Tous ceux qui appartiennent à Christ ont reçu le Saint-Esprit (Ro. 8.9), mais ont-ils tous été baptisés en lui ? Actuellement, une partie des chrétiens répond négativement à cette question et fait du « baptême du Saint-Esprit » mentionné dans la Bible une seconde étape dans la vie chrétienne.
Qu’en dit l’Ecriture ? Dans quel sens emploie-t-elle cette expression ?
Si nous voulons connaître le sens exact des expressions bibliques, ce n’est pas pour le plaisir de chicaner sur des mots. L’enjeu est bien plus important. « On admet d’emblée que ce qui importe, c’est la bénédiction (désignée par les termes de « baptême de l’Esprit » ou de « Pentecôte ») ; mais si nous voulons savoir quelle est la nature de cette bénédiction, nous ne trouverons la réponse qu’en suivant la pensée de Dieu telle qu’elle nous est révélée par les paroles qu’il utilise lui-même dans les Ecritures. Si nous croyons dans la pleine inspiration de la Bible, il nous faut reconnaître que ses expressions sont inspirées, qu’elles sont toujours employées avec discernement et que la vérité sur un sujet quelconque sera trouvée par un examen détaillé des expressions qui ont des nuances de sens différentes. Si nos pensées s’expriment par les mots que nous employons, pourquoi en serait-il autrement des paroles de Dieu » (G. Scroggie).1
1 The Baptism of the Spirit (166), pp. 7-8.
J. Stott dit de son côté que cette question de terminologie « a des effets considérables sur notre compréhension de notre propre cheminement chrétien aussi bien que sur la manière dont nous conseillerons d’autres. »2
2 Baptism and Fullness (178), p. 21.
En effet, si le baptême du Saint-Esprit est une expérience différente de la conversion, nous devrons la rechercher pour bénéficier de tout ce que Dieu nous a réservé. Si l’expression se rapporte à notre nouvelle naissance, nous sommes d’ores et déjà en possession de toutes les bénédictions et qualifications requises pour mener une vie de victoire et servir efficacement le Seigneur. A nous de mettre ces dons latents en œuvre. Toute notre attitude pratique dépend donc de cette question et nous ne saurions l’étudier avec assez d’attention.
L’histoire nous apprend quelles graves conséquences des confusions de mots ont eues dans la chrétienté (repentez-vous, traduit par : faites pénitence, presbytres (anciens) par& : prêtres, mystère par sacrement, l’évolution de sens des mots évêques, diacres, confesser, l’appellation « baptême » accolée à une cérémonie qui n’a rien de commun avec le baptême biblique…)
Il ne suffit pas d’apposer l’étiquette « baptême du Saint-Esprit » sur une expérience faite par de nombreux chrétiens, il faut encore que les auteurs inspirés aient employé cette expression dans le même sens et qu’ils aient eu en vue la même réalité.
L’expression « baptême du Saint-Esprit » ne se rencontre nulle part dans la Bible, mais, dans sept passages, il est question de « baptiser dans le Saint-Esprit ». Six d’entre eux reproduisent ou rappellent la prophétie de Jean-Baptiste : « Moi, je vous ai baptisé d’eau ; lui, il vous baptisera du Saint-Esprit » (Mc. 1.8).
Si nous voulons comprendre ce qu’est le baptême du Saint-Esprit selon la Bible, il nous faut donc tout d’abord nous demander ce que le Baptiste voulait dire par là.
Si nous rassemblons les éléments fournis par les quatre évangiles où cette parole est citée, voici dans quel contexte cette parole se situe :
« Les sacrificateurs et les lévites demandèrent à Jean : Pourquoi donc baptises-tu si tu n’es pas le Christ, ni Elie, ni le prophète ? Jean leur répondit : Moi, je baptise d’eau, mais au milieu de vous il y a quelqu’un que vous ne connaissez pas, qui vient après moi ; je ne suis pas digne de délier la courroie de ses souliers » (Jn. 1.25-27).
« Déjà la cognée est mise à la racine des arbres : tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu. Moi, je vous baptise d’eau pour vous amener à la repentance, mais celui qui vient après moi est plus puissant que moi et je ne suis pas digne de porter ses souliers. » (Mt. 3.10-11.)
« Lui vous baptisera dans l’Esprit-Saint et par le feu. Il a le van à la main pour nettoyer son aire et amasser le froment dans son grenier ; quant à la balle, il la brûlera dans un feu qui ne s’éteint pas » (Luc 3.16-17).
Nous constatons :
3 I believe (72), p. 126.
Si nous voulons comprendre la prophétie de Jean-Baptiste, nous devrons tout d’abord nous demander ce que son baptême signifiait à ses yeux — en nous gardant d’introduire dans sa pensée des notions postérieures qui lui étaient étrangères, ou même des conceptions apparues tardivement dans l’histoire de l’Eglise et qui auraient été étrangères même aux apôtres et aux premiers chrétiens. Nous devrons donc essayer de nous replacer dans la situation de Jean-Baptiste et nous demander d’une part quel sens il donnait à son geste symbolique, d’autre part ce qu’il pouvait savoir de l’Esprit de Dieu et de l’œuvre du Messie. En faisant le joint entre ces deux éléments, nous ne risquons pas de nous écarter trop loin du sens premier de cette parole énigmatique. Pour répondre à ces deux questions, nous avons une source sûre où le Baptiste puisait certainement son inspiration : ce sont les écrits inspirés de l’ancienne alliance. Les traditions, usages et interprétations des divers mouvements juifs contemporains de Jeanpeuvent constituer une source complémentaire à laquelle, cependant, il nous faudra puiser avec circonspection.
Le baptême de jean se rattache à toute une lignée d’actes symboliques accomplis depuis des siècles par les Juifs. La loi imposait des bains rituels et des ablutions pour purifier de diverses souillures (Lé. 6.22-28 ; 11.25-28 ; 13.6, 34 ; 14.8 ; 15.5, 13 ; 16.6, 7 ; 17.15 ; 22.6 ; No. 8.6, 7 ; 19.7, 8, 19, 21 ; 31.24). Le lépreux devait être immergé le premier et le septième jour de sa purification. Naaman fut guéri en se plongeant sept fois dans le Jourdain (2 R. 5.14).
Avant de revêtir les vêtements sacrés, le souverain sacrificateur devait aussi se laver entièrement dans un bain de purification, le jour des expiations (Ex. 29.4 ; Lé. 16.4, 24, 26). Les pharisiens ont multiplié les ablutions pour purifier les objets et les personnes (Mc. 7.1-5 ; Mt. 15.1-2 ; Luc 11.37-41). Dans chaque maison, de grands vases servaient à ces ablutions (Jn. 2.6).
A l’époque de Jean-Baptiste, les Esséniens imposaient à leurs disciples des ablutions fréquentes et un bain quotidien.4
4 Josèphe : Bell. 2,8, 9-10, 12, 13.
Il en était de même dans la « communauté de la Nouvelle Alliance de Damas »5 et dans la communauté de Chirbet Qumrân où ces différents rites annonçaient la grande purification qui aurait lieu à la fin des temps. L’eau de purification « nettoie de toute iniquité » et prépare le royaume à venir.6
5 Voir règle 33 de l’« écrit de Damas ».
6 Manuel de Discipline III. 7-9. Voir : Joseph Thomas : Le mouvement baptiste en Palestine et en Syrie (150 avant Jésus-Christ à 300 après Jésus-Christ), Gembloux (Belgique) 1935. Beasley-Murray : « Jewish Baptizers and the Qumrân Community » in : Baptism in the N.T., pp. 11-18.
Les prophètes s’appuient sur ces rites pour attirer l’attention sur la purification intérieure dont ils étaient le symbole (Es. 1.16). Le psalmiste les met en rapport avec le pardon des péchés (Ps. 51.4, 9).
Lorsque les Juifs voyaient donc Jean baptiser, la première idée qui leur venait était celle d’une purification — non seulement des mains ou d’une autre partie du corps, mais de l’homme tout entier, puisque Jean pratiquait le baptême par immersion totale comme le montrent aussi bien le terme baptizô7 qui signifie plonger, immerger, que certains détails significatifs : « Jean baptisait à Enon près de Salim parce qu’il y avait là beaucoup d’eau » (Jn. 3.23). « Dès qu’il eut été baptisé, Jésus sortit de l’eau » (Mt. 3.16). Le baptême chrétien reprendra cette forme en la chargeant de significations complémentaires (cf. Ac. 8.36-39).
7 Voir A. Kuen : Le baptême, pp. 131-142.
La repentance, c’est-à-dire le changement de l’attitude intérieure, créait en eux les dispositions qui les préparaient au pardon des péchés et à la purification que le Messie opérerait.
Lorsque Jean faisait donc le parallèle entre son baptême et celui du Christ, les auditeurs comprenaient tout d’abord que, par le baptême de l’Esprit, ils seraient lavés de leurs péchés. L’Esprit dont le Messie disposera fera en eux ce que l’eau ne pouvait que représenter symboliquement.
