Quel était le mode primitif institué par le Seigneur et pratiqué par les apôtres ?
Dans toute l’Antiquité, l’immersion symbolisait la purification de l’être en cas d’impureté grave. Dans certains récits de baptêmes, il est dit qu’il fallait « beaucoup d’eau », que Jésus est « sorti de l’eau », « Philippe et le dignitaire éthiopien descendirent dans l’eau ». Dans les épîtres également, les références au baptême présupposent l’immersion : « Nous avons été ensevelis avec lui » (Rm 6.3-5 ; Col 2.12). L’immersion baptismale nous est confirmée par la linguistique, l’histoire et l’archéologie.
Dans tous les dictionnaires, le mot baptizô est traduit par immerger, plonger, submerger. Le vocabulaire grec utilisé par les auteurs du Nouveau Testament est riche en mots qui expriment l’idée de verser. Il existe au moins huit verbes différents mais aucun d’eux n’est jamais employé en relation avec le baptême.1
1 Voir les références dans BHA pp.152-154.
Dans les écrits des Pères apostoliques et des Pères de l’Eglise, nous trouvons de fréquentes allusions au baptême :
« Bienheureux ceux qui, mettant leur espérance dans la croix, sont descendus dans les eaux… nous descendons pleins de péchés et d’impuretés dans l’eau, mais nous en remontons chargés de fruits » (Épître de Barnabé, datant de 100-105).
« La personne qui est baptisée en grande simplicité est couchée dans l’eau et, après quelques paroles prononcées sur elle, est plongée dedans » (Tertullien : De baptismo IL 1. [éd. française p. 74], env. an 200).
« Lorsque je me plongeai dans ce bain salutaire… il me sembla que j’étais lavé de toutes mes souillures passées » (Cyprien, vers 243).
« L’homme descend dans l’eau et y est plongé trois fois ». « En approchant de l’eau qui, comme la terre, est un élément, nous nous cachons dedans, comme le Sauveur s’est caché dans la terre » (Grégoire de Nysse, 335-394).
Le candidat, debout dans l’eau, répondait aux questions que lui posait le ministre concernant sa foi en chacune des personnes de la Trinité.
« Etre baptisé et plongé et puis émerger ou ressusciter est un symbole de notre descente dans la tombe et de notre ascension hors d’elle, c’est pourquoi Paul appelle le baptême un ensevelissement » (Jean Chrysostome, vers 398).
L’archéologie confirme les preuves linguistiques et historiques. En effet, les nombreux baptistères découverts sont tous des bains, voire des piscines permettant l’immersion totale. Les fresques des catacombes représentent également le baptême comme une immersion dans l’eau. Les cuves baptismales du 4e siècle ont toutes des dimensions permettant l’immersion d’adultes.
« Le baptistère était surtout construit en vue du baptême des adultes, c’est ce qui explique les dimensions en profondeur de la piscine » (Dom Cabrol).2 Le baptistère monumental de Pise n’a été érigé qu’en 1150 : preuve qu’au 12e siècle encore, le baptême d’adultes par immersion était si fréquent et si important qu’on a construit spécialement des baptistères pour la cérémonie.3
2 Dictionnaire d’archéologie chrétienne, T. II, 1. col. 39 1.
3 Voir aussi les baptistères de Florence, de Ravenne, de Saint Jean-de-Latran, de Parme, d’Asti… reproduits dans P. Jousset : L’Italie illustrée (Paris Larousse 1912), pp. 29, 30, 56, 276. Dans la cathédrale d’Aix-en-Provence, nous trouvons également un baptistère très ancien dans lequel on descend par des marches.
Des historiens et des auteurs célèbres de tous bords affirment unanimement que, jusqu’au Moyen Age, cette forme de baptême était préférée à l’aspersion.4
4 Voir BHA pp. 157-163.
L’abbé Corblet résume le point de vue catholique : « La plupart des liturgistes admettent d’une manière générale
5 « Hist. du Sacrement du baptême » cité dans le Dictionnaire de la Bible, de Vigouroux.
La forme n’a qu’une importance relative, certes ; n’oublions pas cependant :
a) que, dans un acte symbolique, toute la signification est intimement liée aux gestes accomplis : une accolade, un salut militaire, une révérence ne sont rien d’autre que des gestes symboliques, tout comme l’envoi d’un baiser (deux doigts sur la bouche), le geste d’une main qui salue un ami, qui lève le chapeau.
Tous ces gestes se ressemblent quelque peu, mais personne n’osera affirmer qu’on puisse les interchanger. Si le ministre, au lieu de donner l’accolade à l’ancien combattant qu’il vient de décorer, se contentait de lui envoyer un baiser de loin, si le soldat saluait son capitaine d’un petit signe de la main, si l’employé, au lieu de lever son chapeau ou de faire un signe de la tête devant son chef, lui faisait une révérence : quel scandale ! et pourtant tous ces gestes ont des sens voisins — ce qui n’est pas le cas pour l’immersion et l’aspersion.
L’aspersion peut représenter une pluie salutaire, la tombée de l’eau qui apporte la fraîcheur et la vie. Quelle que soit sa beauté, cette signification diffère de celle de l’immersion : une pluie n’a jamais noyé personne. En tout cas, elle ne correspond pas à celle que le Seigneur donnait au baptême, et c’est là, après tout, ce qui importe. En effet :
b) Le Seigneur n’a institué que deux actes symboliques ; il a aboli tous les rites de l’ancienne alliance et n’a légué au peuple de la nouvelle alliance que ces deux symboles : le baptême et la cène. Il leur accordait donc une grande valeur. Avons-nous le droit de modifier à notre gré ce que le Fils de Dieu a institué ?
Nous nous insurgeons à juste titre contre ceux qui ont retiré la coupe aux fidèles alors que le Seigneur a dit : « Buvez-en tous ». Pourquoi alors accepterions-nous qu’on se contente de verser quelques gouttes d’eau sur la tête, quand Jésus-Christ a ordonné : « Immergez-les » ? Sommes-nous plus sages que lui ?
c) Sous l’ancienne alliance, Dieu a exigé de son peuple le respect fidèle de ses ordonnances dans tous leurs détails : « Vous conserverez et vous mettrez en pratique toutes les choses que je vous ordonne telles que je vous les prescris » (Dt 4.2 ; 12.32). L’histoire de Nadab et d’Abihou (Lv 10.1-7) et celle de Moïse à qui l’entrée du pays promis a été refusée pour une petite désobéissance de forme (Nb 20.8, 11-12) sont significatives à ce sujet. Naaman n’a été guéri que parce qu’il s’est plongé sept fois dans le Jourdain (2 R 5.12). « Celui qui est fidèle dans les moindres choses, sera aussi fidèle dans les choses importantes » (Lc 16.10).
Pourquoi Dieu attache-t-il tant d’importance à la forme ? Parce qu’un changement de la forme modifie le sens et altère le message que le symbole doit transmettre. Le baptême par immersion devait souligner la vérité la plus importante au début de la vie chrétienne : la nécessité de mourir à notre vieille nature et de renaître en Christ à une vie nouvelle.
Le baptême par aspersion détourne l’attention de cette vérité et lui substitue, soit un lieu commun : la pensée d’une vague bénédiction divine descendant sur le baptisé, soit une doctrine anti-scripturaire : la purification sacramentelle des péchés.