacé par leur lenteur, arracha la pelle des mains de l’un d’eux et heurta accidentellement le rocher. La croûte calcaire de la surface se brisa et un filet d’eau jaillit de la roche. Le rocher que Moïse frappa était certainement d’une autre nature puisque tout le peuple put se désaltérer de l’eau qui en jaillit.

Mines dans le Sinaï

Job 28.1-8 décrit une mine. On a trouvé de telles mines de turquoise dans le Sinaï avec des inscriptions en hiéroglyphes datées de 3000 à 1150. Les mineurs venant du pays de Madian adoraient Dieu dans un temple sur le plateau à plus de 800 m d’altitude, dans lequel on a trouvé des inscriptions mentionnant Hatshepsout. Le culte était semblable au culte israélite avec des holocaustes, un autel pour brûler de l’encens et quatre bassins pour les ablutions.

Le tabernacle

Pour la construction du tabernacle, les femmes israélites sacrifièrent leurs anneaux, leurs bracelets et leurs miroirs. Cette mention nous paraît étrange parce que nous pensons à nos miroirs en verre. Mais ces miroirs étaient inconnus dans l’antiquité. Leurs miroirs consistaient en plaques de cuivre finement polies. On en a retrouvé dans les tombes égyptiennes.

L’alliance du Sinaï

Moïse n’eut « aucun besoin d’inventer de toutes pièces ses lois ou son alliance : elles étaient formulées dans le patrimoine culturel des modes de vie hautement développés qui existaient déjà depuis longtemps à cette époque, au 13e siècle av. J.-C. ; 87 siècles s’étaient déjà écoulés depuis les premières tentatives de sédentarisation, par exemple à Jéricho. Abraham arrive tard dans l’histoire, dans un monde grouillant qui avait déjà derrière lui plus de 80 siècles d’une expérience culturelle très diversifiée » (K. A. Kitchen Traces d’un monde p. 33).

« La forme selon laquelle est exprimée l’alliance dans l’Exode et le Lévitique, puis dans le Deutéronome (ainsi qu’en Josué 24) n’est ni arbitraire ni accidentelle. En effet, cette forme est propre à toute l’époque de l’Exode, courante aux 14e et 13e siècles av. J.-C., mais on peut affirmer d’après tous les documents dont nous disposons qu’elle n’apparaît jamais aux époques antérieures et postérieures » (K. A. Kitchen Id. p. 118).

Les alliances de cette époque se présentent toujours suivant le schéma suivant :

Titre ou Préambule
Prologue
Les Lois
Epilogue
a/b Bénédictions, malédictions.

« Aucun fait ne nous autorise à attribuer à la première alliance au Sinaï et à ses renouvellements une date postérieure à celle des documents dont ils se rapprochent le plus, c.-à-d. le 13e siècle, jusque vers 1200 av. J.-C. au plus tard» (K.A. Kitchen Traces p. 125).

Cela ruine le dogme selon lequel le Deutéronome ne pouvait pas être séparé des réformes de Josias en 621 av. J.-C. Ceux qui ont échafaudé ce dogme n’ont tenu aucun compte des caractéristiques du 2e millénaire qui apparaissent clairement dans le Deutéronome. « On ne peut qualifier de ‘tardif’ (c.-à-d. datant seulement du 1er millénaire) ni les mots, ni le concept même de l’alliance. Les conclusions précédentes montrant que ces alliances sont conformes à celles du 2e millénaire, sont établies à partir de 40 traités répartis en 54 éditions, sans compter les plus petits fragments » (Id. Ibid. p. 128).

« Ce que l’on sait des pratiques anciennes des scribes interdit de remettre en question le fait que Moïse ait pu établir un document tel que le Pentateuque à partir de sources antérieures. Moïse était certainement familier du système d’écriture hiéroglyphique égyptien; il est possible qu’il ait également appris l’akkadien, langue des Babyloniens, mais aussi langue diplomatique de l’époque. L’écriture alphabétique était connue à l’époque de Moïse… La similitude des alliances bibliques — Exode, Lévitique et Deutéronome — et des traités contemporains donne à penser qu’elles furent compilées par quelqu’un qui avait une certaine expérience de la diplomatie. Moïse aurait le profil requis » (P. Lawrence Atlas de l’histoire biblique p. 39).

Ceux qui refusent la paternité du Pentateuque à Moïse prétendent que la langue serait celle de la monarchie hébraïque. « Mais, même si le texte fut ‘modernisé’ à une date ultérieure, la paternité littéraire de Moïse ne s’en trouve pas pour autant nécessairement infirmée » (Id.).

Les lois du Pentateuque

En 1947, Francis Steele découvrit un code de lois plus ancien que ceux des Hittites ou d’Hammourabi : celui Lippit-Ishtar (19e siècle av. J.-C.). On a même trouvé un code du 21e siècle av. J.-C. au musée de l’Ancien Orient d’Istanbul, qui fut déchiffré en 1952. Beaucoup de lois commençant par « si… » ressemblent à celles du Pentateuque. Par exemple, le paragraphe 53 du code d’Eshnuma (19e siècle) déclare : « Si le bœuf de quelqu’un blesse mortellement celui d’un autre, les deux propriétaires des bœufs se partageront le prix du bœuf vivant et la dépouille de celui qui est mort ». Cette loi est semblable à celle d’Exode 21.35 : « Si le bœuf de quelqu’un blesse mortellement celui d’un autre, le bœuf vivant sera vendu et les deux propriétaires se partageront l’argent et le bœuf tué ».

En général, les lois des Hébreux diffèrent de celles des autres Mésopotamiens par un respect plus grand de la vie humaine. Par exemple, selon le code d’Hammourabi, un maître pouvait tuer son esclave sans être inquiété, parce que l’esclave était sa propriété, tandis que le maître hébreu était traduit en justice pour meurtre.

Le mont Sinaï

On a proposé beaucoup de localisations de ce mont où Dieu a confié la Loi à Moïse. Celle qui semble correspondre le mieux à Horeb, le mont de Dieu, reste, depuis le 4e siècle, le Djebel Moussa (mont de Moïse) derrière le couvent Ste Catherine dont les moines ont creusé 3000 marches dans les pentes abruptes pour faciliter l’ascension aux pèlerins et aux touristes.

Le rapport des espions (Nombres 13)

Moïse avait posé une série de questions aux envoyés qui devaient revenir avec les réponses (v. 18-20). La première question se rapportait au peuple du pays : « s’il est fort ou faible, nombreux ou pas ? ». Les données archéologiques montrent que dans la période pré-israélite (du Bronze récent), la région montagneuse se dépeuplait, car les forêts recouvraient une grande partie de ces régions dont la population était très clairsemée. La Galilée n’était guère occupée.

La deuxième question concernait le pays : « s’il est bon ou mauvais ? ». Les fruits que les espions rapporteront répondront de manière éloquente à cette question (v. 23).

La troisième question se rapportait aux villes : « sont-elles ouvertes ou fortifiées ? ». L’archéologie nous renseigne sur la région montagneuse : c’était un patchwork de petits états dont aucun n’était important. Il n’y avait pratiquement aucune ville fortifiée. Le rapport aurait dû signaler que cette région n’était que peu peuplée et que les habitants vivaient dans des villes ouvertes.

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