« L’homme ne peut que baptiser d’eau, administrer le signe, quant à la grâce signifiée, l’Esprit-Saint et son œuvre, le Seigneur seul l’a en sa puissance » (L. Bonnet).8 « Revêtu de la puissance même de Dieu, le Messie accomplira réellement le salut » (J.S. Javet).9
8 Le N.T expliqué : (Lausanne, 1880), T.I., p. 18.
9 L’Evangile de la grâce (Labor, Genève, 1957), p. 54.
« L’eau est le symbole de la purification objective par le pardon : l’Esprit opère la purification intérieure, réelle, par la sanctification » (F. Godet).10 « Le baptême d’eau a une signification essentiellement négative : il purifie de… Mais le baptême de l’Esprit est une œuvre positive : il confère une nouvelle vie en Dieu » (L. Morris).11
10 Commentaire sur l’évangile de St. Luc (Paris, 1888), T. I. p. 247.
11 Gospel oj John (New Intern. Comm. N.T.), p. 153.
C’est bien ce que les prophètes avaient annoncé : « En ce temps-là, le germe de l’Eternel aura de la magnificence et de la gloire… Et les restes de Sion seront appelés saints. après que le Seigneur aura lavé les ordures des filles de Sion et purifié Jérusalem du sang qui est au milieu d’elle, par le souffle (ruach, généralement traduit par esprit) de la justice (ou : du jugement) et par le souffle de la destruction » (un souffle d’incendie, un esprit qui détruit par le feu) (Es. 4.2, 4).
Dans ce verset, nous trouvons donc les principaux éléments de la prophétie de Jean-Baptiste : l’action de laver, de purifier, l’esprit, le jugement, le feu.
« Je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés : je vous purifierai de toutes vos souillures et de toutes vos idoles. Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau… Je mettrai mon esprit en vous» (Ez. 36.25-27). C’est ce texte que Jésus avait sans doute à l’esprit lorsqu’il parlait à Nicodème de naitre d’eau et d’esprit et qu’il reprochait à ce docteur d’Israël de ne pas savoir ces choses (Jn. 3.5).12 Ce texte d’Ezéchiel constituerait donc une référence commune aux deux images du baptême de l’Esprit et de la nouvelle naissance.
12 Voir R. F. Doulière : Naïtre d’eau et d’esprit. ICHTHUS n° 19 (1-72), pp. 25-28.
« En ce jour-là, je répandrai sur la maison de David et sur les habitants de Jérusalem un esprit de grâce et de supplication… En ce jour-là, une source sera ouverte pour la maison de David et les habitants de Jérusalem, pour le péché et pour l’impureté » (Za. 12.10-13.1).
Et le texte classique de Joël 3.1-5 que Pierre citera lors de la Pentecôte met le salut (v. 5) en relation avec l’effusion de l’Esprit (v. 1).
Ces textes étaient connus des Juifs et les aidaient à comprendre à la fois la signification du baptême de Jean et sa prophétie. A Qumräân, par exemple, on faisait le parallèle entre les ablutions et la purification par l’Esprit de Dieu. Un texte parle d’une « purification par l’esprit de vérité comme par de l’eau lustrale » (1 QS 4.20 ss.). Un autre passage emploie exactement les mêmes formules à propos des rites baptismaux de la secte (1 QS 3.6-11).13 Il s’agit donc là de pensées qui avaient cours au temps de Jean-Baptiste.
13 Cités par M. A. Chevalier : Esprit de Dieu, paroles d’hommes (37), p. 87.
Le baptême du Saint-Esprit parle donc, en premier lieu, de purification, de pardon des péchés, de salut. C’est bien la signification que les apôtres lui ont donnée, comme nous le verrons dans les épîtres.
D’autres éléments pouvaient s’y rattacher. Nous ne sommes pas certains que les auditeurs de Jean-Baptiste ont fait le rapprochement entre son baptême, celui du Messie et certains événements de l’histoire du peuple d’Israël ou certains actes symboliques ordonnés aux Juifs. Mais nous savons que les apôtres ont fait ces parallèles avec le baptême chrétien. Nous nous contenterons donc de les évoquer ici, pour les reprendre plus loin.
Le baptême de Jean pouvait rappeler aux Juifs :
14 Voir G. Millon : Préface au baptême chrétien (16, rue des peintres, F 68100 Mulhouse), pp. 18-20.
15 « Les preuves semblent indiquer qu’il est probablement plus ancien que le baptême chrétien » (H.H. Rowley). « Nous pouvons admettre comme pratiquement certain que le rite était connu aux temps de notre Seigneur et qu’il a constitué effectiverment une partie de l’arrière-plan du baptême de Jean » (F.F. Bruce : Answers to Questions (29), p. 67).
En appliquant « aux Israélites eux-mêmes ce baptême proprement réservé aux impurs issus du paganisme… Jean affirmait donc que tout homme est impur aux yeux de Celui qui s’approche pour juger. Non pas impur d’une souillure extérieure, mais d’une souillure plus profonde, que les fils d’Abraham eux-mêmes avaient contractée, la souillure du péché qui ne se lave véritablement que dans le baptême de la repentance. En sorte qu’il faut l’accepter pour être véritablement compté parmi ceux qui seront ramassés dans les greniers célestes. Il ne suffit pas d’avoir Abraham pour père ! Dieu prépare pour son Oint une communauté nouvelle, purifiée par la repentance du cœur. Le baptême est à la fois le signe de cette repentance et celui de l’agrégation à ce reste à qui le salut est promis » (F.J. Leenhardt).16
16 Le baptême chrétien (113), pp. 10-11.
T.W. Manson pense que Jean invitait les Juifs à confesser que, par leur péché, ils avaient perdu leur statut de fils d’Abraham et qu’ils devaient prendre un nouveau départ, tout comme les prosélytes païens.16 a
16 a T.W. Manson : The servant-Messiah (1953), pp. 44 ss., cité par Howley : A N.T. Commentary ickering-Inglis, 1969), p. 213.
Les textes rabbiniques nous apprennent que le païen baptisé était considéré comme ayant passé par une nouvelle naissance, il était aussi pur qu’un nouveau-né.17
17 Voir Strack-Billerbeck : Kommentar zu den Evangelien aus Talmud und Midrasch, in loc. cit.
Ces notions de nouveau départ, nouvelle naissance, agrégation au reste messianique ont donc pu être associées au baptême de Jean par ses auditeurs. Elles seront, en tout cas, associées au baptême chrétien par les apôtres.
Toutes les significations relevées pointent dans la même direction : vers la purification, le pardon des péchés, le salut, l’entrée dans le pays promis, la mort et la résurrection, la nouvelle naissance, l’agrégation au peuple du Messie, c’est-à-dire vers l’œuvre initiale et essentielle de renouvellement que le Christ opère en ceux qui croient en lui.
J. Stott fait remarquer que, dans l’évangile de Jean, la prophétie concernant le baptême dans l’Esprit est exprimée par un participe présent : « Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre, c’est le baptisant d’Esprit (ho baptizon) » (Jn. 1.33) : l’expression même que Marc emploie pour caractériser Jean-Baptiste (Mc. 1. 4 ; 6.14, 24). C’est donc l’une des caractéristiques principales du ministère de Jésus que son précurseur relève.18 Comme le dit J. Huby : « C’est toute la mission du Christ que symbolise cette image du baptême dans l’Esprit. »19 C’est « la grande nouveauté messianique » (G. Millon).
18 J. Stott : Baptism and Fullness (178), pp. 22-27.
19 Evangile selon St. Marc (Verbum Salutis, Paris, 1927), p. 13.
Or, l’œuvre essentielle du Christ, les apôtres l’ont constamment rappelé, c’est le salut, la régénération de l’homme, le pardon de ses péchés et l’implantation d’une nouvelle nature en lui, c’est le don de la vie éternelle. En effet, comme le fait remarquer M. Desaedeleer : « Pourquoi Jean-Baptiste aurait-il donné une si grande importance au baptême du Saint-Esprit dans le ministère de Jésus, si celui-ci ne se rapportait pas à l’entrée dans le Royaume ? Jean-Baptiste aurait-il considéré la deuxième bénédiction d’un baptême du Saint-Esprit comme plus importante que l’entrée dans le Royaume ? »20 — à supposer qu’il y ait une deuxième bénédiction !
20 Le Baptême du Saint-Esprit est-il subséquent à la conversion ? (47), p. 36.
En entendant ces paroles du précurseur, aucun de ses auditeurs n’a pu penser à un revêtement de puissance pour le service, une expérience marquée par des phénomènes extraordinaires et qui nous conférerait des dons spirituels. Accoler de telles notions à la prophétie de Jean-Baptiste, c’est agir au mépris des règles les plus élémentaires d’une saine interprétation qui veut que l’on prenne d’abord les paroles bibliques dans le sens qu’elles avaient dans la bouche de ceux qui les ont prononcées et dans l’esprit des premiers auditeurs.
Matthieu et Luc ajoutent : « il vous baptisera dans l’Esprit et par le feu » (Mt. 3.11 ; Luc 3.16). S’agit-il d’un autre baptême ou d’un effet du baptême de l’Esprit ?
La parole de Jean-Baptiste est encadrée de deux images qui soulignent l’action destructrice du feu : « tout arbre qui ne produit pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu » (Mt. 3.10 ; Luc 3.9) ; « il brûlera la balle dans le feu qui ne s’éteint pas » (Mt. 3.17 ; Luc 3.12). Dans l’Ancien Testament, le feu est souvent associé au jugement et à la destruction des impies (Es. 31.9 ; Am. 7.4 ; Mal 4.1). Il se pourrait donc que cette deuxième partie de l’expression se rapporte à la fonction de Juge que le Messie exercera lors de son retour.21 Ce serait pour cette raison que, « dans les autres passages du Nouveau Testament, il n’est plus question que d’un baptême de l’Esprit. Jésus a éteint le feu de la colère divine de sorte que, pour entrer dans le nouvel éon, il suffit de recevoir le baptême de l’Esprit. »22
21 Quand les incroyants seront anéantis le souffle (pneuma = esprit) de sa bouche (2 Th. 2.8). Jésus s’était arrêté au milieu de la phrase d’Esaïe 61.1-2 lorsqu’il l’a lue dans la synagogue de Nazareth (Lu. 4.16-19), laissant le « jour de vengeance de notre Dieu » pour un avenir plus lointain. La prophétie de Joë. 3.1-5 citée par Pierre à la Pentecôte n’a eu, elle aussi, qu’un accomplissement partiel jusqu’à présent (v. Ac. 2.20). Pour cette interprétation, voir M. Unger : Baptism and Gifts of the Holy Spirit (188), p. 48 ; J.F. Walvoord : The Doctrine of the Holy Spirit (191), p. 165.
22 M. Desaedeleer op. cit. (47), p. 39.
Cependant, comme le remarquent F. Godet et J. Dunn, le Saint-Esprit et le feu sont étroitement associés « sous l’action de la même préposition et du même article (en pneumati hagio kaï puri) donc, conclut Godet, ils ne peuvent différer que par une nuance. »23 Il n’y a qu’un seul « baptême-de-l’Esprit-et-de-feu ».24
23 Op. cit. (note 10), p. 247. Voir J. Dunn : Baptism (51), p. 11.
24 E. Bonnard : Evangile selon St. Matthieu (Delachaux, 1963), p. 38.
La distinction serait, non au niveau du baptême, mais de ses effets sur les personnes qui le reçoivent : « le feu désigne aussi l’Esprit, mais au point de vue de son œuvre négative, la destruction, chez le fidèle, de tout ce qui entraverait la consécration du nouvel homme, de tout ce qui doit périr. Le feu représente donc bien un jugement, mais le jugement bienfaisant qui accompagne la sanctification et complète le salut. »25
25 F. Godet op. cit. (note 10), p. 248, cf. F.F. Bruce op. cit. (29), p. 40. « Il est certain que le feu est un signe de jugement (v. Es. 31.9 ; Am. 7.4 ; Mal. 4.1), mais dans l’eschatologie juive, le feu symbolise, non seulement la destruction des impies, il parle aussi de la purification des justes (ce qui est aussi jugement, mais non destruction : v. Es. 1.25 ; Za. 13.9 ; Mal. 3.2 ss.). Jean a parlé du feu comme purificateur et destructeur » (J. Dunn op. cit. (51), p. 12).
« Le feu est le symbole de l’Esprit en tant qu’il pénètre avec une irrésistible puissance et purifie les métaux les plus durs » (L. Bonnet).26 Il symbolise « la purification complète et définitive opérée par la puissance même de Dieu » (J.S. Javet).27
26 Le NT. expliqué (note 8), T.I., p. 18.
27 Op. cit. (note 9), p. 54.
Cette interprétation peut aussi s’appuyer sur des passages de l’Ancien Testament où le feu purifiera les enfants de Dieu « comme on purifie l’argent, comme on épure l’or » (Za. 13.9 ; Mal. 3.2-4). Les rabbins parlaient même d’un baptême de feu pour purifier l’homme « car toute l’eau ne suffit pas pour un bain complet de Dieu. Es. 66.15 : « Voici l’Eternel arrive dans un feu. » Ils emploient les expressions : « bain dans le feu », « immersion dans le feu », en s’appuyant sur No. 31.23 : « Tout objet qui peut aller au feu, vous le ferez passer par le feu pour le rendre pur. Mais c’est par l’eau de purification que sera purifié tout ce qui ne peut aller au feu. »28
28 Sanh. 39a cité par Strack-Billerbeck : Kommentar zu den Evangelien aus Talmud u. Midrasch T.I., pp. 121-122.
Peut-être est-il possible d’allier les deux sens : ceux qui acceptent le baptême du Saint-Esprit seront purifiés de leurs péchés, ceux qui refusent ce feu purificateur aujourd’hui doivent s’attendre au feu du jugement.
« Comme il se trouvait avec eux, il leur recommanda de ne pas s’éloigner de Jérusalem, mais d’attendre ce que le Père avait promis, ce que je vous ai annoncé, leur dit-il, car Jean a baptisé d’eau, mais vous, dans peu de jours, vous serez baptisés du Saint-Esprit. Vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit survenant sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem. »
Avant son départ, Jésus rappelle la parole prophétique de Jean-Baptiste, avec une légère variante significative : Jean avait prédit que celui qui viendrait après lui, baptiserait du Saint-Esprit. Jésus assigne cette fonction au Père en employant, comme tout bon Juif, la forme passive (« vous serez baptisés du Saint-Esprit ») dans laquelle on pouvait parler de Dieu sans le nommer. Preuve de la profonde unité entre le Père et le Fils dans l’envoi du Saint-Esprit.
Par la précision : « dans peu de jours », le Seigneur met cette prédiction directement en relation avec l’événement de Pentecôte. Jésus caractérise le baptême du Saint-Esprit qui devait avoir lieu à la Pentecôte par trois traits :
Les disciples ont associé baptême du Saint-Esprit et venue du Royaume de Dieu (v. 6). Effectivement, la Royauté de Dieu commencera réellement quand des hommes seront morts à leurs ambitions et leurs conceptions personnelles (première phase du baptême : mort à soi) et qu’ils seront ressuscités à une nouvelle vie sur laquelle Dieu peut régner. Jésus contredit la fausse conception judaïque et matérialiste de la venue de ce règne (v. 7) et lui oppose la vraie : l’extension de ce règne par le témoignage des disciples « à Jérusalem, dans la Judée, dans la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre » (v. 8). Cette extension sera possible car, lorsque le Saint-Esprit viendra sur les disciples, il les revêtira en même temps de la puissance nécessaire à ce témoignage.
De même, plus tard, dès qu’un homme naît de nouveau, il reçoit en même temps la puissance pour le témoignage (Jn. 15.27 ; 1 Pi. 2.9). C’est pourquoi les nouveaux convertis sont souvent les témoins les plus zélés et les plus courageux de Jésus-Christ.
Le terme de « baptême » n’est pas employé à propos du récit de la Pentecôte mais, dans son discours, l’apôtre Pierre reprend l’une des expressions que le Seigneur avait appliquées au baptême de l’Esprit : « ce que le Père a promis » (1.4) : « Elevé par la droite de Dieu, il a reçu du Père l’Esprit-Saint qui avait été promis et il l’a répandu » (2.33). Par là, il identifie clairement l’événement de Pentecôte avec la promesse du baptême de l’Esprit annoncé dix jours auparavant.
Nous ne reviendrons pas ici en détail sur cet événement. Rappelons simplement :
On a fait remarquer que, pour beaucoup de chrétiens, le verset le plus important dans le récit de la Pentecôte est Ac. 2.4 : « Ils furent tous remplis du Saint-Esprit et se mirent à parler en d’autres langues » — oubliant qu’il s’agit là d’un phénomène exceptionnel sans doute jamais répété dans les Actes (langues étrangères comprises) et d’un groupe particulier (les disciples qui avaient accompagné Jésus). Oubliant aussi que ce même jour, trois mille personnes ont fait une expérience bien plus apte à nous servir d’exemple : ceux qui ont répondu à l’appel de Pierre.
On peut se poser la question si, en demandant : « que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ », l’apôtre Pierre pensait au baptême du Saint-Esprit — ou du moins : pensait aussi au baptême du Saint-Esprit. Ce qui pourrait le faire croire, c’est qu’il ajoute : « pour le pardon de vos péchés ». Sauf dans la théologie sacramentaliste — et dans l’enseignement des « Eglises du Christ »29 — le baptême d’eau n’a pas la vertu d’effacer les péchés. Le baptême du Saint-Esprit, par contre, en nous faisant mourir, supprime du même coup le coupable et nous acquiert donc le pardon des péchés.30
29 Une Eglise d’origine américaine enseigne, en s’appuyant essentiellement sur ce verset, que le baptême d’eau est indispensable pour être sauvé. Dans « Why I am a member of the Church of Christ », l’auteur cite plusieurs dizaines de versions anglaises de ce passage pour montrer que, partout, le baptême est donné « en vue du » pardon des péchés.
30 Voir : « Le baptême du Saint-Esprit: une mort avec Christ. Les effets de cette mort : le pardon et la justification » dans A. Kuen : Il faut que… (106), pp. 104-107.
De plus, Pierre dit, comme s’il s’agissait d’une conséquence de la repentance et du baptême : « et vous recevrez le don du Saint-Esprit ». Il est plus logique de rattacher le don du Saint-Esprit à l’immersion dans le Saint-Esprit plutôt qu’à l’immersion dans l’eau. L’Esprit pénètre et imprègne celui qui y est plongé.
Il est cependant évident que les apôtres n’ont pas songé à dissocier les deux aspects du baptême : intérieur et extérieur. Loin de penser, comme certains chrétiens actuels, que le baptême de l’Esprit étant l’essentiel, on peut se dispenser du baptême d’eau, ils ont, au contraire, baptisé d’eau ceux qui avaient été baptisés du Saint-Esprit et parce qu’ils l’avaient été.
Aussi, lorsqu’il est dit : « Ceux qui acceptèrent sa Parole furent baptisés » (v. 41), si l’on peut sous-entendre : baptisés du Saint- Esprit, il faut obligatoirement ajouter : et d’eau, puisque la fin du verset parle d’un nombre d’environ trois mille âmes ajoutées à la communauté. Dès que l’on compte, il faut pouvoir se référer à des faits objectifs. Il est vrai que, dans beaucoup de rapports actuels, on lit aussi que « tant de personnes se sont converties, et tant d’autres ont été baptisées du Saint-Esprit », parce qu’on se réfère au signe du parler en langues qui dénoterait la venue du Saint-Esprit. Mais le rapport des Actes est muet sur ce point : aucune mention de parler en langues en relation avec les trois mille. De toute manière, ils rentreraient difficilement dans le schéma pentecôtiste puisque, de toute évidence, il s’est agi, pour eux, de l’expérience initiale du salut.
Le récit, par contre, est très cohérent si nous faisons du baptême du Saint-Esprit l’entrée dans la vie chrétienne : pour les cent vingt aussi bien que pour les trois mille, la Pentecôte a marqué l’inauguration d’une vie chrétienne dans le plein sens du terme, c’est-à-dire avec l’habitation permanente du Saint-Esprit en eux, comme Jésus l’avait promis (Jn. 14.23) et comme les apôtres l’enseigneront plus tard (Ro. 8.9 ; Ga. 4.6 ; 1 Co. 6.19).
A part Ac. 1.5, le seul passage du livre des Actes qui parle de baptême du Saint-Esprit est Ac. 11.16.31 Il s’agit, une fois de plus, d’un rappel de la prophétie de Jean-Baptiste, plus précisément de la parole du Seigneur rapportée en Ac. 1.5.
31 « La phrase est employée seulement dans deux occasions dans les Actes : pour promettre la première Pentecôte (1.5) et pour rappeler la dernière (11.16). » F. D. Bruner : Theology (30), p. 194.
Pierre est en train de défendre sa manière d’agir devant ceux qui l’accusent d’être entré chez des païens (11.3). Il rappelle comment le Seigneur a dû vaincre ses propres réticences avant qu’il ne se rende chez Corneille (v. 5-14). « Lorsque je me mis à parler, le Saint-Esprit descendit (tomba) sur eux comme (il l’avait fait) au commencement sur nous aussi. Alors je me souvins de cette parole du Seigneur : Jean a baptisé d’eau, mais vous, vous serez baptisés du Saint-Esprit. Or, puisque Dieu leur a accordé le même don qu’à nous qui (ou : quand nous) avons cru au Seigneur Jésus-Christ, qui étais-je, moi, pour avoir la puissance de faire obstacle à Dieu ? » (v. 15-17).
Que pouvons-nous conclure de ces versets ?
a) Baptême du Saint-Esprit et salut
Corneille n’était pas sauvé avant la venue de Pierre. Il a raconté à Pierre que l’ange lui a dit : Fais venir Simon surnommé Pierre qui te dira des paroles par lesquelles tu seras sauvé, toi et ta famille (11.14 ; cf. 15.7).
Il n’était pas né de nouveau (11.18). Son cœur n’était pas purifié par la foi (15.9). Pour Corneille et les siens, le baptême du Saint-Esprit n’était donc pas une expérience qui suit la conversion, elle était du moins simultanée — pour ne pas dire identique — à la conversion.32
32 Cet épisode embarrasse considérablement les pentecôtistes. Après avoir affirmé que « les deux expériences : nouvelle naissance et baptême d l’Esprit ne sont pas confondues », Thomas-Brès fait de Corneille et des gens de sa maison le « seul cas d’exception » qui ne supprime pas « la règle générale fournie par tous les autres cas ». (Le baptême du Saint-Esprit (180), p. 9.) Mais les seuls « autres cas » cités sont précisément des cas exceptionnels : les apôtres, les Samaritains (Ac. 8) et les Ephésiens (Ac. 19).
E. J. Jarvis aussi affirme que « toujours le baptême du Saint-Esprit venait après la conversion, car il s’agit d’une expérience distincte et séparée » « This is That » Pentecostal Evangel. (49) (15 janv. 1961), p 7 cité Bruner, p. 193. Il est malheureux que dans les deux seuls cas où les Actes emploient l’expression « baptiser l’Esprit », il s’agisse précisément d’exceptions à cette « règle ».
b) Baptême du Saint-Esprit et foi en Jésus
Le Saint-Esprit tomba sur les auditeurs au moment où Pierre venait de dire : « Quiconque croit en lui reçoit, par son nom, le pardon des péchés » (10.43). C’est donc par la foi en Jésus que Corneille et les siens furent baptisés du Saint-Esprit. Pierre le rappellera à Jérusalem en faisant le parallèle avec leur propre expérience : « Dieu leur a accordé le même don qu’à nous qui (ou : quand nous) avons cru au Seigneur Jésus-Christ » (11.17).
c) Baptême du Saint-Esprit et parler en langues
Les croyants juifs venus avec Pierre sont convaincus que le Saint-Esprit est descendu sur les païens « car ils les entendaient parler en langues et exalter Dieu » (10.46). Leur réaction à ce qu’ils voient est l’étonnement (v. 45). Lorsque Pierre explique ce qui s’est passé à Césarée, il dit : « Le Saint-Esprit descendit sur eux comme (il l’avait fait) au commencement sur nous aussi » (11.15). « Cette remarque est importante, nous dit Bruner. Pierre ne dit pas que le Saint-Esprit descendit sur la maison de Corneille « comme il le fait toujours avec chacun ». S’il avait dit cela, nous pourrions supposer que, dans l’Eglise primitive, le Saint-Esprit était toujours — ou du moins normalement — donné avec le parler en langues. Mais le seul parallèle que Pierre puisse citer à ce qui s’est passé à Césarée est ce qui est arrivé « au commencement ». Cela renforce la probabilité qu’après la Pentecôte les manifestations de Pentecôte n’étaient, non seulement pas normatives, mais même pas connues. »33 Quatre fois, en effet, Pierre tire le parallèle avec la Pentecôte (10.47 ; 11.15, 17 ; 15.8).
33 Theology (30), p. 194
d) Un événement exceptionnel
« Alors je me souvins de cette parole du Seigneur… » Cette façon d’introduire la citation de la parole relative au baptême du Saint-Esprit montre également que les apôtres n’avaient pas l’habitude de penser à ce baptême, ni d’en parler. Pour Pierre, la prophétie de Jean-Baptiste semble se rapporter essentiellement à l’événement de Pentecôte et à cette Pentecôte supplémentaire qu’il vient de vivre à Césarée.34
34 Certains auteurs restreignent même l’expression « baptême du Saint-Esprit » à la Pentecôte des Juifs et à celle des païens. Ils voient « le baptême du Saint-Esprit comme fait historique et unique, l’acte officiel accompli une fois pour toutes, il y a deux mille ans. Le réclamer pour soi est contraire à l’Ecriture et à ses lois d’interprétation, se livrer à cette pensée signifie se livrer à une séduction spirituelle » (H. E. Alexander : Pentecôtisme ou christianisme (2), p. 22).
e) Différents aspects d’une même expérience
Les différentes expressions employées pour ce qui s’est passé dans la maison de Corneille font ressortir leur équivalence : « le Saint-Esprit descendit (tomba) sur » (10.44 ; 1.15), « le don du Saint-Esprit répandu sur » (10.45), « ceux qui ont reçu le Saint-Esprit » (10.47), « tu seras sauvé » (11.14), « baptisés d’Esprit-Saint » (11.16), « le même don qu’à nous qui avons cru » (11.17). « Dieu a accordé la repentance afin qu’ils aient la vie » (litt. : la transformation de l’être intérieur en vue de la vie, 11.18). A la conférence de Jérusalem, Pierre évoque les mêmes faits : « les païens croient » (15.7), « Dieu leur a donné le Saint-Esprit comme à nous » (15.8), « il a purifié leurs cœurs par la foi » (15.9), « sauvés » (15.11), « des païens qui se convertissent à Dieu » (15.19).
Face à ces faits, il serait tout à fait artificiel de compartimenter ces expressions et de les affecter à des expériences différentes.
L’événement de Césarée montre par conséquent clairement que repentance, conversion, foi, salut, don et réception du Saint-Esprit ainsi que baptême du Saint-Esprit sont absolument équivalents et se rapportent à une seule et même expérience.
Ces passages sont les seuls du livre des Actes où le verbe baptiser est employé en même temps que le mot Esprit. Ils nous montrent que l’expression « baptisés du Saint-Esprit » se rapporte à l’expérience initiale de la vie chrétienne (à la mort et la résurrection spirituelle avec Christ). Elle est « l’une des descriptions, parmi beaucoup d’autres, du changement que Dieu opère dans la vie de celui ou de celle qui devient un véritable chrétien et se trouve ainsi incorporé au Corps de Christ » (Bridge-Phypers).35 « Le baptême du Saint-Esprit unit les hommes à Christ, ceux qui le reçoivent lui appartiennent, c’est-à-dire qu’ils deviennent des chrétiens » (Bruner).36
35 Spiritual Gifts (24), p. 115.
36 Theology (30), p. 160.
Le seul passage des épîtres où le verbe baptiser se rencontre avec le mot Esprit est 1 Co. 12.13 qui dit littéralement : « Car dans un seul Esprit, nous tous, en vue d’un seul corps, nous avons été baptisés, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres, et tous, un seul Esprit, nous avons reçu à boire. » Comme il s’agit d’un texte didactique où l’apôtre enseigne, inspiré par le Saint-Esprit, il mérite toute notre attention. « Toute vue sur le baptême du Saint-Esprit dans les évangiles ou les Actes doit être harmonisée avec ce passage doctrinal essentiel sur le sujet » (M. Unger).37
37 Baptism and Gifts (188), p. 157.
a) Tous les Corinthiens auxquels s’adresse cette lettre, ont été baptisés du Saint-Esprit. Or l’épître nous dit, par ailleurs, « qu’ils ont été sanctifiés en Jésus-Christ, appelés à être saints » et qu’ils « invoquent Jésus-Christ comme le Seigneur » (1.2), ils sont inclus dans « nous qui sommes sauvés » (1.18). Paul leur dit : « Je vous ai engendrés en Jésus-Christ par l’Evangile » (4.15), ils sont donc nés de nouveau. « Vous avez été lavés, sanctifiés, justifiés au nom du Seigneur Jésus-Christ et par l’Esprit de notre Dieu » (6.11). « Vous avez été rachetés à un grand prix » (6.20 ; 7.23).
Deux fois, dans ce verset de 1 Co. 12.13, l’apôtre répète le mot « tous ». Avant de parler de la diversité des dons spirituels, il veut attirer l’attention des Corinthiens sur deux points : a) l’Esprit qui accorde ces dons est un : « il y a diversité de dons, mais le même Esprit » (v. 4) … selon le même Esprit … par le même Esprit … par le même Esprit … un seul et même Esprit opère toutes ces choses » (v. 8-11), « baptisés dans un seul Esprit … abreuvés d’un seul Esprit » (v. 13). b) Cet Esprit accorde des dons à tous : « A chacun la manifestation de l’Esprit est donnée pour l’utilité commune » (v. 7). « Un seul et même Esprit. les distribue à chacun en particulier comme il veut. Car, comme le corps est un et a plusieurs membres, et comme tous les membres du corps, malgré leur nombre ne forment qu’un seul corps — ainsi en est-il de Christ » (v. 11-12) — puis vient notre ver- set.
Parce qu’il y a un seul Esprit qui accorde ses dons à tous les membres du corps, ce corps est un. L’unité de l’Eglise est un fruit du baptême du Saint-Esprit accordé à tous les membres du corps. Quatorze fois, dans ces quelques versets, l’apôtre emploie les mots « un », « seul », « même », pour souligner l’unité du Corps de Christ.
« Ainsi dans ce verset, le baptême du Saint-Esprit, loin d’être un facteur de division (certains l’ont, d’autres ne l’ont pas), est le grand facteur d’unité (une expérience que nous avons tous faite). » (J. Stott).38
38 The Baptism and the Fullness (177), p. 15. Ce verset a beaucoup embarrassé les auteurs pentecôtistes. Voici comment l’un d’eux l’interprète : « Ce verset ne signifie pas que tous les chrétiens aient reçu le Saint-Esprit, mais que tous les chrétiens qui l’ont reçu sont remplis de ce même Esprit. Le verset en question, envisagé honnêtement dans son contexte, peut s’interpréter comme suit : Si nous sommes baptisés dans l’Esprit, c’est dans un seul et même Esprit que nous avons tous été baptisés » (Harold Horton : Les dons de l’Esprit (93), p. 39). Que le lecteur relise le verset dans son contexte et juge si c’est là l’interprétation « honnête ».
b) Le baptême du Saint-Esprit est, pour tous les croyants, un événement du passé.
« Nous avons été baptisés » : l’apôtre emploie l’aoriste, le temps de l’action accomplie une fois pour toutes.
Nulle part, dans les épîtres, le baptême du Saint-Esprit n’est présenté comme une expérience que certains chrétiens devraient encore rechercher. L’apôtre dit aux Corinthiens qu’ils sont « des hommes charnels, des enfants en Christ » (3.1-2), sa lettre reflète, dans cette Eglise, un niveau spirituel et moral bien bas (1.11 ; 3.3 ; 5.1, 6 ; 6.1, 15 ; 15.12…) Pourtant, il affirme clairement ici qu’ils ont tous été baptisés du Saint-Esprit, et qu’ils ont tous été abreuvés de ce même Esprit (les deux verbes sont à l’aoriste).
c) Le baptême du Saint-Esprit est lié à l’incorporation dans le Corps de Christ : « pour former un seul corps ». La préposition eis contient l’idée d’un mouvement : en vue d’un seul corps. Godet traduit ainsi : « en étant baptisés en un seul Esprit, nous sommes tous devenus un seul corps ».
Or, nous devenons membres du Corps de Christ au moment de notre nouvelle naissance. Après avoir rappelé aux Ephésiens qu’ils ont été ressuscités avec Christ (2.6), sauvés par la grâce par le moyen de la foi (2.13), l’apôtre leur dit : « ainsi vous n’êtes plus des étrangers, ni des gens du dehors, maïs vous êtes concitoyens des saints, gens de la maison de Dieu » (2.19). Il n’y a pas deux corps, celui des sauvés et celui des baptisés de l’Esprit39, mais, comme le précise l’apôtre dans la même épître, « un seul corps et un seul Esprit » (4.4). Comme aux premiers jours, « le Seigneur ajoutait… à l’Eglise ceux qui étaient sauvés » (Ac. 2.47).
39 Comme le prétendent certains auteurs pentecôtistes : « S’il est suffisant d’être né de nouveau pour être sauvé, il est indispensable d’être baptisé du Saint-Esprit pour faire partie du Corps de Christ. Un enfant de Dieu qui n’a pas fait l’expérience du baptême du Saint-Esprit, qui partage la Cène avec ses frères, ne participera donc pas au Corps de Christ, mais seulement à la vie de son Sauveur. » A Hofer : Eglise, où es-tu ? pp. 17, 21.
Seuls ceux qui ont été baptisés du Saint-Esprit, mais aussi tous ceux qui l’ont été, font partie du Corps de Christ qui comprend tous les vrais chrétiens, tous les enfants de Dieu nés de nouveau par l’Esprit de Dieu.
d) « Nous avons tous été abreuvés d’un seul Esprit. »
Par le baptême du Saint-Esprit, nous sommes plongés, immergés, dans l’Esprit pour mourir à nous-mêmes et vivre pour Dieu (Ro. 6.3-5). Comme l’eau pénètre une éponge qu’on y plonge, ainsi l’Esprit pénètre celui qui y est immergé et « l’abreuve ». Le terme utilisé signifie donner à boire ou faire pénétrer de l’eau dans quelque chose. Par exemple, l’apôtre emploie trois fois la même expression pour dire qu’Apollos avait « arrosé » ce que lui, Paul, avait planté (1 Co. 3.6, 7, 8). « Cette pensée est la transition de l’idée de l’unité du corps à celle de la diversité des dons. Après avoir été plongés dans la même vie commune, ils en ressortent tous avec les dons différents que leur communique l’Esprit » (F. Godet).40
40 Commentaire sur la première épître aux Corinthiens (Neuchâtel, 1887) T. II., p 220.
e) Baptême du Saint-Esprit = incorporation en Christ.
D’après ce verset, le baptême du Saint-Esprit est donc l’expérience commune à tous les chrétiens : celle qui a fait d’eux des membres du Corps de Christ, donc l’expérience initiale appelée ailleurs conversion ou nouvelle naissance.
Quelquefois, on a voulu échapper à ces conclusions claires en prétendant (d’après la version la plus répandue en Angleterre) que dans les six autres versets où il est question de baptême du Saint-Esprit, on emploie l’expression « baptiser dans l’Esprit », ici il serait dit que « nous avons été baptisés par un seul Esprit ». Paul parlerait, dans ce passage, d’un baptême initial opéré par l’Esprit et qui serait l’apanage de tout croyant, mais devrait être suivi plus tard d’un baptême dans l’Esprit. Cette subtilité d’argumentation ne résiste pas à un simple examen du texte grec : dans les sept cas, c’est la même préposition « dans » (l’Esprit) qui est employée.41
41 Voir la réfutation détaillée dans Hoekema (88), p. 21ss. ; Stott : (177), pp. 15-19 ; (178), pp. 38ss. ; Bruner (30), pp. 60 et 293. Ryrie (157), p. 78 ; Unger (188), pp. 16 ss.
D’autres dissocient les deux parties du verset : la première concernerait tous les croyants au moment de la conversion, la seconde se rapporterait à ce qui est généralement appelé « baptême du Saint-Esprit » dans les milieux pentecôtistes.42 Une telle conclusion fait violence au texte. Il est évident que « nous tous » dans la seconde partie du verset désigne les mêmes personnes que « nous tous » au début du verset, et que les deux images (être immergé dans l’Esprit et en être pénétré) se rapportent à deux aspects complémentaires d’une seule et même expérience.
42 Howard M. Ervin : These Are not Drunken, as Ye Suppose (57), pp. 46-47.
D. Bennett dit que le baptême dont il est question dans 1 Co. 12.13 se rapporte « au baptême spirituel en Christ qui a lieu lorsque Jésus est reçu comme Sauveur. » Ce baptême est suivi du « baptême par le Saint-Esprit » dans lequel l’Esprit-Saint qui demeure à présent dans le croyant, s’épanche pour manifester Jésus au monde par la vie du croyant. Avant ou après le baptême par le Saint-Esprit a lieu le signe extérieur du baptême d’eau. »43 Il y aurait donc trois baptêmes distincts : le baptême spirituel en Christ, le baptême du Saint-Esprit et le baptême d’eau.
43 The Holy Spirit and you (9), p. 34. Voir ce qu’en dit M. Green (72), pp. 143-144.
De telles tentatives montrent simplement qu’il n’est pas facile d’éluder les conclusions évidentes de ce seul verset sur le baptême du Saint-Esprit dans les épîtres. Or, ces conclusions réfutent clairement l’enseignement pentecôtiste et néo-pentecôtiste sur ce point.
Le baptême dans le Saint-Esprit, d’après ce verset, est bien, comme le dit M. Unger : « l’opération divine de l’Esprit de Dieu qui place le croyant en Christ, dans son Corps, l’Eglise, et qui le rend un avec tous les autres croyants en Christ. »44 Le baptême du Saint-Esprit « a sa fonction par rapport à l’Eglise, le Corps de Christ » (W.A. Criswell).45
44 Baptism and Gifts (188), p. 21.
45 The Baptism, Filling and Gifts of the Holy Spirit (42), p. 16.
Sur la base de ce verset, ces auteurs distinguent le baptême du Saint-Esprit de la régénération : « Bien que, dans l’ère présente, la régénération et le baptême du Saint-Esprit soient toujours simultanés — de sorte que tous ceux qui sont régénérés sont en même temps baptisés par l’Esprit dans le Corps de Christ — il s’agit de deux opérations distinctes. Le baptême de l’Esprit place les croyants en Christ (Ro. 6.3, 4 ; Ga. 3.27 ; 1 Co. 12.13 ; Col. 2.12), alors que la régénération fait naître Christ en eux (Jn. 17.23 ; Col. 1.27 ; Ap. 3.20). La régénération donne la vie. Le baptême de l’Esprit unit celui qui a la vie à Christ et à ceux qui ont la vie en Lui… « Vous en moi » et « moi en vous » (Jn. 14.20)… Deux œuvres simultanées et complémentaires de Dieu — et cependant distinctes » (M. Unger).46
46 Baptism and Gifts (188), pp. 22-23.
Par ce même souci de précision, cet auteur distingue aussi le baptême du Saint-Esprit de l’habitation de l’Esprit en nous, de l’onction et du sceau du Saint-Esprit, opérations divines qui se passent toutes au même moment, mais n’ont pas la même signification : « Par la régénération, Dieu nous donne sa propre vie. Par le baptême de l’Esprit, il nous unit indissolublement et d’une manière vitale à lui. En habitant en nous, il nous accorde sa présence constante. Par le sceau, il nous marque comme siens pour toute l’éternité. Par l’onction, il nous consacre à une vie sainte et au service. L’œuvre de Dieu est toujours parfaite et complète. »47
47 Unger op. cit. (188), p. 24.
Mais peut-on systématiser à ce point un langage imagé ? On peut dire comme Harnack : « Un synonyme remplace l’autre pour prouver qu’aucun n’est obligatoire, précis et exhaustif. Les croyants sont « renouvelés », « recréés » ou « nés de nouveau » ; ils sont « nés de Dieu » ou « de l’Esprit » ; ils sont « spirituels », « porteurs de l’Esprit de Dieu, de Christ », mais aussi « portés par Dieu, par l’Esprit »… tout est jaillissement de vie et de réalité originelle qui cherche à s’exprimer d’une manière multiforme. »48 Ou, comme le dit E. Brunner : « Toutes ces expressions sont des rayons d’un cercle qui conduisent vers un centre identique sans jamais le toucher. »49 Nous sommes en Christ, dans l’Esprit ; Christ ou l’Esprit vit en nous. « Lorsque nos mains sont jointes, demande M. Green, peut-on dire que la gauche est dans la droite ou la droite dans la gauche ? »50
48 A Harnack : Die Terminologie der Wiedergeburt. Texte u. Untersuchungen zur Geschichte der altchristlichen Litteratur (Dritte Reihe — Band XII Leipzig, Hinrich 1918), pp. 140-149,
49 E. Brunner : Der Mittler (Tübingen, 1930), p. 411. Voir A. Kuen : Il faut que vous naissiez de nouveau : Equivalence des conditions d’accès au Royaume, pp. 135-138.
50 I believe… (72), p. 77.
Bien qu’aucun autre passage des épîtres n’associe les mots « baptême » ou « baptiser » au Saint-Esprit, on peut supposer qu’en parlant ailleurs du baptême, les auteurs de ces épîtres ont pu penser au baptême de l’Esprit ou, du moins, à une réalité qui aurait compris le baptême de l’Esprit et le baptême d’eau.
En effet, les apôtres n’ont jamais dissocié baptême de l’Esprit et baptême d’eau. « L’immersion au nom du Seigneur et la réception du Saint-Esprit forment un « couple » qu’il faut considérer. L’une et l’autre portent le nom de baptême. Le plus souvent dans la pratique du Nouveau Testament, le mot baptême désigne l’ensemble » (G. Millon).51
51 Les actions symboliques (Etudes doctrinales Vb p. 14). Voir Stott (178), p. 37.
« Les deux forment un tout : le baptême dans l’Esprit étant l’œuvre intérieure de la grâce et le baptême d’eau le signe extérieur… Je ne me demande pas si dans Gal. 3.27 ; Ep. 4.5 ; Col. 2.12 et Ro. 6.2-3, il est question du baptême d’eau ou du baptême de l’Esprit comme si cela devait être l’un ou l’autre. Les quatre passages mentionnés impliquent certainement le baptême dans l’Esprit, même s’ils ne le mentionnent pas explicitement » (F.F. Bruce).52
52 Answers (29), p. 155.
Relevons donc tous les passages des épîtres où les mots baptême et bain sont employés.
Ro. 6.3-7 (relire tout ce passage) : L’apôtre parle d’une mort avec Christ et d’une résurrection avec lui. C’est bien ce que représente le baptême d’eau par immersion : une noyade suivie d’une naissance hors de l’eau. Cependant, certaines expressions employées par l’apôtre montrent qu’il n’a pas dû penser seulement au rite, mais à l’événement spirituel dont le baptême extérieur n’est que la figuration visible : « nous avons été immergés en Jésus-Christ » (dans le baptême d’eau nous sommes immergés dans l’eau)… « nous sommes devenus une même plante avec lui notre vieil homme a été crucifié avec lui. nous sommes morts avec Christ » : de tels effets spirituels ne peuvent résulter d’un acte extérieur — à moins de lui attribuer une vertu sacramentelle. L’apôtre fait donc ici allusion au baptême dans l’Esprit par lequel tous les membres de l’Eglise de Rome (« nous tous » v. 3) ont passé. Or, nous mourons et nous ressuscitons avec Christ au moment de notre nouvelle naissance, lorsque nous sommes justifiés par la foi (Ro. 3.24 ; 5.1, 10).53
53 Voir A. Kuen : Il faut que… (106), pp. 104-107.
Le baptême de l’Esprit, en nous faisant mourir avec Christ, « déconnecte le croyant de sa position en Adam » où il est sous la condamnation, et « l’identifie à Christ » qui est juste. (M. Unger).54
54 Baptism and Gifts (188), pp. 103-105.
1 Co. 1.13-17 : « Serait-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ? Je rends grâces de n’avoir baptisé aucun de vous, sauf Crispus et Gaïus… » : l’apôtre parle évidemment du baptême d’eau au moment où « Crispus, le chef de la synagogue crut au Seigneur » (Ac. 18.8).
1 Co. 6.11 : « Mais vous avez été lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés au nom du Seigneur Jésus-Christ et par l’Esprit de notre Dieu. » Si ce verset contient une allusion indirecte au baptême de l’Esprit — ce qui est probable : lavés… par l’Esprit de notre Dieu — il prouve que ce baptême de l’Esprit était mis en parallèle avec notre justification.
Ananias avait employé la même formule en invitant Paul à se faire baptiser : « Lève-toi et sois lavé de tes péchés » (Ac. 22.16 ; cf. Hé. 10.22).
1 Co. 10.2 : « Je ne veux pas, frères, que vous ignoriez que nos pères. ont tous été baptisés en Moïse dans la nuée et dans la mer » (ou : « en passant par la mer »).
Dans la tradition juive, les événements de l’Exode préfiguraient les derniers temps et annonçaient ce qui se passera au moment où viendra le salut éternel. La sortie d’Egypte a toujours été considérée comme le prototype du salut. Le baptême dans la mer Rouge fut le moment décisif de ce salut : c’est là que les Israélites ont été définitivement séparés de leurs poursuivants. Beaucoup d’auteurs modernes pensent que « si l’on baptisait les prosélytes, c’était donc vraisemblablement pour leur appliquer, à eux aussi, a posteriori, la traversée de la mer Rouge » (Chr. Senft).55
55 Vocabulaire biblique (Delachaux, 1954), p. 33.
Mais pourquoi « baptisés en Moïse » ? « Moïse est ici nommé, comme dans le discours d’Etienne (Ac. 7.35), à titre de « chef et rédempteur ». Il est un type du Sauveur, l’instrument établi par Dieu pour diriger et délivrer son peuple ; et Israël fut sauvé, en effet, par la foi qui l’unit à celui que Dieu avait mis à sa tête ; il fit corps avec lui, il lia son sort au sien. C’est dans ce sens qu’on peut vraiment parler d’un baptême des Israélites en Moïse. La situation des Israélites menacés de destruction par l’eau n’était pas sans analogie avec la condamnation à mort que représente l’immersion baptismale. » (F.J. Leenhardt).56 « Cette expression étrange, nous dit M. Green, est le parallèle le plus proche de la description néo-testamentaire la plus courante du chrétien comme quelqu’un qui a été baptisé en Christ. L’idée première est celle d’un engagement (commitment : s’en remettre en toute confiance à quelqu’un, s’engager envers lui) vis-à-vis de la personne active dans le salut, Moïse dans l’un des cas, Jésus dans l’autre ; mais pour Jésus une connotation supplémentaire vient s’ajouter, car il est le chef d’une nouvelle humanité dans laquelle les croyants sont incorporés. »57 Ainsi, comme Ro. 6, cette brève mention du baptême parle de salut, d’incorporation en Christ.
56 Le baptême chrétien (113), pp. 49-50,
57 M. Green : I believe… (72), p. 129. Voir Unger (188), pp. 96-97.
1 Co. 15.29 : « Que gagneraient ceux qui se font baptiser pour les morts. » Quelle que soit l’interprétation de ce passage, il ne nous apprend rien au sujet d’une seconde expérience.
Ga. 3.26-27 : « Vous êtes tous fils de Dieu par la foi en Jésus-Christ ; vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ. » « Baptisés en Christ » se rapporte évidemment au baptême de l’Esprit. « Vous avez revêtu Christ » : « Nous sommes en Christ comme nous sommes dans nos habits Nous sommes habillés de Christ. C’est l’effet du baptême de l’Esprit » (W.A. Criswell).58
58 The Baptism (42), p. 14.
L’apôtre emprunte son image aux mœurs de l’époque. Le jeune Grec ou Romain qui passait de l’enfance à l’âge adulte échangeait la tunique de garçon contre la toge virile, insigne de l’adulte. Ainsi le baptême de l’Esprit nous confère le statut de fils de Dieu en nous revêtant de la justice de Christ. Or, l’apôtre lie ici ce baptême à la foi en Jésus-Christ (v. 26), à la justification par cette foi (v. 24) et à l’unité de tous les membres du Corps de Christ (v. 28).
Ep. 4.4-5 : « Il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés à une seule espérance par votre vocation ; il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous… »
Dans cette énumération de réalités spirituelles (foi, espérance, vocation…), il semble plus normal de rapporter l’expression « un seul baptême » au baptême spirituel, ou, du moins, de ne pas exclure cet aspect du « baptême total » (Esprit et eau). Ce baptême est lié à la foi en Christ le Seigneur, en Dieu le Père et en l’Esprit-Saint. Cette foi nous incorpore dans le Corps de Christ, et nous fait vivre, à présent, dans l’espérance de la gloire à venir. Les sept points énumérés ici sont les caractéristiques essentielles de tout enfant de Dieu, celles qui créent l’unité entre eux (v. 3). Il ne saurait donc être question d’un baptême qui diviserait le Corps de Christ en deux groupes, ceux qui l’auraient reçu et les autres. Une telle pensée contredirait directement les affirmations de l’apôtre ici. « L’expression « un seul baptême » se rapporte évidemment au même groupe de personnes que « un seul Seigneur » et « une seule foi », c’est-à-dire à tous les chrétiens » (Ch. C. Ryrie).59
59 The Holy Spirit (157), p. 76.
Ep. 5.25 : « Christ a aimé l’Eglise et s’est livré pour elle afin de la sanctifier par le bain d’eau avec la parole. » Cette allusion indirecte au baptême fait ressortir sa signification première relevée à propos du baptême de Jean : la purification des péchés.
Col. 2.12-13 : « Ayant été ensevelis avec lui par le baptême, vous êtes aussi ressuscités en lui et avec lui par la foi en la puissance de Dieu qui l’a ressuscité des morts. Vous qui étiez morts par vos offenses et par l’incirconcision de votre chair, il vous a rendus à la vie avec lui, en nous faisant grâce pour toutes nos offenses. » Dans ce verset, Paul affirme les mêmes vérités que dans Ro. 6. Il lie notre baptême spirituel à la foi en la puissance de Dieu, à l’acte de grâce qui a effacé nos offenses. Avant notre baptême de l’Esprit, nous étions « morts par nos offenses », donc spirituellement morts, notre baptême dans l’Esprit nous a « rendus à la vie », ressuscités avec Christ.
Tite 3.5-7 : Dieu vous a sauvés… par le bain de la régénération et le renouveau (renouvellement) du Saint-Esprit : il l’a répandu sur nous avec abondance par Jésus-Christ notre Sauveur, afin que, justifiés par sa grâce, nous devenions héritiers dans l’espérance de la vie éternelle. »
Si un baptême (litt. ici : bain) nous sauve, ce ne peut être que le baptême de l’Esprit. Or, l’apôtre l’appelle explicitement « le bain de la régénération » et, pour qu’il n’y ait aucune équivoque, il ajoute : « le renouvellement du Saint-Esprit » : le Saint-Esprit crée en nous quelque chose de neuf (anakaïnosis, de kaïnos, neuf) qui renouvelle l’être de fond en comble (cf. 2 Co. 5.17 : « Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle création »). Toutes ces expressions se rapportent de toute évidence à l’entrée initiale dans la vie chrétienne, au moment où nous avons été « justifiés par sa grâce » (v. 7).
Hé. 6.2 : Parmi les « fondements », l’auteur énumère le renoncement aux œuvres mortes, la foi en Dieu, la doctrine des baptêmes, l’imposition des mains. On n’est pas certain de ce qu’il voulait dire exactement par ces « baptêmes ». Voulait-il parler à ces chrétiens issus du judaïsme de la différence entre le baptême chrétien et les ablutions juives ou le baptême de Jean ? Ou bien pensait-il à la signification spirituelle du baptême d’eau et du lavement des pieds (Jn. 13.10, 14) ? Ou évoquerait-il les deux aspects du baptême : baptême de l’Esprit — baptême d’eau ? Même dans la dernière hypothèse,60 cela ne justifierait pas une distinction entre nouvelle naissance et baptême du Saint-Esprit, un temps qui les séparerait nécessairement. De toute manière, cette brève allusion est trop laconique pour que l’on puisse en dégager une doctrine.
60 Hypothèse peu probable car, comme nous l’avons vu, le Nouveau Testament n’oppose ou ne juxtapose jamais ces deux baptêmes. Ils forment un tout indissoluble : « il y a un seul baptême » (Ep. 4.5). Lorsque le baptême de l’Esprit est opposé à un baptême d’eau, c’est à celui de Jean qu’il est fait allusion.
1 Pi. 3.21 : « Cette eau (du déluge) était une figure du baptême, qui n’est pas la purification des souillures du corps, maïs l’engagement d’une bonne conscience envers Dieu, et qui maintenant vous sauve, vous aussi, par la résurrection de Jésus-Christ… »
Si c’est le baptême qui nous sauve — ce qui semble le plus probable d’après la construction de la phrase grecque — il ne peut s’agir que du baptême de l’Esprit, sinon nous attribuons à un rite une valeur magique. Généralement d’ailleurs, les événements de l’ancienne alliance symbolisent des réalités spirituelles de la nouvelle alliance. Le déluge était une figure du baptême du Saint-Esprit, puisqu’il représentait à la fois la fin du monde antédiluvien, condamné pour sa corruption irréparable, et le passage à un monde nouveau avec Noé et son arche. Ainsi le baptême spirituel, par lequel commence notre vie chrétienne, est à la fois condamnation de l’état antérieur et passage à une nouvelle création : « si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées ; voici toutes choses sont devenues nouvelles » (2 Co. 5.17).61
61 Voir A. Kuen : Le baptême (105), pp. 55-66.
a) Presque tous les passages des épitres qui parlent de baptême ou de bain se rapportent au baptême de l’Esprit aussi bien qu’au baptême d’eau. Le baptême qui nous sauve, nous lave de nos péchés, nous associe à Christ, nous fait mourir et ressusciter avec lui, fait de nous des fils de Dieu, nous introduit dans le Corps de Christ, ne peut être que le baptême de l’Esprit.
b) Dans tous ces passages, ce baptême de l’Esprit est associé à la foi, à la mort et à la résurrection spirituelles, au salut, au pardon des péchés, au revêtement de Christ, à notre adoption comme fils de Dieu et à notre entrée dans le Corps de Christ.
Or, dans notre histoire spirituelle, le seul événement qui ait ces différents effets, c’est notre conversion, notre nouvelle naissance. On peut même dire que la nouvelle naissance ne représente qu’un aspect du baptême du Saint-Esprit, celui qui est figuré, dans le baptême d’eau, par l’émergence hors de l’eau. Le baptême du Saint-Esprit est l’acte total comprenant aussi bien la mort du vieil homme avec Christ que la résurrection d’un homme nouveau avec lui.
c) Nulle part, les auteurs des épîtres n’exhortent des chrétiens à rechercher, à attendre ou à demander le baptême de l’Esprit. Lorsqu’ils en parlent, c’est toujours au passé, généralement à l’aoriste, le temps de l’action accomplie une fois pour toutes.62
62 « Les sept textes où il est question du baptême de l’Esprit dans le Nouveau Testament sont à l’indicatif (aoriste, présent ou futur). Aucun passage ne contient une exhortation à l’impératif » (J. Stott, op. cit. (177), p. 26).
d) Nulle part, dans les épîtres, le baptême de l’Esprit n’est associé au parler en langues.
Il s’agit là, non d’interprétations, mais de faits qu’il est impossible de nier et que l’on peut difficilement contourner si l’on désire édifier sa doctrine et sa foi sur l’Ecriture. Si les apôtres avaient partagé la conception pentecôtiste du baptême de l’Esprit, comment expliquer qu’ils n’y aient jamais fait la moindre allusion dans leurs lettres, qu’ils n’aient jamais exhorté les chrétiens à rechercher cette « seconde bénédiction », ce revêtement de puissance pour le service ?
Une telle absence serait particulièrement incompréhensible dans des épîtres comme les Romains ou les Ephésiens qui, sous deux angles différents, développent tout le plan de Dieu. On peut dire que, dans les autres épîtres, les apôtres répondaient à des problèmes locaux particuliers et qu’ils s’adressaient à des chrétiens qui connaissaient parfaitement leur enseignement sur ce point ; une telle évocation était, par conséquent, inutile. Mais l’épître aux Romains est adressée à des chrétiens inconnus (1.13, 15) auxquels l’apôtre veut rappeler l’ensemble du message chrétien (15.16). Or, dans cette épître, après la justification, l’apôtre parle du baptême de l’Esprit, mais c’est pour dire que tous les chrétiens ont été ainsi baptisés (6.3) et que ce baptême était leur naissance à la vie nouvelle (6.4).
Tous les chrétiens ont reçu le Saint-Esprit (8.9) qui leur rend témoignage qu’ils sont enfants de Dieu (8.16). Dans toute l’épître, pas la moindre allusion à une seconde expérience ni à un signe visible qui la marquerait. Le parler en langues n’est même pas nommé : ni en liaison avec le baptême de l’Esprit, ni parmi les dons spirituels (12.6-8), ni ailleurs dans l’épître.
Mêmes constatations pour l’épître aux Ephésiens qui était, selon toute probabilité, une lettre circulaire adressée à toutes les Eglises d’Asie Mineure.63 Paul ne connaissait pas la plupart des destinataires de cette lettre (1.15 ; 3.1-12 ; 4.21). Or, au sujet du Saint-Esprit, il leur dit qu’ils ont été scellés du Saint-Esprit, quand ils ont cru (1.13), il leur rappelle qu’il y a « un seul baptême » (4.5) — ce qui serait inexplicable si baptême d’eau et baptême de l’Esprit ne se rapportaient pas à la même réalité — et il les exhorte à se laisser constamment remplir par l’Esprit (5.18). Aucune allusion ni à une expérience qui suivrait la résurrection spirituelle avec Christ (2.6-8), ni au parler en langues.
63 Voir A. Kuen : Lettres pour notre temps, p. 208.
On répond généralement à cet argument que Paul n’évoque pas le baptême de l’Esprit dans cette lettre puisque les chrétiens d’Ephèse ont déjà reçu ce baptême (Ac. 19). Mais
1. L’épitre aux Ephésiens fut écrite bien des années après le passage de l’apôtre à Ephèse. L’Eglise de cette ville devait donc comprendre, à part les douze disciples mentionnés dans Ac. 19, beaucoup de nouveaux chrétiens qui n’avaient pas nécessairement fait cette expérience. Donc l’apôtre aurait dû les exhorter à la rechercher.
2. Il est généralement admis que cette épître n’était pas adressée à la seule Eglise d’Ephèse, mais à toutes les Eglises de la région. Raison de plus d’évoquer le baptême du Saint-Esprit s’il avait eu l’importance qui lui est attribuée aujourd’hui dans ces milieux.
3. Même si l’épître n’avait été adressée qu’aux douze anciens disciples de Jean, comment s’expliquer que, dans les Actes, l’apôtre leur ait demandé : « Avez-vous reçu le Saint-Esprit quand vous avez cru ? » et qu’ici il leur affirme : « Vous avez cru et vous avez été scellés du Saint-Esprit » (1.13). Pour Paul, croire implique recevoir le Saint-Esprit ; donc ces douze hommes, qui ne l’avaient pas reçu, n’ont pas vraiment « cru » en Jésus le Christ — puisqu’ils n’ont connu que l’enseignement du Précurseur.
Même silence dans la première épître de Pierre et dans celle de Jean qui sont aussi des lettres circulaires. Pourtant, Pierre et Jean auraient dû être les protagonistes de cette expérience, puisque selon les partisans de la « seconde expérience », ils l’auraient vécue à la Pentecôte et provoquée chez les Samaritains et dans la maison de Corneille. Pas un mot d’une seconde expérience, ni du parler en langues. Jean parle de l’« onction », mais, pour lui, tous les chrétiens l’ont reçue (2.20, 27).
L’épître aux Hébreux est adressée à des chrétiens demeurés à un stade infantile (5.11-14). Ils sont paresseux et découragés (12.3, 12), tentés par des doctrines étrangères (13.9) et ils risquent d’abandonner la foi (3.12 ; 10.26). Dans la perspective pentecôtiste, le remède serait le baptême de l’Esprit qui conférerait un nouvel amour pour Christ et pour sa Parole, un nouveau zèle et une ardeur renouvelée pour le service. L’auteur des Hébreux semble ignorer ce remède. Il se contente de donner à ses destinataires un enseignement solide sur Jésus-Christ, il les exhorte à rechercher, non un baptême spirituel, mais la sanctification (12.14).
Toutes ces épitres sont adressées à des groupes plus ou moins vastes de chrétiens pour leur enseigner les fondements de la foi. Leur silence concerté sur cette seconde expérience nous trouble si nous juxtaposons ces épitres à des exposés de doctrines pentecôtistes ou néo-pentecôtistes, où le « baptême du Saint-Esprit » et le parler en langues occupent une place si importante. Un lecteur attentif des ouvrages pentecôtistes sur le « baptême du Saint-Esprit » est obligatoirement frappé de l’absence de toute référence aux épîtres dans l’argumentation biblique. A la conférence pentecôtiste européenne de 1939, Léonhard Steiner a posé comme première question : « Est-il juste de fonder notre conception du baptême du Saint-Esprit uniquement sur le livre des Actes et l’expérience des douze apôtres ? Peut-on aussi la déduire des épîtres apostoliques ? » En réponse, nous dit Hollenweger, l’assemblée a simplement développé le point de vue pentecôtiste traditionnel.64
64 W. S. Hollenweger : Enthusiastisches Christentum (89), p. 379.
A part un ou deux versets extraits de 1 Co. 14 sur le parler en langues (qui, de plus, selon les auteurs pentecôtistes serait différent du « signe initial du baptême de l’Esprit »), on ne trouve cités, dans les écrits pentecôtistes sur le baptême de l’Esprit, que quelques versets des évangiles et surtout quatre textes des Actes.65
65 « Là seulement (c’est-à-dire dans les Actes), avoue le pentecôtiste C. Brumback, nous pouvons trouver une description détaillée du baptême ou de la plénitude de l’Esprit expérimentée par ces premiers chrétiens » (cité par Bruner (30), p. 61). « La vérité de la doctrine du pentecôtisme repose essentiellement sur l’exégèse des passages des Actes qui concernent le Saint-Esprit » (p. 62).
Ce silence des écrits normatifs de l’enseignement chrétien devrait inquiéter tous ceux qui ont à cœur de faire reposer toute leur doctrine sur la Parole de Dieu.
L’examen minutieux de tous les passages où il en est question dans l’Ecriture prouve que les auteurs inspirés y voyaient l’un des aspects de l’œuvre messianique par excellence : la re-création de l’homme sur le modèle du Fils de Dieu. C’est une image parmi d’autres, destinée à nous faire comprendre le mystère de la régénération. Elle relève la purification qui a lieu lorsque nous sommes justifiés, la mort du vieil homme et la résurrection d’un homme nouveau, l’adoption d’un nouvel habit, la coupure avec un monde condamné (déluge), le monde de l’esclavage (mer Rouge).
Aucun texte ne présente le baptême de l’Esprit comme une seconde expérience dont le but serait l’attribution de dons spirituels pour le service de Dieu. Car, comme nous l’avons vu, la promesse d’Actes 1.8 reste valable aujourd’hui encore pour l’effusion de l’Esprit au moment de la nouvelle naissance : « Vous recevrez une puissance quand le Saint-Esprit viendra sur vous ». A nous de la saisir par la foi.
« L’expression « baptême de l’Esprit » désigne l’action divine régénératrice qui s’empare de l’être tout entier pour le consacrer à Dieu. » (J.-S. Javet).66 C’est « la purification intérieure qui accompagne la participation du croyant à la mort, à l’ensevelissement et à la résurrection de Christ par la foi en la puissance agissante de Dieu » et dont le baptême d’eau est le signe extérieur et visible. (F.F. Bruce).67 Il n’est donc « pas possible d’être sauvé sans être baptisé de l’Esprit ! » (R. Little).68
66 L’Evangile de la grâce (note 9), p. 54.
67 Answers to questions (29), p. 108.
68 Here’s your Answer (Moody Press, 1973), p. 133.
Employer cette expression biblique dans un sens différent, nous dit M. Green, « est une confusion qui mène à des conséquences fâcheuses : 1. On néglige ou l’on tord ce que le Nouveau Testament nous dit de l’Esprit et du baptême… 2. On se trouve acculé immédiatement à des difficultés théologiques considérables : il est clair, d’après des textes comme Ro. 8.9, que tous les chrétiens ont l’Esprit. Comment se peut-il donc que, d’une part, ils aient l’Esprit, mais que, d’autre part, ils n’aient pas été baptisés de l’Esprit ?… 3. Cette vue qui considère le baptême du Saint-Esprit comme une expérience plus profonde de Dieu, marquée souvent par le parler en langues, crée des divisions… ceux qui ont reçu le baptême sont « dedans » — ceux qui ne l’ont pas reçu sont « dehors ». D’où ce caractère divisif que prend souvent le mouvement charismatique dans les Eglises. Beaucoup de difficultés sont dues à l’emploi inadéquat de l’expression « baptisés dans le Saint-Esprit ». Car baptême signifie : commencement ; c’est le rite d’initiation chrétien, et ce mot parle de l’expérience chrétienne initiale. Si l’on dit à des chrétiens croyants qu’ils doivent être baptisés de l’Esprit, on leur suggère inévitablement que ce baptême leur manque, qu’ils n’ont pas réellement commencé. Mais ils ont commencé ! Ils sont en Christ, justifiés, adoptés dans la famille de Dieu, ils ont reçu son Esprit de grâce. L’orgueil involontaire de ceux qui divisent les chrétiens en deux groupes : ceux qui ont été baptisés dans le Saint-Esprit et ceux qui ne l’ont pas été — s’assagirait si les charismatiques rejetaient l’utilisation non biblique de ce terme « baptême dans le Saint-Esprit » pour décrire une seconde expérience faite par ceux qui sont déjà chrétiens. Un tel usage est contraire au Nouveau Testament, il sème une confusion extrême et contribue à diviser le peuple de l’Esprit qui est un. »69
69 I believe… (72), pp. 143-145.